Publié le 24 mars 2026

Les séances de l’Académie*

*Résumés rédigés par Catherine Adamsbaum, Bernard Bauduceau, Jean-Noël Fiessinger, Nathalie Cartier Lacave, Jacques Delarue, Jacques Hubert, Jean-Pierre Richer, Alain Yelnik

 

Mardi 24 mars 2026

Séance dédiée : « Politiques de santé publique en pédopsychiatrie en France : prévention, soins et éducation en santé »

Organisation : Catherine BARTHÉLÉMY et Marie-Rose MORO

 

Les Maisons des adolescents en France, un modèle de santé publique, une politique, une diffusion internationale 

Professeure Marie-Rose Moro, Maison de Solenn 97, bd du Port Royal 75014 Paris cedex 14

 

La spécificité des adolescents (impulsivité, labilité…) les rend particulièrement fragiles. Dans le monde un jeune sur six souffre de maladie mentale, le suicide est la deuxième cause de mortalité chez les jeunes. En France 15 à 20 % de cette classe d’âge sont concernés. Les facteurs les plus étudiés concernent les conditions socio-économiques, les difficultés de genre, la pression scolaire et sociale. Les enfants ils y sont particulièrement sensibles dans la société moderne car plus isolés, dans des fratries moins nombreuses et avec les réseaux sociaux.

La Maison des adolescents (MdA), un concept français qui commence à être imité à l’international (Mexique, Maroc, Pays-Bas…). La première MdA a été créée au Havre en 1999, sur le constat qu’il manquait un lieu dédié à cette tranche d’âge induisant un nomadisme médical et une dégradation tragique des conditions de santé. Le plan quinquennal 2004 prévoyaiit qu’il y ait au moins une MdA par département : il y en a 125 en France, dans presque tous les départements sauf l’Aisne et la Lozère. Le concept de MdA est basé sur une entrée par classe d’âge (et non par pathologie) de 11 à 18 voire 25 ans et un accueil inconditionnel, sans adressage, gratuit et confidentiel. Elle a une vocation territoriale.

Comment fonctionne une MdA ? La MdA procède à une évaluation des besoins sanitaires et sociaux. Elle peut mettre en route des soins à l’intérieur de celle-ci, individuels et groupaux et/ou mettre en place une coordination du suivi par des parcours coordonnées avec le secteur médico-social. L’axe fondamental de travail est la prévention du suicide : dépistage, identification et orientation. La prise en charge ne peut être que globale de l’ensemble de la situation incluant les parents. Les MdA travaillent en relation étroite avec l’Éducation nationale. Le financement se fait par dotation ministérielle annuelle passant par les ARS, pour leur création et leur fonctionnement, auquel s’ajoutent des dotations complémentaires (villes, associations…).

 

 

Politiques de santé publique en matière de soin des enfants et adolescents victimes de psychotraumatismes en France : des débuts timides, une ambition à construire

Pr. Thierry Baubet , Service de psychopathologie de l’enfant, de l’adolescent, psychiatrie générale et addictologie, Hôpital Avicenne, AP-HP, 125 rue de Stalingrad, 93009 Bobigny Cedex . Université Sorbonne Paris Nord, Unité transversale de recherche en psychogénèse et psychopathologie (EA 4403), 99 avenue Jean-Baptiste Clément 93430 Villetaneuse. Centre National de Ressources et de Résilience (Cn2r) 103 Bd de la Liberté, 59000 Lille

 

Les troubles de stress post-traumatique (TSPT), bien étudiés chez l’adulte, ne sont réellement identifiés chez l’enfant que depuis les années 1990. Ils sont classés en deux types. Les TSPT de type 1 : secondaires à un traumatisme unique, qui peut-être grave mais limité dans le temps et les TSPT de  type 2, également appelés TSPT complexes, liés à des traumatismes répétés. L’intentionnalité des traumatismes et l’impuissance à les empêcher sont constantes. La réitération place l’enfant dans un état de stress permanent, l’oblige à des stratégies de protection psychique avec des effets développementaux : dissociation, anesthésie affective, identification à l’agresseur, déni de la réalité, amnésie de pans entiers de souvenirs, hétéro et auto-agressivité conduisant à des tableaux complexes qui peuvent mener à des erreurs diagnostiques si le traumatisme initial n’est pas connu. Inceste, violence conjugale, situation de guerre, parcours migratoires traumatiques, exploitation sexuelle sont les plus fréquents. A ces symptômes s’ajoutent des altérations dans la régulation de l’état affectif, de l’attention et de l’état de conscience, des somatisations, des altérations de la perception de soi et des autres, pouvant conduire à de profondes modifications du caractère.

L’impact de ces TSPT est pourtant majeur.  La santé mentale et physique, l’accomplissement scolaire et professionnel sont dégradés jusqu’à l’espérance de vie dont il a été montré qu’elle peut être inférieure à 20 ans par rapport à la population générale. L’ampleur du problème est ainsi avérée : l’Inserm chiffre à 160 000 enfants victimes de violences sexuelles chaque année et environ 4 million de femmes et 1,5 million d’hommes majeurs ayant subi des agressions sexuelles pendant leur minorité.

La parole de l’enfant doit être entendue car les facteurs qui empêchent l’enfant de parler sont extrêmement puissants. Mais il faut se garder d’induire une réponse ; utiliser les mots d’enfants pour en parler avec des questions ouvertes (dire par exemple « est-ce que quelqu’un t’a embêté » sans induire la réponse) ; il faut alerter les parents sur les symptômes et notamment l’apparition d’une rupture de comportement chez l’enfant. Parmi les symptômes, se méfier de l’enfant trop sage trop respectueux. Il faut non seulement agir par le soin mais par une approche globale (dite trauma-informed care) axée sur l’information de la société quant aux effets développementaux délétère des psychotraumatismes répétés.

Comment agir ? En 2018 deux appels à projet nationaux ont été lancés pour la création du Centre national de ressources et de résilience, centre de référence sur les psychotraumatismes (Cn2r) et des centres régionaux du psycho-traumatisme (CRP). Le Cn2r a pour objectif d’informer sur les TSPT, les possibilités d’accompagnement et d’action. Il est chargé d’animer et de coordonner le réseau national des CRP. Il intervient également pour favoriser un accompagnement sanitaire, social et juridique adéquat. Les CRP ont une double mission de soins et de formation. Il existe actuellement 17 CRP avec une file active d’environ 15 000 patients, dont 20 % seulement sont mineurs. L’ampleur de la demande oblige souvent à un tri (par exemple l’impossibilité de répondre aux TSPT de plus de 3 ans d’ancienneté). L’orateur insiste pour que les TSPT de l’enfant ne deviennent pas une affaire de spécialiste, mais que le plus grand nombre de professionnels de santé, du secteur médico-social et de l’éducation en soient informés et s’en emparent compte tenu de l’ampleur dramatique du besoin.

 

 

Faciliter l’intervention précoce dans les Troubles du Neurodéveloppement : le modèle Français

Pr Frédérique Bonnet-Brilhault, Université de Tours, INSERM, Imaging Brain & Neuropsychiatry iBraiN U1253, 37032, Tours, France

 

La période dite des 1000 jours est cruciale pour reconnaitre les troubles du neurodéveloppement (TND). Liés à une interaction entre des facteurs génétiques et environnementaux encore mal connus, ils concernent un enfant sur six et environ 11 millions d’adultes vivent avec des suites et conséquences de TND. Il y a donc un enjeu majeur de dépistage et de traitement. Il faut intervenir précocement, avant 4 ans, donc avoir un diagnostic précoce : c’est la période dite des 1000 jours, pour profiter à cet âge de la formidable plasticité cérébrale de construction intense des réseaux neuronaux.

La stratégie nationale 2019 pour les TND a lancé et déployé les plateformes de coordination et d’orientation (PCO). Aujourd’hui 110 plateformes sont réparties sur les 101 départements. Elles visent à coordonner les différentes évaluations et interventions adaptées aux besoins de l’enfant. L’équipe d’une PCO réunit des acteurs  professionnels libéraux et des structures sanitaires et médicosociales : pédopsychiatres, neuropédiatres, infirmiers, travailleurs sociaux, secrétaires… Les PCO ont pour but de faciliter le repérage et d’accélérer l’orientation vers les soins spécialisés.  L’adressage peut être fait par tout médecin par l’intermédiaire de « Trajectoire » à l’aide d’un formulaire national de repérage disponible sur le site de la stratégie. La PCO peut déclencher un forfait CPAM spécifique pour bilan et séances de soins pendant un an, renouvelable 6 mois.

Quel suivi ? Si cela est nécessaire, au-delà de cette période, l’orientation se fait vers une structure de deuxième ligne (CMP…). Depuis 2019, 140 000 enfants ont été suivis. La mise en place de ces plateformes s’accompagne d’un programme d’évaluation « CONDOR » destiné à mieux identifier les causes des TND et les parcours des interventions les plus efficients. Il comporte trois volets : une base de données nationales (environ 60 000 nouveaux signalements par an attendus), le SNDS qui permet la comparaison avec les données de la population générale et un suivi de cohorte pendant 5 ans concernant 6000 enfants dans 8 PCO volontaires. Le système d’offre, très demandé, reste cependant insuffisant et mérite d’être encore développé puisque le délai d’accès est actuellement d’environ 3 mois.