Rapport
Séance du 24 mai 2022

Perception du risque médicamenteux par le public et rôle des médias

MOTS-CLÉS : risque médicamenteux, perception du risque, médias
Perception of medication risk by the public and role of the media
KEY-WORDS : medication risk, risk perception, media

Gilles Bouvenot, Pierre Le Coz et Yves Juillet au nom du Groupe de travail « Perception du risque médicamenteux par le public et rôle des médias » rattaché à la commission 2

Résumé

Des enquêtes d’opinion montrent régulièrement que, dans leur grande majorité, les français ont une perception positive de l’efficacité et de la sécurité d’emploi des médicaments, y compris des vaccins. La défiance ou l’hostilité à leur égard ne sont le fait que d’une petite minorité de la population, mais active et bruyante sur les réseaux sociaux ainsi que dans les médias et surévaluée par les médias et les pouvoirs publics. Pourtant, la pandémie due au SARS-CoV-2 (Covid 19) a confirmé combien la perception du risque médicamenteux par le public est instable, parfois peu rationnelle, combien sont nombreux et complexes les déterminants de cette perception et quel rôle de caisse de résonance des peurs du public ont pu jouer les médias. On peut y voir en filigrane la tendance générale de notre société qui est d’accorder la primauté au risque, au détriment du bénéfice, dans l’appréciation d’une innovation technologique. L’arbre du risque cache souvent la forêt de l’efficacité.

Cette polarisation des esprits sur les risques, associée à une surestimation des faibles probabilités, témoigne de l’imprégnation de nos mœurs par l’idéologie de la précaution.  A quoi s’ajoutent des facteurs de distorsion tels que le préjugé naturaliste, le relativisme culturel et l’extension planétaire des réseaux sociaux qui répandent dans l’instantanéité de fausses informations plus virales et mieux mémorisées que les vraies, entravant la communication fondée sur les données de la science. Favoriser la juste perception du risque médicamenteux impose de rappeler à la fois les bénéfices, les risques liés à l’action, mais aussi ceux liés à l’inaction ; de tenir le plus grand compte de l’évolutivité des connaissances ; de clarifier les messages institutionnels en les rendant les plus factuels possibles ; de limiter le nombre des émetteurs publics en vue d’aboutir à une plus grande cohérence de leurs messages ; d’avoir la franchise de dire parfois qu’on ne sait pas, la médecine s’exerçant par nature en contexte d’incertitude.

L’Académie en appelle à une politique pédagogique ambitieuse auprès des jeunes : une formation à l’esprit critique et une acquisition des bases de la culture du risque médicamenteux devraient être instaurées dès le collège. Elle estime en outre que le public est en droit d’attendre des médias une information de qualité, prudente, contrôlée et indépendante des rumeurs, en faisant appel à des experts indiscutables et en privilégiant les données objectives par rapport aux témoignages subjectifs fondés sur des expériences individuelles.

Summary

Opinion polls regularly show that the vast majority of French people have a positive perception of the efficacy and safety of using medicines, including vaccines. Distrust or hostility towards them is only the fact of a small minority of the population, but active and noisy on social networks and overvalued by the media and public authorities. However, the pandemic due to Covid 19 (SARS-CoV-2) has confirmed to what extent the perception of drug risk by the public is unstable, sometimes irrational, how many and complex the determinants of this perception are and what role as a public resonance, fears play out in the media. We can even implicitly see the general underlying tendency of our society which is to grant primacy to risk to the detriment of profit in the assessment of a technological innovation. The risk tree often masking the forest of efficiency.

 

This polarization of minds on risks, associated with an overestimation of low probabilities, testifies to the impregnation of our mores by the ideology of precaution. To which are added distorting factors such as naturalistic prejudice, cultural relativism and the planetary extension of social networks which instantly spread false information that is more viral and better remembered than the true ones, hampering communication based on science data. Promoting the correct perception of drug risk requires recalling both the benefits and the risks linked to action but also those linked to inaction; to clarify institutional messages by making them as factual as possible; to limit the number of public broadcasters to achieve greater consistency in their messages; to have the frankness to sometimes say that we do not know, medicine by nature being practiced in a context of uncertainty.

The Academy calls for an ambitious educational policy for young people: training in critical thinking and the acquisition of the basics of drug risk should be introduced from middle school. The Academy also believes that the public is entitled to expect quality-controlled information from the media, away from rumors, by calling on indisputable experts and by favoring objective data over subjective testimonies based on personal experiences.