Les séances de l’Académie*
*Résumés rédigés par Catherine Adamsbaum, Bernard Bauduceau, Nathalie Cartier Lacave, Jacques Delarue, Jacques Hubert, Jean-Pierre Richer, Alain Yelnik
Mardi 4 Novembre 2025
Séance des membres correspondants de la 1re division
Histoire, actualités et perspectives du pancréas artificiel par Hélène HANAIRE (Diabétologie, CHU de Toulouse)
Le diabète de type 1 est une maladie auto-immune qui se caractérise par la destruction des cellules bêta responsables de la sécrétion d’insuline. Cette affection nécessite l’administration définitive d’insuline par de multi-injections ou une pompe ainsi que le contrôle des glycémies afin d’adapter les doses. Les risques de ce type de diabète naviguent entre les hyperglycémies responsables des complications et les accidents hypoglycémiques. En dépit des progrès de la technologie de ces dernières années, toutes ces contraintes altèrent la qualité de vie de ces malades et génèrent une charge mentale quotidienne.
C’est dans ce contexte qu’un pancréas artificiel ou boucle semi-fermée délivrant de l’insuline en fonction du niveau glycémique a été imaginé depuis les années 60. Depuis, des avancées considérables ont été obtenues aboutissant à une boucle semi-fermée avec des pompes de petite taille, un système de mesure en continu du glucose interstitiel et un algorithme permettant d’adapter continuellement et en temps réel, la quantité d’insuline à injecter en fonction du niveau glycémique pour le maintenir dans la zone cible. Cet algorithme peut être intégré dans un smartphone ou embarqué dans la pompe elle-même réduisant l’encombrement et les risques de déconnexion. Plusieurs systèmes hybrides ont été mis au point et sont disponibles en pratique courante. Cette technologie permet une adaptation du débit d’insuline en dehors des repas et notamment la nuit mais nécessite une intervention de la personne diabétique pour annoncer ses prises alimentaires ou ses séances d’activité physique.
Les résultats des études cliniques ont démontré un effet favorable sur la qualité de l’équilibre glycémique avec une augmentation du temps passé dans la cible entre 0,70 et 1,80 g/L et une diminution de l’HbA1c de 0,3 à 1,4%. Ces résultats, confirmés dans de larges populations en ville réelle, sont obtenus sans augmentation voire avec une diminution du temps passé en hypoglycémie. Ces effets favorables sont observés très rapidement dès le premier mois et sont durables dans le temps. Certaines études montrent une diminution de la détresse liée au diabète et une amélioration de la qualité de vie. Ces résultats sont particulièrement intéressants chez les enfants dès l’âge de 1 an, les adolescents chez lesquels l’équilibre glycémique est souvent difficile à obtenir ou lors de la grossesse où les objectifs sont plus rigoureux.
Depuis le début de son remboursement en France en 2020 dans des indications ciblées, ce mode de traitement s’est développé très rapidement. La Société Francophone du Diabète a émis des recommandations quant à son utilisation dès 2020, avec une actualisation en 2024 permettant d’envisager un élargissement des indications notamment au cours du diabète de type 2.
Des progrès sont encore attendus, notamment en ce qui concerne l’ergonomie, l’annonce des repas et de l’activité physique ou de l’association à d’autres molécules comme le glucagon ou les AR GLP-1.
Lésions précancéreuses pancréatiques par Philippe RUSZNIEWSKI (Membre correspondant de l’ANM. Service de Pancréatologie et Oncologie Digestive. INSERM – UMR 1149, CRI. Université Paris-Cité)
Les projections épidémiologiques estiment que l’adénocarcinome pancréatique représentera la seconde cause de mortalité par cancer en 2030. Cette affection garde un très mauvais pronostic puisque la survie est inférieure à 10% cinq après le diagnostic. La détection précoce des lésions précancéreuses est donc capitale pour améliorer les résultats de la prise en charge. Il existe en effet une relation continuelle entre les lésions épithéliales microscopiques (Pancreatic Intraepithelial Neoplasia : PanIN) et les formes macroscopiques (Tumeurs Intracanalaires Papillaires et Mucineuses : TIPMP et Tumeurs kystiques mucineuses : TKM). Les progrès en matière d’imagerie et en endoscopie interventionnelle permettent d’améliorer le dépistage et la surveillance de ces lésions précancéreuses.
Ainsi, la tomotensitométrie et surtout l’IRM avec cholangiopancréatographie sont des éléments clefs pour l’évaluation des lésions. Enfin, l’échoendoscopie produit une résolution morphologique fine et permet des prélèvements à visée histologique ou biomoléculaire.
Les PanIN sont les lésions les plus fréquentes à l’origine des cancers pancréatiques bien que la majorité d’entre elles ne progresse pas vers un adénocarcinome. Dans plus de 90% des cas, la mutation activatrice KRAS constitue l’événement le plus précoce. En raison de leur petite taille (moins de 5 mm) elles sont le plus souvent mises en évidence de façon fortuite sur les pièces opératoires. Cependant, la mise au point de la reconstruction tridimensionnelle du tissu pancréatique permet de quantifier précisément le nombre de lésions qui sont habituellement multiples.
Les TIPMP sont des formations kystiques précancéreuses qui se développent au niveau des canaux pancréatiques. Elles mesurent le plus souvent moins de 10 mm aussi leur découverte est le plus souvent fortuite. Environ 10% des cancers du pancréas se développent sur une TIPMP si bien qu’en raison de la grande prévalence de ces lésions, le risque évolutif vers la malignité est très faible. La surveillance des TIPMP pouvant aboutir à une indication de chirurgie d’exérèse doit se fonder sur un ensemble de signes cliniques évolutifs, sur l’imagerie et les taux de CA19-9.
Les TMK ou cystadénomes mucineux sont caractérisés par une lésion kystique unique dont le revêtement épithélial est mucosécrétant. Ces lésions intéressent presque toujours les femmes de 40 à 60 ans. Le risque de dégénérescence est variable en fonction de leurs caractéristiques morphologiques. Aussi, l’indication opératoire est souvent portée pour les lésions symptomatiques ou présentant des éléments évocateurs de malignité selon les recommandations européennes de 2018.
La prise en charge de ces lésions nécessite une gestion multidisciplinaire et une décision partagée avec le patient qui doit être informé des risques et des bénéfices potentiels des explorations et de la surveillance.
Jeux sérieux et robotiques d’accompagnement dans les Troubles Neuro-développementaux : réalité tangible ou illusion ? par David COHEN (Membre correspondant de l’ANM. Institut IDEAL, Groupe Hospitalier Pitié-Salpêtrière, APHP, Paris, France)
Les nouvelles technologies apportent des outils innovants dans les soins et la thérapeutique. Ces performances intéressent également les pathologies psychiatriques de l’enfant et de l’adolescent et plus particulièrement les troubles du neuro-développement qui constituent un enjeu majeur de santé publique. Les nouvelles classifications internationales ont redéfini les troubles du neuro-développement avec comme évolution notable, l’introduction de la notion du concept du spectre de l’autisme, l’inclusion du trouble déficitaire de l’attention accompagné ou non d’hyperactivité et une distinction entre les troubles précoces de ceux de l’apprentissage.
Ces dernières années les pratiques ont évolué depuis les systèmes permettant de majorer la productivité humaine vers une interaction des robots capables d’interagir comme des humains avec les humains. Ces nouvelles technologies font partie aujourd’hui de la vie sociétale mais le développement en pratique clinique demeure limité. La robotique et les jeux sérieux qui bénéficient du soutien de l’industrie des jeux, sont les deux composantes les plus intéressantes en matière de la prise en charge clinique.
Pour ce qui concerne les jeux sérieux la trajectoire d’EndeavorRX est intéressante puisqu’elle était initialement centrée sur les troubles cognitifs de la sénescence mais dont les cibles ont été redirigées vers les troubles de l’attention de l’enfant.
POPPINS est un jeu sérieux français destiné aux enfants dyslexiques permettant de travailler en rythme, en hauteur de son et en musique car la segmentation de la parole sont des facteurs de risque de la dyslexie. Des discussions sont ouvertes avec la Haute Autorité de Santé en vue de l’obtention d’une AMM en France en complément de séances d’orthophonie.
En matière de robotique social, l’exemple de Brian Scasselatti a permis d’améliorer les compétences sociales des enfants atteints du spectre de l’autisme par la communication, grâce à un écran tactile, avec un robot fixe capable de fournir des retours adaptés. Les enfants peuvent considérer le robot comme un « copain » et améliorer leur capacité d’attention, de communication, et d’engagement même sans le robot.
Dans les difficultés d’écriture, l’intelligence artificielle permet de suivre les composantes fines de l’écriture où le robot se positionne dans le rôle de l’élève. Dans le jeu sérieux Dynamilis, l’enfant prend la place de l’enseignant ce qui lui redonne confiance et permet de lever les refus d’écriture dans le cas des cas de dysgraphie sévère.
Bien qu’à l’exception de certains jeux sérieux, le niveau de preuve d’efficacité de ces nouvelles technologies reste limité, leur évolution rapide en intégrant l’intelligence artificielle est remarquable et des progrès considérables devraient être observés dans les années futures avec un développement attendu vers les soins en psychothérapie.
Anticorps bispécifiques : l’autre forme d’immunothérapie en hématologie par Mohamad MOHTY (Sorbonne Université, Centre de Recherche Saint-Antoine INSERM UMRs938, Service d’Hématologie Clinique et de Thérapie Cellulaire, Hôpital Saint Antoine, AP-HP, Paris)
Ces dernières années, les progrès en hématologie ont été spectaculaires avec la mise à disposition des anticorps monoclonaux puis des cellules CAR-T. Les anticorps bispécifiques apportent une nouvelle voie de l’immunothérapie avec pour intérêt d’être administrables par voie sous-cutanée ou intraveineuse sans nécessité de manipulation en dehors de l’organisme.
La plupart des anticorps bispécifiques reconnaissent à la fois le CD3 des lymphocytes T et un antigène tumoral comme le CD19 ou le CD20 dans le lymphome B entraînant un rapprochement étroit entre la cellule maligne et le lymphocyte T qui est rapidement activé aboutissant à la lyse ciblée de la cellule tumorale.
Sur le plan structural, trois grandes familles se distinguent :
– Les formats BiTE®-like comme le blinatumomab, assemblent deux fragments scFv (single-chain variable fragment) dépourvus de région Fc (Fragment cristallisable). Leur demi-vie courte impose habituellement une perfusion continue.
– À l’inverse, les formats IgG-like (mosunetuzumab, glofitamab, epcoritamab etc….) conservent une région Fc qui autorise des administrations espacées par voie intraveineuse ou sous-cutanée.
– Enfin, les formats multispécifiques ajoutent une troisième potentialité permettant d’accroître la réponse et de limiter les mécanismes d’échappement.
Les anticorps bispécifiques entraînent un recrutement rapide des cellules immunitaires notamment des lymphocytes au contact des cellules tumorales. Cette propriété procure une grande flexibilité d’emploi soit comme traitement relais, pour un rattrapage après un traitement par CAR-T ou constituer une alternative pour les patients inéligibles aux thérapies cellulaires. Ainsi, ces molécules ont transformé la prise en charge des hémopathies B, notamment des lymphomes non hodgkiniens, du myélome multiple, et de la leucémie aiguë lymphoblastique. Les indications s’étendent progressivement aux néoplasies myéloïdes.
Les effets indésirables sont marqués par le syndrome de relargage cytokinique en rapport avec l’activation rapide des cellules T qui s’accompagne d’une production aiguë de médiateurs inflammatoires. La toxicité neurologique dont la symptomatologie est variable, est moins fréquente et moins sévère qu’avec les CAR-T. Les infections, l’hypogammaglobulinémie, les cytopénies ainsi que l’hépatotoxicité et les manifestations cutanéo-muqueuses ne sont pas rares.
Le traitement initial doit s’effectuer à l’hôpital avec un schéma d’escalade progressif, puis la poursuite de la thérapie peut être réalisée en ambulatoire améliorant l’acceptabilité du traitement. Cependant, une éducation thérapeutique centrée sur la reconnaissance rapide des effets secondaires est indispensable.
Ainsi, Les anticorps bispécifiques ont acquis une place centrale dans le traitement des hémopathies B et du myélome multiple avec des réponses rapides et souvent profondes avec une logistique plus souple qu’avec les thérapies cellulaires.
