Publié le 13 janvier 2026

Les séances de l’Académie*

*Résumés rédigés par Catherine Adamsbaum, Bernard Bauduceau, Jean-Noël Fiessinger, Nathalie Cartier Lacave, Jacques Delarue, Jacques Hubert, Jean-Pierre Richer, Alain Yelnik

 

Mardi 13 janvier 2026

Communications libres

 

De la lésion focale du cartilage à l’arthrose : la bio-ingénierie évitera-t-elle la prothèse articulaire ? par Didier MAINARD, Orthopédie, Nancy

Le cartilage articulaire lésé ne se restaure pas.

Le cartilage articulaire et l’os sous-chondral forment une entité fonctionnelle possédant des propriétés biomécaniques uniques. Cependant, en l’absence de toute capacité de restauration, une lésion cartilagineuse évolue vers un tissu fibreux qui favorise le développement d’une arthrose dans un délai variable. Les signes cliniques d’une lésion chondrale sont le plus souvent une douleur d’horaire et d’intensité variables avec blocage ou pseudo-blocage s’il existe un fragment libre ou une irrégularité surfacique. Le choix thérapeutique dépend de l’extension de la lésion appréciée au minimum par une IRM et du retentissement fonctionnel de la lésion.

Quels moyens thérapeutiques ?

Le traitement médical symptomatique (antalgiques et anti-inflammatoires non stéroïdiens) est temporaire. Le maintien d’une mobilisation articulaire favorise la trophicité du cartilage. Les mesures de préservation articulaire (réduction pondérale et absence d’exposition aux traumatismes) sont des propositions d’appoint.

L’arthroscopie-lavage permet la résection de fragments détachés ou instables et la régularisation des surfaces articulaires dans les lésions diffuses.

La re-fixation d’une fracture ostéochondrale après un traumatisme est la meilleure solution thérapeutique. La plastie en mosaïque est une auto greffe de l’unité fonctionnelle constituée par le cartilage, l’os sous-chondral et une colonne osseuse qui stabilise le greffon. Cette unité conserve théoriquement les propriétés biomécaniques au prix d’une morbidité modérée mais il n’y a non plus pas d’intégration véritable de l’autogreffe.

Les techniques de stimulation de l’os sous-chondral par microfractures sous arthroscopie ont pour but de favoriser un blastème de régénération qui évoluera vers une métaplasie chondroïde. En pratique, il n’y a pas de fusion réelle du tissu de réparation avec les berges cartilagineuses et le cartilage néoformé n’a pas les propriétés biomécaniques du cartilage hyalin.

Les injections intra articulaires de cellules souches ou de plasma riche en plaquettes ont été proposées pour la gonarthrose mais l’effet est surtout antalgique.

Les boutons prothétiques métalliques permettent de combler la lésion cartilagineuse. L’appui complet de même que la mobilisation sont autorisés immédiatement. Des implants sur mesure peuvent être obtenus à partir de données IRM mais les séries cliniques sont très limitées.

L’ingénierie tissulaire cherche à reconstituer les propriétés biomécaniques très spécifiques du cartilage hyalin en combinant des cultures cellulaires sur un support matriciel 3D, des cytokines et des facteurs de croissance au sein d’un laboratoire multidisciplinaire. Les applications cliniques sont encore lointaines mais ces recherches ouvrent des voies thérapeutiques les plus prometteuses, d’autant qu’aucune autre méthode ne permet actuellement de restaurer le potentiel biomécanique d’un cartilage lésé.

 

 

Lupus cutané, dépression et anxiété par Isabelle JALENQUES, Psychiatrie, Clermont-Ferrand

Les troubles psychiatriques sont fréquemment décrits chez les patients atteints de lupus érythémateux systémique mais qu’en est-il au cours du lupus cutané ?

Les rares articles disponibles rapportent tous une prévalence accrue de la dépression et de l’anxiété.

Le lupus érythémateux cutané est l’atteinte la plus fréquente du lupus érythémateux systémique avec atteinte rhumatologique mais il peut aussi se présenter de manière isolée strictement limitée à la peau. Le lupus cutané lui-même affecte la qualité de vie par l’altération de l’image corporelle, de la vie professionnelle, les limitations des activités de plein air du fait de la photosensibilisation…. De plus, comme dans d’autres maladies inflammatoires chroniques, l’inflammation pourrait jouer un rôle par elle-même. Ainsi, plusieurs éléments interagissent dans ce contexte et sont susceptibles de favoriser le développement de troubles dépressifs et anxieux créant un cercle vicieux.

De fait, le lupus cutané semble souvent associé à des troubles psychiatriques dépressifs et anxieux qui nécessitent d’être recherchés systématiquement. Un diagnostic précis est indispensable afin d’adapter la proposition thérapeutique et par ailleurs, la présence de symptômes anxieux doit conduire à être vigilant quant à la survenue de troubles psychiatriques ultérieurs.

Quid des traitements ?

Le traitement des troubles dépressifs et anxieux repose sur une pharmacothérapie, une éducation thérapeutique et une psychothérapie. L’aide au sevrage tabagique est indispensable. Une étude a montré un impact péjoratif des troubles psychiatriques sur l’évolution du lupus cutané et à l’inverse, un impact favorable sur le lupus cutané lorsque les troubles psychiatriques sont traités. Par ailleurs, certains médicaments utilisés dans le traitement du lupus cutané peuvent avoir des effets secondaires psychiatriques à connaitre. L’amélioration du lupus cutané par un traitement dermatologique efficace peut aussi favoriser l’amélioration des symptômes dépressifs et anxieux.

Ces résultats préliminaires incitent à effectuer des études complémentaires longitudinales plus larges et plus précises en termes de diagnostic afin de mieux connaitre et prendre en charge ces troubles.

 

Obésité maternelle pendant la grossesse et devenir de l’enfant : un problème de santé publique sous-estimé par Delphine MITANCHEZ, néonatologie, hôpital Bretonneau, Tours

 

L’obésité maternelle est une maladie chronique transmissible

L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) définit l’obésité comme une accumulation excessive de masse grasse menaçant la santé. L’obésité est classiquement définie par l’indice de masse corporelle (IMC, poids/ (taille en m)2). Le surpoids est défini par un IMC compris entre 25 et 29,9 kg/m2 et l’obésité par un IMC > 30 kg/m2.

Actuellement, nombre de femmes débutent leur grossesse en situation d’obésité, avec un diabète et une prise de poids gestationnel excessive souvent associés qui sont des facteurs aggravants les complications. Ces perturbations métaboliques et nutritionnelles modifient la physiologie placentaire avec un transfert excessif de nutriments conduisant à un hyperinsulinisme. L’’insuline étant l’hormone de la croissance fœtale, cette « surnutrition fœtale » a des conséquences délétères sur le développement à court, moyen et long terme.

Le nouveau-né de mère en situation d’obésité présente un risque augmenté de mortalité périnatale, de malformations par modification de la trajectoire développementale des organes et un risque élevé de macrosomie qui augmente les risques de complications néonatales sévères (mortalité, asphyxie …). L’obésité maternelle est d’ailleurs évoquée comme étant l’une des causes de l’augmentation de la mortalité néonatale observée en France depuis 2012.  Plus tard, l’enfant est lui-même exposé à un risque élevé d’obésité, de complications cardio-métaboliques et d’anomalies du neurodéveloppement (TDAH, spectre autistique, cognition).

La prévention efficace : penser pré conceptionnel et soutenir l’allaitement prolongé

La mise en place d’un régime alimentaire et l’augmentation de l’activité physique pendant la grossesse sont insuffisants. La chirurgie bariatrique avant la grossesse est associée à une diminution significative du risque de macrosomie, mais aussi à une augmentation du risque de petit poids pour l’âge gestationnel qui expose aussi à des complications cardio-métaboliques à long terme.

La période post-natale constitue une période d’opportunité et l’allaitement maternel prolongé a un effet bénéfique sur la santé de l’enfant à plus long terme.

Les risques pour le nouveau-né sont élevés dès la salle de naissance et le lieu d’accouchement doit être choisi en conséquence, surtout en cas d’obésité morbide, de diabète associé ou de prise de poids gestationnel excessive.

 

En conclusion, la prévalence élevée de l’obésité maternelle associée à l’épidémie globale de l’obésité représente un enjeu majeur de santé publique et doit être une priorité dans les politiques de prévention.

 

Impact de l’évaluation gériatrique dans la décision thérapeutique du sujet âgé atteint de cancer  par Dalila MIRAOUI, oncologie médicale, Sidi Bel Abbes, Algérie

L’augmentation de la longévité concerne l’ensemble de la population mondiale. La personne âgée présente une fragilité due à l’affaiblissement des fonctions de nombreux systèmes, à l’augmentation de l’incidence des comorbidités et à l’apparition de syndromes gériatriques, ainsi qu’à des changements socio-économiques. Le cancer est une maladie qui touche des personnes de plus de 65 ans dans un peu plus de la moitié de l’ensemble des cancers, tous âges confondus.

Les décisions concernant la prise en charge des sujets âgés atteints de cancer ne peuvent pas reposer uniquement sur l’âge chronologique.

Toute décision concernant le traitement du cancer chez une personne âgée doit être prise en fonction des résultats d’une évaluation gériatrique globale comprenant l’évaluation du statut fonctionnel, des comorbidités, du statut cognitif et de l’humeur, de l’environnement social, du statut nutritionnel, ainsi qu’une revue de la médication. Le type de vieillissement peut ainsi être appréhendé, ce qui aide à évaluer la capacité à faire face à un traitement anti néoplasique.

L’objectif de l’étude présentée incluant 200 patients âgés d’au moins 65 ans et atteints de néoplasies pulmonaires et digestives était d’étudier l’influence de l’évaluation gériatrique sur la prise de décision thérapeutique. La stratégie thérapeutique a été décidée sans les résultats de l’évaluation gériatrique, puis les changements de décision thérapeutique suite à cette évaluation ont été comptabilisés et analysés.

Environ un quart des décisions ont été modifiées, en intensification thérapeutique (environ 2/3) plus qu’en réduction (environ 1/3).

Les changements de décisions thérapeutiques étaient corrélés l’âge, l’indice de performance, et les dépendances aux activités de la vie quotidienne.