Communication scientifique
Séance du 23 février 2021

Comment la réhabilitation psychosociale guidée par la perspective du rétablissement peut redessiner l’offre de soins en psychiatrie ?

MOTS-CLÉS : Carence psychosociale, Remédiation cognitive, Pratique (psychologie), Rétablissement de la santé mentale, Psychiatrie
How psychosocial réhabilitation driven by the perspective of recovery could redesign the psychiatric care?
KEY-WORDS : Psychosocial Deprivation, Cognitive Remediation, Practice (Psychology), Mental Health Recovery, Psychiatry

I. Amado*

L’auteur déclare ne pas avoir de liens d’intérêts.

Résumé

Les thérapies psychosociales complètent la pharmacothérapie en psychiatrie et répondent à la complexité des besoins d’un individu. Elles sont proposées après une évaluation multidisciplinaire, et déclinées dès la phase aiguë en un parcours de soin personnalisé qui mène vers l’inclusion sociale et le rétablissement. La remédiation cognitive (RC) en est une illustration, s’appuyant sur les points forts et les faiblesses cognitives d’une personne ayant un handicap psychique, apportant des stratégies destinées à améliorer la cognition, à acquérir autonomie ainsi qu’insertion sociale et professionnelle. Les programmes de RC sont choisis d’après le profil cognitif du patient et fonction de son projet de réhabilitation, après une évaluation clinique, neuropsychologique et fonctionnelle. Y sont éventuellement adjoints des techniques de transfert au quotidien pour des personnes à faible autonomie. Ces parcours de RC s’inscrivent au sein d’un modèle de soins, le modèle « tremplin », rampe de lancement qui mène « en fondu enchaîné » à la concrétisation du projet de la personne. Les thérapies psychosociales sont dispensées par des soignants formés auxquels s’adjoignent aux équipes de nouveaux métiers du soin : job coach pour l’emploi accompagné en milieu ordinaire, case manager pour coordonner parcours de vie et de soin de la personne dans son environnement. Ces nouvelles pratiques en psychiatrie peuvent être déclinées à l’échelle d’un territoire avec des orientations nouvelles pour les hôpitaux de jour, qui deviennent de véritables « sas de transition » vers l’inclusion sociale de patients à parcours complexes, ou pour les foyers de post cure qui peuvent cibler l’acquisition de l’autonomie. À long terme, et plusieurs années après une RC personnalisée et envisagée dans un parcours de réhabilitation, notre équipe constate une meilleure insertion professionnelle ainsi que plus de retour aux études, un taux moindre de rechutes et plus de déterminants du rétablissement, à savoir plus de pratique d’activité physique ou de loisirs, avec un ressenti positif de cette période pour les patients. En France, la promotion récente de ces thérapies psychosociales par nos tutelles devrait permettre une couverture de proximité sur l’ensemble du territoire national pour une psychiatrie plus éthique et plus humaniste.

Summary

Psychosocial therapies provide a real benefit in addition to pharmacological treatment. They are an efficient response to the fundamental needs of a person suffering from a mental handicap. They are suggested after a multidisciplinary evaluation and can be proposed after the acute phase in a tailored rehabilitation course toward recovery and social inclusion in the community. Cognitive Remediation (CR) is a striking example, based on the cognitive strengths and weaknesses of a person. It provides strategies to improve cognition, to gain autonomy and to reach social and professional inclusion. The CR programs are selected on the basis of the cognitive profile of each patient, and of the quality of the project corresponding to his wishes and needs, after a clinical, neuropsychological and functional evaluation. For persons with strong difficulties to be independent it is possible to add strategies that transfer cognitive benefits to solve complex problems in everyday life. These rehabilitation courses can be illustrated with a « stepping stone model », a care model tightly connected to the concrete phase of the rehabilitation project. Psychosocial therapies are delivered by specifically trained clinicians. Also completing the rehabilitation team, job coaches can help patients for the acquisition of a competitive employment, and case managers for coordinating the care in the patient’s environment. These new care practices in psychiatry can be delineated over large districts, including new orientations for day care units dedicated to more complex patients who need a longer rehabilitation course, or for residential psychiatric home which can focus on acquisition of an independent life. After many years we demonstrated in our rehabilitation unit that after a personalized CR program included in a larger rehabilitation project, persons with a psychic handicap show a better professional integration in competitive jobs, with a significant proportion of persons returning to study, with less relapses. Also, these patients practice more physical activity or hobbies, having more determinants for recovery. Finally, these persons keep in mind a very positive perception of the CR, as a helpful tool. In France the recent promotion of these psychosocial therapies becomes a priority in mental health. It might permit in a near future to be delivered throughout the country, with the aim to be accessible for each patient. This will provide more ethic and humanist principles to psychiatric care.

Cet article a été publié dans le Bulletin de l’Académie nationale de médecine sous la référence figurant ci-dessous. Il est disponible sur les plateformes en ligne de la revue :

Accès à l’article sur le site Science Direct : https://doi.org/10.1016/j.banm.2021.02.028

Accès à l’article sur le site EM Consulte

*Centre Ressource National de Remédiation Cognitive et Réhabilitation Psychosociale d’île de France (C3RP), Service Hospitalo-Universitaire de Santé Mentale et Thérapeutique, Groupe Hospitalier Universitaire Paris, Psychiatrie, Neurosciences Site Sainte Anne, Université Paris Descartes, 75014 Paris, France

Bull Acad Natl Med 2021;205:528-36. Doi : 10.1016/j.banm.2021.02.028