Résumé
Alors que l’élimination virale après affection aiguë était la règle classique, il est désormais reconnu que le tractus génital mâle peut être un compartiment particulier comme en témoigne la persistance, à distance de l’épisode aigu, de plusieurs virus responsables d’épidémies émergentes dans le sperme humain. La présence de génome viral, de virus compétent, i.e., infectieux, dans le sperme expose à un risque de transmission sexuelle retardée parfois de plusieurs semaines ou mois après l’épisode infectieux chez les patients guéris. Ce risque est démontré pour certains virus comme par exemple les virus Zika ou Ebola et soupçonné pour d’autres. Au-delà des conséquences éventuelles de l’infection sur la spermatogenèse, la persistance du virus dans le sperme a des implications en procréation naturelle mais également pour l’assistance médicale à la procréation où la sécurité virologique doit être assurée. Ce manuscrit passe en revue l’état des connaissances sur ce sujet et souligne les lacunes existantes pour certains virus. La recherche dans ce domaine doit être développée notamment pour décrire les mécanismes impliqués dans cette persistance et mieux identifier les périodes d’excrétion prolongée. Les politiques de santé publique doivent intégrer le nouveau cadre conceptuel d’une possible transmission sexuelle différée de certains virus et donc prendre en compte la présence du virus dans le sperme en tant que facteur critique dans les algorithmes de décision ayant pour objectif le conseil et l’accompagnement des patients infectés, les mesures de prévention individuelle, les recommandations en assistance médicale à la procréation et les mesures à mettre en place au niveau collectif.
Summary
While the traditional paradigm asserted that viral elimination takes place after acute illness, contemporary insights reveals that the male genital tract may act as an independent reservoir, as evidenced by the lasting presence of various viruses associated with emerging epidemics in human semen, even far beyond the initial acute illness. The presence of viral genomes and competent viruses in semen exposes recovered patients to a risk of delayed sexual transmission, sometimes several weeks or months after the infectious episode. This risk has been demonstrated for certain viruses, such as Zika and Ebola, and is suspected for others. Beyond the possible consequences of viral infection on spermatogenesis, the persistence of the virus in semen has implications for natural procreation but also for assisted reproductive technologies, where virologic safety must be ensured. This manuscript reviews the current state of knowledge on this subject and highlights the gaps that exist for certain viruses. Research in this area needs to be developed, in particular to describe the mechanisms involved in this persistence and to better identify periods of prolonged excretion. Public health policies must incorporate the new conceptual framework of possible delayed sexual transmission of certain viruses and therefore consider the presence of the virus in semen as a critical factor in decision-making algorithms designed to counsel and support infected individuals, as well as in formulating individual preventive strategies, recommendations for medically assisted reproduction and collective public health measures.
Accès en ligne : https://doi.org/10.1016/j.banm.2025.11.001
Unité développement, embryologie, fertilité humaine (DEFE), Inserm U1203, CECOS hôpital Paule-de-Viguier, CHU de Toulouse, universités Montpellier et Toulouse, 330, avenue de Grande Bretagne, 31059 Toulouse cedex 09, France
Bull Acad Natl Med 2026;210:23-31. [En ligne] Disponible sur : https://doi.org/10.1016/j.banm.2025.11.001
