Publié le 20 octobre 2026

Les séances de l’Académie*

*Résumés rédigés par Catherine Adamsbaum, Bernard Bauduceau, Jean-Noël Fiessinger, Nathalie Cartier Lacave, Jacques Delarue, Jacques Hubert, Jean-Pierre Richer, Alain Yelnik

 

Mardi 20 octobre 2026

Séance dédiée : « Les nouveautés en transplantation »

Organisation : Bernard CHARPENTIER et Yvon LEBRANCHU

 

Peut-on se passer de biopsies pour diagnostiquer le rejet du greffon rénal ? par Professeur Dany Anglicheau (Université Paris cité, CNRS, Inserm, Institut Necker-Enfants Malades, F-75015 Paris. Service des maladies du rein et du métabolisme, transplantation et immunologie clinque AP-HP, Hôpital Necker, F-75015 Paris)

 Depuis la première greffe rénale réalisée à l’hôpital Necker en 1952 sur Marius Renard, la transplantation rénale a transformé la vie des patients insuffisants rénaux. En contrepartie les patients reçoivent un traitement immunosuppresseur à vie.  Même si le risque de rejet aigu la première année a considérablement diminué une surveillance régulière fondée sur la biopsie rénale est nécessaire. Pourtant, la biopsie est un outil imparfait. Elle est invasive, exposant notamment au risque hémorragique, difficilement répétable et dépendante de la qualité du prélèvement et de son interprétation. Ainsi la sensibilité de la biopsie pour diagnostiquer le rejet aigu d’un greffon rénal est inconnue.. Face à ces contraintes et ces limites trois approches ont été développé pour tenter de réduire le recours a la biopsie rénale. Les profils d’expression génique sanguins, l’ADN circulant dérivé du donneur, les chimiotaxines urinaires marqueurs de l‘l’inflammation du greffon.

Les profils d’expression géniques  détectent des signatures moléculaires associés au rejet  Beaucoup d’études publiées soulignent leur intérêt pour de dépistage d’un rejet   subclinique . De nombreux test sont disponibles aux USA pour des signatures différentes  avec des résultats   discordants d’où la nécessite de nouvelles études pour confirmer leur fiabilité à éviter les biopsies rénales

L’ADN circulant dérivé du donneur (dd-cfDNA) est un marqueur de lésions du greffon. Ses performances sont très bonnes pour le rejet du greffon quoique meilleures pour le rejet humoral que pour le rejet cellulaire. Cependant  il peut être élevé hors du rejet (infection, lésion ischémique) Plusieurs tests sont commercialisés aux USA et se pose l’enjeu du remboursement.

Les chimiokines CXCL9 et CXCL10  sont induites par  l’inflammation et reflètent le recrutement et l’activation des cellules immunitaires dans le greffon. Elle constitue un outil de stratification du risque de rejet. Les performances diagnostiques sont très bonnes pour le rejet. Dosées dans les urines elles sont rapportées à la créatininurie. Toutefois des élévations sont possibles en dehors du rejet et se posent les enjeux de l’uniformisation des plateformes et du remboursement.

Ainsi une stratégie multimodale associant les données cliniques, fonctionnelles, anticorps spécifiques du donneur et biomarqueurs innovants  s’ils ne permettent pas encore de supprimer les biopsies  pourraient contribuer à en diminuer le nombre et à mieux sélectionner leurs indications. Une perspective qui permettrait éventuellement de moduler l’intensité du traitement antirejet.

 

Comment greffer les hyperimmunisés « ingreffables » ? par Professeur Julien Zuber, MD, PhD (Hôpital Necker, Paris. Institut Necker Enfants Malades (INEM))

 Certains sujets  possèdent des anticorps dirigés contre les molécules HLA d’autrui. Ceux-ci ont été acquis au cours d’une grossesse, d’une transfusion ou d’une greffe antérieure. Ils sont dits immunisés cette immunisation est quantifié par un score : calculated panel reactiveantibody ( cPRA) antibody, score qui complété par le niveau des anticorps permet de prévoir le risque du rejet  d’un greffon. Dans le contexte de la greffe rénale 10à 30% des candidats sont hyperimmunisés avec un et c’est le cas chez. les patients greffés ayant interrompu leur traitement immunosuppresseur pour les quels avec un cPRA supérieur à 99% il est impossible de trouver un greffon compatible.

A partir de l’observation d’une patiente de 37 ans hyperimmunisée après la perte de son greffon en attente  d’une nouvelle greffe depuis 20 ans l’auteur propose une approche innovante. Dans un premier temps   l’association d’une désensibilisation contrôlant des anticorps circulants  par les échanges plasmatiques ou l’imlifidase et la destruction des plasmocytes (usines à anticorps) par les anticorps monoclonaux abouti à un échec avec un risque de rebond en lien avec le contingent de lymphocytes B mémoires. Ceci  conduit à une escalade vers des agents anti-plasmocytaires plus puissants  associant les anticorps monoclonaux anti-CD38 et anti-CD20 a des anticorps bispécifiques anti-BCM. Le  succès de cette approche chez la patiente, confirmé dans deux autres  équipes, avec 20 mois après la nouvelle greffe, au prix d’une agammaglobulinémie profonde, confirme la validité du changement de paradigme : « il ne s’agit plus de supprimer l’alloimmunité humorale mais de reprogrammer la mémoire humorale en éliminant les réservoirs qui l’entretiennent »