Dictionnaire médical de l'Académie de Médecine – ancienne version 2020

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invalidation génique l.f.

knock out.
Production, par recombinaison homologue, d'un gène muté dans des cellules ES (cellules souches embryonnaires) permettant après sélection des homozygotes d'obtenir des organismes où le gène d'intérêt n'est pas exprimé.
Cette méthode très puissante a permis de connaître le rôle de la plupart des molécules du système immunitaire (cytokines, récepteurs de cytokines, molécules de transduction du signal) dans la réponse immunitaire. Ces méthodes sont particulièrement précieuses du fait de la redondance du système immunitaire. Les techniques récentes permettent l’invalidation conditionnelle d’un gène au sein d’un tissu particulier.

irradiation aigüe l.f.

acute radiation injury

Effet provoqué par une forte exposition à des radiations ionisantes pénétrantes (X ou γ) ou plus rarement, par contact ou par inhalation d'aérosols radioactifs générateurs de rayons β ou parfois α.
L'irradiation entraîne soit la mort immédiate des cellules touchées, soit l'arrêt de leur activité métabolique. Les cellules survivantes cessent de se diviser après une ou quelques mitoses de sorte que leur descendance finit par disparaître (mort différée). L'irradiation peut être globale par suite d'une action thérapeutique (irradiation avant une greffe de moelle osseuse) ou lors d'un accident atomique industriel ou militaire. Dans ce dernier cas (explosion atomique) la victime subit aussi des effets thermiques (rayonnements infrarouge et lumineux) et mécaniques (effet de souffle) pouvant entraîner des lésions traumatiques (l'urgence chirurgicale prime, après décontamination s'il y a lieu).
On distingue quatre groupes de victimes en fonction du niveau d'exposition (mesurée en grays, Gy) : 0 inférieure à 1 Gy ; I de 1 à 2 Gy ; II de 2 à 4 Gy ; III de 4 à 8 Gy ; IV au-dessus de 8 Gy.
Au-dessus de 5 Gy (= 500 rads) la mortalité est très grande. La dose semi-létale est de 4 Gy.
Cliniquement dans les deux premières heures apparaissent des troubles digestifs (surtout vomissements), une adynamie avec apathie et somnolence, une hypotension et une hyperthermie, des signes cutanés (épidermite), des œdèmes et une tuméfaction de la parotide. Les effets de l'aplasie médullaire apparaissent après une certaine latence : leucocytose puis leucopénie, thrombopénie et en conséquence des infections, un syndrome hémorragique, des troubles digestifs, une déshydratation. Enfin après un certain temps se produit une crise évoluant vers l'aggravation ou la rémission, mais des effets tardifs sont possibles (cataracte, cancer, leucémie). Les examens complémentaires à faire sont l'hémogramme, le caryotype et l'électroencéphalogramme.
Le syndrome d'irradiation locale, accidentelle est consécutif à une exposition du personnel à des émissions X ou γ en laboratoire, en radiologie médicale ou industrielle (installations défectueuses), à un contact avec des sources radioactives (par ex. cobalt pour la radiographie industrielle) ou à des dépôts d'aérosols radioactifs sur les téguments (après un essai atomique par ex.).
Les effets locaux sont essentiellement cutanés (brûlures).
L'inhalation de gaz ou de particules radioactives produit des effets généraux, l'iode (125 I) se fixe sur la thyroïde (d'où l'ingestion préventive d'iode stable  en cas d'accident de centrale atomique).

demi-vie des corps radioactifs, dose radioactive, gray

JAK acr. de JAnus kinase 

Protéine de type tyrosine kinase impliquée dans plusieurs voies de signalisation cellulaire responsable principalement de la survie et de la prolifération cellulaires.
Quatre membres font partie des JAKs : Janus kinase 1 (JAK1), Janus kinase 2 (JAK2), Janus kinase 3 (JAK3), Tyrosine kinase 2 (TYK2). L’action de phosphorylation de JAK2 est prépondérante au niveau de l’hématopoïèse et entraîne : la prolifération et la croissance cellulaire, l’inhibition de l’apoptose, la différenciation des cellules myéloïdes. Par ailleurs JAK2 a un rôle très important lors de l’embryogenèse au niveau de l’hématopoïèse. Le gène codant la protéine est situé sur le chromosome 9 humain, locus 9p24.1. La protéine est exprimée au niveau du cytoplasme et vient se lier sur la partie intracellulaire du récepteur aux cytokines. Elle est tissu-spécifique et on la retrouve dans les cellules sanguines (globules rouges, macrophages, plaquettes), dans les ganglions lymphatiques et la moelle osseuse. Des mutations au niveau du gène codant la protéine JAK2 sont impliquées dans l’apparition de certains syndromes myéloprolifératifs (dans une grande majorité de polycythémie vraie et dans près de 50% de splénomégalie myéloïde).
JAK2V 617F gene sigle angl. pour JAnus Kinase
Gène localisé en 9p24.1, codant pour la protéine janus kinase, du type tyrosine kinase
impliquée dans plusieurs voies de signalisation cellulaire responsables de la survie et de la prolifération cellulaire.
Sa mutation est l’origine des syndromes myéloprolifératifs. Sa découverte permet de reconnaître l’origine d’anomalies de l’hémogramme ou de thrombose splanchnique.

Étym. Janus kinase : Just another kinase

Jack 2, syndrome myéloprolifératif, janus kinase

KCNE2 gene sigle angl. pour potassium voltage-gated channel subfamily E regulatory subunit 2

Gène localisé en 21q22.11, qui code les instructions pour la constitution d’une protéine régulatrice de l’activité des canaux potassiques.
Les protéines produites par le gène KCNH2 sont présentes dans le myocarde où elles transportent le potassium à l’extérieur des cellules. Ces mouvements ioniques sont impliqués dans la recharge du myocarde après chaque contraction afin de maintenir un rythme régulier.
Ce gène régule plusieurs canaux ioniques, en particulier un canal constitué par des protéines produites par le gène KCNH2 ; les protéines produites par les gènes KCNH2 et KCNE2 agissent en commun pour faire un canal potassique fonctionnel, jouant un rôle primordial dans la capacité des cellules à produire et à transmettre un signal électrique. Quatre sous-unités alpha, chacune produites par le gène KCNH2 constituent la structure de chaque canal. Une sous-unité bêta produite par le gène KCNE1 lie le canla et règle son activité.
Les mutations du gène KCNE2 sont à l’origine de la fibrillation atriale familiale et du syndrome du QT long provoqué par certains médicaments : antiarythmiques, anti-infectieux, anticonvulsivants et antipsychotiques.

Syn.  LQT6 ; minimum potassium ion channel-related peptide 1 ; MinK-related peptide 1 ; MIRP1 ; Potassium channel beta subunit MiRP1 ; potassium channel, voltage gated subfamily E regulatory beta subunit 2 ; potassium voltage-gated channel, Isk-related family,

fibrillation atriale familiale, syndrome du QT long, KCNH2 gene

[Q2,K2]

Édit. 2017

kératine n.f.

keratin

Scléroprotéine de la laine, des poils, des cheveux et des ongles, présente dans presque toutes les cellules épithéliales.
Les kératines sont des protéines fibreuses insolubles dans l'eau. Riche en cystine qui peut représenter 11 % de la protéine et qui par ses ponts disulfure maintient la structure des fibres, la kératine peut prendre une forme ramassée, dite kératine a, et une forme étirée, dite kératine b. Des filaments de kératine (cytokératine) peuvent s'accumuler dans des cellules épithéliales ou hépatiques. Ils sont constitués à partir de prékératine.

Étym. gr. keras, keratos : corne

kératinisation trichilemmale l.f.

trichilemmal keratinisation

Forme de maturation des cellules du follicule pileux se faisant au niveau de l'épithélium stratifié de la gaine pilaire externe, et dans laquelle les cellules ont un cytoplasme volumineux dépourvu de granules de kératohyaline et produisant une kératine compacte, non lamellaire.
Certains processus tumoraux malpighiens peuvent subir ce type de kératinisation.

trichilemme

kérato-acanthome n.m.

keratoacanthoma

Tumeur cutanée bénigne relativement fréquente survenant plus souvent chez la femme que chez l'homme, siégeant principalement dans la région centrofaciale et sur la partie distale des membres supérieurs, généralement unique, se présentant comme une saillie hémisphérique, de forme arrondie, nettement délimitée et contenant un bouchon corné central, augmentant rapidement de volume, mais sans dépasser 2 cm de diamètre, et régressant spontanément après une phase de prolifération en laissant le plus souvent une cicatrice parfois inesthétique.
Le diagnostic histologique, assez souvent difficile, repose davantage sur l'architecture générale de la lésion que sur l'aspect des boyaux tumoraux. Une coupe transversale passant par le centre de la tumeur montre une profonde invagination épidermique en forme de cratère qui englobe, sous deux éperons ou becs malpighiens, une masse cornée centrale. A partir des parois acanthosiques de la cavité, des boyaux tumoraux pénètrent dans le derme environnant; ils sont constitués de cellules volumineuses, contiennent de nombreuses atypies nucléaires et des mitoses et simulent l'image du carcinome spinocellulaire. La tendance des cellules à la kératinisation est toutefois plus précoce dans le kérato-acanthome que dans le carcinome spinocellulaire. Il existe des kératoacanthomes multiples, chroniques et récidivants, de caractère héréditaire dominant : les "épithéliomas multiples spontanément curables de Ferguson-Smith" en sont un exemple. Certains sont associés à des tumeurs viscérales ou évoluent sur un terrain immunologique déficient. Quoique le kérato-acanthome régresse spontanément, il n'est pas toujours indiqué d'attendre cette évolution en raison des cicatrices parfois inesthétiques. L'exérèse chirurgicale de la lésion initiale est le traitement de choix.

A. Rook et I. Whimster, dermatologues britanniques (1950)

Syn. molluscum sebaceum (obsolète), kyste sébacé atypique (obsolète)

kyste anévrismatique des os l.m.

aneurysmal bone syst

Tumeur qui survient généralement chez des malades entre 10 et 20 ans, principalement au niveau des vertèbres et des os plats.
Plusieurs foyers peuvent apparaître au niveau des vertèbres. Il se présente macroscopiquement sous forme de masses spongieuses hémorragiques, recouvertes d'une mince enveloppe d'os réactionnel, avec extension possible aux tissus conjonctifs adjacents. Sous le microscope, il est fait de grands espaces remplis de sang, sans bordure endothéliale caractéristique mais plutôt creusés dans des plages cellulaires ayant les caractères morphologiques ultrastructuraux et immunocytochimiques de fibroblastes, de myofibroblastes et d'histiocytes, et dont ils sont séparés plus ou moins par des septas fibreux contenant des cellules ostéoïdes et de nombreuses cellules géantes multinucléées de type ostéoclastique

lactadhérine n.f.

lactadherin

Protéine globulaire du lait, considérée comme facteur de protection contre l'infection infantile à rotavirus, présente dans l'épithélium de la glande mammaire mais exprimée aussi dans les cellules musculaires lisses de la média aortique.
Faite de 378 acides aminés, sa fonction normale est inconnue mais elle contient plusieurs domaines caractéristiques. La partie N-terminale contient un domaine EGF-like et également une séquence RGD indiquant un lien avec la membrane cellulaire. Dans la partie C-terminale, existent deux domaines avec forte homologie de séquences avec les domaines C1 et C2 fonctionnellement importants dans les facteurs de coagulation C et VIII. Ces similitudes et l'expression de la lactadhérine par les cellules musculaires lisses vasculaires soulèvent l'hypothèse d'une fonction régulatrice de cette protéine dans la coagulation ou dans la fibrinolyse.

lamina fusca de la sclère l.f.

lamina fusca sclerae  (TA)

suprachoroid lamina

Couche de la choroïde adhérant fortement à la sclère.
Elle a l’aspect d’un tissu aréolaire constitué de travées conjonctivo-élastiques orientées en tous sens et tapissées de cellules conjonctives. La face rétinienne des travées conjonctivo-élastiques possède un revêtement partiel de cellules pigmentaires lui conférant une coloration brunâtre. Chez les albinos ce pigment fait défaut.

Syn. anc. espace supra-choroïdien

Langerhans (ilôt de) l.m.

Langerhans’ islet

Amas de cellules, de 0,1 à 0,5 mm de diamètre, répondant au tissu endocrine dispersé au sein du pancréas exocrine ; ces amas sont plus abondants au niveau de la queue de cette glande.
Les cellules endocrines (α, β, γ, petites), à cytoplasme granuleux, sécrètent respectivement le glucagon, l’insuline et la somatostatine.

P. Langerhans, anatomopathologiste allemand (1869)

glucagon, insuline, somatostatine

Laplace (Loi de) l.f.

Laplace’s law

Loi d’équilibre entre la tension (T), d’une enveloppe de courbure moyenne (), contenant un fluide sous une pression (P) : la pression est égale au produit de la tension par la courbure moyenne :P = T x

Autrement dit, une augmentation ou une diminution de pression correspond à une variation proportionnelle de courbure (donc inverse du volume contenu) ou de la tension superficielle.

L‘analyse dimensionnelle (longueur (L), surface (L2), volume (L3), Force (F), énergie (E=FL) montre que pour équilibrer la pression (force / surface ou énergie de volume, E L-3), la pression superficielle (force / longueur ou énergie de surface, de dimension E L-2) doit être multipliée par la courbure (inverse de la longueur du rayon de courbure), grandeur de dimension L-1:

E L-3 = E L-2. L-1

La formule initiale a été établie pour une sphère de rayon R soit P = T (2/ R). La sphère ayant deux courbures principales, 1/R, sa courbure moyenne est 2/R, ainsi la loi de Laplace appliquée à un cylindre (qui n’a qu’une courbure) est P = T / R.

En physiologie la loi de Laplace s’applique aux organes creux (cœur, vessie) et aux cellules :

Au niveau des poumons, les petites alvéoles devraient se vider dans les alvéoles deux fois plus grandes car elles devraient avoir une pression alvéolaire deux fois plus forte. Comme ce n’est pas le cas, sinon la plupart des petites alvéoles produiraient des atélectasies et les grosses des bulles, il faut donc que la tension superficielle alvéolaire soit quasi nulle pour que cela ne se produise pas. De fait les alvéoles pulmonaires sont tapissées de surfactant, un phospholipide de très basse énergie superficielle (s’il n’y avait pas de surfactant, la tension superficielle alvéolaire se rapprocherait de celle du plasma, 0,60 N/m2). L’insuffisance de sécrétion de surfactant entraîne la maladie des membranes hyalines du nouveau-né prématuré où l’on trouve l’aspect d’atélectasies et de bulles envisagé ci-dessus.

Au niveau du cœur, selon la loi de Starling : l’énergie libérée par la contraction des fibres cardiaques entraîne l’augmentation de la pression du sang contenu dans les ventricules (charge) ce qui lui permet de vaincre la pression artérielle diastolique, d’où sa propulsion dans les artères.

Dans les vaisseaux : la tension de la paroi équilibre la pression, mais, les vaisseaux étant cylindriques, la tension systolique des fibres musculaires de la tunique artérielle est double de celle des fibres cardiaques.

Dans les cellules : la surface cellulaire ayant une certaine énergie superficielle, sa pression osmotique est toujours plus élevée que celle du liquide environnant. Si la pression extracellulaire est trop faible le volume et la surface de la cellule deviennent trop grands et la surface se déchire (cytolyse).

P. Simon, marquis de Laplace, physicien français (1749-1827)

charge, courbure, cytolyse, contraction musculaire, membranes hyalines, (maladie des), Starling (loi de), surfactant, tension, tension, tension superficielle

latence n.f.

latency, latent period, lag phase

Délai entre la délivrance d'un stimulus ou l'intervention d'une cause et l'apparition de la réponse.
Dans les cas où la réponse s'établit progressivement, particulièrement pour les potentiels évoqués, la latence mesure le délai entre le stimulus et le pic ou les pics de la réponse.
En ophtalmologie, caractéristique d'un déséquilibre oculomoteur spontanément inapparent et dont l'existence doit être révélée au moyen d'une manœuvre diagnostique.
On parle ainsi de strabisme latent, de nystagmus latent.
En bactériologie, période qui suit l'inoculation d'une culture microbienne dans un milieu de culture. Le nombre de cellules reste stationnaire, la vitesse de croissance est faible. C'est une période d'adaptation à un nouvel environnement. Si on inocule un nombre important de cellules en phase exponentielle dans un milieu semblable au milieu initial, la culture démarre immédiatement.
En virologie: 1. Durée minimale qui sépare l'infection d'une cellule de sa lyse.
2. État d'un virus qui persiste dans l'organisme sans se répliquer.

Étym. lat. latens : caché

latence (période, intervalle de) (en psychiatrie), latence (temps de) (en psychiatrie), latente (infection), latence de ségrégation (en génétique)

léiomyome cutané l.m.

cutaneous leiomyoma, leiomyoma cutis

Tumeur cutanée bénigne rare, survenant à tout âge et résultant de la prolifération de fibres musculaires lisses, issues de muscles arrecteurs ou des parois vasculaires.
À partir des muscles arrecteurs, se forment trois variétés cliniques : a) le léiomyome ou piloléiomyome solitaire; b) les léiomyomes multiples ou éruptifs, groupés en une région quelconque du corps et composés de petits nodules plus ou moins saillants, de dimensions variées, fermes, généralement douloureux à la pression et au froid; c) le léiomyome solitaire génital, localisé au scrotum, aux grandes lèvres ou, rarement, au mamelon et qui, contrairement aux autres variétés, ne comporte pas de signes fonctionnels.
Au microscope, on observe une tumeur intradermique non encapsulée et composée de faisceaux de fibres musculaires lisses, qui se croisent, s'enchevêtrent et forment parfois des tourbillons; les cellules sont fusiformes, avec un noyau mince aux extrémités arrondies; il peut y avoir des cellules géantes à noyaux multiples; une trame collagène sépare les faisceaux et parfois les fibres. L'angioléiomyome se développe à partir des fibres musculaires lisses des parois vasculaires et diffère histologiquement des précédents par l'existence d'une capsule péritumorale et par la présence de nombreux vaisseaux entre les fibres musculaires. Le léiomyome persiste indéfiniment. L'excision chirurgicale peut entraîner la guérison, mais elle n'empêche pas l'apparition éventuelle de nouveaux éléments.

Étym. gr. leios : lisse ; mys, myos : muscle ; ôma : tumeur

Syn. dermatomyome

lèpre n.f.

leprosy

Maladie infectieuse due à Mycobacterium leprae (bacille de Hansen) ou à M. lepromatosis, encore fréquente aujourd'hui dans les pays tropicaux et subtropicaux.
La mycobactérie, à tropisme cutané et nerveux, pénètre probablement presque exclusivement par la muqueuse des voies aériennes supérieures et exceptionnellement par la peau à l'occasion d'une blessure. Le réservoir de bacilles est avant tout l'Homme et plus spécifiquement les patients lépreux atteints de la forme multibacillaire, dite « lépromateuse ».
La période d'incubation est longue, en moyenne de 3 à 6 ans, et les manifestations cutanées sont pratiquement toujours inaugurales. Son grand polymorphisme clinique a suscité de nombreuses classifications. La plus simple est la celle de Madrid (1953) qui distingue deux formes : tuberculoïde et lépromateuse. Mais la classification de Ridley et Jopling (1966), la plus souvent utilisée, individualise cinq formes : tuberculoïde polaire, borderline tuberculoïde, "borderline borderline", borderline lépromateuse et lépromateuse polaire. En 1982, l'OMS a proposé une classification plus simple en deux formes : paucibacillaire et multibacillaire. L'évolution globale de la maladie est lente. En réalité, la plupart des infections sont inapparentes et mettent en jeu une vigoureuse réponse des cellules T dirigées contre des peptides d’antigènes de Mycobacterium leprae.
La lèpre tuberculoïde est caractérisée par une forte réponse des cellules T (de type 1, lymphocytes Th1) avec lésions inflammatoires et granulomes à l’origine de lésions osseuses et de compression des nerfs périphériques.
Les formes lépromateuses ou nodulaires, au contraire, sont caractérisées par une réponse T de type 2 (Th2) avec intense prolifération mycobactérienne et production massive d’anticorps et de complexes antigène-anticorps. M. lepromatosis semble préférentiellement associé à ces formes. Le traitement repose sur une polychimiothérapie associant deux ou trois des antibacillaires disponibles (rifampicine, dapsone, clofazimine). Toutefois l’administration de rifampicine favorise le développement d’une réaction de type 1 avec réaction inflammatoire, puis dépigmentation cutanée.

A. Hansen, anatomopathologiste norvégien (1869-1874) ; D. S. Ridley et W. H. Jopling, médecins infectiologues britanniques (1966)

Étym. gr. lepra, de lepis : écaille

Syn. maladie de Hansen

Ridley et Jopling (classification de), réaction de dégradation, réaction de réversion, réaction lépreuse, Mycobacterium leprae, Mycobacterium lepromatosis

leucémie n.f.

leukemia

Prolifération clonale maligne d'une ou de plusieurs des lignées cellulaires provenant des cellules souches hématopoïétiques dans la moelle osseuse.
Il existe de nombreuses formes de leucémies classées selon divers critères dont les principaux sont : le caractère évolutif aigu ou chronique, le caractère primitif sans cause apparente ou secondaire, la lignée cellulaire prédominante, les marqueurs cellulaires, les anomalies cytogénétiques, les mutations géniques. Les cellules malignes restent rarement cantonnées dans la moelle osseuse (leucémie aleucémique) ou dans un tissu (chlorome, sarcome leucémique), le plus souvent elles envahissent le sang et divers tissus en fonction de leur nature et de leurs spécificités d'adhésion. Les atteintes oculaires sont essentiellement caractérisées par des hémorragies du fond d'œil, des taches de Roth et les manifestations liées à l'hyperviscosité. L'incidence des leucémies est d'environ 1 p. 10 000 habitants par an. Le taux de mortalité est fonction du type de leucémie et de l'environnement sanitaire. Autrefois non curable, la leucémie peut être guérie dans un pourcentage non négligeable qui varie selon sa nature.

Syn. leucose

leucémie aigüe myéloblastique (LAM) : classification OMS l.f.p.

acute myeloid leukaemia (classification) AML

La notable diversité de formes de leucémie aigüe myéloblastique a conduit à les classer en plusieurs sous-goupes identifiables par leur caractère cytologique propre basé sur des données morphologiques, histochimiques et phénotypiques.
L’étude cytogénétique des cellules leucémiques a permis d’identifier des anomalies spécifiques parmi ces sous-groupes de leucémies aigües.
La première classification a été établie en 1976 par un collège d’hématologues cytologistes Français, Américains et Britanniques (d’où le sigle FAB de cette classification) ; celle-ci répartit les leucémies aigües myéloblastiques en neuf variétés reprises ci-dessous avec leur fréquence relative :


L’apport de la cytogénétique et de la biologie moléculaire, l’importance que revêtent des données morphologiques complémentaires–en particulier les signes de dysmyélopoïèse–et l’identification de nouvelles entités anatomocliniques ont conduit les hématologues, sous l’égide de l’OMS, à élaborer une nouvelle classification en 2002 qui bénéficia de précisions complémentaires en 2008 ; elle établit comme suit les différentes classes :
1 – LAM avec anomalies génétiques récurrentes
A – Translocations équilibrées / inversions,
B – Mutations génétiques ;
2 – LAM liées à des anomalies myélodysplasiques ;
3 – LAM thérapie-induites ;
4 – autres LAM (LAM NOS) voir classification FAB ;
5 – sarcome myéloïde ;
6 – proliférations myéloïdes liées au Syndrome de Down ;
7 – leucémie à cellules dendritiques blastiques plasmocytoïdes.
Ces classifications, universellement appliquées, permettent une meilleure identification des leucémies aigües myéloblastiques, un choix plus adapté de la thérapeutique et une identité de langage.

J. M. Bennett, hématologue américain (1976, 1985, 1991) pour le FAB ; J. W. Vardiman, hématobiologiste américain (2002 et 2008) pour l’OMS ; D. A. Arber, anatomopathologiste américain (2016)

leucémie aigüe myéloblastique (définition et critères), leucémie aigüe myéloblastique: apport de la génétique et des données moléculaires, FAB

leucémie aigüe myéloblastique (LAM) : paysage génomique l.f.

acute myeloid leukemia : genomic landscape

Etude du génome de la leucémie aigüe myéloblastique (LAM) par de nouvelles techniques génomiques.
Ces techniques faisant appel au séquençage de l’ensemble du génome et de l’exome ont montré que de nombreuses leucémies sont caractérisées par une hétérogénéité clonale au moment du diagnostic avec la présence d’un clone fondateur et d’au moins un sous-clone. Ces données obtenues par des études de l’évolution clonale sont un support pour un modèle dans lequel les gènes impliqués dans la régulation épigénétiques (DNMT3A, ASXL1, IDH2, et TET2) sont présents dans les cellules souches hématopoïétiques préleucémiques et interviennent très tôt dans l’évolution de la LAM. De telles cellules souches ancestrales préleucémiques sont capables d’une différenciation en plusieurs lignées, peuvent survivre à la chimiothérapie, et se développer durant les rémissions conduisant à d’éventuelles rechutes. Cette hématopoïèse clonale avec des mutations somatiques, portant sur les mêmes gènes (DNMT3A, ASXL1 et TET2), s’accroît avec l’âge et est associée avec un risque accru de cancer hématologique et de décès.
Le modèle mutationnel peut être indicatif de l’ontogénie de la LAM : c’est-à-dire, soit que la leucémie apparaît au diagnostic comme une maladie primaire, soit comme une affection secondaire à une pathologie myéloïde préalable telle qu’un syndrome myélodysplasique. C’est ainsi que les mutations de gènes SRSF2, SF3B1, U2AF1, ZRSR2, ASXL1, EZH2, BCOR, STAG2 définissent un sous-type génétique distinct de LAM qui partage des caractéristiques cliniques et pathologiques avec des LAM secondaires cliniquement confirmées.
Les investigations génétiques menées auprès de fratries atteintes de leucémie myéloïde mettent en évidence chez ces patients atteints de pathologies héréditaires une association avec des mutations germinales dans 10 gènes : ANKRD26, CEBPA, DDX41, ETV6, GATA2, RUNX1, SRP72, TERC, TERT, TP53.

H. Döhner, médecin interniste allemand, D. J. Weisdorf, hématologiste américain, C. D. Bloomfield, oncologue américaine (2015)

leucémie aigüe myéloblastique (définition et critères), leucémie aigüe myéloblastique (classification), ANKRD26, ASXL1, BCOR, CEBPA, DDX41, DNMT3A, ETV6, EZH2, GATA2, RUNX1, SF3B1, SRSF2, SRP72, STAG2, TERC, TERT, TET2, TP53, U2AF1, ZRSR2, leucémie aigüe myéloblastique (apport de la génétique et des données moléculaires)

[F1,Q1]

leucémie à prolymphocytes l.f.

prolymphocytic leukemia

Variété de leucémie qui se distingue de la leucémie lymphoïde chronique par l'aspect des cellules de plus grande taille et la présence de nucléoles.
La leucémie à prolymphocytes représente 2% des leucémies lymphocytaires matures et survient principalement chez des personnes du troisième âge et plus fréquemment chez les hommes.
Leur nombre, dans le sang, est généralement très élevé, supérieur à 100 000/mm3. L'infiltration tissulaire est surtout splénique et médullaire.
Le plus souvent, ces cellules expriment des antigènes de différenciation B, plus rarement T. Ces deux formes se distinguent aussi par la rareté des adénopathies dans la première, la fréquence d'atteintes cutanées et d'une modification chromosomique dans la seconde. Celle-ci se marque par des anomalies affectant principalement les chromosomes 14, 8, 11 et X. Ces variétés sont de pronostic plus sévère qu'une leucémie lymphoïde chronique et sont peu sensibles aux traitements de cette affection.

leucémoïde (syndrome) l.m.

leukemoid reaction

Myélémie massive accompagnant une hyperleucocytose granulocytaire, faite de cellules immatures : myélocytes, métamyélocytes, promyélocytes, voire quelques rares myéloblastes.
Les cellules immatures comptent souvent pour plus de 10% des leucocytes. Les circonstances dans lesquelles on peut observer un syndrome leucémoïde sont variées, recouvrant les mêmes causes que celles des grandes neutrophilies : infections, réactions inflammatoires, cancers, toxines, facteurs de croissance. La distinction avec les leucémies aigües est fondée sur l'absence de prolifération blastique. La distinction avec un syndrome myéloprolifératif est plus malaisée quand la cause du syndrome leucémoïde est cachée, mais il n'existe aucun des signes cliniques et biologiques sur lesquels repose le diagnostic de syndrome myéloprolifératif.
Le problème essentiel est de distinguer un syndrome leucémoïde réactionnel d'une prolifération myéloïde clonale maligne. Dans les cancers métastatiques, le syndrome leucémoïde a volontiers une composante érythroblastique surajoutée.

Syn. réaction leucémoïde

LIF sigle angl. m. pour Leukemia Inhibitory Factor

Facteur antileucémique, cytokine produite par de nombreuses espèces cellulaires, telles que lymphocytes T, monocytes-macrophages, fibroblastes, cellules myocardiques, etc. exerçant un effet inhibiteur sur la prolifération de lignées cellulaires leucémiques.
Ce facteur régule la prolifération et la différenciation des cellules médullaires. Selon l'origine cellulaire, la masse moléculaire de ce facteur glycoprotéinique varie de 37 à 68 kDa.
Il exerce d'autres effets en dehors du système hématopoïétique, tels que l'inhibition de la réplication virale, l'augmentation du nombre des plaquettes, la stimulation du catabolisme des lipides.

lignée cellulaire l.f.

cell line

Ensemble des cellules issues d'une cellule originelle par mitoses successives, présentant les mêmes caractères structurels et fonctionnels et dont le devenir est identique pour un nombre limité et génétiquement programmé de divisions.
Les lignées cellulaires cultivées in vitro, issues de celleles tumorales ont un potentiel de division illimité.
La culture à long terme de lymphocytes T, en présence de cellules présentatrices d’antigène et d’un antigène ou d’un peptide particulier, permet un enrichissement en lymphocytes spécifiques de ce peptide. Ces lymphocytes peuvent alors être clonés pour aboutir à la production de clones T spécifiques d’un peptide associé à une molécule du complexe majeur d’histocompatibilité de classe I ou de classe II.

cellule souche, clone cellulaire

[A2]

Édit. 2019

lipome à cellules fusiformes l.m.

spindle cell lipoma

Variété de lipome qui survient le plus souvent chez l'homme âgé, siège de préférence dans le dos et la nuque, et dans laquelle l'examen histologique révèle la présence, au sein d'une matrice mucineuse, de cellules graisseuses matures et de faisceaux de cellules fusiformes, produisant des quantités variables de glycogène.
On y observe également de nombreux mastocytes.

F. Enzinger et D. Harvey, anatomopathologistes américains (1975)

lipome atypique l.m.

atypical lipoma, pleiomorphic lipoma

Variété de lipome qui se développe le plus souvent chez l'homme âgé et siège de préférence dans le dos et la nuque et qui, quoique bénigne, se rapproche, du point de vue histologique, du liposarcome par suite de la présence dans la néoformation de cellules graisseuses de dimensions variables, ainsi que de cellules à gros noyau hyperchromatique et d'un stroma mucineux traversé par des fibres collagènes denses.

H. Evans, E. Soule et R. Winkelmann, dermatologues américains (1979)

lipoprotéine-lipase n.f.

lipoprotein lipase

Enzyme qui catalyse l'hydrolyse des triglycérides au sein des lipoprotéines.
Biosynthétisée dans les cellules adipeuses et musculaires, la lipoprotéine-lipase est transférée sur les parois des vaisseaux capillaires, où elle se trouve attachée à des glycoprotéines de la membrane des cellules endothéliales ; c'est là qu'elle se lie aux lipoprotéines circulantes, chylomicrons ou VLDL, dont elle dégrade les triglycérides, libérant des acides gras destinés à être utilisés par le tissu sous-jacent.
Cet enzyme peut être détaché de la paroi vasculaire sous l'effet de l'héparine ou des héparinoïdes. Le plasma prélevé après injection d'héparine contient donc la lipoprotéine-lipase capable d'agir sur les chylomicrons in vitro et de clarifier un sérum riche en triglycérides, d'où le nom de "facteur clarifiant" qui a été donné à cet enzyme.

Sigle  : LPL ou LPLase

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