Les séances de l’Académie*
*Résumés rédigés par Catherine Adamsbaum, Bernard Bauduceau, Jean-Noël Fiessinger, Nathalie Cartier Lacave, Jacques Delarue, Jacques Hubert, Jean-Pierre Richer, Alain Yelnik
Mardi 2 juin 2026
Communications
Un médecin peut-il critiquer un autre médecin ? Réflexion sur le bon usage du principe de confraternité par Pierre LE COZ et Gilles BOUVENOT (Membres de l’ANM)
Comme dans beaucoup de corps de métiers, la confraternité pièce essentielle de la déontologie médicale, a longtemps fait consensus chez les médecins au risque d’être taxée de corporatisme. Toutefois, l’évolution de la société empreinte d’individualisme conduit les médecins à remettre en cause les décisions de l’ordre et à dénoncer les pratiques de leurs confrères notamment à l’occasion des crises sanitaires ou de controverses vis-à-vis de médicaments ou de traitements alternatifs.
Le médecin observe une réflexion éthique quand il s’interroge sur le sens des valeurs, notamment de la confraternité qui doit guider ses actions. La confraternité a pour but de préserver l’honorabilité de la profession dans un esprit collectif et de soutien dans l’adversité avec pour conséquence la confiance des patients vis-à-vis de leur médecin. Ainsi, toute critique d’un médecin vis-à-vis de ses confrères entraîne une inquiétude et engendre une méfiance des malades. Cette attitude regrettable apporte également des arguments aux vaccino-sceptiques et aux zélateurs des médecines alternatives.
Toutefois, la confraternité n’est pas l’unique valeur déontologique que devrait suivre le corps médical particulièrement pour protéger les patients dans leur intégrité physique ou leur dignité mises en cause par l’attitude de confrères contraire à l’éthique.
La probité a une place essentielle dans le code de déontologie et implique que la critique d’un confrère doit être respectueuse et constructive. Ainsi, les remarques négatives peuvent s’avérer sévères sur le fond mais doivent rester mesurées sur la forme en évitant de prononcer certains termes comme celui de charlatanisme. L’influence des réseaux sociaux en ce domaine est souvent déplorable et favorise le complotisme.
Ces critiques entre soignants ne doivent pas méconnaître la portée éthique de l’obligation confraternelle dont l’effet nécessite de répondre aux besoins des patients. La mise en compte d’un confrère ne doit donc pas s’exercer au sein d’un cabinet médical mais dans un congrès, lors d’un comité d’éthique ou dans une institution comme l’Académie nationale de médecine.
Bien que le principe de confraternité soit critiqué dans sa vision rigide et maximaliste, elle ne doit pas être confondue avec le corporatisme et demeure un pilier de la déontologie médicale dont la portée éthique s’exerce au bénéfice des patients.
Infections chroniques à norovirus : un défi thérapeutique par Alexis de ROUGEMONT (Centre National de Référence des virus des gastro-entérites, Laboratoire de virologie, Centre Hospitalier Universitaire Dijon Bourgogne)
Les norovirus sont de petits virus à ARN qui présentent une grande variabilité génétique. Ces virus sont à l’origine d’épidémies de gastro-entérites aiguës responsables d’une importante morbi-mortalité dans le monde et sont susceptibles d’entraîner des affections chroniques. La transmission principale se fait par la voie fécale-orale mais la contamination peut également survenir de personne à personne au cours d’épidémies communautaires, dans des EHPAD ou en milieu hospitalier en raison de la majoration de la charge en soins et de la diminution de l’autonomie des patients. La multiplication des norovirus s’effectue au niveau de l’iléo-jéjunum et la transmission peut être le fait de personnes asymptomatiques tandis que la persistance de l’excrétion virale est susceptible de se prolonger plusieurs semaines.
Après une courte incubation, les signes digestifs entériques (vomissement et diarrhée) s’accompagnent de douleurs abdominales et d’une fébricule. Ces manifestations sont le plus souvent bénignes chez les enfants et les adultes mais des cas graves peuvent s’observer chez les sujets âgés, dans les pays en développement ou chez les personnes immunodéprimées nécessitant alors une hospitalisation pour une réhydratation. Le rôle du microbiote intestinal peut jouer un rôle de protection ou au contraire favoriser l’infection. Celle-ci peut modifier temporairement la composition du microbiote intestinal faisant le lit d’autres pathogènes dont Clostridioides difficile.
A ce jour, aucun traitement antiviral spécifique n’est disponible dans les formes chroniques, notamment chez les personnes immunodéprimées. Toutefois, quelques tentatives thérapeutiques méritent d’être citées. Ainsi, le nitazoxanide un antiprotozoaire à large spectre, les antiviraux comme la ribafirine, le favipiravir ou le molnupiravir ont donné des résultats variables et mitigés. Les immunoglobulines par voie orale/entérale ou intraveineuse ont un effet souvent transitoire et la transplantation de microbiote fécal visant à restaurer un microbiote diversifié et fonctionnel est une possibilité thérapeutique prometteuse.
La prévention des infections par des mesures d’hygiène et par l’observance de règles comportementales simples est donc essentielle. La vaccination destinée aux jeunes enfants et aux personnes âgées nécessite des vaccins multivalents administrés soit par voie intramusculaire soit par voie orale. À ce jour, aucun de ces vaccins n’est disponible, mais sept sont en cours de développement. Globalement, les résultats des essais cliniques montrent une efficacité modérée à bonne (environ 45 à 60%) pour prévenir l’infection et la maladie symptomatique à norovirus chez l’adulte sain avec une durée de protection d’au moins un an mais ces résultats doivent être confirmés.
Innover pour mieux vieillir : place des Gérontechnologies dans les parcours de soins par Olivier HANON (Service de gériatrie, hôpital Broca, AP-HP, Paris ; Université Paris Cité, UMR S-1144, Paris ; Gérontopôle d’Ile de France)
Le terme « gérontechnologie » associe la gérontologie définie comme les domaines d’étude des différents processus du vieillissement et la technologie l’ensemble des outils destinés à résoudre certains problèmes ou à accomplir certaines tâches.
Ce terme qui est apparu en 1990, regroupe des technologies variées comme la domotique, la robotique, la télésurveillance et l’intelligence artificielle.
C’est ainsi que les robots sociaux ont pour objet de majorer les contacts sociaux et de réduire l’isolement des personnes âgées. Les robots d’assistance permettent de maintenir l’autonomie des seniors dans les gestes du quotidien, comme l’alimentation, l’habillage ou les transferts.
Les techniques robotiques destinées à la rééducation motrice ont pour but de maintenir les capacités locomotrices et de diminuer la perte fonctionnelle en rapport avec la sédentarité et la sarcopénie.
La réalité virtuelle permet de stimuler une activité sensorielle, motrice et cognitive sous la forme d’exergames (jeux sérieux). Ces techniques visent à diminuer le risque de chutes et d’améliorer les fonctions cognitives mais elles doivent être adaptées aux centres d’intérêt des personnes.
La domotique associe le pilotage et la programmation des appareils électroménagers, la gestion de l’énergie, de la ventilation, de l’éclairage, de l’eau, la sécurité des biens et des personnes, le confort acoustique et la compensation des situations de handicap et de dépendance.
Les outils de téléassistance et de télésurveillance ont montré un grand intérêt dans certaines pathologies comme l’insuffisance cardiaque et chez les patients polypathologiques notamment en sortie d’hospitalisation. Différents capteurs permettent également de détecter les chutes et de réduire les délais d’intervention.
L’utilisation des outils numériques (tablette, téléphone, ordinateur…) soutient la création des liens sociaux et évite ainsi l’isolement et la solitude prédisposant à la perte d’autonomie.
Les exosquelettes sont des structures mécaniques externes qui permettent le port de charge et l’assistance à l’effort ce qui en fait une solution prometteuse pour la prévention des troubles musculo-squelettiques en particulier chez les soignants.
Toutes ces techniques favorisent l’aboutissement des objectifs de la gériatrie qui associent dignité, autonomie et bienfaisance mais leur mise en place nécessite le consentement et la participation des personnes tout en restant vigilant sur la confidentialité des données.
Les résultats des essais randomisés confirment le potentiel de ces outils pour promouvoir la santé avec des niveaux de preuve variable selon les différentes techniques mais avec des bénéfices dans l’ensemble très prometteurs.
L’intérêt du repérage des étapes du développement intersubjectif précoce pour le dépistage et l’intervention précoce dans les troubles neuro-développementaux par Antoine GUEDENEY (Policlinique Ney-Jenny-Aubry, 75018, Paris)
Les recherches récentes en neurosciences montrent que plusieurs réseaux cérébraux de haut niveau sont présents dès la naissance comme le réseau du Mode de repos (DMN) qui est mis en œuvre en l’absence de tache cognitive précise, le DAN, réseau dit de salience c’est à dire la capacité de réaction à un stimulus et le Réseau de Contrôle Exécutif (ECN) qui permet cette réponse. L’intégration progressive de ces réseaux est essentielle à la régulation émotionnelle du bébé et à sa capacité d’entrer en relation avec autrui. Cette maturation dépend fortement de la proximité corporelle avec les parents qui favorise également le développement de la substance blanche cérébrale.
Les enfants nés prématurément présentent un risque accru de difficultés relationnelles précoces. Le retrait social durable traduit la répétition des erreurs de synchronisation du bébé avec les parents et l’absence de leur réparation. Ce retrait, avec un pic vers l’âge de six mois, reflète des difficultés persistantes de synchronisation entre le bébé et ses parents et justifie un repérage précoce.
Les progrès de la néonatologie ont amélioré la survie des grands prématurés, mais ont mis en évidence une fréquence plus élevée de troubles du neurodéveloppement, notamment des troubles du spectre de l’autisme (TSA). Chez les enfants de très faible poids de naissance, la prévalence des TSA peut atteindre 7%, contre environ 1,5% dans la population générale.
Plusieurs études démontrent l’importance du contact peau à peau dès les premières heures de vie. Cette pratique améliore significativement la qualité des interactions mère-enfant à quatre mois et réduit les inégalités développementales liées au niveau socio-économique. Son effet apparaît spécifique et supérieur à celui d’autres formes de soins tactiles.
Le repérage des étapes du développement intersubjectif constitue un outil précieux de dépistage. Parmi les marqueurs clés figurent le sourire social entre 2 et 3 mois, le plaisir partagé et l’anticipation dans les interactions entre 4 et 6 mois, puis le pointage et la réponse au prénom vers 12 mois. L’observation de ces comportements, notamment à partir de vidéos réalisées par les parents, permettent de rassurer les familles lorsque le développement est harmonieux ou, au contraire, d’orienter rapidement vers une évaluation spécialisée.
Le questionnaire M-CHAT-R constitue un outil simple de dépistage des TSA avant l’âge de trois ans. Cinq items spécifiques du programme COCON peuvent être évalués à 18 mois : le jeu symbolique (« faire semblant »), le pointage déclaratif, l’imitation, la réponse au prénom et l’attention conjointe.
Ainsi, il est nécessaire de promouvoir les interactions précoces parent-bébé, « le peau à peau » dès la naissance, ainsi que la formation des professionnels à l’observation du développement des enfants et à l’accompagnement des familles. Ces mesures constituent des leviers majeurs pour améliorer le dépistage et l’intervention précoce dans les troubles neurodéveloppementaux.
