Communication scientifique
Séance du 28 octobre 2025

Reste-t-il une place pour les digitaliques dans le traitement de l’insuffisance cardiaque ?

MOTS-CLÉS : Défaillance cardiaque, Glucosides digitaliques, Digoxine
Is there still a place for digitalis in the treatment of heart failure?
KEY-WORDS : Heart failure, Digitalis glycosides, Digoxin

Damien Logeart*

Déclaration de liens d’intérêts :
L’auteur reconnaît avoir reçu des honoraires pour des conférences ou conseils ou formations des sociétés suivantes : AstraZeneca, Bayer, Bristol-Meyer-Squib, Novartis, NovoNordisk.

Résumé

Les digitaliques sont la plus ancienne classe médicamenteuse de l’insuffisance cardiaque (IC). Leur efficacité dans l’IC à fraction d’éjection ventriculaire gauche (FEVG) réduite et en rythme sinusal a été évalué par deux essais randomisés contrôlés contre placebo. L’essai DIG (6800 patients, FEVG ≤ 45 %) publié à la fin des années 1990 n’a pas montré de bénéfice de la digoxine sur la mortalité mais a montré son efficacité sur les hospitalisations qui étaient réduites de 18 % (RR : 0,72 ; IC95 % : 0,66–0,79, p = 0,006). En 2025, les résultats de l’essai DIGIT-HF (1212 patients symptomatiques malgré un traitement médical en accord avec les recommandations, avec une FEVG ≤ 40 % et une classe NYHA 3-4 ou une FEVG ≤ 30 % et NYHA2) ont montré que la digitoxine réduit de 18 % le critère principal de jugement qui était la survenue de décès de toutes causes ou de première hospitalisation pour IC (HR : 0,82 ; IC95 % : 0,69 à 0,98 ; p = 0,03). À côté de ce bénéfice statistiquement significatif mais relativement modeste, il est important de noter que la marge thérapeutique des digitaliques est étroite avec un risque d’effets indésirables cardiaques graves en cas de surdosage. Dans leurs dernières recommandations sur l’IC, les sociétés savantes de cardiologie européenne et nord-américaines considéraient que la digoxine peut être envisagée dans l’IC avec FEVG réduite, en rythme sinusal, symptomatique malgré un traitement optimisé ; la recommandation était seulement de classe IIb. Par ailleurs, la digoxine est indiquée dans le contrôle de la fréquence cardiaque des patients en fibrillation atriale permanente notamment en cas d’IC.

Summary

Digitalis glycosides are the oldest class of drugs used to treat heart failure (HF). Their efficacy in patients with HF and reduced left ventricular ejection fraction (LVEF), and sinus rhythm, has been evaluated in two randomized, placebo-controlled trials. The DIG trial, which involved 6800 patients with LVEF ≤ 45% and was published in the late 1990s, showed that digoxin had no effect on mortality, but reduced hospitalizations by 18% (relative risk reduction (RRR): 0.72; 95% confidence interval (95% CI): 0.66–0.79, P = 0.006). More recently, the DIGIT-HF trial (1212 patients with LVEF ≤ 40% and NYHA class III or IV, or LVEF ≤ 30% and NYHA class II) demonstrated that digitoxin significantly reduced the primary endpoint of death or hospitalization for HF by 18% (HR: 0.82; 95% CI: 0.69 to 0.98; P = 0.03). This beneficial effect, in addition to the recommended quadruple therapy, was driven solely by the reduction in hospitalizations. In addition to this statistically significant but relatively modest benefit, the use of digitalis is complicated by a narrow therapeutic margin (target digoxin level 0.5–0.9 ng/mL) with a risk of serious adverse cardiac effects if digoxin levels exceed 1.2 ng/mL. In 2021 and 2022, respectively, European and North American cardiology societies considered that digoxin could be prescribed to HF patients with reduced LVEF and sinus rhythm who are symptomatic despite optimized treatment (class IIb recommendation). Digoxin is also indicated for controlling heart rate in patients with permanent atrial fibrillation, particularly in cases of HF.

*Auteur correspondant
Hôpital Lariboisière, Assistance publique des Hôpitaux de Paris, université Paris Cité, Paris, France

Bull Acad Natl Med 2026;210:102-5. [En ligne] Disponible sur : https://doi.org/10.1016/j.banm.2025.11.004