Dictionnaire médical de l'Académie de Médecine – ancienne version 2020

11 résultats 

psychotropes n.m.p

psychotropic agents

Médicaments dont l'effet principal s'exerce sur les fonctions psychiques et le comportement.
La classification de J.Delay et P. Deniker toujours en vigueur différencie :
1) les psycholeptiques ayant en commun d'exercer une action freinatrice :
- les nooleptiques abaissent la vigilance et facilitent ou induisent le sommeil : les barbituriques ont été les premiers somnifères aujourd'hui remplacés par des dérivés de type benzodiazépinique,
- les tranquillisants ou anxiolytiques qui réduisent les symptômes anxieux : cette catégorie est surtout représentée par les benzodiazépines (diazépam et ses dérivés),
- les neuroleptiques réduisent les symptômes psychotiques: la chlorpromazine a été le premier de ces médicaments désormais plus volontiers appelés antipsychotiques ;
2) les psycho-analeptiques produisant un effet d'activation:
- les noo-analeptiques stimulent la vigilance : les substances amphétaminiques et apparentés sont les plus puissantes,
- les antidépresseurs redressent l'humeur dépressive : l'imipramine en est le plus ancien (découvert en 1957) ;
3) les psycho-iso-leptiques ou thymorégulateurs qui préviennent les récidives de la maladie bipolaire : les sels de lithium de en sont les chefs de file.
A ces 3 catégories d'agents psychotropes il faut ajouter les psychodysleptiques (perturbateurs du fonctionnement psychique et du comportement) exceptionnellement utilisés à des fins thérapeutiques (comme antalgiques): dérivés du cannabis, kétamine, champignons hallucinogènes, acide lysergique.
Diverses molécules ne sont pas classées parmi les psychotropes malgré leurs effets psychocomportementaux parce que ceux-ci sont considérés comme secondaires : c’est notamment le cas des hormonothérapies (thyroïdienne, corticoïdes, œstrogènes), des immunothérapies et de certaines antibiothérapies.
 

J. Delay et P. Deniker, psychiatres français, membres de l’Académie de médecine (1957)

neuroleptiques, thymorégulateur, barbituriques, benzodiazépine, diazépam, imipramine, lithium, cannabis, kétamine, acide lysergique, amphétamine

[H3,G5 ]

Édit. 2017

psychotropes (adhésion aux traitements) l.f.

compliance with psychotropes drugs

Observance d'un patient au traitement.
Comme dans d'autres disciplines médicales, un patient psychiatrique sur deux environ ne suit pas ou mal la prescription médicamenteuse. Des effets indésirables sont souvent incriminés, légitimement ou comme prétexte. Une dimension transférentielle et symbolique est fréquente.
Les anxieux et dépressifs semblent mieux coopérer que les psychotiques chroniques. Vivant volontiers la chimiothérapie comme un objet maléfique ou d'influence (surtout s'il y a des effets extrapyramidaux), déniant leur monde pathologique, ces derniers cherchent à éviter une atteinte à leurs modes de défense et le retour à une banale réalité. La nostalgie de l'accès maniaque et la prise "à vie" de thymorégulateurs sont une source possible de refus.
Les stocks constitués par le patient favorisent l'automédication et sont souvent utilisés dans les conduites suicidaires.
En milieu hospitalier, si la non-adhésion se confirme, la prise de psychotropes sous forme liquide et en présence d'un soignant offre par ex.une certaine efficacité. En fait, sauf peut-être par des techniques comportementales, une telle attitude négative est difficile à modifier.

alliance thérapeutique

psychotropes chez l'enfant l.m.p.

psychotropes in children

Souvent discutée, leur utilisation est bien plus réduite que chez l'adulte.
Malgré l'emploi fréquent de substances parmi les plus connues et les plus anciennes, il est difficile de déterminer la dose utile, efficace et comportant un minimum de risques (cognitifs, portant sur le développement et la croissance, en particulier).
A fortiori, que penser par ex. de la prescription de méthylphénidate à des enfants seulement désobéissants ?
En pédopsychiatrie, le médicament a un rôle accessoire dans un contexte thérapeutique qui s'appuie essentiellement sur la psychothérapie et toutes les mesures psychoéducatives. L'information des familles, dont la collaboration est indispensable, pose des problèmes éthiques.

psychotropes et électroencéphalogramme l.m.p.

psychotropes and electroencephalogram

Technique qui peut être utilisée pour la surveillance de la tolérance des psychotropes.
Des altérations du tracé EEG ont été décrites avec des psychotropes "synchronisants" (psycholeptiques : sédation du comportement) ou "désynchronisants" (psychoanaleptiques : excitation pychomotrice, hypervigilance, et psychodysleptiques : illusions, hallucinations).
Les neuroleptiques ralentissent la fréquence du rythme de base de 1 à 2 cycles/s., sans modifier l'amplitude. Les tranquillisants (anxiolytiques) surchargent les tracés en rythmes rapides, plus amples et plus diffus que ceux des barbituriques. Les antidépresseurs tricycliques donnent des tracés pointus, sensibles à la stimulation lumineuse intermittente, de type irritatif.

psychotropes (indications transnosographiques des) l.f.p

transnosographic claims concerning psychotropes

Indication d'une thérapeutique par psychotropes, dite aussi syndromique, qui ne vise pas des entités cliniques (des maladies) bien définies, mais des syndromes qui peuvent apparaître, de façon aigüe ou chronique, au cours de diverses pathologies neuropsychiatriques (D. Ginestet, V. Kapsambelis).
Les pathologies concernées par de telles indications sont essentiellement les déficiences mentales, la psychopathie, l'alcoolisme, la toxicomanie (surtout en période de sevrage), les troubles de la personnalité et même certains états névrotiques.
Seront seulement cités : quel que soit le diagnostic de base, les états d'agitation et d'impulsivité, susceptibles de bénéficier des thymorégulateurs ; la fréquente dimension psychotique des arriérations mentales, qui conduit notamment à évaluer l'utilité d'un traitement neuroleptique continu, parfois avec une substance à action prolongée.
En dehors des effets positifs recherchés, seront pris en considération les inconvénients de ces thérapeutiques, dont le patient devrait être averti, avec la coopération à attendre de lui.

D. Ginestet, psychiatre français et V. Kapsambelis, psychiatre grec  (1996)

psychotropes (résistance aux) l.f.

non-response to psychotropes

Insensibilité du patient à un traitement médicamenteux bien conduit.
Dans la dépression résistante (environ 20% des cas selon certains), l'évolution naturelle n'est pas influencée par les mesures thérapeutiques (J. Angst).
La définition d'une schizophrénie résistante pose divers problèmes méthodologiques : critères de définition, évolutivité hétérogène, absence de codification des traitements, critères de réponse. Pour Brenner, les critères de résistance sont fonction de la sévérité de la pathologie, qui impose une dépendance quasi totale vis-à-vis du système de soins hospitaliers.
Dans les états psychotiques, certains estiment que l'action des neuroleptiques s'exerce essentiellement sur l'agitation, l'inhibition et les phénomènes aigus. De plus, la disparition d'un délire n'est pas toujours recherchée.
Dans un cadre médicolégal (traitement après un dommage corporel matière à litige, injonction thérapeutique concernant un toxicomane, par ex.), les résistances peuvent s'associer à une médiocre tolérance, bien que contrastant avec une coopération extériorisée en contenu manifeste.
Répondre ou résister sont souvent considérés comme des expressions du transfert.

J. Angst, psychiatre suisse (1960)

psychotropes (taux plasmatique des) l.m.

psychotropes and plasma level

Dosage d'un psychotrope dans le plasma pour surveiller un traitement médicamenteux.
Il n'existe pas de corrélation stricte entre la posologie, le taux plasmatique et l'efficacité clinique pour la plupart des neuroleptiques. En revanche, le taux plasmatique des antidépresseurs serait plus souvent corrélé à l'efficacité clinique et aux effets secondaires.
Le dosage du lithium est d'une grande nécessité en pratique, du fait de l'excellente corrélation taux plasmatique/efficacité clinique et de la proximité entre taux thérapeutique et taux toxique.

adhésion aux traitements psychotropes l.f.

compliance with psychotropic drugs

observance, psychotropes (adhésion aux)

[G5,H3]

Édit. 2017

grossesse et psychotropes l.

pregnancy and chemotherapies

Liaison problématique et discutée, car souffrant de la rareté des travaux, concernant d'une part divers effets tératogènes organiques, et peut-être aussi une "tératogénèse comportementale" chez l'enfant.
Compte tenu de la tératogenèse, surtout au premier trimestre, et d'un risque de prématurité, dans un état maniaque des neuroleptiques phénothiaziniques sédatifs, aux risques moindres doivent être substitués au lithium. Dans les schizophrénies et les autres psychoses délirantes on utilisera surtout l'halopéridol, considéré comme porteur de peu de risques, avec, si possible, son arrêt en fin de grossesse, afin d'éviter les syndromes extrapyramidaux du nouveau-né.
Dans les états dépressifs les tricycliques sont le plus souvent préférés, sous réserve d'une surveillance de leurs effets anticholinergiques et hypotenseurs et, pour eux aussi, d'une diminution voire d'un interruption en fin de grossesse, afin de prévenir certains phénomènes toxiques chez le nouveau-né. La prophylaxie d'une psychose maniacodépressive peut faire appel principalement à des tricycliques à petites doses progressivement diminuées, ou à l'utilisation prudente d'anticonvulsivants comme la carbamazépine, dont la sécurité génétique n'a été établie qu'en épileptologie. Il faut si possible éviter le lithium (M. Schou) ; sinon, il doit être arrêté au début du travail ou, progressivement, le mois précédant les couches. Sous réserve de précautions, la sismothérapie reste indiquée dans les dépressions sévères, résistantes ou engageant le pronostic vital et dans certains états psychotiques du premier trimestre.
Hospitalisée ou non, la patiente doit bénéficier d'une relation psychothérapique et psychosociale particulière.

taux plasmatique et psychotropes l.

plasma level and psychotropes

psychotropes (taux plasmatique des)

trouble de l’usage d’une substance psychotrope l.m.

Les classifications nosographiques regroupent sous cette appellation, l’ensemble des manifestations psychiques, physiques et comportementales, révélatrices d’une perte de contrôle de la consommation qui se répète malgré les conséquences individuelles (menaces sur la santé) et sociales  (menaces sur la situation familiale, professionnelle en particulier) négatives.
Le sujet a tendance à consommer davantage que souhaité ou prévu, à minimiser les conséquences de la consommation, échoue à interrompre sa consommation malgré des tentatives répétées du fait d’épisodes de craving, de l’apparition d’une tolérance ou de symptômes de sevrage.
Le trouble de l’usage peut être qualifié de léger,moyen ou grave.
Les substances susceptibles d’induire un trouble de l’usage sont nombreuses : alcool, tabac, caféine , médicaments benzodiazépiniques parmi les substances licites, cannabinoides, héroine, cocaine, amphétamines, hallucinogènes parmi les substances illicites.
Un arrêt de la consommation depuis plus de 3 mois et moins de 12 mois est qualifié de rémission précoce.
Un arrêt depuis plus de 12 mois est qualifié de rémission prolongée.
La notion de guérison ne peut être avancée qu’après 2 ans d’arrêt de toute consommation de la substance.
 

addiction, dépendance, craving, sevrage

[G4, H3]

Édit. 2020