Communication scientifique
Séance du 22 octobre 2024

Quatre-vingts ans après : évolution et nature des symptômes post-traumatiques chez des civils exposés à la Bataille de Normandie

MOTS-CLÉS : Trouble de stress post-traumatique, Événements de vie, Sujet âgé, Troubles psychiques liés à la guerre, Troubles névrotiques, Survivants, Guerre, Émotions, Vulnérabilité sociale, Seconde Guerre mondiale, Anxiété
Eighty years later: Evolution and nature of post-traumatic symptoms in civilians exposed to the Battle of Normandy
KEY-WORDS : Post-traumatic stress disorder, Life events, Aged, Combat disorders, Neurotic disorders, Survivors, Warfare, Emotions, Social vulnerability, World War II, Anxiety

Lucie Da Costa Silva (a), Amaury Mengin (a, b), Jean François Orianne (a, c), Francis Eustache (a, ⁎) , Peggy Quinette (a)

Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d’intérêts.

Résumé

Les personnes ayant vécu un événement majeur pendant leur enfance peuvent présenter des symptômes ou stigmates de trouble de stress post-traumatique (TSPT) de nombreuses années plus tard. Cette étude se concentre sur la présence de symptômes de TSPT, 80 ans après la Bataille de Normandie, à travers l’analyse des récits de cinq civils survivants. Les résultats mettent en évidence que des symptômes ou stigmates de TSPT influencent le quotidien des personnes ayant vécu ces événements. Deux trajectoires symptomatologiques se dégagent : certaines personnes manifestent des stigmates de manière constante depuis les événements, tandis que d’autres voient leurs symptômes apparaître ou réapparaître avec l’avancée en âge. Des facteurs contextuels spécifiques à la Bataille de Normandie et des mécanismes plus universels ont été identifiés et peuvent avoir contribué à la longévité de ces symptômes. Parmi ces facteurs, l’évolution des représentations collectives, le silence social autour des événements, les ruminations persistantes découlant de difficultés à donner du sens à certains aspects traumatiques de l’expérience sont retrouvés. Ces résultats mettent en lumière l’impact durable d’événements traumatiques vécus pendant l’enfance sur la mémoire des personnes âgées et montrent que le souvenir d’événements négatifs majeurs peut persister ou ressurgir après plusieurs décennies et s’accompagner de conséquences cliniques importantes.

Summary

People who have experienced a major event in their childhood may show symptoms or stigmata of Post-Traumatic Stress Disorder (PTSD) many years later. This study focuses on the presence of PTSD symptoms 80 years after the Battle of Normandy, by analysing the accounts of five civilian survivors. The results show that symptoms or stigmata of PTSD influence the daily lives of people who experienced these events. Two symptomatological trajectories emerge: some people display stigmata consistently since the events, while others see their symptoms emerge or re-emerge as they age. Contextual factors specific to the Battle of Normandy and more universal mechanisms have been identified and may have contributed to the longevity of these symptoms. These factors include changes in collective representations, the social silence surrounding the events, and persistent ruminations resulting from difficulties in making sense of certain traumatic aspects of the experience. These results highlight the lasting impact of traumatic events experienced in childhood on the memory of the elderly, and show that memories of major negative events can persist or resurface after several decades, with significant clinical consequences.

Accès en ligne : https://doi.org/10.1016/j.banm.2025.03.004 (Discussion)

 

a. Unité de recherche Neuropsychologie et imagerie de la mémoire humaine (NIMH), GIP Cyceron, Inserm U1077, CHU de Caen, PSL University, EPHE-PSL, université de Caen-Normandie, Caen, France
b. Unité de recherche Inserm Strasbourg Translational Neuroscience and Psychiatry (STEP) U1329, centre régional du psychotraumatisme Grand Est, pôle de psychiatrie, santé mentale et addictologie, hôpitaux universitaires de Strasbourg, université de Strasbourg, Strasbourg, France
c. Centre de recherche et d’interventions sociologiques (CRIS), institut de recherche en sciences sociales (IRSS), université de Liège, Liège, Belgique
⁎Auteur correspondant.

Bull Acad Natl Med 2025;209:731-42. Doi : 10.1016/j.banm.2025.03.004