suicide n.m.
suicide
"Le meurtre de soi-même", terme introduit par l'abbé Desfontaine (1737).
"Le meurtre de soi-même a lieu dans des circonstances si opposées ; il est déterminé par des motifs si divers qu'on ne peut le confondre sous la même dénomination" (E. Esquirol, 1821). Cependant, considéré par cet auteur comme seulement un symptôme de l'aliénation mentale, il fera l'objet d'approches sociologiques (E. Durkheim, M. Halbwachs), psychologiques, surtout psychodynamiques (S. Freud, K. Menninger), enfin neurochimiques (M. Asberg et coll.).
Compte tenu de l'imprécision des données épidémiologiques recueillies, il reste que 30 à 70% des suicides sont liés à un état dépressif, avec un taux de 60% le plus souvent cité.
À côté des suicides pathologiques, se situent les actes dits volontaires ou rationnels, liés à des motifs divers : sentiment d'honneur, sacrifice, idéal religieux, âge avancé (vieux couples), refus d'une maladie grave, invalidante ou douloureuse. Mais le postulat du libre arbitre n'est-il pas inscrit par beaucoup dans le registre de l'illusion ?
suicide et médecine légale, suicide et responsabilité du psychiatre, suicide et transculture,
suicide (fonctions du), suicide (neurochimie du), suicide (prévention du), suicide (psychiatrie et), suicide (psychologie et), suicide (sociologie et), syndrome présuicidaire, suicide (tentative de) chez l'adolescent, suicide (tentative de) chez l'enfant,
J-E. Esquirol, psychiatre français, membre de l'Académie de médecine (1772-1840) ; É. Durkheim, sociologue français, père de la sociologie (1858-1917) ; M. Halbwachs, sociologue français (1877-1945) ; K. A. Menninger, psychiatre américain (1958) ; Marie Åsberg, psychiatre suédoise (1976)
Étym. lat. sui caedere : de soi, abattre, couper
Syn. autolyse
→ suicidologie, comportement suicidaire, équivalent suicidaire, suicidalité, suicidant (prise en charge psychiatrique du), suicide collectif, suicide (épidémiologie du), suicide et institutions,
suicide collectif l.m.
collective suicide
→ suicide, collective (psychose), contagion mentale
suicide (épidémiologie du) l.f.
suicide (epidemiology)
Il s'agit d'un véritable phénomène social, malgré les approximations qui pèsent sur les données disponibles. En France, on compterait plus de 12 000 décès par suicide par an, plus nombreux que par accident de la route, avec une surmortalité masculine.
Une nette augmentation des taux de déclarations est relevée en Europe, surtout chez les adolescents et adultes jeunes.
Par rapport aux tentatives, ils sont plus fréquents chez les sujets âgés, célibataires ou veufs ou divorcés, sans travail ou à la retraite. Il s'agit principalement de pendaisons, suivies de l'emploi d'armes à feu, puis d'intoxications.
Les tentatives de suicide connues sont environ 10 fois plus fréquentes selon des chiffres européens, avec une majorité féminine et plus d'un tiers concernant des sujets de moins de 25 ans. Elles constituent un important facteur de risque suicidaire ultérieur : de 10 à 14% des cas. Leur incidence est, ici aussi, en augmentation. Elles sont plus fréquentes en cas d'isolement social ou de famille dissociée. Il s'agit essentiellement d'intoxications médicamenteuses, puis de phlébotomies, bien plus rares et parfois associées.
Étym. lat. sui caedere : de soi, abattre, couper
→ suicide
suicide et institutions l.
suicide in institutions
Conduite dont les incidences possibles dans la collectivité sont diverses : effets négatifs sur l'hygiène mentale et "contagion", divergences d'interprétation entre le psychiatre et les cadres, en particulier.
Seront cités seulement : l'institution carcérale (fréquentes décompensations dépressives dès l'admission, avant le procès ou, paradoxalement, peu avant la sortie, comportant un risque suicidaire important) ; le milieu hospitalier psychiatrique (où le suicide, surtout rencontré chez des psychotiques, serait deux fois plus fréquent que dans la population générale, avec emploi des mêmes moyens hormis les armes à feu) ; la communauté militaire. Dans le code de justice militaire (art. 418), l'infraction de mutilation volontaire comporte, parmi ses éléments constitutifs, l'intention recherchée " de se soustraire aux obligations militaires imposées par la loi ". C'est dire, pour un tribunal, la difficulté d'apporter la preuve d'un élément si nettement défini, devant la complexité d'une conduite suicidaire chez l'adulte jeune.
Étym. lat. sui caedere : de soi, abattre, couper
→ suicide, suicide (sociologie et)
suicide et médecine légale l.
suicide and forensic medicine
Au nom de la liberté individuelle et constitutionnelle, et sur la base du postulat du libre arbitre, le droit pénal français ne réprime pas le suicide ni sa tentative.
Par contre la loi du 31 décembre 1987 a créé le délit de provocation au suicide tenté ou consommé.
Au nom d'une obligation morale, déontologique, administrative (responsabilité de l'hôpital) et pénale (non-assistance à personne en danger), le médecin, lui, n'a pas le choix : quel que soit le désir mortifère du suicidant, il doit s'attacher à préserver la vie. A fortiori, le fait de donner la mort à un tiers, sur sa demande, constitue un homicide.
Depuis la loi du 7 janvier 1981, l'assureur doit établir la preuve du suicide de l'assuré et de son caractère conscient. Le doute, fréquent, profite au bénéficiaire. Le médecin qui, en particulier, certifie que le sujet n'est pas mort d'un suicide, peut être condamné, dans un procès de responsabilité, à rembourser à l'assurance les sommes indûment versées.
Étym. lat. sui caedere : de soi, abattre, couper
→ suicide
suicide et responsabilité du psychia tre l.m.
suicide and psychiatrist’s responsibility
Comme un autre médecin, le psychiatre engagé dans la prise en charge d'un malade mental qui s'est suicidé, peut se voir reprocher de ne pas avoir pris tous les moyens nécessaires pour éviter le passage à l'acte.
À un psychiatre consultant peuvent être imputés la non-reconnaissance d'un diagnostic évident, comportant des risques certains de suicide (antécédents homologues, mélancolie, mais aussi certaines psychoses avec auto-agressivité) et le défaut d'hospitalisation d'urgence du patient, au besoin contre son gré. La loi du 27 juin 1990 a conservé un cadre légal aux mesures d'internement lorsque la dangerosité du sujet s'exerce non sur autrui mais sur lui-même.
À un psychiatre hospitalier privé ou public, le reproche sera, ici encore, d'avoir mal évalué le diagnostic et le risque, puis de ne pas avoir prescrit un traitement efficace ni pris les mesures de surveillance et de sauvegarde indispensables : retirer les objets contondants, les substances toxiques, présence infirmière constante, locaux, au besoin chambre d'isolement, etc.
Il faut toutefois savoir que les suicides sont souvent récidivants et que la volonté du malade déjouera toujours les moyens de surveillance. C'est pourquoi, pas plus qu'un autre médecin, le psychiatre ne saurait être tenu par la loi à une obligation de résultat, mais il le sera seulement à une obligation de moyens.
Étym. lat. sui caedere : de soi, abattre, couper
→ suicide, psychiatre (responsabilité pénale du)
suicide et transculture l.
suicide and transculture
Conduites dont l'existence et l'augmentation universelles de fréquence sont influencées par des déterminants socioculturels.
Dans de nombreuses cultures traditionnelles, les suicides sont perçus comme l'expiation inéluctable par le sujet d'une transgression majeure de règles régissant l'organisation sociale.
Sur le plan psychosocial semblent intervenir, dans des ensembles souvent complexes : le chômage, la désorganisation économique et les difficultés de communication sociale ; des phénomènes d'acculturation face à des modèles hétérogènes, évolutifs, parfois divergents, source possible de conflits de rôle ; l'affaiblissement des liens d'appartenance familiale et collective.
La population cible serait constituée d'adolescents et d'adultes jeunes, surtout étudiants. Une affection psychiatrique structurée est rarement retenue, à l'exception d'un état dépressif. Un sentiment de révolte a été évoqué.
Étym. lat. sui caedere : de soi, abattre, couper
→ suicide, suicide (sociologie et)
suicide (fonctions du) l.f.p.
suicidal functions
Démarche d'approfondissement de la conduite suicidaire, effectuée initialement par E. Stengel (1964), qui permet de mieux dégager, pour chaque cas, sa valeur de communication et ses principales significations, si possible au-delà du contenu manifeste.
Ces fonctions sont les suivantes : auto-agressivité, surtout dans la dépression mélancolique ; hétéroagressive, associée à un retournement de l'agressivité contre soi-même (S. Freud) ; appel à un entourage vécu comme indifférent ou hostile afin qu'il intervienne ; chantage ; fuite devant une situation inacceptable ou une douleur excessive ; ordalique, où prévaut le "jugement de Dieu". Cette série est complétée par la notion de suicide dans le cadre d'une réaction catastrophique (réaction non mentalisée, "en coupe-circuit", comparable aux crises excitomotrices).
Le plus souvent, la complexité de chaque situation fait apparaître l'association de plusieurs fonctions, qui peuvent évoluer en cas de récidive.
Malgré le désir de mort toujours présent, cette tentative de réduction des tensions internes, dans son ambivalence vie-mort, peut s'inscrire à la limite comme une tentative de résolution d'un problème de vie.
E. Stengel, psychiatre britannique (1964)
Étym. lat. sui caedere : de soi, abattre, couper
→ suicide
suicide (neurochimie du) l.f.
neurochemistry of suicide
1. Une hyposérotoninergie et une hyperactivation de l'axe cortisolique sont incriminées dans le risque suicidaire chez les dépressifs.
Un taux faible de 5-HIAA, catabolite de la sérotonine, reflèterait une fragilité accrue vis-à-vis des situations éprouvantes. L'activation de l'axe cortisolique pourrait indiquer l'intensité des réactions émotionnelles. Plus généralement, il existerait un lien entre suicide, impulsivité, agressivité d'une part et, d'autre part, un dysfonctionnement monoaminergique au long cours, provoqué et entretenu par des circonstances adverses.
2. Des polémiques ont accompagné le risque suicidaire attribué à certains antidépresseurs par levée de l'inhibition psychomotrice.
ll est vrai qu'une aggravation initiale peut être provoquée par une indication inappropriée concernant le spectre, en particulier sédatif ou stimulant, de l'antidépresseur.
Marie Åsberg, psychiatre suédoise (1976)
Étym. lat. sui caedere : de soi, abattre, couper
[→ suicide,5 hydroxyindole,acétique (acide de) 5,HIAA]
suicide (prévention du) l.f.
prevention of suicide
Alors que la prévention primaire relève de l'hygiène mentale en général, la prévention secondaire porte sur la récidive : de l'ordre de 30 à 40% chez les adolescents avec, à terme, un nombre élevé de décès.
La survie et la récidive sont accrues par les progrès de la réanimation. Interviennent également la fréquente mise en cause de l'authenticité des parasuicides et leur rejet consécutif.
La prise en soins d'un malade mental s'impose à l'évidence.
C'est dire l'importance d'une formation des médecins généralistes, mais aussi d'une sensibilisation des personnes "au contact" (enseignants), concernant ce drame individuel. Ainsi, une attention accrue à l'égard du syndrome présuicidaire serait très utile.
Étym. lat. sui caedere : de soi, abattre, couper
→ suicide, comportement suicidaire
suicide (psychiatrie et) l.
psychiatric context and suicide
Environ 10% des malades mentaux mourraient par suicide et environ 60% de ces conduites sont le plus souvent imputés à un état dépressif, avec 15% de décès.
Plus que le découpage nosologique, le sexe masculin, l'âge (avant 25 ans et après 70 ans), l'isolement social ou affectif, une rupture récente quelle qu'en soit la nature, l'absence de croyances religieuses, la sévérité de l'état dépressif (idées délirantes mélancoliques en particulier), des conduites toxicophiles, y compris alcooliques (parfois équivalents suicidaires), une affection somatique grave, la notion d'antécédents suicidaires personnels ou familiaux, constitueraient les principaux facteurs de risque.
Plus rares, seront cités les états schizophréniques ("dépression atypique" du sujet jeune, états dépressifs post-psychotiques, etc.) et le potentiel suicidaire des états dépressifs chez les délirants paranoïaques ou lors des "failles dépressives" des états limites.
Les personnalités pathologiques (psychopathiques et névrotiques, hystériques en particulier) représentent moins de 5% de l'ensemble des suicidés, mais le plus important contingent des suicidants.
Très souvent, surtout chez un sujet jeune, il s'agit d'une conduite lui apparaissant comme la seule issue d'un conflit insoluble, inscrite sur un terrain très vulnérable, et dont la cause déclenchante serait banale pour un adulte.
Étym. lat. sui caedere : de soi, abattre, couper
→ suicide
suicide (psychologie et) l.
psychological context and suicide
Le concept réducteur d'une réaction psychologique à quelque circonstance particulière, doit être dépassé par la notion de faits vécus par le sujet en fonction de son histoire personnelle.
D'où la nécessité, malgré ses difficultés, d'une approche compréhensive globale, qui s'attache à la dynamique vitale d'une personnalité, tout particulièrement aux motivations plus ou moins conscientes du comportement suicidaire.
Ainsi, la problématique sexuelle chez l'adolescent est souvent en cause sous forme de sentiment de culpabilité avec conduite autopunitive.
Le retournement de l'agressivité contre soi-même est souligné par S. Freud. À l'extrême, dans "Deuil et mélancolie" (1917) le sadisme, en se tournant vers l'intérieur, peut passer de l'objet perdu au moi, reliant ainsi impulsion criminelle et suicidaire.
Étym. lat. sui caedere : de soi, abattre, couper
→ suicide, suicide (fonctions du)
suicide (sociologie et) l.m.
sociological context and suicide
Approche élaborée par E. Durkheim (1897), pour qui la cause et la régulation du phénomène suicidaire sont essentiellement d'ordre sociologique et se résolvent dans l'anomie.
Cet état de ce qui est sans organisation naturelle ou légale se traduit ici par le relâchement des liens familiaux et l'isolement social. Plus une société est structurée, plus son taux de suicide est faible. De nos jours, l'existence de courants suicidogènes est controversée, au moins pour le suicide décès.
Chaque groupe social sécrète ses "modèles d'inconduite" (au sens ethnologique du terme), ce qui explique dans la famille, groupe social le plus élémentaire, l'existence de lignées suicidaires par imitation. S'agissant des prétendues inductions à l'origine d'épidémies, il a été démontré que seuls sont touchés les suicidants potentiels à qui un modèle a été fourni, non la population totale.
É. Durkheim, sociologue français (1897)
Étym. lat. sui caedere : de soi, abattre, couper
→ suicide, suicide et institutions, suicide et transculture
suicide (tentative de) chez l'adolescent l.
suicidal attempt in adolescence
Malgré l'absence de statistiques valables, car beaucoup restent inconnues et leur très grande majorité n'aboutit pas, cette conduite est fréquente.
Seront mis à part les suicides bien souvent achevés des psychotiques, des mélancoliques avérés, qui ne représentent qu'une faible proportion des tentatives.
Quelle que soit leur apparence d'inauthenticité, on ne peut accepter l'idée simpliste et rassurante d'un chantage au suicide, ni commettre la grave erreur de s'en tenir au postulat d'une crise passagère (récidives très fréquentes, de 30 à 50%) ou du désir d'attirer l'attention sur soi.
Le plus souvent, il s'agit, sans idée de mort, d'une fuite devant une situation apparaissant sans issue ou entraînant une tension d'une telle acuité que le passage à l'acte s'effectue sans préméditation, pour mettre fin à ce qui est vécu comme insupportable. La disproportion est souvent considérable avec le registre en général pauvre et banal de la cause déclenchante invoquée (échec scolaire, crainte d'un examen, refus de sortie de la part des parents, déception sentimentale sans grande consistance, etc.).
Ces tentatives doivent donc être assimilées à d'autres conduites morbides si fréquentes au cours de l'adolescence, avec lesquelles elles alternent souvent : fugues, toxicomanie, etc. Autant de moyens d'évasion vers un monde autre mais nullement défini, avec abandon du sujet aux puissances protectrices du destin et au jeu mortifère du hasard. Dans bien des cas, le suicidaire reconnaît qu'il ne recherchait pas la mort, mais l'oubli, le calme d'un sommeil dont il n'exclut pas qu'il pouvait peut-être sortir. Les moyens employés plaident dans ce sens : toxiques, phlébotomies.
Sur ce terrain d'une extrême vulnérabilité, la moindre incident rompt un équilibre précaire.
Étym. lat. sui caedere : de soi, abattre, couper
→ suicide
suicide (tentative de) chez l'enfant l.
suicide attempt in childhood
Habituellement confondue avec celle de l'adolescent, la tentative de suicide est rare mais non exceptionnelle : I0% des tentatives de suicide d'enfants et d'adolescents concernent des sujets de moins de 12 ans.
Par rapport à l'adolescent, la seule différence notable est la surreprésentation des garçons, d'autant plus grande que l'enfant est plus jeune (deux à trois pour une fille). Plus celui-ci est jeune et plus le moyen employé est brutal : strangulation, pendaison, précipitation sur un engin motorisé, noyade. L'intoxication médicamenteuse, première des méthodes utilisées à l'adolescence, n'apparaît qu'à l'âge de dix ans.
La signification de ces tentatives est variable : évitement ou fuite d'une situation vécue comme pénible, parfois anodine aux yeux de l'adulte (mauvaise note, banale réprimande) ; appel à une attention et à une affection estimées perdues. Névroses, psychoses typiques sont exceptionnelles. Le plus souvent, ne sont retrouvés que des traits d'immaturité, de labilité affective, d'impulsivité, sans qu'un tableau défini puisse être isolé.
Étym. lat. sui caedere : de soi, abattre, couper
→ suicide
tentative de suicide l.f.
suicide attempt
Sigle TS
→ suicide
[H3]
Édit. 2019
vecteur-suicide n.m.
suicide vector
1) Vecteur-navette dont l'une des origines de réplication a été éliminée ; introduit dans l'hôte correspondant, il apporte l'ADN cloné mais disparaît au cours des générations.
La sélection d'un tel vecteur recombiné favorise l'intégration de l'ADN cloné dans un autre réplicon de la cellule-hôte généralement dans le chromosome.
2) Synonyme erroné de vecteur de létalité.