Publié le 5 novembre 2019

Résumés des séances de l’Académie*

* Par Catherine Barthélémy, Pierre Brissot, Martin Danis, Vincent Delmas, Francis Michot

 

Séance dédiée : « La maladie de Parkinson »

Organisatrice : Marie VIDAILHET

 

Communications

Les nouveaux visages cliniques de la maladie de Parkinson par Marie VIDAILHET (PU-PH, GH de la Pitié-Salpêtrière, APHP-Sorbonne Université, Paris), membre de l’Académie de Médecine

 

Nouveaux visages de la maladie, nouvelle manière de porter le regard sur la symptomatologie.

Les critères sémiologiques sont actualisés sur la base du consensus (Movement Disorder Society, MDS, 2015) afin de standardiser au plan international et de codifier le processus de diagnostic  et de soin.

Une série de marqueurs additionnels prodromiques est ainsi retenue comprenant notamment : la perte dopaminergique (DAT scan), les troubles du comportement en sommeil paradoxal, les « soft signs » moteurs, l’hypotension orthostatique, la somnolence diurne excessive, les troubles des fonctions cognitives… s’y ajoutent des facteurs de risque (âge et sexe), des facteurs prédictifs non spécifiques comme l’amaigrissement et l’association à un syndrome métabolique, des facteurs de risque pronostique de déclin cognitif, en particulier la mise en évidence d’une mutation du gène codant pour la bêta-glucocérébrosidase (GBA).

Grâce aux avancées de ces dernières décennies et à l’identification de nombreux marqueurs, des groupes spécifiques de patients  peuvent être définis : par exemple, les sujets GBA et REM sleep behavior disorder (RBD) et ceux avec hypotension orthostatique.

A l’avenir, un faisceau de marqueurs d’imagerie complétera la batterie d’explorations : Dat scan pour la perte dopaminergique, Pet scan pour les troubles cognitifs, IRM pour la localisation, la sévérité et la diffusion des lésions, imagerie du fer, imagerie de la neuromélanine dans le complexe du locus coeruleus et la substance noire.

L’avenir est aussi lié aux enjeux des études thérapeutiques précoces  : calculs d’effectifs, éléments de mesure robustes et sensibles, durée des essais.

Les nouvelles technologies du numérique (smartphone) permettront de recueillir les informations cliniques à domicile dans des conditions de vie quotidienne.

Mieux reconnaître, mieux comprendre, et développer des traitements ciblés personnalisés supposent la mise en œuvre d’analyses multimodales ciblées, d’études de cohortes, de corrélations de marqueurs  au sein de sous-groupes plus homogènes de patients.

 

Optimisation des traitements classiques et nouvelles frontières thérapeutiques dans la maladie de Parkinson par Jean-Christophe CORVOL (PU-PH Sorbonne Université, Assistance Publique Hôpitaux de Paris, Inserm, CNRS, Institut du Cerveau et de la Moelle, Département de Neurologie, Hôpital Pitié-Salpêtrière, Paris)

 

Le principe du traitement de la maladie de Parkinson repose sur le remplacement dopaminergique pour corriger les symptômes moteurs. La découverte de la levodopa, précurseur de la dopamine, dans les années 1960, a été une révolution spectaculaire pour le traitement symptomatique des symptômes moteurs de cette maladie La levodopa reste le traitement de référence auquel s’associent les agonistes dopaminergiques ou des inhibiteurs du métabolisme de la dopamine. De nouvelles formes à libération contrôlée [10], sublinguales [11], inhalées [12], transdermiques [13], ou sous-cutanées, d’agonistes dopaminergiques ou de levodopa ont montré leur efficacité sur les fluctuations motrices ou sont en cours de développement. L’optimisation du traitement est nécessaire pour retarder puis traiter les complications motrices (fluctuations et dyskinésies). Quand l’équilibre thérapeutique ne peut être obtenu, le recours à des traitements de seconde ligne peut être nécessaire pour rétablir la stimulation dopaminergique continue par stimulation intracérébrale ou par administration continue de médicaments dopaminergiques à l’aide de dispositifs médicaux. Des développements pharmacologiques récents ont permis d’élargir l’arsenal thérapeutique des médicaments dopaminergiques et d’améliorer les dispositifs médicaux de stimulation continue. Ces améliorations incrémentielles offrent la possibilité de personnaliser au mieux la prise en charge des patients mais aucun traitement n’est aujourd’hui capable de stopper ou même de ralentir la progression de la maladie de Parkinson. Les progrès scientifiques ont permis d’identifier de nouvelles cibles thérapeutiques qui devront être testées dans des sous-populations homogènes de patients stratifiées sur la base des mécanismes impliqués.

 

La maladie de Parkinson est aussi une maladie du tube digestif par Pascal DERKINDEREN (PU-PH, Service de neurologie, Hôpital Nord Laënnec, CHU de Nantes)

 

Il est désormais bien établi que la maladie de Parkinson est non seulement une maladie du système nerveux central et du mouvement mais aussi une maladie du système nerveux entérique et du tube digestif. Outre le fait que les troubles digestifs font partie des signes non-moteurs les plus fréquents et les plus invalidants, le tube digestif (et plus précisément le système nerveux entérique) est touché par le processus pathologique chez la quasi-totalité des patients parkinsoniens. Cette atteinte digestive pourrait être impliquée dans la progression de la maladie

Le tube digestif est-il un point de départ pour la maladie de Parkinson ?

Le rôle du microbiote intestinal dans le développement de la maladie est un sujet en vogue, mais qui n’en est qu’à ses balbutiements. La mise au point, si elle s’avère possible, de traceurs spécifiques capable de détecter les corps de Lewy in vivo devrait permettre d’avancer sur le rôle du tube digestif dans la physiopathologie de la maladie et serait une source potentielle de marqueurs diagnostiques et d’évolution…

 

 

La longue marche du Parkinson : exercice physique, pharmacologie ou neurostimulation ? par Caroline MOREAU (PU-PH Pôle de Neurosciences et appareil locomoteur, Hôpital Roger Salengro, CHRU Lille)

 

Les troubles de la marche comptent parmi les symptômes les plus invalidants de la maladie de Parkinson. Aux premiers stades de la maladie, la marche des patients est ralentie et la longueur de la marche est raccourcie par rapport à celle des adultes en bonne santé, du même âge. Après quelques années, bon nombre des caractéristiques spatio-temporelles modifiées au cours des premiers stades de la maladie progressent bilatéralement, de sorte que l’asymétrie pourrait diminuer et que les mouvements deviendraient plus bradykinétiques avec la progression de la maladie. Des changements posturaux, tels qu’une posture courbée (camptocormia), pourraient également contribuer au déclin de la démarche en en modifiant la cinématique. L’automaticité motrice se détériore davantage, entraînant une fragmentation de la fonction motrice, telle que la défragmentation des virages et des problèmes d’initiation de la démarche. Une congélation de la démarche et une festination peuvent apparaître et les patients ont un risque accru de chute à ce stade. La physiopathologie de ces troubles, responsables de chutes et de perte d’autonomie, est complexe. Les données précliniques tendent à démontrer un effet symptomatique favorable voire neuroprotecteur de l’exercice physique intense et précoce dans la maladie de Parkinson.  Différentes approches thérapeutiques complémentaires  pour leur prise en charge sont disponibles : physiothérapie, traitements médicamenteux, neurostimulation cérébrale et médullaire sont en cours d’évaluation.