Communication scientifique
Séance du 15 avril 2008

L’École du service de santé des armées de Bordeaux, de 1890 à nos jours

MOTS-CLÉS : médecine militaire/histoire
The French Forces-medical school in Bordeaux. From 1890 to the present
KEY-WORDS : military medicine/history

Gérard Camilleri*

Résumé

Héritière des écoles de médecine navale fondées par Colbert dans les ports de Rochefort, Brest et Toulon, l’Ecole principale du service de santé de la marine fut installée à Bordeaux en 1890, grâce à l’action du doyen Albert Pitres, qui réussit son intégration à la Faculté de médecine et de pharmacie où étaient inaugurés la chaire de pathologie tropicale d’Alexandre Le Dantec et le Musée colonial et ethnographique. Il fallait une ville universitaire pour délivrer le doctorat et le port de Bordeaux avait une tradition de l’Outre-mer. Dès le début, les « Navalais » représentaient le tiers des étudiants en médecine, destinés d’abord à la marine, puis aux colonies. L’entre deux guerres connut un grand développement des structures sanitaires de l’Outre-mer avec la constitution de quatorze Instituts Pasteur aux Antilles, à Madagascar, en Afrique et en Asie, de facultés de médecine à Hanoï en 1933, à Dakar en 1949, à Abidjan en 1963 et de centaines d’hôpitaux et centres de soins. Dans les années 1970, dix nouvelles écoles de médecine sont créées avec l’aide des médecins navalais qui progressivement sont relayés par des médecins africains. Au début, il y avait un millier de postes dans le corps de santé colonial. Après l’indépendance des pays africains, l’engagement humanitaire de l’Ecole se poursuivit. En 1990, il y avait encore trois cent-trente officiers français du service de santé, pour la plupart des navalais, encore en poste outre-mer. En 1970, l’école devenait école du service de santé des Armées de Bordeaux et à partir de 1974, elle recruta des jeunes filles et des élèves étrangers, pour la plupart africains et malgaches. Déjà en 1981, une première menace de fermeture de l’Ecole fut rejetée grâce au soutien massif de la population bordelaise et des élus. Le centenaire de l’Ecole en 1990 dressa un bilan glorieux : formation de plus de huit mille élèves médecins et pharmaciens, dont trois cents disparurent lors des guerres ; une œuvre scientifique illustrée par Tribondeau, inventeur avec Bergonié de la loi régissant la radiothérapie, Victor Segalen (promotion 1898), poète, romancier, anthropologue en Polynésie et archéologue en Chine, Hesnard, introducteur de la psychanalyse en France, Muraz, pionnier de la médecine tropicale et de la lutte contre les grandes épidémies africaines, Girard et Robic, inventeurs du vaccin antipesteux à Madagascar, Laigret et Durieux créateurs du vaccin contre la fièvre jaune à Dakar, Laborit, un des fondateurs de l’anesthésie moderne, Dominique Dormont, expert international des prions, sans compter tous les anciens navalais qui, depuis le doyen Georges Portmann, un des maîtres de l’ORL, illustrèrent la Faculté et le CHU de Bordeaux. L’école actuelle, de formation interarmées, compte trois cent-soixante élèves, féminisés à 58 %. Après un concours national, les élèves reçus devront s’engager, après une période probatoire de six mois, envers le Ministère de la Défense, pour une période correspondant à deux fois la durée de leurs études. Devenus militaires de carrière et recevant une solde, ils suivent la même formation hospitalo-universitaire que les civils, avec un enseignement complémentaire important : formation militaire, activités sportives, enseignement approfondi en secourisme, en médecine d’urgence et de catastrophe, en médecine tropicale en épidémiologie ainsi qu’en langue anglaise. Le soutien pédagogique permet chaque année un succès de 70 % au concours de fin de première année et depuis trois ans, la préparation des épreuves nationales classantes à la fin du DCEM4 est placée sous la responsabilité de l’ensemble du corps professoral du Service de Santé des Armées. Au bout de six ans de formation les nouveaux internes rejoignent le Val-de-Grâce qui assure le suivi pédagogique du troisième cycle. Ainsi se perpétue l’œuvre humanitaire de l’école qui contribue au rayonnement dans le monde de la ville de Bordeaux et de sa Faculté de médecine devenue Université Victor Segalen.

Summary

Heir to the Naval Medical Schools in the Rochefort, Brest and Toulon seaports, the principal school of the Navy’s Medical Corps, created in 1890, became the French Forces’ Health Service in 1971, after the fusion of the different military health corps. It has trained thousands of doctors and pharmacists, who have contributed to the worldwide renown of Bordeaux and its University. Its humanitarian work includes combating major endemic diseases, developing vaccines, and creating 14 Pasteur Institutes, two universities, four medical schools, and hundreds of hospitals. Like the city of Bordeaux and its University, which have always been open to the world, the French Forces’ Health Service remains faithful to its motto : ‘‘ On and beyond the seas, always serving humankind. ’’

* Médecin-Général, commandant l’École du Service de Santé des Armées de Bordeaux, 149 bis cours de la Marne, BP200 33998 Bordeaux Armées Tirés à part : Médecin Général Gérard Camilleri, même adresse

Bull. Acad. Natle Méd., 2008, 192, no 4, 767-768, séance du 15 avril 2008