Discours
Session of 5 janvier 2016

Bilan de l’activité académique pour l’année 2015

Jean-Yves LE GALL *

En ces premiers jours de 2016, il revient donc au président sortant de faire le bilan des activités de l’Académie pendant l’année 2015.

L’activité de l’Académie a d’abord été, comme les années précédentes, celle de tous ses membres impliqués dans le fonctionnement des commissions et groupes de travail. Elle a conduit à l’adoption de huit rapports :

. la cigarette électronique permet-elle de sortir la société du tabac ?

. la pertinence économique de la chirurgie ambulatoire

. les autopsies médico-scientifiques sont indispensables au progrès médical

. la transplantation utérine

. prévention de la dépendance liée au vieillissement

. les cabines de bronzage : il est urgent de les interdire

. les médicaments falsifiés : plus qu’un scandale, un crime

. les nouveaux droits en faveur des malades et des personnes en fin de vie

et à la publication de treize communiqués concernant :

. la fermeture de l’hôpital du Val de Grâce

. les découvertes tardives de luxations congénitales de la hanche

. les dangers de l’alcoolisation

. la sécurité des médicaments

. les vaccinations

. les dyslexies et troubles associés

. l’usage des benzodiazépines

. les risques cardiovasculaires des anti-inflammatoires non stéroïdiens

. les médicaments à base de vaso-constricteurs

. la buprénorphine

. les complications du diabète de type 2

. une motion de soutien de le loi santé sur les transplantations d’organes

. le maintien ou la levée de l’obligation vaccinale

. l’électrosensibilité : une indemnisation ne constitue pas une preuve scientifique.

Je n’irai pas au-delà dans la description ou l’analyse de ces communiqués et rapports qui feront largement l’objet du rapport annuel de notre secrétaire perpétuel. Je voudrais simplement insister sur quelques aspects qui ont marqué le fonctionnement de notre compagnie aussi bien dans son contexte national qu’international.

Le début 2015 a été marqué par l’entrée en fonction d’un nouveau secrétaire perpétuel et d’un nouveau président, mais surtout par l’entrée en vigueur des nouveaux statuts, identiques à ceux de l’Institut, et donc par l’abandon des lettres patentes de Louis XVIII. Sur la base de ces statuts, il convenait de rédiger un règlement intérieur qui a été adopté ensuite par notre assemblée. Je me permets d’insister sur le fait que ce règlement intérieur est modulable, modifiable par un simple vote majoritaire permettant donc de l’adapter en permanence à l’évolution de notre compagnie et de notre profession. Le comité du règlement et de la démographie ayant en charge cette évolution réglementaire est en cours de constitution et devrait se réunir dans la première partie de cette année 2016.

Le secrétaire perpétuel et moi-même avons rencontré, au début de l’année 2015, le conseiller santé, recherche et formation médicales (François Lemoine) de la secrétaire d’état chargée de l’enseignement supérieur et de la recherche. Différentes questions ont été abordées (PACES, LMD appliqué aux professions paramédicales ; spécialités médicales) et nous avons insisté sur l’importance du rôle que pourrait jouer notre compagnie dans la formation professionnelle continue et dans les réflexions qui doivent être menées sur l’évolution de l’enseignement médical

Dans un second temps nous avons rencontré le conseiller hospitalo-universitaire de la ministre des affaires sociales, de la santé et des droits des femmes : une invitation à venir s’exprimer devant l’Académie a ensuite été adressée à la ministre.

Les relations avec ces deux ministères (notre tutelle officielle l’enseignement supérieur et la santé publique dont nos préoccupations sont en fait globalement plus proches) restent trop limitées. Dans cet ordre d’idée, le 16 décembre était organisée une rencontre entre M. Carlos Moedas, commissaire européen chargé de la formation et de la recherche, et des délégations de l’Académie des Sciences et de l’Académie de médecine. Il est apparu dans la discussion qu’en France nos deux Académies n’avaient pas le rôle d’interlocuteur régulier des pouvoirs publics, contrairement à ce qui se passe dans d’autres pays européens, notamment en Allemagne  et au Royaume-Uni. Il a été convenu néanmoins qu’elles étaient en mesure de mettre leurs ressources d’expertise à la disposition de la commission européenne.

Notre conseil d’administration a reçu le 4 mai le président du conseil national de l’ordre des médecins, avec lequel de nombreux sujets, concernant la formation initiale, la formation continue, les conditions d’exercice professionnel, la position et les responsabilités sociales des médecins, ont été abordés. Le 29 octobre j’ai répondu à l’invitation qui était faite au président de notre compagnie d’assister au deuxième congrès de l’ordre au cours duquel ont bien entendu étaient débattus, parfois vivement, les grands sujets d’actualité concernant la profession. Le lendemain j’assistais également à une session consacrée aux qualifications et reconnaissances des spécialités médicales, mais aussi à la démographie médicale et à l’origine géographique des recrutements ; une des opinions qui peut s’en dégager, c’est que le concours de première année et encore moins sous sa forme actuelle de PACES, n’est plus adapté aux conditions réglementaires européennes d’exercice.

J’ai également assisté le 20 décembre dernier à Rennes à la dernière réunion régionale organisée par l’ordre national pour consulter nos confrères libéraux. Il s’en est dégagé, en particulier de la part de nos confrères généralistes un très grand sentiment de lassitude, de découragement et de déclassement social, dans une société bureaucratisée, règlementée jusqu’à l’absurde et où le droit prime sur la science.

Si j’insiste sur ces relations avec l’ordre des médecins, c’est parce que celui-ci représente, avec notre Académie, et à mes yeux, la seule structure médicale encore réellement indépendante.

Nos relations de coopération internationale ont été particulièrement actives.

Deux d’entre elles étaient organisées par la Fondation de l’Académie : le Secrétaire perpétuel et moi-même avons assisté à la réunion de Mexico les 11 et 12 juin, le Secrétaire perpétuel et le vice-président ont participé à celle de New Delhi en novembre. Ces réunions ont été des succès, en particulier en raison de la qualité des exposés réalisés par nos confrères et de l’importance des audiences.  Une meilleure articulation entre les actions de la Fondation et celles de l’Académie parait cependant souhaitable.

Avec le soutien de la fondation et à l’initiative de Bernard Charpentier, qui en assure maintenant la présidence, la fédération des Académies Européennes de Médecine a consacré le 13 mai à Paris une journée aux problèmes de santé liés à l’adolescence et ceci dans le cadre magnifique de la Fondation Singer-Polignac.

Grâce à nos confrères Jean-Jacques Hauw et Jean-Paul Tillement, nos relations avec le Québec sont anciennes. Nous avons participé le 30 septembre à Montréal  à une journée commune Académie nationale de médecine / réseau Québécois de recherches sur le vieillissement, suivie le lendemain de la journée recherche de ce réseau. Les circonstances ont voulu que nous soyons contactés au début juillet par l’office québécois de la langue française demandant la possibilité d’incorporer dans leur « Grand dictionnaire terminologique » un certain nombre de définitions empruntées au dictionnaire de l’académie nationale de médecine. J.P. Tillement et moi-même avons rencontré à Montréal, la directrice des services linguistiques de cet office. À la suite de quelques échanges entre le Québec et nos confrères Jacques Hureau et Claude Guidicelli, une entente de partenariat office québécois / Académie nationale de médecine a été signée après approbation par notre conseil d’administration.

Sous l’impulsion de notre ancien président A.L. Parodi, les relations avec le Mexique ont été importantes : signatures de convention de coopération avec les états d’Higalgo et de Michoacan ainsi qu’avec la conférence des gouverneurs des états du Mexique ; organisation des assises franco-mexicaines de la santé à l’Académie le 10 juillet en présence des deux ministres correspondants ; parrainage de l’Académie pour l’organisation à Mexico le 20 novembre d’une réunion sur le thème « Santé et changements climatiques » en prélude à la COP21.

Le 2 septembre nous avons également reçu une délégation québécoise. La journée du livre s’est tenue le jeudi 17 septembre et à mon avis bénéficie d’un succès croissant. Les 21 et 22 l’académie a accueilli les XXe journées médicales balkaniques et deuxième séance commune avec l’ANM organisée par notre confrère Michel Huguier, sur les thèmes des urgences cardiovasculaires et gastroentérologiques, de nutition et santé. Les 21 et 22 octobre et à l’initiative de notre confrère Bernard Launois, nous recevions l’Académie Roumaine des Sciences Médicales ; différents thèmes ont été traités dont ceux du Cadasil, de la transplantation hépatique, de l’implantation par voie percutanée de valves aortiques ; nous avons pu également bénéficier d’un magnifique concert d’orgues par Bernard Lechevalier en la chapelle Saint Louis de la Salpêtrière.

Selon l’accord conclu entre la « Chinese Academy of Engineering » et notre Académie une réunion d’échanges scientifiques s’est tenue les 8 et 9 octobre aux Pensières à Annecy sur le thème des maladies cardiovasculaires, avec remise d’un prix Académie de Médecine-Institut Servier à un chercheur chinois. Cet évènement est l’occasion de rappeler les nombreuses coopérations de l’Académie avec la Chine, notamment avec les filières d’enseignement médical francophones.

Enfin, au cours de cette année 2015, aussi bien l’énergie de nos cousins québécois à défendre la langue française que le nombre et la diversité d’origine de nos confrères étrangers francophones, m’ont conduit à penser qu’il pourrait être utile d’œuvrer à la création d’une fédération des Académies de Médecine (ou établissements similaires) francophones. Cette fédération aurait  pour principaux objets, en complément de la conférence des doyens de faculté de médecine francophones, de favoriser les formations initiales et continues des professions médicales et paramédicales dans notre langue, d’assurer un soutien aux publications et revues médicales en français, de promouvoir l’utilisation des termes techniques, scientifiques et médicaux français.

Cette fédération serait constituée de plusieurs groupes de pays participants avec un premier cercle formé de la France, du Québec, de la Belgique, du Luxembourg, de la Suisse ; un deuxième cercle par les pays d’Afrique du Nord, d’Afrique Noire et du sud-est asiatique ; un troisième par des pays comme ceux des balkans, le Mexique ou la Chine.

Mon emploi du temps depuis le 15 septembre ne m’a pas permis de faire avancer un pré-projet rédigé au premier semestre. Mes loisirs à venir vont me permettre de le compléter avant de le soumettre à notre conseil d’administration.

Je ne peux terminer sans remercier tous les membres du personnel administratif et de la bibliothèque qui m’ont apporté leur aide et leur concours. Je dois souligner que cette année a été marquée en septembre par différents mouvements, avec en particulier l’évaporation de la secrétaire chargée du président et du vice-président. Inutile de dire que cette absence a été compensée par les efforts d’Hélène Pic et de Martine Besmier, et ceci toujours dans la bonne humeur. Qu’elles en soient spécialement remerciées.

Bull. Acad. Natle Méd., 2016, 200, no 1, 125-129, séance du 5 janvier 2016 125