Communication scientifique
Séance du 4 février 2025

Les hypersensibilités médicamenteuses : primum non nocere mais agir

MOTS-CLÉS : Hypersensibilité médicamenteuse, Diagnostic, Effets secondaires indésirables des médicaments, Pharmacovigilance
Drug hypersensitivity: Primum non nocere but act
KEY-WORDS : Drug hypersensitivity, Diagnosis, Drug-related side effects and adverse reactions, Pharmacovigilance

Pascal Demoly*

L’auteur déclare ne pas avoir de liens d’intérêts.

Résumé

Les hypersensibilités médicamenteuses se manifestent par des réactions très hétérogènes pouvant toucher tous les organes, avec une prédilection pour la peau. Leurs causes et mécanismes sont multiples. On parle d’allergies médicamenteuses quand le mécanisme est immunologique spécifique, sinon d’hypersensibilités non allergiques. Elles peuvent engager le pronostic vital et être responsables de retrait du marché d’un médicament ou de précautions particulières à sa prescription. Bien que les véritables hypersensibilités aux médicaments soient relativement rares, de nombreux sujets, parfois dès l’enfance, sont étiquetés comme étant « allergiques », en particulier aux antibiotiques. Ils sont alors susceptibles d’être traités avec d’autres médicaments, qui peuvent être moins efficaces, plus toxiques, plus coûteux et conduire à des échecs et en ce qui concerne les antibiotiques au développement de certains types de bactéries résistantes. Le diagnostic des hypersensibilités médicamenteuses s’est considérablement amélioré au cours de la dernière décennie grâce à quelques découvertes immunologiques, aux échanges et standardisations entre équipes et à l’utilisation de bases de données plus importantes analysées avec des outils mathématiques modernes. Il nous reste à convaincre la communauté des non-allergologues que ce bilan est moins préjudiciable que la simple éviction, source de pertes de chance des patients qui ne reçoivent pas le traitement de première intention en raison d’une possible allergie/hypersensibilité médicamenteuse. C’est à travers la réponse à quelques questions cliniques que cet article survolera ce vaste domaine.

Summary

Drug hypersensitivities manifest clinically through a wide range of reactions that can affect all organs, with a predilection for the skin. Their causes and mechanisms are multiple. We name drug allergies when the mechanism is immunological, otherwise non-allergic hypersensitivities. They can be life-threatening and be responsible for the withdrawal of a drug from the market or special precautions for its prescription. Although true drug hypersensitivities are relatively rare, many subjects, sometimes from childhood, are labeled as being “allergic”, particularly to antibiotics. They are then likely to be treated with other drugs, which can be less effective, more toxic, more expensive and lead to failures and, in the case of antibiotics, to the development of certain types of resistant bacteria. The diagnosis of drug hypersensitivity has improved considerably over the last decade, thanks to some immunological discoveries, exchanges and standardizations between teams, and the use of larger databases analyzed with modern mathematical tools. We still need to convince the non-allergist community that this assessment is less harmful than simple avoidance, which is a source of loss of opportunity for patients who do not receive first-line treatment due to a possible drug allergy/hypersensitivity. It is through the response to a few clinical questions that this article will give an overview of this vast field.

Accès en ligne : https://doi.org/10.1016/j.banm.2025.02.014

*Service de pneumologie, allergologie et oncologie thoracique, IDESP UMR 1318, PREMEDICAL, hôpital Arnaud-de-Villeneuve, 371, avenue du Doyen-Gaston-Giraud, 34295 Montpellier cedex 5, France

Bull Acad Natl Med 2025;209:801-6. Doi : 10.1016/j.banm.2025.02.014