Communication scientifique
Séance du 6 décembre 2022

Le syndrome du bébé secoué (SBS), l’enjeu de la fiabilité face à la fabrique de l’ignorance

MOTS-CLÉS : Pédiatrie, Maltraitance des enfants, Syndrome du bébé secoué
Shaken baby syndrome (SBS), the challenge of reliability in the face of ignorance
KEY-WORDS : Pediatrics, Child abuse, Shaken baby syndrome

C. Adamsbaum (a, b, ⁎) , L. Coutellec (c)

Catherine Adamsbaum a été chargée de projet au sein de l’élaboration des recommandations de l’HAS en 2017 pour le syndrome du bébé secoué et est expert judiciaire près la Cour d’Appel de Paris, agréée par la Cour de cassation.
Léo Coutellec déclare ne pas avoir de liens d’intérêts.

Résumé

La maltraitance envers les enfants a été une pratique tristement courante pendant des siècles. Dans les années 70, est individualisé le syndrome dit « du bébé secoué » (SBS) pouvant survenir sans signe extérieur de violence. Depuis, les critères diagnostiques ont pu être considérablement affinés grâce aux efforts de la communauté scientifique pédiatrique multidisciplinaire internationale, aidée par les performances croissantes des nouvelles techniques d’imagerie en coupes (scanner, IRM). Les circonstances de survenue des secouements sont maintenant connues pour être stéréotypées. Plusieurs consensus et recommandations existent dans le monde entier au sujet du diagnostic de SBS pour lequel la preuve de l’acte manque souvent. Or, malgré des efforts convergents pour reconnaitre précocement cette forme de maltraitance, un courant dénialiste actif et très largement relayé par les médias, remet en cause l’existence même du SBS notamment en France en « fabriquant de l’ignorance ». Cette revue présente le contexte, les critères médicaux diagnostiques et différentiels du SBS puis fait appel à la philosophie pour comprendre le mécanisme de l’utilisation du scepticisme à des fins stratégiques et non dans un objectif d’améliorer les connaissances. La fabrique de l’ignorance ou agnotologie consiste à rendre douteux des savoirs stabilisés en y injectant de la confusion dans un objectif d’ordre économique, politique ou social. En toute hypothèse, cette situation incite à travailler sur les relations entre la science, la médecine et la société.

Summary

Child abuse has been a sadly common practice for centuries. In the 1970s, the so-called “abusive head trauma” (AHT) was individualized and could occur without any external signs of violence. Since then, the diagnostic criteria have been considerably refined thanks to the efforts of the international multidisciplinary pediatric scientific community, helped by the increasing performance of new slice imaging techniques (CT, MRI). The circumstances in which the shaking occurred are now known to be stereotypical. Several consensus and recommendations exist worldwide regarding the diagnosis of AHT for which evidence of the act is often lacking. However, despite convergent efforts to recognize this form of mistreatment early on, an active denialist current widely relayed by the media, challenges the very existence of AHT, particularly in France, by “manufacturing ignorance”. This review presents the context, the medical diagnostic and differential criteria of AHT and then uses philosophy to understand the mechanism of using skepticism for strategic purposes and not for the purpose of improving knowledge. The manufacture of ignorance or agnotology consists in making stabilized knowledge dubious by injecting confusion into it for an economic, political or social objective. In any case, this situation encourages to work on the relationships between science, medicine and society.

Accès sur le site Science Direct : https://doi.org/10.1016/j.banm.2022.06.016

Accès sur le site EM Consulte

(a) Faculté de médecine, Université Paris Saclay, Paris, France
(b) Service de Radiologie Pédiatrique, AP–HP, CHU Bicêtre, 78, rue du Général Leclerc, 94270 Le Kremlin Bicêtre, France
(c) Université Paris Saclay, “Recherches en éthique et épistémologie” (R2E), Inserm, CESP U1018, Paris, France
⁎Auteur correspondant.

Bull Acad Natl Med 2022;206:1223-31. Doi : 10.1016/j.banm.2022.06.016