Dictionnaire médical de l'Académie de Médecine – ancienne version 2020

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douleur n.f.

pain, ache

Sensation pénible perçue par des récepteurs périphériques non spécifiques et transmise à la moelle par de petites fibres nerveuses avec ou sans myéline (fibres Ad ou C).
La douleur est une sensation complexe qui comporte plusieurs composantes (sensorielle, nociceptive, affective, cognitive et comportementale) dont l'importance varie avec le type et la cause. Les voies médullaires de la douleur passent par les cornes postérieures et suivent les voies spinoréticulo-thalamiques (voies extra-lemniscales) pour se terminer dans les noyaux ventraux du thalamus. Elles sont relayées de là jusqu'aux centres supérieurs où la douleur devient consciente et peut être localisée avec plus ou moins de précision. La douleur entraîne des réponses réflexes motrices médullaires (réaction de défense) et des réponses neurovégétatives centrales qui peuvent être très violentes (possibilité d'arrêt cardiaque) et être la cause d'incapacité subite dans une tâche de sécurité. Dans les ganglions rachidiens postérieurs, siège des noyaux des fibres de la douleur, il y a production entre autres, de substance P et de bradykinine (très algogènes), secrétées dans les cornes postérieures.
Les douleurs projetées en surface résultent de la convergence sur les mêmes neurones d’informations issues de structures viscérales profondes et d’incitations afférentes d’origine cutanée. Elles peuvent être difficiles à différencier des algies radiculaires ou tronculaires.
Le système nerveux central n’assure pas qu’un simple transit de l’information algogène : il délivre aussi de nombreuses modulations facilitatrices et inhibitrices.
Observées dans 10 à 40% de la population totale, les douleurs chroniques représentent le symptôme le plus fréquent de la pathologie médicale. Ce sont notamment les lombalgies (qui affecteraient en France un million à un million et demi de personnes), les séquelles traumatiques et chirurgicales ainsi que 60 à 90% des cancers à la phase terminale.
La douleur peut être d’origine :
- somatique par excès de stimulations nociceptives, avec activation au niveau des récepteurs périphériques du phénomène douloureux et transmission aux structures centrales ;
- neurogène ou neuropathique, avec désafférentation liée à des lésions nerveuses par compression ou autre origine. Les manifestations cliniques sont alors polymorphes et les désordres induits multiples. En fait, la complexité et les intrications des mécanismes centraux et périphériques sont fréquents ;
- psychogène qui ne doit être admise qu’avec une grande prudence malgré sa fréquence d’un cas sur cinq selon certains.
La souffrance comporte un malaise émotionnel, affectif et thymique, d’intensité variable, personnel à chacun, qui se développe en face d’une douleur ressentie comme intolérable et avec laquelle elle s’intrique généralement.
C’est dire le polymorphisme des réactions individuelles à la douleur et les difficultés souvent éprouvées par l’équipe soignante pour contrôler un contretransfert négatif en présence de certains patients passifs, dépendants, attachés à des bénéfices secondaires et/ou réfugiés dans l’alcool ou les drogues.
L’appréciation de l’intensité de la douleur est importante à établir dans le cadre des essais thérapeutiques. Plusieurs techniques sont possibles comme l’utilisation des échelles verbales sur lesquelles la cotation est graduée d’une extrémité à l’autre de « aucune douleur » à « très sévère ». C’est l’intéressé lui-même qui apprécie le degré de la douleur et ceci conduit à tenir compte de sa personnalité.
Pendant de nombreux siècles, les attitudes à l’égard des antalgiques pourtant connus dès l’antiquité, furent très ambivalentes, avec parfois valorisation des vertus de la résistance ou de la négation, et d’autres fois une note de mysticisme.
La circulaire n° 95-22 DGS/DH du 6 mai 1995 (ministère de la Santé) dispose notamment : « L’évolution des connaissances scientifiques et techniques permet d’apporter dans la quasi-totalité des cas, une réponse aux douleurs… »

Étym. lat. dolor : douleur

bradykinine, incapacité subite, nocicepteur, P (substance)

pou n.m.

louse

Insecte hématophage, aptère de la famille des Pediculidae (Ordre des Anoploures), vivant en ectoparasite permanent sur des mammifères.
La famille des Pediculidae comprend un grand nombre d'espèces, toutes inféodées aux mammifères. Chez l'Homme, trois espèces cosmopolites et spécifiques sont rencontrées : les deux écotypes habituellement distingués au sein de l'espèce Pediculus humanus, correspondant à deux localisations : cuir chevelu et corps, et Phtirius pubis, surtout localisé à la région pubienne et périnéale.
Ces insectes, aptères et de couleur grisâtre, mesurent 1,6 à 4 mm de long. Hématophages dans les deux sexes et aux trois stades de leur cycle, les poux prennent plusieurs repas de sang chaque jour. La vie de l'adulte dure 30 à 40 jours. La femelle pond quotidiennement 4 à 6 œufs, les lentes, pendant 3 à 5 semaines. Ces lentes sont résistantes aux insecticides, qui restent accrochées aux cheveux.
Les poux de tête
(Pediculus humanus capitis) provoquent un prurit du cuir chevelu. Cette pédiculose est particulièrement contagieuse, se propageant par petites épidémies surtout scolaires. La découverte des œufs, ou lentes, accrochés au cheveu affirme le diagnostic.
Les poux du corps (Pediculus humanus corporis), également contagieux mais ne touchent que les sujets à hygiène très défectueuse causant un prurit des régions couvertes car les insectes se réfugient dans les vêtements. Outre cette pédiculose du corps, les poux de corps sont susceptibles de transmettre plusieurs maladies bactériennes : la fièvre récurrente cosmopolite (due à
Borrelia recurrentis), le typhus exanthématique (à Rickettsia prowazekii), la fièvre des tranchées  (à Bartonella quintana) au cours d’épidémies qui ont lieu dans les milieux de climat froid où existe une grande promiscuité (prisons, camps de réfugiés, etc.).
Le traitement fait appel aux insecticides : pyrèthre et pytrethroïdes (les insecticides chlorés sont maintenant interdits en raison de leur rémanence dans les chaînes alimentaires). La découverte du mode de contamination du typhus a valu le prix Nobel de Médecine, en 1928, à Charles Nicolle, microbiologiste français, membre de l'Académie de médecine.
Les poux du pubis
(Phtirius inguinalis), ou morpions, agents de la phtiriase, parasitent principalement les régions pileuses génitales et sont transmis d'un individu à l'autre lors des rapports sexuels.

Étym. lat. pedis, puis lat. populaire pediculus : pou ; vieux fr. peouil puis pouil : pou.

borreliose, fièvre récurrente, Borrelia recurrentis, typhus exanthématique, Rickettsia prowazekii, fièvre des tranchées, Bartonella quintana, pédiculose, phtiriase, Phtirius pubis, Anoploures,Pediculus humanus capitis, Pediculus humanus corporis

[D1, D4]

Édit. 2019

réaction paranoïaque l.f.

paranoid reaction

Vécu de persécution et parfois de grandeur, avec comportement lié aux idées délirantes, survenant en continuité temporelle après un évènement exogène éprouvant.
Type de réaction psychotique surtout rencontré chez les transplantés, réfugiés, otages, autres prisonniers, ou chez les déficients sensoriels (sourds, aveugles). Désir et projection en forment les mécanismes majeurs.
Son évolution est en principe subaigüe et transitoire à la suite de l'éloignement de la situation pathogène, surtout en l'absence de prédisposition psychique majeure (relation "compréhensible" avec le facteur déclenchant , au sens de K. Jaspers). Mais l'histoire du sujet entre toujours plus ou moins en ligne de compte.

R. Gaupp, neuropsychiatre allemand (1910)

Syn. paranoïa abortive (R. Gaupp, neuropsychiatre allemand, 1910)

processus en psychiatrie

typhus exanthématique l.m.

exanthematic typhus, epidemic typhus, louse-borne typhus, jail fever

Rickettsiose grave, potentiellement cosmopolite, due à Rickettsia prowazekii, spécifique de l'Homme, transmise par les déjections des poux de corps.
Succédant à une incubation silencieuse d'une semaine, la maladie a un début brutal, marqué par une fièvre élevée, un frisson solennel, des céphalées intenses et des myalgies. La phase d’état associe un syndrome infectieux sévère avec tuphos à un exanthème rosé, maculopapuleux, devenant purpurique et généralisé (sauf à la face, aux paumes et aux plantes), à une hypotension. Une atteinte méningée (délire, coma), une pneumopathie, sont fréquentes, de même que des complications cardiaques (myocardite), neurologiques (hémiplégie, myélite, névrite), rénales, etc. En l’absence de traitement, la mortalité est de l'ordre de 30% mais la guérison, lorsqu'elle survient, est totale. Sous antibiothérapie (doxycycline), l'évolution est habituellement favorable. Des résurgences tardives, beaucoup moins sévères, peuvent s'observer ; elles sont désignées sous le nom de maladie de Brill-Zinsser.
Responsable autrefois d'énormes épidémies apparaissant préférentiellement l'hiver, dans le sillage des guerres ou des grandes migrations de populations, le typhus exanthématique est toujours observé dans certains pays, notamment en Afrique, dans des populations en situation précaire (prisons, camps de réfugiés etc.). Ce sont les déjections des poux infectés qui sont contaminantes à la faveur des lésions de grattage ou par voie muqueuse ; ces déjections restent infectantes durant de très longues périodes dans les poussières, ce qui explique les contaminations par aérosol. Le réservoir est humain. La prévention repose sur la lutte contre les poux et l'hygiène corporelle. Il n'existe aujourd'hui aucun vaccin pour protéger les populations.

N. E. Brill, médecin interniste amércain (1910) ; H. Zinsser, bactériologiste américain (1934)

Syn. typhus épidémique, typhus à poux, typhus historique

rickettsiose, Rickettsia prowazekii, pou, tuphos, Brill-Zinsser (maladie de)

[D1]

Édit. 2019