Communication scientifique
Séance du 10 décembre 2024

Maladie de Behçet

Behçet's disease

Patrice Cacoub (a, c, ⁎) , Matheus Vieira (a, c), Bahram Bodaghi (b), David Saadoun (a)

PC et MV déclarent ne pas avoir de liens d’intérêt.
BB : consultant pour AbbVie, Alimera, Horus, Novartis, Pharma, Thea et Roche.
DS : consultant pour Abbvie, Amgen, Roche Chugai, Janssen, Sanofi, Galapagos, Viatris, Celltrion, Hifibio, Fresenius et GSK.

Résumé

La maladie de Behçet est une maladie chronique systémique inflammatoire d’origine inconnue, qui a bénéficié de nombreuses avancées durant les deux dernières décennies. Deux phénotypes cliniques majeurs ont été identifiés : des patients présentant un syndrome auto-inflammatoire avec aphtes buccaux récurrents, ulcères génitaux, uvéites et lésions cutanées, et ceux avec des manifestations artérielles, veineuses et plus rarement cardiaques (angio-Behçet). Cette classification a eu un impact sur les critères diagnostiques révisés. Ces manifestations sont associées à une morbidité importante et à une sur-mortalité. D’un point de vue physiopathologique, la maladie de Behçet apparaît aujourd’hui à la croisée des maladies auto-immunes et auto-inflammatoires. De nombreux mécanismes pathogéniques sont impliqués tels qu’une susceptibilité génétique (HLA-B5101, HLA-A26, IL10, IL23R, IL12RB2), la perturbation de l’homéostasie des lymphocytes T (polarisation Th1 et Th17, diminution des T régulateurs mémoires activés), rôle critique de l’IL21 dans la modulation de l’homéostasie des lymphocytes T et rôle des lymphocytes T cytotoxiques et des neutrophiles dans les lésions inflammatoires tissulaires. Les modalités de traitement ont longtemps reposé sur la colchicine, les corticoïdes et les immunosuppresseurs conventionnels (azathioprine, cyclophosphamide, ciclosporine…). Grâce à une meilleure compréhension des mécanismes pathogéniques sous-jacents, une nouvelle ère s’est ouverte avec l’utilisation des anti-TNF alpha et de l’interféron alpha, et plus récemment des biothérapies ciblées dont les anti-PDE4, les anti-IL12/IL23 et les anti-IL 6.

Summary

Behçet’s disease is a chronic systemic inflammatory disease of unknown origin, which has benefited from numerous advances over the last two decades. Two major clinical phenotypes have been identified: on the one hand, patients with an autoinflammatory syndrome with recurrent oral ulcers, genital ulcers, uveitis and skin lesions, and on the other hand, those with arterial, venous and, more rarely, cardiac manifestations (angio-Behçet). This classification had an impact on the revised diagnostic criteria. All these manifestations are associated with significant morbidity and even mortality. From a pathophysiological point of view, Behçet disease now appears at the crossroads of autoimmune and autoinflammatory diseases. Many pathogenic mechanisms are involved such as genetic susceptibility (HLA-B5101, HLA-A26, IL10, IL23R, IL12RB2), disruption of T cell homeostasis (Th1 and Th17 polarization, decrease in activated memory regulatory T cells), the critical role of IL21 in modulating T cell homeostasis and the role of cytotoxic T cells and neutrophils in inflammatory tissue lesions. Treatment modalities have long relied on colchicine, corticosteroids and conventional immunosuppressants (azathioprine, cyclophosphamide, ciclosporin, etc.). Thanks to a better understanding of the underlying pathogenic mechanisms, a new era has opened with the use of TNF alpha-inhibitors and interferon alpha, and more recently targeted biotherapies including anti-PDE4, anti-IL12/IL23 and anti-IL 6.

Accès en ligne :  https://doi.org/10.1016/j.banm.2024.10.022 (Discussion)

(a) Département de médecine interne et immunologie clinique, Sorbonne Universités AP–HP, groupe hospitalier Pitié-Salpêtrière, 75013 Paris, France
(b) Département d’ophtalmologie, Sorbonne Universités AP–HP, centre national de références maladies rares en ophtalmologie, IHU FOReSIGHT, groupe hospitalier Pitié-Salpêtrière, 75013 Paris, France
(c) Centre national de références maladies autoimmunes systémiques rares, centre national de références maladies autoinflammatoires et amylose inflammatoire (CEREMAIA); IHU FOReSIGHT, inflammation-immunopathology-biotherapy department (DMU 3iD); CIC biotherapy; Inserm 959, groupe hospitalier Pitié-Salpêtrière, AP–HP, Paris, France
⁎Auteur correspondant.

Bull Acad Natl Med 2025;209:301-9. Doi : 10.1016/j.banm.2024.10.022