Communication scientifique
Publié le 6 février 2026

Physiopathologie de la zone épileptogène : décharge de haute fréquence et inhibition

MOTS-CLÉS : Cartographie cérébrale, Électrocorticographie, Électroencéphalographie, Inhibition nerveuse, Récepteurs GABA, Épilepsie/chirurgie
Pathophysiology of the epileptogenic zone: High-frequency activity and inhibition
KEY-WORDS : Brain mapping, Electrocorticography, Electroencephalography, Neural Inhibition, Receptors GABA, Epilepsy/surgery

Patrick Chauvel*

L'auteur déclare n'avoir aucun lien d'intérêt.

Résumé

La chirurgie de l’épilepsie pharmacorésistante repose sur la localisation précise de la zone épileptogène (ZE). La stéréo-électroencéphalographie (SEEG), développée en France puis internationalement, permet d’enregistrer des crises directement dans le cerveau. Contrairement à l’électrocorticographie (ECoG), la SEEG révèle des décharges de haute fréquence (HFO, 80–200 Hz) au début des crises, notamment dans les épilepsies néocorticales (ex. dysplasies corticales focales). Ces décharges de haute fréquence sont aujourd’hui considérées comme un marqueur de la ZE. Cependant, Les HFO pathologiques (liées à l’épilepsie) sont difficiles à distinguer des HFO physiologiques (liées à des activités cognitives). La ZE est définie par la synchronisation initiale de décharges rapides, souvent précédées de pointes pré-ictales et accompagnées d’un aplatissement du signal SEEG (suppression des basses fréquences). Un motif temps-fréquence caractéristique de la ZE a été identifié, combinant : (i) pointes pré-ictales, (ii) activité rapide en bande étroite (haut-gamma, 80–150 Hz), (iii) suppression des basses fréquences. Ce motif est homogène quelle que soit l’étiologie et corrélé au succès chirurgical. L’hypothèse physiopathologique nouvelle est celle d’un rôle clé de l’inhibition. Les décharges rapides refléteraient l’activité synchronisée d’interneurones GABAergiques inhibiteurs péri-somatiques, entraînant une hyperpolarisation des cellules pyramidales (expliquant la suppression des basses fréquences). La fin de la décharge rapide s’accompagne d’un rebond post-inhibiteur (PIR) excitateur. Cette hypothèse a reçu une confirmation clinique récente dans les crises du cortex moteur. Elle est soutenue par des modèles computationnels et des enregistrements par microélectrodes chez l’animal et chez l’homme.

Summary

Surgery for drug-resistant epilepsy relies on the precise localization of the epileptogenic zone (EZ). Stereo-electroencephalography (SEEG), developed in France and later adopted internationally, allows the direct recording of seizures within the brain. Unlike electrocorticography (ECoG), SEEG reveals high-frequency oscillations (HFOs, 80–200 Hz) at seizure onset, particularly in neocortical epilepsies (e.g., focal cortical dysplasias). These high-frequency discharges are now considered a marker of the EZ. However, pathological HFOs (linked to epilepsy) are difficult to distinguish from physiological HFOs (related to cognitive activity). The EZ is defined by the initial synchronization of fast discharges, often preceded by pre-ictal spikes and accompanied by a flattening of the SEEG signal (suppression of low frequencies). A characteristic time-frequency pattern of the EZ has been identified, combining: (i) pre-ictal spikes, (ii) narrowband fast activity (high gamma, 80–150 Hz), and (iii) suppression of low frequencies. This pattern is consistent across different etiologies and correlates with surgical success. A novel pathophysiological hypothesis suggests a key role of inhibition. The fast discharges may reflect the synchronized activity of perisomatic GABAergic inhibitory interneurons, leading to hyperpolarization of pyramidal cells (explaining the suppression of low frequencies). The end of the fast discharge is followed by an excitatory post-inhibitory rebound (PIR). This hypothesis has recently received clinical confirmation in motor cortex seizures and is supported by computational models, as well as microelectrode recordings in animals and humans.

Ce texte n’a pas fait l’objet d’une communication orale en séance.

*Auteur correspondant
Neurological Institute, Cleveland Clinic, 9500 Euclid Avenue, Cleveland, Ohio 44195, États-Unis

Bull Acad Natl Med 2026;210:174-82. [En ligne] Disponible sur : https://doi.org/10.1016/j.banm.2025.06.013