Communication scientifique
Séance du 13 avril 2021

Phénomène de radicalisation à l’adolescence : comment intégrer les recherches de ces dernières années ?

MOTS-CLÉS : Comportement de l’adolescent, Santé mentale, Facteurs de risque, Terrorisme
Radicalization during adolescence: What have we learned from the last 4 years of empirical research?
KEY-WORDS : Adolescent behavior, Mental health, Risk factors, Terrorism

D. Cohen (a, b, ⁎,), N. Campelo (a), G. Bronsard (c)

Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d’intérêts.

Résumé

La radicalisation de l’adolescent est un phénomène relativement récent qui est devenu un problème de santé publique depuis les attentats de 2015 et l’avènement de l’État Islamiste. Nous proposons, dans cet article, un point de vue basé sur l’étude de la littérature, et notre propre expérience, pour délimiter les principaux facteurs de risques et les trajectoires possibles qui peuvent mener à la radicalisation. Pour cela, nous revenons sur les premières définitions de la radicalisation issues des études de criminologie sur le terrorisme, nous résumons la littérature en distinguant enquêtes sur la sympathie aux idées radicales, enquêtes sociologiques, études longitudinales sur échantillons, et séries de cas provenant de consultations spécialisées ou d’expertises judiciaires. Cet ensemble de données montre la diversité des trajectoires et comment le phénomène de radicalisation à l’adolescence est infiltré de la question adolescente avec ses enjeux d’individuation et de sexualité. Pourtant, trois situations semblent émerger. La première, la plus rare, s’inscrit sur une décompensation psychiatrique aiguë. La seconde concerne des jeunes pour qui les enjeux développementaux sont au premier plan (individuation, fragilité dépressive, doute identitaire) et qui recourent au début presque exclusivement aux réseaux sociaux. Elle est plus fréquente chez les convertis et les enjeux familiaux y sont très fréquents, mais elle est plus sensible aux interventions éducatives et psychologiques. La dernière enfin, plus fréquemment associée à une radicalisation violente assumée, s’inscrit dans un terreau de proximité ou de quartier avec des individus, particulièrement perméables à l’emprise extérieure, dans une forme d’accrochage relationnel ou déjà inscrits dans une radicalité religieuse depuis plus longtemps. Au plan de la prévention, il nous paraît légitime de prendre en compte tous ces facteurs et trajectoires, et de considérer, comme pour les conduites suicidaires, différents niveaux de radicalisation : la sympathie, les idées sans ou avec engagements sectaires ou violents, l’intentionnalité et le passage à l’acte. Cette gradation a aussi l’avantage de pouvoir s’appliquer à d’autres expressions de la radicalisation (mouvances d’extrême droit, Black Blocs, militance écologique par l’action directe) que l’on voit également émerger dans nos sociétés occidentales de plus en plus polarisées.

Summary

Adolescent radicalisation is a relatively recent phenomenon that has become a public health concern since the 2015 attacks and the advent of the Islamist State. In this article, we propose a perspective based on the study of the literature and our own research and experience to delineate the main risk factors and possible trajectories that can lead to adolescent radicalisation. To do so, we review the early definitions of radicalization from criminological studies on terrorism; we summarize the literature by distinguishing between surveys on sympathy for radicalization ideas and behaviors, sociological surveys, longitudinal sample studies, and case series from specialized consultations or forensic expertise. This set of data shows the diversity of trajectories and how the phenomenon of radicalization during adolescence is infiltrated by the adolescent questioning with its issues of individuation and sexuality. However, three cases seem to emerge. The first and rarest is associated with an acute psychiatric breakdown. The second concerns youths with psychological and developmental issues (individuation, depressive fragility, identity questioning) and who initially resort almost exclusively to social networks. This case is more common among converts to Islam and family issues are very frequent, but it is more sensitive to educational and psychological interventions. Finally, the latter, more frequently associated with an assumed violent radicalization, is more often part of a local or neighborhood environment with individuals who are particularly permeable to the outer control in a form of relational clinging or who have already been involved in religious radicalism for a longer period of time. In terms of prevention, it seems legitimate to take into account all these factors and trajectories, and to consider, as in the case of suicidal behavior, different levels of radicalisation: sympathy, ideas without or with sectarian or violent commitments, intentionality and acting out. This gradation also has the advantage of being applicable to other expressions of radicalization (extreme right-wing movements, Black Blocs, ecological militancy through direct action) that are also emerging in our increasingly polarized Western societies.

Accès sur le site Science Direct : https://doi.org/10.1016/j.banm.2021.02.031 (Discussion)

Accès sur le site EM Consulte (Discussion)

(a) Service de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent, hôpital Pitié-Salpêtrière, SU, AP–HP, Paris, France
(b) CNRS UMR 7222, institut des systèmes intelligents et de robotiques, Sorbonne Université, Paris, France
(c) SPURBO, équipe d’accueil 7479, service de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent, centre hospitalier régional universitaire de Brest, 22, avenue Camille-Desmoulins, Brest, France

Bull Acad Natl Med 2021;205:782-91. Doi : 10.1016/j.banm.2021.02.031