Published 26 November 2019

Résumés des séances de l’Académie*

* Par Catherine Barthélémy, Pierre Brissot, Martin Danis, Vincent Delmas, Francis Michot

 

Mardi 26 novembre 2019

Séance dédiée : « Hominidés… où, quand, pourquoi, comment ? »

Organisateur : Yves COPPENS

 

 

 

Introduction, présentation de la séance et des orateurs par Yves COPPENS (Membre de l’Académie des Sciences, Membre de l’Académie nationale de médecine)

C’est la grande histoire de l’origine de l’Homme, qui s’étale sur 10 millions d’années, qui est ici présentée. Cette histoire se jalonne en quatre étapes, les deux premières correspondant au « pré-humain » et la seconde à « l’humain ». La première phase (qui remonte à 7 millions d’années = 7Ma) est présentée par Michel Brunet, la seconde (6 millions d’années) par Brigitte Senut, la troisième (3 millions d’années) par Yves Coppens, et la dernière (300 000 ans) par Jean-Jacques Hublin.

 

 

Sahelanthropus tchadensis par Michel BRUNET (Chaire de paléoanthropologie humaine, Collège de France)

Depuis 1994 la Mission Paléoanthropologique Franco-Tchadienne (MPFT) fouille dans le désert du Djourab (Nord Tchad) où elle a d’abord mis au jour, en 1995, un nouvel Australopithèque dit “Abel” (3.5 Ma), le premier connu à l’ouest du Grand Rift Africain. En 2002, la MPFT décrit le plus ancien Hominini (la famille Humaine tribu sœur des Panini, les chimpanzés) Sahelanthropus tchadensis dit “Toumaï” (7 Ma) bipède par l’anatomie de son crâne tandis que la sédimentologie et l’assemblage faunique associé témoignent d’un paysage mosaïque composé de lacs, marécages, forêts, bosquets, savanes arborées et prairies herbeuses. Le crâne et la denture présentent une association unique de caractères primitifs et dérivés qui montrent clairement leur appartenance aux Hominini, et non aux grands singes africains, mais temporellement proche de leur dernier ancêtre commun. Ces plus anciens pré-humains avaient une répartition géographique non restreinte à l’Afrique Orientale et Australe mais plus large, incluant au moins l’Afrique tropicale Centrale et Sahélienne.

 

Orrorin tugenensis par Brigitte SENUT (Museum National d’Histoire Naturelle)

Les travaux, menés au Kenya (Collines Tugen), ont conduit à redresser certains des grands mythes de l’origine de l’Homme.

Ainsi : i) La dichotomie entre grands singes africains et l’homme n’est plus estimée à 5-6 Ma mais au moins à 9 Ma (et peut-être plus) ; 2) L’hypothèse « savane » selon laquelle l’homme serait né dans la savane et qu’en conséquence la bipédie est apparue dans cet environnement ne tient plus : l’homme a évolué dans des forêts sèches mais vertes toute l’année ou en pays boisé humide ; iii) Les australopithèques ne seraient pas les ancêtres de l’homme mais appartiendraient à une branche latérale ; iv) Le chimpanzé n’est pas un bon modèle de l’ancêtre de l’homme tant sur le plan de la locomotion que sur celui de la denture nouvelle (car il mange de la viande).

 

Origine de l’homme par Yves COPPENS (Chaire de paléoanthropologie humaine et préhistoire, Collège de France)

L’émergence du genre humain (Homo sapiens) a pu être précisée par des études menées sur une dizaine d’années dans le sud de l’Ethiopie. Elle est schématisée par la représentation d’une falaise de 800 m de haut dont la structure inférieure correspond à plus de 3 Ma alors que la partie supérieure date de moins d’1 Ma. Le contraste entre la présence de nombreux fossiles dans la partie haute (signifiant climat sec) et celle d’une faune différente dans la partie inférieure (suggérant un milieu humide) permet de conclure à un changement climatique entre 3 Ma et 1 Ma. Entre le « bas » et le « haut », on est passé du préhumain (qui marche et grimpe) à l’humain qui marche bien plus qu’il ne grimpe, développe une denture adaptée à une alimentation devenue carnée, et développe sa tête et surtout son cerveau pour s’adapter à solutionner les risques liés à son nouvel environnement.

 

Homo sapiens par Jean-Jacques HUBLIN (Max Planck Institute for Evolutionary Anthropology, Leipzig, Allemagne)

Homo sapiens est la seule espèce survivante d’une grande diversité de formes d’homininés du Pléistocène Moyen (troisième étage du Pléistocène). Cette espèce, au succès adaptatif remarquable, a une origine africaine et s’est répandue en Eurasie durant le Pléistocène supérieur (première époque de la période du Quaternaire), d’abord dans les régions tropicales, puis plus tardivement dans les moyennes latitudes. Elle y a supplanté d’autres formes d’homininés, les Néandertaliens et les Dénisoviens en les absorbant partiellement. Les formes les plus anciennes connues d’Homo sapiens ont été découvertes à Jebel Irhoud, au Maroc et sont âgées de 300 000 ans. Elles présentent une mosaïque de caractères dérivés et primitifs. Les caractères dérivés intéressent notamment le système masticateur. Parmi les caractères primitifs, la morphologie endocrânienne se distingue de celle globulaire de l’homme actuel.  Ces fossiles sont associés à un « Middle Stone Age » ancien représenté en Afrique de l’est et du sud. Le Middle Stone Age ancien pourrait représenter un marqueur de l’expansion de notre espèce. L’origine géographique d’Homo sapiens a généralement été située en Afrique sub-saharienne mais aujourd’hui c’est plutôt un modèle d’origine panafricain et polycentrique qui est privilégié.

 

  

Conclusions par Yves COPPENS

Si on considère l’ensemble des Vertébrés, nous ne sommes ni ceux qui entendons le mieux, qui voyons le mieux ou courons le mieux. Mais nous sommes sans doute ceux qui pensons le mieux (l’homme sait qu’il sait…). Nous puisons depuis 3 Ma dans notre environnement et, même si depuis le 19è siècle les données quant à l’utilisation de notre environnement ont fort changé, il convient d’exprimer un véritable hymne à l’humanité en cessant de lui en vouloir de puiser dans ce milieu.