Publié le 3 mars 2026

Les séances de l’Académie*

*Résumés rédigés par Catherine Adamsbaum, Bernard Bauduceau, Jean-Noël Fiessinger, Nathalie Cartier Lacave, Jacques Delarue, Jacques Hubert, Jean-Pierre Richer, Alain Yelnik

 

Mardi 3 mars 2026

Séance dédiée : « Neurostimulation et pathologies du mouvement : où en est-on ? »

Organisation : Marie VIDAILHET et Bernard BIOULAC

 

Stimulation Cérébrale Profonde et pathologies du Mouvement :  Pionniers et Présent de la recherche au soin et vice-versa, Perspectives et innovations.

Marie Vidailhet. Sorbonne Université, Département de Neurologie, Hôpital Pitié-Salpêtrière, APHP, Paris, ICM Paris Brain Institute.

 

La stimulation cérébrale profonde (SCP) est aujourd’hui à la fois un traitement reconnu et un outil de recherche fondamental pour mieux comprendre le fonctionnement du cerveau humain et les mécanismes des altérations motrices et comportementales.

En 1987, Alim Benabid et Pierre Pollak initient « la SCP moderne » ou stimulation à haute fréquence (SHF : 100 Hz, 0,5 ms, 1-2 V), en l’appliquant au noyau ventral intermédiaire (VIM) du thalamus pour traiter le tremblement de la maladie de Parkinson (MP) chez l’homme. Des approches expérimentales chez le primate rendu parkinsonien démontrent alors que la stimulation haute fréquence du noyau subthalamique (NST) (Abdelhamid Benazzouz en 1993), suppriment la symptomatologie de la MP (communication de Bernard Bioulac).

La neuromodulation des circuits cérébraux est réalisée par l’implantation d’électrodes de manière ciblée dans des structures « clé », notamment à fonction motrice, telles que le noyau subthalamique (NST, 39,1%), le pallidum interne (GPi, 16,3%) ou le thalamus (VIM, 16%), en fonction des pathologies et de leurs symptômes moteurs. En 2021, la MP représente à elle seule 45,2% des implantations (communication d’Elena Moro), viennent ensuite, les dystonies (9,9%) (communication de Emmanuel Flamand-Roze) et le tremblement essentiel (5,1%). L’autre vingtaine de mouvements anormaux répertoriés n’a que très rarement bénéficié de la SCP (0,1 à 0,5%). Les pourcentages de patients souffrant de pathologies mentales et traités par la SCP, dirigée parfois vers d’autres cibles limbico-motrices, demeurent, quant à eux, très faibles (14,9%)  : dépression résistante et trouble bipolaire (4,6%), trouble obsessionnel compulsif (TOC : 3,3%), maladie de Gilles de la Tourette (MGT : 2,3%) (communication de Yulia Worbe), addiction (1,2%), anorexie (0,4%).

La  meilleure compréhension des signaux intracérébraux (LPF : local field potentials et activité oscillatoire pathologique dans la boucle cortico-striato-pallido-thalamo-corticale), qui renseignent sur la physiopathologie des troubles moteurs ou comportementaux ouvrent la voie vers la  « stimulation adaptative » (détecter l’activité cérébrale afin de déduire l’état momentané des symptômes d’un patient et de réagir en adaptant les paramètres de stimulation) et le concept de connectome et de DBS (Deep Brain Stimulation) connectomique qui identifie les circuits cérébraux qui devraient être stimulés de manière optimale afin de réduire des symptômes spécifiques (communication de Jean-Philippe Azulay).

 

 

La stimulation cérébrale profonde pour traiter la dystonie.

Emmanuel Flamand-Roze. Hôpital de la Salpêtrière, Paris.

La dystonie se traduit par des postures ou mouvements anormaux, involontaires, souvent déclenchés par le mouvement volontaire, mais pouvant être présents au repos avec un caractère continu ou intermittent. Les critères diagnostiques de la dystonie ont été révisés en 2025 par un consensus international d’experts. L’axe phénoménologique évalue l’âge de début, l’histoire familiale, sa topographie et son caractère uni-focal ou non, sa temporalité avec son mode de début, son évolution et sa variabilité, son mode de déclenchement, sa survenue uniquement pendant le mouvement ou aussi au repos, avec tremblements ou secousses, son caractère isolé ou associé à d’autres signes non moteurs. L’axe étiologique classe la dystonie en primaire (génétique, idiopathique) ou secondaire (médicamenteuse ou toxique, lésionnelle, vasculaire, infectieuse, immune…). La stimulation cérébrale profonde (SCP) vise à corriger un dysfonctionnement des circuits des noyaux de la base. La SCP a été une avancée majeure de la thérapeutique des troubles moteurs. Développée dans les maladies fréquentes (maladie de Parkinson), elle aussi utilisée dans les maladies rares du mouvement parmi lesquelles la dystonie. La SCP est proposée dans les formes sévères et/ou généralisées de dystonie, car les traitements pharmacologiques (modulateurs dopaminergiques, anticholinergiques, benzodiazépines, baclofène) sont souvent peu efficaces et les injections de toxine botulique ne permettent de traiter que les formes localisées. Elle cible le globus pallidus interne (GPi) et le noyau subthalamique (NST). Les résultats de la SCP sont excellents, 50-60 % d’amélioration importante, maintenue sur 10 à 15 ans dans la dystonie primaire pure et dans les formes secondaires tardives liées aux médicaments (neuroleptiques).

La sélection des patients pour la SCP repose sur la topographie (dystonie des membres plus favorable) et la phénoménologie (dystonie mobile plus favorable que fixée), sur l’âge de début, la durée d’évolution et l’existence de complications orthopédiques, sur l’étiologie (sont favorables certaines formes primaires génétiques et les formes secondaires tardives), sur l’attente personnelle, familiale, sociale et professionnelle. La décision de l’indication de SCP est collégiale et multidisciplinaire avec de l’incertitude. D’autres questions sur la SCP ne sont pas résolues : prédiction et optimisation des résultats, évolution à longs termes de la maladie. Les perspectives reposent sur l’analyse de cohortes de patients (DBSMatchMaker), sur l’amélioration du positionnement des électrodes grâce au connectome IRM et la neurophysiologie peropératoire, sur le développement de la stimulation adaptative à l’activité cérébrale enregistrée, sur l’IA, sur les réflexions éthiques concernant l’identité de la personne et l’équité de l’accessibilité à la SCP.

 

 

Neurostimulation et maladie de Parkinson : où en est-on ?

Elena Moro. INSERM U1214, Université Grenoble Alpes, CHU de Grenoble

La stimulation cérébrale profonde (SCP), technique invasive de neuromodulation cérébrale, trouve ses origines au milieu du XXᵉ siècle en neurochirurgie stéréotaxique fonctionnelle des troubles moteurs comme outil de repérage des cibles. La stimulation temporaire des cibles entraine l’amélioration transitoire des symptômes moteurs. La lévodopa à la fin des années 1960 conduit à un déclin progressif des approches neurochirurgicales responsables de lésions irréversibles et de complications sévères. L’implantation cérébrale permanente d’électrodes permet le développement d’une stimulation chronique, ajustable et réversible, des structures cérébrales cibles (Alim-Louis Benabid et Pierre Pollak). A la fin des années 1980, la SCP est proposée dans la maladie de Parkinson (MP), ciblant initialement le thalamus, se déplaçant vers d’autres noyaux de la base : globus pallidus interne (GPi) et noyau subthalamique (NST). Son efficacité importante et durable (15 ans) sur les symptômes moteurs de la MP dans sa forme avancée est aujourd’hui solidement établie par des essais randomisés solides et des études à long terme. Efficace sur la qualité de vie et les performances motrices, elle permet de réduire le traitement dopaminergique et ses complications neuropsychiatriques. La SCP demeure un traitement purement symptomatique, sans effet sur l’évolution neurodégénérative de la MP. Chez certains patients son efficacité tend à diminuer avec le temps avec aggravation de symptômes axiaux. Elle peut être associée à l’apparition d’une apathie en rapport avec la stimulation de la partie ventrale du NST (limbique).  Son indication reste limitée par des critères de sélection stricts sur les recommandations européennes ainsi que par la complexité technique de la procédure aidée actuellement par la neuro-imagerie, la neuro-navigation et la robotique. Les mécanismes d’action de la SCP sont incomplètement connus. Les enregistrements cérébraux lors de la SCP explorent les activités oscillatoires dans le réseau des noyaux de la base. Des biomarqueurs neurophysiologiques signent l’état moteur pathologique : l’activité oscillatoire bêta du NST est associée à la bradykinésie et la rigidité, thêta aux dyskinésies biphasiques, gamma aux dyskinésies de pic de dose de lévodopa. La SCP n’est pas qu’inhibitrice d’une activité anormale, elle normalise le fonctionnement des circuits cortico-striato-pallido-thalamo-corticaux. La SCP peut aussi être modulée selon ces biomarqueurs (bouffées d’activité oscillatoire) : SCP adaptative. Le NST est organisé topographiquement en régions intégrées dans les circuits moteur, associatif et limbique ouvrant d’autres perspectives à la SCP. D’autres cibles sont évaluées : le noyau pédonculo-pontin pour les troubles de la marche ou de l’équilibre, la pars reticulata de la substance noire pour les ajustements posturaux anticipatoires.

 

 

Stimulation cérébrale profonde dans le syndrome de Gilles de la Tourette

Yulia WORBE. Neurophysiologie Clinique, APHP Sorbonne Université, Institut du cerveau, Paris.

Le syndrome de Gilles de la Tourette (SGT) est un trouble neurodéveloppemental, débutant entre 6 et 12 ans avec un pic de sévérité à l’adolescence et souvent une amélioration spontanée à l’âge adulte, caractérisé par la présence de tics moteurs et vocaux, associés à des troubles obsessionnels-compulsifs, déficitaires de l’attention avec hyperactivité et anxiodépressifs avec impulsivité. Il existe une composante génétique dans le SGT avec excès de variants de novo délétères partagés avec d’autres troubles psychiatriques (obsessionnels-compulsifs, du spectre autistique) conduisant à une distribution anormale des interneurones inhibiteurs dans les noyaux de la base. Les données neuropathologiques, transcriptomiques et issues de modèles développementaux montrent l’existence d’un déficit majeur des interneurones striataux, Gabaergiques et cholinergiques, résultant de perturbations précoces des programmes de signalisation (Sonic Hedgehog) et de facteurs de transcription (famille GLI) impliqués dans le développement des noyaux (ganglions) de la base, associées à des mécanismes glio-neuronaux et épigénomiques.

Le traitement du SGT repose en première intention la thérapie cognitivo-comportementale et les traitements pharmacologiques (agonistes α2-adrénergiques antipsychotiques). La stimulation cérébrale profonde (SCP) est un dernier recours chez un sous-groupe restreint de patients présentant des formes sévères, fonctionnellement invalidantes, résistantes aux traitements conventionnels, avec des comorbidités psychiatriques stables, sélectionnés sur les recommandations européennes. La pertinence pour la SCP de cibles thalamiques (complexe centromédian–parafasciculaire) puis celle de cibles pallidales (globus pallidus interne) avec leurs projections associatives et limbiques justifie une approche en réseaux. Le SGT est donc considéré comme une dysrégulation des circuits cortico-striato-thalamo-corticaux assurant normalement la sélection, l’initiation et l’inhibition des programmes moteurs et comportementaux impliquant des composantes associatives et limbiques. La dynamique oscillatoire pathologique (désynchronisation) de l’activité cérébrale en lien avec les tics correspond à des oscillations thêta. Bien que la stimulation continue (en circuit ouvert) demeure le standard actuel de la SCP, des travaux de recherche translationnelle explorent désormais la neuromodulation adaptative (en circuit fermé), en s’appuyant sur le décodage des potentiels de champ locaux (local field potentials, LFP). La stabilité électrophysiologique sur des périodes prolongées, ouvrent la voie à des stratégies de stimulation personnalisée, ajustées en temps réel à l’émergence de la désorganisation oscillatoire électrophysiologique (biomarqueurs) associée aux tics : stimulation adaptative.

 

Neurostimulation et pathologie du mouvement : Approche médicale, de recherche, des patients, expérience et perspectives.

AZULAY Jean-Philippe. Service de Neurologie et pathologie du mouvement, Hôpital de la Timone, Marseille

Les indications actuelles de la stimulation cérébrale profonde (SCP) sont larges, neurologiques (Parkinson, tremblements, dystonie, Gilles de la Tourette, algies vasculaires de la face, épilepsie, Alzheimer) et psychiatriques (dépression résistante, TOC sévère, addictions et troubles alimentaires). Le tremblement essentiel, fréquent, a été le premier trouble traité par la SCP (bilatérale), par l’équipe de Grenoble (Benabid) sur l’hypothèse d’un réseau oscillant cérébello-thalamo-cortical et un déficit Gabaergique. La SCP, méthode invasive, a pris la place de la chirurgie lésionnelle. Mais de nouvelles techniques non invasives se développent : Gamma Knife (GKRS) et ultrasons focalisés guidés par IRM (FUS). De nombreuses structures sur le réseau anatomo-fonctionnel des noyaux de la base sont ciblées en fonction des symptômes : noyau ventral intermédiaire du thalamus (VIM), noyau subthalamique (NST), globus pallidus interne (GPi)…

La maladie de Parkinson (MP) est d’évolution lente, longtemps contrôlée par la lévodopa. Mais l’efficacité médicamenteuse sur les symptômes moteurs ou non moteurs diminue avec le temps avec apparition de mouvements anormaux ou dyskinésie. Le traitement de seconde ligne se fait soit au moyen d’injection continue de lévodopa par pompes (voies sous-cutanée ou jéjunale par gastrostomie) soit par stimulation cérébrale profonde (SCP) du NST. Si aucune étude ne les compare, la SCP parait être le traitement le plus efficace mais avec des critères de sélection stricts (patients de moins de 70 ans, sans troubles cognitifs ni moteurs axiaux, sensibles à la lévodopa). Il existe en France 25 centres experts qui traitent toutes les pathologies du mouvement (stratégie nationale Maladies Neurodégénératives), une société savante (SOFMA), un réseau de recherche (NS-Park) et un Club des Mouvements Anormaux (enseignement).

Les perspectives sont une amélioration de la procédure de SCP (AG, réduction de la durée opératoire et du séjour), un repérage précis des plots de stimulation (par imagerie et électrophysiologie), l’utilisation de neurostimulateurs rechargeables et d’électrodes directionnelles, une adaptation de la SCP aux paramètres des enregistrements de l’activité cérébrales ou stimulation adaptative (apparition d’ondes béta [biomarqueurs] corrélées aux symptômes pour la MP). La SCP reste un traitement symptomatique efficace dans les formes sévères de plusieurs maladies neurologiques ou psychiatriques. Très efficace sur les tremblements, elle est concurrencée par les procédures lésionnelles non invasives. De nouvelles biothérapies se développent et pourraient changer la prise en charge et le pronostic de la maladie dans les prochaines années: thérapie génique, greffes cellulaires, insertion cérébroventriculaire de dopamine anaérobie.

 

Remercier nos cousins les primates : le modèle de maladie de Parkinson. Stimulation à haute fréquence (SHF) du noyau sous-thalamique (NST) (1992-1993)

Bernard Bioulac. Professeur émérite, Université de Bordeaux.

Un modèle de maladie de Parkinson (MP) chez le primate non-humain a été réalisé par injection intracarotidienne de MPTP, neurotoxique détruisant les neurones dopaminergiques de la substance noire. Un état clinique d’hémiparkinson controlatéral à l’injection a été observé avec hypertonie et bradykinésie, l’autre hémicorps restant sain et servant de contrôle. En effet, chez le macaque il n’y a pas de communication entre la vascularisation artérielle destinée au côté droit et celle destinée au côté gauche du cerveau.

Le singe avait préalablement appris à exécuter un mouvement volontaire précis du membre supérieur (flexion-extension) en mobilisant un manipulandum. L’analyse du mouvement par des mécanogrammes permettait de suivre l’installation de la bradykinésie après injection de MPTP.

Les neurones du NST après injection de MPTP sont l’objet de bouffées de potentiel d’action avec synchronisation pathologique. L’activité pathologique du NST stimule le pallidum interne gabaergique inhibiteur du thalamus moteur et la voie thalamo-corticale expliquant la bradykinésie.

Sur ce modèle est implanté un système de stimulation à haute fréquence du noyau subthalamique (130 Hz, 100 µs, 600 µA) corrigeant les troubles moteurs. Initialement, il a été évoqué une inhibition de l’activité anormale, inhibition de type lésionnel. En fait, il s’agissait d’une neuromodulation réversible ayant tendance à régulariser et normaliser l’activité cérébrale (l’activité rythmique de type bêta est antikinétique et l’activité rythmique de type gamma est prokinétique).