Discours
Session of 5 janvier 2021

Allocution du Président pour l’année 2021 (extraits)

B. Charpentier*

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Discours du Professeur Bernard Charpentier, (extraits)

Vice-président de l’Académie nationale de médecine en 2020 et Président pour 2021

Séance solennelle du 5 janvier 2021

(Seul le prononcé fait foi)

 

Monsieur le Président de la République

Monsieur le Président de l’Académie

Monsieur le Secrétaire perpétuel

Chères Consœurs, Chers Confrères

Mesdames et Messieurs

Chers Amis

 

En 2021, une Académie de Médecine vieille de 201 années : POURQUOI FAIRE ?

 

Vous l’avez remarqué, Monsieur le Président de la République, je vous ai réservé ma première marque de respect,  Président de la République, qui, dans son article 1er de nos statuts, rappelle que nous sommes placés sous votre protection  en tant que personne morale de droit public à statut particulier !! Primus inter Pares ! Vous n’êtes pas physiquement là mais peut-être m’entendez-vous par ces canaux secrets que le pouvoir sait ouvrir ?

 

Ma gratitude et mon respect, Monsieur le Président Jean-François Mattei, pour votre action pour la Compagnie dans les temps difficiles de la COVID, aucun Président antérieur n’avait été confronté à une pandémie touchant si intimement notre Maison et la Société toute entière. Vous avez été mon Ministre de la Santé pendant ma présidence de la Conférence des Doyens, vous avez créé le plan Hôpital, connaissant déjà sa souffrance de sous-financement chronique et vous aviez un Conseiller assez extraordinaire, le Pr Ph. Thibaud, qui aurait mérité de faire partie de notre Compagnie. Par définition, nos discours pourront paraître redondants et c’est la 1ere fois depuis 201 années que la transmission patrimoniale de Président à Président se fait en digital ! …/…

 

C’est avec gravité que j’ai monté en réalité virtuelle ces quelques marches empruntées par mes 200 prédécesseurs depuis 1820, dont vous, Mr le Président, je ne suis qu’un maillon d’une longue chaîne et j’ai toujours une pensée pour la salle des bustes, sur les murs, à tous ceux qui d’une manière ou d’une autre, ont tout fait pour que notre Compagnie reste glorieuse, Présidents, Secrétaires perpétuels et Trésoriers en plus petit nombre et bien sûr tous les Consœurs et Confrères qui font la vie de l’Académie.

 

Les académiciens ne meurent jamais, ils s’effacent tout doucement et leurs œuvres, conservées à la bibliothèque,  sont éternelles ! D’ailleurs l’Académie peut très bien rentrer dans la Loi  « LEX PROPONEBATUR » écrite à la fin de la République romaine qui stipule que qu’une Légion est tenue pour rester la même lorsque de nombreux soldats sont morts tandis que d’autres ont été mis à leur place et le texte va plus loin en latin, que certains parmi vous on du traduire,  comme moi : « ….de même le navire si souvent réparé qu’il ne reste plus une seule planche qui ne soit neuve, n’en est pas moins censé demeurer le même navire… », c’est un peu notre cas ! Les souvenirs sont des Maîtres infiniment distants disait Lacan !

 

Je  vais vous parler bien sûr de Médecine, mais au sens de l’art médical, la Science de l’Esprit !

En ces temps de COVID, le fonctionnement de notre Compagnie n’est pas aisé, j’y reviendrai, nous avons montré de la résilience, …/… Depuis que vous m’avez fait l’honneur d’être membre de la Compagnie, j’ai toujours fait très attention aux discours des Présidents entrants, présidence d’ailleurs « météorique » d’une année, où « faire » tient de la gageure dans un temps si court et orthogonale aux présidences académiques anglo-saxonnes, la plupart de trois années, comme je l’ai connu pour la FEAM où vous restez en fait sept années au Conseil, une année Président-élu, trois années Président et trois années Ancien-président et là vous travaillez en tandem avec votre prédécesseur puis avec votre successeur sur le temps long. Il faudra qu’un jour l’Académie se repenche sur cette anomalie fonctionnelle et qui vient du XIX siècle et de la lampe à huile ! Et ce n’est pas en améliorant la lampe à huile que l’on a découvert l’électricité !

 

Ces discours d’introduction sont sûrement le reflet de nos personnalités heureusement si diverses et pour ma part je vous éviterai la sempiternelle « ma vie, mon œuvre… », je vais faire un clin d’œil à des présidents honoraires, je ne suis pas fasciné par les petaflops et les gigaoctets, je ne suis pas né à Aniche mais à Brie-Comte-Robert, je ne vous parlerai pas des champs de betteraves, je n’ai jamais fait de politique, mais j’ai été l’élève d’un peu de « Morale » chez les Bons Pères, par contre je vais vous parler de notre Compagnie en me demandant et vous demandant «  Une Académie de médecine, comprenant heureusement des pharmaciens, des vétérinaires, d’éminents membres libres, en 2021, pourquoi faire…. ? ».

 

Je vais le faire avec mon expérience bruxelloise, de la présidence des 21 autres académies de médecine en Europe par la FEAM, puis ensuite de celle du SAPEA où j’ai visité en trois ans une petite moitié des 110 Académies et de leur cinq coupoles, EASAC, ALLEA, Acad Europ, Euro Case,  allant d’Helsinki à Lisbonne et de Tel-Aviv à Dublin et couvrant tous les champs disciplinaires, des mathématiques pures à la sculpture et la peinture.  …/… D’abord, de Bruxelles ou de Vilnius, vous vous apercevez rapidement que le soleil ne tourne pas autour de la France et que Paris n’est pas le barycentre de l’Univers, comme certains Français, et pas des moindres, le pensent encore.

 

D’avoir une expérience d’autres Académies de l’étranger dans leur impact dans leur Société, en particulier de la Royal Society à Londres, fondée en 1680, soit sept années avant l’Institut de France,  la Leopoldina à Halle dans la banlieue de Leipzig, ça donne du recul ! D’ailleurs en visitant l’ académie de Berlin-Brandebourg Wissenchaft Akademie (BBWA), j’avais été frappé d’apprendre par le Perpétuel allemand, en pleine guerre Napoléonienne, que le Baron Larrey qui siège à droite de l’entrée notre académie,  avait été reçu en grande pompe à la BBWA, juste après la bataille de Iena par le grand Alexander von Humboldt, lui-même, les académiciens Walter Père et Fils, et Herman Père et Fils !  La Paix Franco-Allemande par la Science au milieu de la guerre ! Un signe !

 

En effet, vu de Berlin ou de Londres, en France, dans un pays historiquement suradministré, souvent englué dans l’impuissance bureaucratique et le formalisme juridique, avec 1245 Agences d’Etat, 400 000 fonctionnaires, quelle est la plus-value apportée par la plus vieille Agence de santé de 201 ans, en plus des 12 autres dites de santé ? Il faut dire tout de suite qu’à l’aune de la pandémie COVID, tout citoyen peut se demander avec cette escouade d’agences : étions-nous prêts ?

 

Le plan de ma démonstration sera classique : d’Où venons-nous ? Qui sommes-nous ? Où allons-nous ? Comment y aller ? Qui serons-nous à notre tricentenaire de 2120 ?

 

Les mots ont un sens et je rappellerai que ce mot d’Académie, parfois mal utilisé, vient du jardin d’Akadémos, héros mythique de l’Attique, situé à une distance de 6 stades à l’ouest du Parthénon, terrain sur lequel Platon en -387 AvJ.Ch.  va fonder une école de savoir et de philosophie mais aussi de mathématiques, d’astronomie et va devenir le temple de la connaissance, donc fixe dans un lieu, à cette époque les savants étaient nomades et allaient de prince en prince et de palais en palais.  …/… La Médecine était une Ecole, on y enseigne le métier que l’on fait, on fait le métier que l’on enseigne, chose rare à l’Université, à cette aune, le Professeur de Physique fondamentale le matin à l’Université, si souvent méprisant pour la Médecine et la Pharmacie qualifiés de « Sciences Molles », devrait être conducteur de TGV l’après-midi pour mettre en pratique les courants de Foucault, enseignés le matin et freinant sa motrice l’après-midi ! Je ne reviens pas sur l’action de Louis XVIII créant l’Académie Royale de Médecine sous l’impulsion du Baron Cloquet, il faut toujours au Prince un conseiller éclairé pour prendre les bonnes décisions. Juste une remarque, en 1820 il y avait des jetons de présence à l’Académie, le profil du Monarque au recto, avec Louis, Roi de France et de Navarre et Académie Royale de Médecine au verso et les Académiciens récompensé que si présents, on faisait l’appel ! Devant certaines absences injustifiées, des Académiciens m’ont suggéré de revenir aux jetons de présence ! Souvenez-vous, une Académie vide est une Académie morte, …/… Je  dis cela pour les 15 à 20% d’académiciens, correspondants et titulaires,  que l’on ne voit jamais et pour lesquels les présidents de division après enquête sérieuse devraient se demander pourquoi ils ne viennent pas ! Erreur de recrutements ? J’y veillerai !

 

Dans le chapitre qui nous sommes ?, j’aimerai évoquer les points forts et les points faibles. Les points forts, c’est notre expérience, notre « sagesse », le fait que nous ayons une carrière professionnelle bien remplie sur nos épaules, notre multidisciplinarité et notre volonté de continuer à travailler, à questionner, à chercher, à faire savoir et à communiquer pour le bien de tous, nos concitoyens, leur santé, leur bien-être, en France et partout dans le Monde, c’est une vocation Française ! Le plus grand point fort, c’est notre indépendance, car nous sommes élus, pas nommés, l’éternel débat Franco-Français entre la légitimité de l’élu et du nommé, …/… Cette indépendance, c’est l’élection par les « Pairs » qui nous l’apporte …/…

 

Pendant ce temps-là, qu’a fait l’Académie ? Elle a travaillé, elle a écrit, elle a publié, elle a communiqué et je ne reviendrai pas sur le bilan qu’a fait le Président JF. Mattei de l’année 2020, 4 avis, 94 communiqués dû à la cellule COVID dirigée par Y. Buisson que je remercie du fond du cœur et tous les académiciens, quels qu’ils soient pour leur proposition de thèmes de Communiqués/Avis/Rapports, dans leur investissement. D’ailleurs la COVID a eu un rôle capital dans le séisme qui a touché le Monde entier et la France et l’Académie en particulier. Elle a été le révélateur du peu de résilience de certains, l’explosion de dérapages psychiatriques sur tous les tréteaux du Buzz médiatique, de délires et de mensonges multipliés par l’Internet et la confusion des « Experts », parfois auto déclarés et du mélange de genre :  « politiques » et « experts »,  quand les uns font le métier des autres et vice-versa et où a été confondu communication politique et annonces de santé publique !

 

La COVID a complétement chamboulé l’ordonnancement du Bicentenaire de l’Académie, voire l’a totalement annihilé !!Pourtant c’était pour nous tous une grande fête, bien organisée par D. Couturier et son groupe de travail, et le tout réduit à presque rien alors que le centenaire de 1920 avait amené le Président Millerand à la tribune. On se remet de tout, mais pas forcément à l’endroit ! Et comme c’est usuel, un évènement destructeur peut se révéler en fait constructeur d’un nouveau monde : celui de l’introduction du mode de travail et de gestion par l’outil digital qui a complètement nos organisations et notre production scientifique. En effet Zoom, Teams, Skype, Blue Jeans ont tué la classe « Business » des Compagnies aériennes, la 1ere Classe des TGV  et ces derniers auront du mal à revenir dans le panorama tant ils ont été ringardisés par ces plates-formes de réunion et de travail, de gestion du temps. D’ailleurs on devrait lire plus souvent les prédicateurs des GAFAM qui ne montent pas en chaire le Dimanche matin à l’Eglise mais écrivent pour des millions de citoyens mondialisés. Au printemps dernier, Larry Page, cofondateur de Google avec Serguei Brin, écrivait que dans le climat COVID et ses tremblements sociétaux, les patrons des grandes entreprises du net considéraient que les mesures de confinement et de distanciation physique était une formidable opportunité pour les GAFAM : ces patrons ont tous tenu le même discours, je traduis :  «  Nous sommes vos amis, vos sauveurs, Amazon va vous livrer tout ce dont vous avez besoin chez vous, à votre porte ;  Google va vous aider à faire l’école et vos cours en ligne ;  Zoom vous permettra d’organiser des réunions digitales avec vos Collègues ; retrouvez vos proches dont vous êtes séparés avec Facebook «  La boucle est bouclée et il est difficile de remettre le dentifrice dans son tube, les grandes entreprises  ne fabriquent plus de beignets mais elles façonnent la Société concluait ’il ! Un petit renvoi discret, écrit en tout petit, signalait que le « marché santé mondiale » était estimé à 7700 Milliards $, que Amazon « santé », c’était Amazon Care, Health Navigator, Transcribe, Hébergeur d’AWS, Pill Back, Alexa-Echo, l’Assureur Haven et que Google Santé, c’était Calico, Verily et Google Cloud, concurrent bien sûr de « Microsoft Cloud » qui accueille toutes nos données de santé dans le « Health Data Hub ».

 

Je voulais aussi rappeler l’aide très important que la Fondation de l’académie apporte à son Alma Mater, l’Académie,  et dont je viens de démissionner de la Vice-présidence pour ne pas cumuler les fonctions. Depuis sept années, créée contre vent et marée par Pierre Joly, notre ancien Président et qui avait compris avant tout autre qu’une fondation de droit privé était un appui considérable à l’Académie, de droit public, et qu’en aucun cas une Fondation ne peut pas être un « faux-nez » de son académie car elle ne peut pas être ni une banque ni une petite académie-bis en tutelle. Je remercie aussi du fond du cœur J.M. Dru, HEC, grand Patron dans la Communication, Directeur général de TBWA/Omnicom US, Président d’UNICEF France et qui a accepté de présider généreusement cette Fondation et de lui trouver les mécènes pour sa création et de la diriger. Je remercie bien sûr JP. Scotti, ESSEC, grand Entrepreneur, qui a permis lui aussi la création de la Fondation et celles et ceux qui y ont travaillé : S. Géry, Y. Juillet, E. Assante, Ch. Sourice, R. Villet et maintenant deux jeunes académiciens supplémentaires : Y. Lévi et E. Eléfant. Avec de petits moyens privés qu’elle va chercher, elle se démène hardiment et a su construire deux étages à sa fusée : la première époque des Forums binationaux avec les BRICS. Le 2ème étage a été le recentrage sur des sujets de Société, le vieillissement, l’exposome, la nutrition, tous sujets de débat public auxquels s’est attachée la Fondation.

 

Alors où allons-nous ? Notre bicentenaire est derrière nous et si l’on veut rester dans la commémoration en 2021, il ne reste plus que le bicentenaire de la mort de Napoléon ! L’Académie de médecine ne s’en plaindra pas, Napoléon était très peu pro-Académie, voire l’inverse quand il a supprimé l’Académie des Science Morales et Politiques, ou à moins de considérer que l’école d’artillerie de Brienne le Château était Universitaire ! Mon Hôpital Bicêtre, qui siège en majesté sur le mur de la salle des bustes, a d’ailleurs été le témoin en 1821 d’un étrange phénomène : il est noté par le Dr Voisin, Médecin des Aliénés du Bâtiment « La Force » que 13 à 14 nouveaux Empereurs se sont présentés aux portes de Bicêtre en 1 semaine, bicorne sur la tête,  le lendemain de la mort de l’Empereur et qu’après des bains à l’eau froide, 4 ont été mis au cachot blanc et 2 au cachot noir et 9 en camisoles, on n’avait pas encore découvert le Largactyl à cette époque, mais le cabanon, on connaissait ! Donc foin de commémoration, 2021 sera le début d’une nouvelle ère post-Covid : JF Mattei vient de le dire, je le redis, le digital va changer définitivement la manière de travailler et de produire de la Science par notre Compagnie. Einstein disait  à ses 70 ans à Princeton «  seul le Futur m’intéresse car c’est là que j’ai décidé de passer le reste de ma vie ». 

 

Pour ma part, je mènerai 4 actions en 2021, avec le nouveau CA et vous toutes/tous : 1-Rajeunir la Compagnie, 2-Evaluer l’Académie pour encore progresser, 3-Augmenter la lisibilité, la réactivité, l’image de notre Compagnie, 4-Améliorer la reconnaissance extérieure à la Rue Bonaparte.

 

Je vous préviens, le bateau va un peu tanguer, prendre un peu de gîte, mais il faut du vent pour aller au bon port !

 

Rajeunir la Compagnie est une nécessité absolue, elle devra passer par l’augmentation des fauteuils disponibles pour que les jeunes talents ne se désespèrent pas.  Il serait suicidaire pour la Compagnie de perdre ces talents faute de fauteuils de Titulaires ou de Correspondants. Le Comité juridique et le Comité du règlement ont des propositions qui vont dans ce sens et qui seront débattues par vous, en allant vers l’avant car vous savez que l’Ange du passé a toujours le visage tourné vers l’arrière ! Ces annonces de propositions de modifications vont vous être proposées dans 20 mn par le Secrétaire perpétuel, on ne perd pas de temps… !

 

La séance plénière du mardi pourra se voir en présentiel et en distanciel, permettant d’augmenter très significativement les présents et le questionnement des exposés, il n’y a pas de science sans questionnement ! J’inviterai beaucoup de talents à nous faire des Conférences Invitées les plus diverses, Philosophie, Sociologie, Environnement et je commence dès aujourd’hui, j’ai demandé à Emmanuel Hirsch, Philosophe qu’on ne présente plus,  d’en faire une sur Pandémie 2020 !

 

Les Commissions, les Groupes de travail pourront décupler leur activité, les Confrères et Experts en régions pourront participer comme si ils étaient Rue Bonaparte et l’on pourra espérer une production de rapports, d’avis, de communiqués supérieurs à ce qui avait été enregistré jusqu’en 2019. Je pense surtout à nos Correspondants, beaucoup encore harassés par leurs tâches de soins, d’enseignement, de recherche et pour certains de tâches administratives, je peux vous en parler savamment, qui ne peuvent venir Rue Bonaparte, pourront apporter tout leur tonus à la vie de notre Compagnie.

 

Notre autre point fort, c’est notre administration, si dévouée, une marque particulière à notre divine Vestale, Martine Besmier,  et notre bibliothèque avec Jérôme van Wijland, si accueillante, si aidante !

 

Pour faire encore progresser notre Compagnie,  il faudra faire un effort en 2021 d’une auto-évaluation de notre Compagnie sur le mode Anglo-Saxon du SWOTA, Force/Faiblesse/Opportunité/Menace/Action par tous les académiciens titulaires et correspondants, soit 389 académiciens, c’est elle qui devrait permettre l’injection d’idées et de réalisations nouvelles par l’appui de tous. Normalement une auto-évaluation est toujours suivie d’une exo-évaluation et j’espère que mes successeurs auront le courage de faire évaluer notre Compagnie soit par un Comité International académique, soit par l’HCERES qui est faite pour cela, elle évalue l’INSERM, le CNRS, le CEA, les Universités, pourquoi pas nous ? Je vous rappelle qu’avec l’accord du CA, du Président Mattei et du Perpétuel, nous avions commencé à faire une auto-évaluation de nos séances dédiées, certaines excellentes, d’autres moins bonnes, et qui permettrait au Comité de Rédaction d’avoir un retour « qualité » de ces séances.

 

Il faudra aussi que le CA continue à évaluer le travail des Commissions et des GT. Il faudra aussi que le CRI se penche sur l’investissement parfois modeste de nos membres étrangers, une simple audit Force/Faiblesse de notre relation avec eux devrait être simple à conduire, je ferai cette demande au Comité et à son Président P. Debré. J’en profite pour dire que le nouveau format du Bulletin de l’Académie, qui est passé d’un côté sympathique mais un peu artisanal à un côté professionnel dans le bouquet Elsevier,  est redevenu une grande force de notre Académie et ira grandissant en réputation et en Impact Factor, merci à JN Fiessinger, S. du Chaffaut et le Comité de Rédaction d’avoir fait ce saut qualitatif et aux Présidents et Perpétuels d’avoir facilité ce saut.

 

Il nous faut augmenter la réactivité de l’Académie, tel que cela a été le cas avec les Communiqués pendant la phase COVID où le GT d’Y. Buisson a collé à la réalité, voire l’a précédée, ce qui est le rôle d’une agence de santé publique, et nous avons « fait le job » comme disent les Anglo-Saxons et  mieux que d’autres et avec un retentissement et une communication à tous les niveaux, allant jusqu’au sommet de l’Etat, avec les médias et la Presse travail de communication de Virginie Gustin. Il faut profiter de cet élan de réactivité pour le pérenniser par une cellule de travail sur l’actualité ou la précédant, cette idée avait été soulevée par notre regretté MGI J.E. Touze, mon ami de toujours et qui n’a pu mener à bien son idée lorsqu’il était au CA, emporté si vite par la maladie, que son souvenir soit avec nous aujourd’hui. Il est indispensable que certains se dévouent à cette tâche, cellule de veille ou de vigie de l’Académie, pour voir rapide et loin !

 

Pour notre action et notre image, il est indispensable d’avoir des liens avec les Tutelles, MESR, Ministère de la Santé, l’Assemblée Nationale, le Sénat, cela a débuté avec  l’OPECS, en sachant que l’efficacité n’est pas toujours au RDV, on l’a bien vu pour la LPPR, qui le moins que l’on puisse dire, malgré des bonnes intentions, n’est pas à la hauteur de ce que pourrait attendre un pays comme la France qui ne cesse de déraper dans les classements internationaux et pour illustrer mon propos, la dernière Médaille Fields Française, Bao Chau, Génie du Lycée Français d’Hanoï, passé par l’ENS Ulm ,  gagnée dans mon Université Paris-Saclay dans le laboratoire prestigieux de Mathématiques Fondamentales d’Orsay sur « Lemme fondamental pour les Algèbres de Lie-Langlands-Shelstad »,  rien que ce titre fait rêver ! est maintenant Professeur à Chicago  et les 2 derniers Prix Nobel Français travaillent et ont eu leur Nobel à l’étranger, Esther Duflo au MIT et mon homonyme E. Charpentier à Berlin, cette dernière déclarant que si elle était en Allemagne, c’est qu’elle n’aurait jamais eu les moyens d’avoir son prix Nobel en France, en tout, ça fait 100% à l’étranger, ça doit faire réfléchir !

 

Quant au vaccin anti-SARS Cov2, la France, pays de Pasteur, qui se voyait en 1ere classe avec les 13 vaccins en phase 3, se retrouve en fond de classement avec les 52 candidats de phase 1 et 2 ! Un problème majeur que devra essayer de résoudre l’Académie est la crise de confiance dans la Science à l’occasion de la COVID.

 

Si l’évaluation d’un risque appartient à la Science, sa gestion est de l’ordre du politique.  Mais le plus inquiétant est que la Médecine et les Sciences Biomédicales elles-mêmes ne semblent plus faire office de point d’ancrage dans le débat public et j’espère que dans cette ambiance qui a été en partie chaotique, la parole scientifique n’aurait pas perdu toute valeur. Là encore cet emballement ressemble à une folie collective portée par la course à la publication et à l’accès aux tréteaux de la TV et des micros des chaînes de radio ? Il est clair que la crise de la COVID 19 a écorné aussi l’image que les Français se font de la recherche médicale, illustrée par 2 sondages menés par la Fondation de l’Avenir et BVA.

 

En Janvier 81% avaient une bonne opinion et 14% une très bonne opinion, ces chiffres perdent 4 points en Septembre. Surtout les sondés sont 88% à estimer que les experts scientifiques étaient dépassés par ce virus et que 93% veulent des preuves de bénéfice/risque mais 43% pensent que la recherche médicale est indépendante et transparente et 79% que les investissements dans la recherche médicale ont été insuffisants ces dernières années. En tout cas pour nous, Enseignants-Chercheurs, il est clair que la Science est entrée dans une crise existentielle majeure qui est la reproductibilité : tout le monde sait que de nombreux résultats expérimentaux publiés ne peuvent pas être répliqués et ce même par leurs propres auteurs, en plus des faussaires, regardez les listes de rétraction d’articles dans les grandes revues. A mon sens, cela tient à  2 facteurs : le débat scientifique est en train de disparaître puisque la logique administrative impose des indicateurs quantitatifs de publications, qui du classique « publish or perish » est devenu « publish quickly and dirty ». D’autre part « l’impact factor » dépend de la revue, donc un facteur de prestige, et donc la valeur d’une production est conditionnée par la réputation du journal qui la publie, ce n’est plus le chercheur qui est créateur de valeur mais celui qui décide de la publication, c’est-à-dire la loi d’airain de l’éditeur. C’est le rôle de notre Académie, qui devrait être hors de toute « épicerie disciplinaire » comme le sont souvent les Sociétés Savantes et leurs Congrès, tuyaux d’orgue parallèle, notre pluridisciplinarité nous permet des angles de vision nouveaux, c’est pour cela que je trouve indispensable qu’après chaque communication, la séance des questions soit impérative, le but premier du chercheur est de débattre avec ses pairs. C’est aussi pour cela que je souhaite continuer l’évaluation des séances dédiées pour la science et aussi pour le questionnement, trop souvent les questions ne sont que des commentaires historiques sans rapport direct avec le sujet. Je ne plaide pas pour une épistocratie  (ou pouvoir des savants) mais pour un  partage savoir Académique/pouvoir Politique. Cela n’a toujours été le cas, petite histoire amusante : il a fallu 18 séances à notre Académie de Janvier à Août 1858, à la suite de la présentation du Dr Arneth des Hôpitaux Universitaires de Strasbourg en 1851et qui avait été stagiaire dans la Maternité du génial Ignaz Semmelweis à Vienne, Père de l’Hygiène mondiale, d’admettre que de se laver les mains avec de l’hypochlorite dilué après des dissections anatomiques et avant touchers pelviens chez la femme en couche, prévenait de la fièvre puerpérale mortelle dans 30-50 % des cas, plaie du XIX ème siècle. Le Dr Auber, Secrétaire du Groupe de travail, écrivait au Secrétaire Perpétuel de l’époque, je cite…. » Il s’agit Mr le Secrétaire Perpétuel, d’une anarchie doctrinale totale : sur les 18 Académiciens membres du groupe, certains sont essentialistes, d’autres ½ essentialistes, d’autres essentialistes sans le vouloir, d’autres essentialistes sans le savoir, d’autres sont des localisateurs absolus, d’autres des ½ ou des ¼ de localisateurs, certains sont localisateurs avec tendance à essentialiser, d’autres sont des essentialistes avec amour pour la localisation, nous avons aussi des spécifistes, des typhistes, des traumatistes, des néo-traumatistes, je renonce donc à faire un rapport cohérent pour la séance plénière… » Je n’invente pas il suffit de se replonger dans notre Bibliothèque, c’était il y a 150 ans !

 

Désinformation, relativisme, lâcheté intellectuelle qui est une véritable discipline olympique de notre temps, idéologies qui confond les notions essentielles du « vrai du faux » par « bien et mal », le vrai est universel, le bien/mal est personnel et les idéologies ont conduit l’humanité à une moisson de morts par millions ! Dans la Science, et pour éviter tout effet de silo, j’aimerai perpétuer, voire amplifier les liens avec les Académies sœurs, bien sûr l’Académie de Chirurgie, de Pharmacie, Vétérinaire où nous sommes consubstantiels, communiqués, avis communs, réunions communes sont légions, avec l’Académie des Sciences dans le respect mutuel, et l’étendons aux Académies de Technologies avec laquelle nous avons commencé à travailler et l’Académie d’Agriculture où nous partageons beaucoup de points communs avec la nutrition, l’exposome, l’environnement, le tout dans « one health ». Le train du progrès n’emprunte-t-il qu’une seule voie et a-t-il de nombreux aiguillages, pour justement changer de voies ? Cela me rappelle  la phrase célèbre de Will Rogers « Même si vous êtes sur la bonne voie, vous serez écrasé si vous n’y faites que vous y asseoir « !

 

Le désenclavement de notre Compagnie a commencé depuis longtemps et je voulais vous rappeler que c’est André Sicard, Père de Didier  et Peter Lachmann de la Royal Society qui ont créé la FEAM il y a bien longtemps, basée à Bruxelles, de droit Belge et fédérant 21 Académies de Médecine, de Pharmacie (1) et de Vétérinaire (3). Elle continuera avec le CRI, que je salue aujourd’hui, amplifiant les relations déjà existantes, comme l’UMB et en ouvrant de nouvelles comme avec les Alumni du Golfe et d’Arabie Saoudite et la coupole mondiale de l’IAP interacademy panel.

 

Enfin je terminerai cette courte harangue par deux phrases : Une de mon illustre prédécesseur à la tête de la Conférence des Doyens, le Doyen Bernard Guiraud-Chaumeil qui disait fort justement : « La Médecine a changé la Société, la Société a changé la Médecine, changeons en permanence  de Médecine ! ».

Pour l’autre, je voudrai terminer sur la modestie que devrait nous inspirer notre métier, pourtant bardé de certitudes, confronté à un défi de santé, inconnu, comme la COVID,  où tout a dû être découvert ou redécouvert. Ce passage est tiré d’un Médecin Philosophe extraordinaire, Al Ghazali, né en 1058 à Thoûs et mort en 1111 après avoir été Professeur et Recteur à Bagdad, devenu Pèlerin errant pendant 10 années à la fin de sa vie, et qui raconte l’histoire suivante :

-Moïse demanda au Seigneur : «  de qui viennent la maladie et la guérison ? »

-Le Seigneur répondit : « …de moi ! »

-Moïse demanda encore : «  et les Médecins, qu’est- ce qu’ils font ? »

-Le Seigneur répondit : «  ….ils mangent leur pain de tous les jours et donnent du courage à mes Serviteurs… en attendant que la mort et la guérison viennent de moi.. !»

Tout est dit et c’était il y a 9 siècles, donc juste hier pour la Conscience Humaine !

Merci de votre  attention et au travail !

 

Ce discours a été publié dans son intégralité dans le Bulletin de l’Académie nationale de médecine sous la référence figurant ci-dessous.

Accès à l’article sur le site Science Direct : https://doi.org/10.1016/j.banm.2021.01.007

Accès à l’article sur le site EM Consulte

 

*Président de l'Académie nationale de médecine en 2021

Bull Acad Natl Med 2021;205:290-5. Doi : 10.1016/j.banm.2021.01.007