douleur psychogène l.f.
psychogenic pain
Cependant une activation spécifique du gyrus cingulaire et de ses afférences sous-corticales a été mise en évidence avec la tomographie par émission de positons (TEP) aussi bien dans ce type de douleurs (telles que les céphalées psychogènes) que dans les douleurs neurologiques et les illusions de douleur.
Une description trop riche, imprécise, labile, une sémiologie atypique, l'absence de données objectives orientent souvent vers une douleur psychogène. Bien que non suffisante, la notion d'une manifestation psychiatrique est indispensable : conversion hystérique, dépression masquée, hypocondrie, etc. En pratique, il s'agit plutôt d'une intrication avec des facteurs somatiques.
Comme, selon beaucoup d'auteurs, l’existence d’une douleur psychogène n'est pas scientifiquement prouvée, la qualification d'idiopathique paraît préférable, s'agissant p. ex. des glossodynies et des fibromyalgies. En tout cas, on ne doit jamais faire l'économie d'une relation avec les patients algiques, étant donné la fréquence des états anxieux (surtout dans les formes aigües) et/ou dépressifs (surtout dans les formes chroniques).
Depuis 1885, le parcours freudien sur ce sujet aboutit au problème de la conversion de l'affect en douleur dans les névroses actuelles, mais aussi à l'institution d'un clivage dans le moi par la douleur. À l'extrême, des analystes, sans doute éloignés de la douleur organique, estiment que les moyens employés pour obtenir la guérison, qu'ils soient hypnotiques, comportementaux, voire chirurgicaux, sont voués à l'échec, aux déplacements du symptôme, à son éternel retour, voire au délire.
Douleur sans support anatomique explicable, incitant à évoquer une origine psychogène. (à la ligne)
Étym. lat. dolor : douleur
Syn. psychalgie
→ psychalgie, amputés (douleurs des), membre fantôme
aréactivité psychogène l.f.
psychogenetic areactivity
Absence de réactivité apparente sur un terrain psychique particulier et dans des circonstances de survenue évocatrices.
Qu'il s'agisse surtout de pseudocoma hystérique ou de simulation, le comportement oculaire est caractéristique de ce type d'états qui, généralement, constituent une caricature clinique du sommeil : résistance à l'ouverture des paupières, fuite des yeux, clignement à la menace et, au besoin, mise en évidence d'un nystagmus calorique. Parmi les autres investigations, l'électro- encéphalogramme montre un état de veille.
contracture psychogène l.f.
psychogenic contracture
Principalement localisée aux membres, la contracture psychogène offre le tableau clinique d’une posture irréductible à l’état de veille, sous forme d’une extension ou plus fréquemment d’une flexion d’un ou de plusieurs segments articulaires ; des contractures psychogènes peuvent également être observées au tronc, réalisant alors dans les cas extrêmes un opisthotonos ou une camptocormie.
La contracture psychogène est une réponse involontaire à un trauma d’ordre émotionnel ou physique. Un conflit intrapsychique, non reconnu par le patient, est souvent présent. Dans sa forme isolée, la contracture psychogène se relâche dans le sommeil profond et sous narcose ; l’examen sous anesthésie générale permet d’en assurer le diagnostic. Une contracture psychogène de longue durée peut néanmoins s’accompagner de troubles trophiques et de raideurs, rendant alors le diagnostic plus difficile.
La contracture psychogène est probablement plus fréquente qu’on ne croit dans la mesure où il existe des formes méconnues, frustes et transitoires, d’évolution spontanément favorable.
Le traitement d’une contracture psychogène est transdisciplinaire et multimodal, impliquant une prise en charge psychiatrique. La personnalisation des soins semble jouer un rôle déterminant dans la guérison. De nombreux procédés thérapeutiques peuvent être utilisés : kinesthésiologie, entretiens verbaux, hypnose, faradisation douce…Les indications de la chirurgie sont exceptionnelles et concernent des formes compliquées.
A l’heure actuelle, les éclairages croisés de la psychiatrie, de la psychologie cognitive, des neurosciences et de l’imagerie fonctionnelle conduisent à considérer la contracture psychogène comme un trouble de la volition qui obéirait à un mécanisme d’ordre adaptif.
La contracture psychogène entre dans le cadre des troubles de conversion qui, eux-mêmes, sont issus d’un dénombrement de la notion désormais obsolète d’hystérie.
[I4,H3]
dysphonie psychogène l.f.
psychogenic dysphonia
→ aphonie
hypersomnie psychogène et névrotique l.f.
psychogenetic and neurotic insomnia
État réactionnel transitoire ou névrotique au long cours.
Transitoire, l'hypersomnie s'observe à la suite d'un traumatisme émotionnel ou de difficultés existentielles, parfois sur un fond de prédisposition.
Névrotique, le plus souvent féminin, l'essai de refuge dans le sommeil constitue un moyen de défense contre l'angoisse dans le cadre d'une régression massive.
Fréquemment récurrentes, volontiers associées à une mégaphagie, compatibles en général avec le maintien d'une hygiène personnelle et la préparation des repas, il est rare que ces plaintes d'hypersomnie soient confirmées par l'enregistrement graphique continu. Une structure hystérique est habituelle.
→ léthargie, hypersomnie et psychiatrie
prurit psychogène l.m.
psychogenic pruritus
Prurit généralisé ou localisé dont l'origine, ou la raison de la persistance après disparition d'une cause initiale, est attribuée exclusivement à des mécanismes psychologiques.
Des facteurs psychiques influencent souvent le retentissement du prurit, sa pérennisation et l'intensité des manœuvres de grattage. Même s'ils apparaissent secondairement ou s'ils sont intriqués à d'autres étiologies, leur prise en considération est essentielle dans l'approche thérapeutique de ces patients. Toutefois, il n'existe pas de consensus sur les critères diagnostiques du prurit psychogène, et le caractère purement psychogène traditionnellement attribué à certains prurits diffus (prurigo chronique de l'adulte) ou localisés (prurit anal, prurit vulvaire) peut être discuté.
psychogène adj.
1) Qui a son origine dans l’exercice normal ou pathologique d’une fonction psychique.
On dit par exemple que des ulcères digestifs, des troubles de la motricité sont psychogènes.
2) Qui est à l’origine de troubles psychiques.
Des évènements de la vie courante tels qu’un traumatisme, un deuil ou de la vie sociale tel que le chômage sont dits psychogènes.
purpura psychogène l.m.
→ ecchymoses douloureuses (syndrome des)
stérilité psychogène l.f.
psychogenic infertility
Stérilité due à un choc affectif, une anxiété ou des troubles psychologiques qui entraînent le plus souvent une anovulation ou des troubles subtils de la sécrétion des gonadotrophines.
vomissement psychogène l.m.
psychogenic vomiting
Vomissement spontané ou provoqué ne relevant pas d'une cause organique et lié à une trouble psychologique, ou entrant dans le cortège symptomatique d'une maladie mentale en évolution.
L'origine psychogène des vomissements est un dignostic d'élimination. En dehors d'une maladie psychiatrique caractérisée, le diagnostic peut être difficile et l'origine psychogène des vomissements est remise en cause en l'absence de maladie psychiatrique manifeste. La dénomination de vomissements fonctionnels est plus adaptée.
Les critères ont été défini selon Rome III, les malades devant répondre à tous les critères suivants dans les 3 mois précédents la consultation: au moins un épisode de vomissement hebdomadaire, absence d'argument pour un trouble du comportement alimentaire, absence de maladie psychiatrique caractérisée, absence d'arguments pour des vomissements provoqués, pas de consommation chronique de cannabis, bilan étiologique négatif éliminant en particulier une atteinte du système nerveux central ou un trouble métabolique, durée d'évolution de la symptomatologie supérieure à 6 mois.
Parmi les vomissements psychogènes figurent classiquement les vomissements incoercibles de la grossesse. La physiopathologie de ces vomissements n'est pas connue, il n'y a aucun argument scientifique permettant de les qualifier de psychogène. Les vomissements provoqués de l'anorexie mentale en vue d'éliminer les appports caloriques, ou de la boulimie dans sa forme la plus sévère font partie des maladies du comportement alimentaire. le diagnostic de vomissements provoqués dans le cadre d'un trouble du comportement alimentaire atypique peut être particulièrement difficile en l'absence de troubles psychologiques patents.
Un grand nombre de causes bien identifiées actuellement doivent être éliminées avant de retenir le diagnostic de vomissements fonctionnels ou psychogènes, ainsi doivent être éliminés en particulier les causes plus rares ou moins évidentes de vomissements que sont la gastroparésie, la pseudo-obstruction chronique intestinale, les vomissements secondaires à la prise chronique chronique de cannabis, le syndrome des vomissements cycliques idiopathiques de l'enfant pouvant être également observé chez l'adulte.
→ vomissements de la grossesse, anorexie mentale, boulimie, syndrome des vomissements cycliques idiopathiques, cannabis, gastroparésie
[H3, L1, N1, O3 ]
Édit. 2019
accouchement sans douleur l.m.
Lamaze’s technique
→ accouchement psychoprophylactique
[H4,O3]
Édit. 2016
asymbolie à la douleur l.f.
asymbolia to pain
Comportement inhabituel obtenu en réponse à des stimulations douloureuses, malgré la préservation des sensibilités élémentaires (Schilder et Stengel).
Le patient semble ne plus pouvoir rattacher consciemment le stimulus douloureux à son propre corps. Certains auteurs en font une forme d'asomatognosie.
P. Schilder, neuropsychiatre américain (1886-1940) ; E. Stengel, psychiatre britannique (1902-1973)
douleur n.f.
pain, ache
Sensation pénible perçue par des récepteurs périphériques non spécifiques et transmise à la moelle par de petites fibres nerveuses avec ou sans myéline (fibres Ad ou C).
La douleur est une sensation complexe qui comporte plusieurs composantes (sensorielle, nociceptive, affective, cognitive et comportementale) dont l'importance varie avec le type et la cause. Les voies médullaires de la douleur passent par les cornes postérieures et suivent les voies spinoréticulo-thalamiques (voies extra-lemniscales) pour se terminer dans les noyaux ventraux du thalamus. Elles sont relayées de là jusqu'aux centres supérieurs où la douleur devient consciente et peut être localisée avec plus ou moins de précision. La douleur entraîne des réponses réflexes motrices médullaires (réaction de défense) et des réponses neurovégétatives centrales qui peuvent être très violentes (possibilité d'arrêt cardiaque) et être la cause d'incapacité subite dans une tâche de sécurité. Dans les ganglions rachidiens postérieurs, siège des noyaux des fibres de la douleur, il y a production entre autres, de substance P et de bradykinine (très algogènes), secrétées dans les cornes postérieures.
Les douleurs projetées en surface résultent de la convergence sur les mêmes neurones d’informations issues de structures viscérales profondes et d’incitations afférentes d’origine cutanée. Elles peuvent être difficiles à différencier des algies radiculaires ou tronculaires.
Le système nerveux central n’assure pas qu’un simple transit de l’information algogène : il délivre aussi de nombreuses modulations facilitatrices et inhibitrices.
Observées dans 10 à 40% de la population totale, les douleurs chroniques représentent le symptôme le plus fréquent de la pathologie médicale. Ce sont notamment les lombalgies (qui affecteraient en France un million à un million et demi de personnes), les séquelles traumatiques et chirurgicales ainsi que 60 à 90% des cancers à la phase terminale.
La douleur peut être d’origine :
- somatique par excès de stimulations nociceptives, avec activation au niveau des récepteurs périphériques du phénomène douloureux et transmission aux structures centrales ;
- neurogène ou neuropathique, avec désafférentation liée à des lésions nerveuses par compression ou autre origine. Les manifestations cliniques sont alors polymorphes et les désordres induits multiples. En fait, la complexité et les intrications des mécanismes centraux et périphériques sont fréquents ;
- psychogène qui ne doit être admise qu’avec une grande prudence malgré sa fréquence d’un cas sur cinq selon certains.
La souffrance comporte un malaise émotionnel, affectif et thymique, d’intensité variable, personnel à chacun, qui se développe en face d’une douleur ressentie comme intolérable et avec laquelle elle s’intrique généralement.
C’est dire le polymorphisme des réactions individuelles à la douleur et les difficultés souvent éprouvées par l’équipe soignante pour contrôler un contretransfert négatif en présence de certains patients passifs, dépendants, attachés à des bénéfices secondaires et/ou réfugiés dans l’alcool ou les drogues.
L’appréciation de l’intensité de la douleur est importante à établir dans le cadre des essais thérapeutiques. Plusieurs techniques sont possibles comme l’utilisation des échelles verbales sur lesquelles la cotation est graduée d’une extrémité à l’autre de « aucune douleur » à « très sévère ». C’est l’intéressé lui-même qui apprécie le degré de la douleur et ceci conduit à tenir compte de sa personnalité.
Pendant de nombreux siècles, les attitudes à l’égard des antalgiques pourtant connus dès l’antiquité, furent très ambivalentes, avec parfois valorisation des vertus de la résistance ou de la négation, et d’autres fois une note de mysticisme.
La circulaire n° 95-22 DGS/DH du 6 mai 1995 (ministère de la Santé) dispose notamment : « L’évolution des connaissances scientifiques et techniques permet d’apporter dans la quasi-totalité des cas, une réponse aux douleurs… »
Étym. lat. dolor : douleur
→ bradykinine, incapacité subite, nocicepteur, P (substance)
douleur aigüe l.f.
acute pain
Douleur plus ou moins tolérable, de survenue rapide, plus ou moins localisée, perçue pendant quelques secondes à quelques jours (p. ex., douleur postopératoire).
Étym. lat. dolor : douleur
douleur aigüe postopératoire l.f.
post-operative pain
Douleur survenant dans les suites d'un acte diagnostique ou thérapeutique et consécutive au traumatisme chirurgical (section, tractions, etc.).
C'est une douleur par excès de nociception, localisée au niveau de la zone opératoire le plus souvent, mais pas toujours. Cette douleur peut être évaluée par le patient lui-même (autoévaluation) ou par l'équipe soignante (hétéro-évaluation).
Autoévaluation par une échelle numérique simple (le patient donne une note de 0 à 100) ou visuelle analogique (possible chez l'enfant dès l'âge de cinq ans), par une échelle verbale simple à quatre niveaux (0, aucune ;
1, faible ; 2, modérée ; 3, intense) ou par l'indice de satisfaction («êtes-vous satisfait de la prise en charge de votre douleur postopératoire»). A partir de la quantité d'analgésique utilisée, les appareils permettant au patient de contrôler lui-même son analgésie permet d'évaluer l'intensité de la douleur évitée.
Hétéro-évaluation par les membres de l'équipe soignante (chez l'adulte ou l'enfant) basée sur l'appréciation du comportement du patient cotée en trois niveaux :
1) patient calme ne donnant pas de signes ou n'exprimant pas sa douleur ;
2) patient exprimant sa douleur verbalement ou par son comportement (attention, même s'il ne souffre pas, un patient ayant une langue maternelle ne possédant pas de forme du futur, l'arabe, par ex., a tendance à manifester sa crainte, par un comportement ou des paroles exprimant une douleur redoutée) ;
3) manifestations extrêmes, agitation majeure non contrôlée, cris, pleurs, prostration, immobilité, repli du patient sur lui-même.
Chez l'enfant de un à cinq ans on peut utiliser l'échelle objective d'évaluation de la douleur.
Étym. lat. dolor : douleur
→ analgésie contrôlée par le patient, échelle objective d'évaluation de la douleur, échelle visuelle analogique d'autoévaluation
douleur (aréactivité à la) l.f.
lack of reactivity to pain
C. M. Riley et R. L. Day, pédiatres américians (1949)
douleur chronique l.f.
chronic pain
Douleur évoluant de façon permanente ou intermittente pendant plusieurs semaines ou mois et expliquée par une affection chronique.
On distingue les douleurs chroniques liées à une affection cancéreuse (souvent par excès de nociception) ou non (un mécanisme de désafférentation est le plus souvent en cause). La prolongation des douleurs augmente l'importance de la composante affective et comportementale au cours de l'évolution.
Étym. lat. dolor : douleur
douleur (évaluation clinique de la) l.f.
pain (clinical evaluation), pain (assesment of), pain (assesment of a painful patient)
Procédé permettant de mesurer l’intensité de la douleur d’un patient, première étape à la mise en œuvre d’une stratégie pluridisciplinaire, individualisée.
La complexité des douleurs et la diversité de leurs formes faisant obstacle à l'emploi d'une méthode unique satisfaisante, obligent à tenir compte parallèlement aux investigations somatiques :
- du phénomène perçu : types d’une grande diversité (brûlure, coup de poignard, étau, etc.), localisation, étendue, irradiations, intensité, rythme diurne ou nocturne, signes d’accompagnement, chronicité, évolution dans le temps, effet des traitements ;
- du mécanisme générateur : par excès de nociception (origine rhumatismale, dégénérative, inflammatoire, cancéreuse) ; par désafférentation (zona, membre fantôme, etc., avec, en particulier, siège dans un territoire de déficit sensitif sur fond douloureux dysesthésique permanent, émaillé de paroxysmes) ; sympathalgique ; myalgique ; éventuellement psychogène ;
- de composantes ou résultantes variables selon chacun, telles qu'anxiété, dépression, trouble de la personnalité, aspects psychosociaux et facteurs susceptibles d'exacerber ou de fixer la douleur (bénéfices secondaires, en particulier).
Divers instruments sont utilisés, échelles "globales" : verbale simple, numérique, visuelle analogique (la plus sensible, souvent préférée, sous la forme d’une réglette) ; questionnaires de vocabulaire (McGill Pain Questionnaire), pour reconnaître une douleur neurogène et évaluer la tolérance affective de la douleur ; questionnaires de qualité de vie, qui apprécient le comportement du patient.
Aux âges extrêmes de la vie, la douleur est encore plus délicate à évaluer :
- chez la personne âgée, son expression est volontiers pauvre du fait de troubles du langage, d’handicaps sensoriels, de ralentissement intellectuel et/ou de régression affective. Une position antalgique, une protection spontanée des zones douloureuses, une réaction de retrait ou un rictus pendant l’examen, sont évocateurs ;
-chez l’enfant, ses difficultés de reconnaissance peuvent être majeures en présence d’handicapés mentaux qui s’expriment essentiellement par des troubles du comportement. La grille de Gustave Roussy en particulier, regroupe trois parties : signes directs de la douleur, expression volontaire de celle-ci et atonie psychomotrice.
Cette approche globale laisse toute sa place à la clinique et fait confiance à la description de la douleur par le malade, facilitant la relation et le programme thérapeutique plurimodal.
À l'évidence, la notion de trouble psychique ne permet pas d'exclure a priori une étiologie somatique.
La tendance à sous-évaluer la douleur de l'autre est générale.
R. Melzack, psychologue canadien (1975) ; G. Roussy, anatomopathologiste français, membre de l'Académie de médecines (1874-1948)
Étym. lat. dolor : douleur
→ McGill Pain questionnary, douleur neuropathique (critères diagnostiques)
[H1]
Édit. 2018
douleur iatrogène l.f.
iatrogenic pain
Douleur causée par un geste thérapeutique.
P.ex. douleur provoquée par une infiltration articulaire.
douleur induite l.f.
inferred pain
Douleur causée par un geste médical ou thérapeutique dans des circonstances prévisibles et susceptibles d’être prévenues par des mesures adaptée.
P. ex. douleurs des soins d’escharres, des soins de kinésithérapie.
douleur (médicaments de la) l.m.p.
drugs of pain, (pain killer)
Agents pharmacologiques utilisés pour soulager la douleur, qui ne permettent pas toujours un apaisement complet de celle-ci mais procurent au moins, à la plupart des patients, une amélioration satisfaisante.
L’éventail analgésique est vaste mais limité dans ses actions et non exempt d’effets indésirables. Contre les douleurs des cancéreux, les substances disponibles sont efficaces dans environ 60 à 80% des cas.
Dans les douleurs par excès de nociception, l’action des antalgiques s’exerce :
- en périphérie, grâce à l’inhibition de la biosynthèse de substances algogènes, par l’aspirine, les anti-inflammatoire non stéroïdiens, le paracétamol, les glucocorticoïdes…
- aux niveaux médullaire et supramédullaire, grâce à l’inhibition de la transmission synaptique des influx douloureux, par la morphine.
La morphine et ses succédanés suspendent la plupart des douleurs intenses par excès de nociception, observées au cours de l’évolution des cancers et après les interventions chirurgicales. Ses effets indésirables ont été surestimés et en particulier, le risque d’induction d’une toxicomanie est réduit.
Dans les douleurs par désafférentation, les antidépresseurs non psychostimulants et certains antiépileptiques diminuent l’hyperexcitabilité neuronale. En cas d’effets indésirables trop importants, les stimulations électriques (surtout transcutanées) sont utiles.
Le schéma de l'OMS, concernant le traitement des douleurs chroniques, distingue depuis 1997, trois paliers :
- I, les médicaments non morphiniques (essentiellement paracétamol, aspirine et anti-inflammatoires non stéroïdiens) qui sont indiqués contre les douleurs légères à modérées ;
- II, les opioïdes dits "faibles" (codéine, dextropropoxyphène) associés ou non aux produits précédents, qui sont utilisables contre les douleurs modérées à sévères ou après l’échec des antalgiques du palier I ;
- III, les opioïdes "forts", avec pour référence la morphine, ils sont efficaces contre les douleurs d'emblée intenses ou après l’échec des produits du palier II.
À chaque palier, des adjuvants peuvent être associés : antidépresseurs, antiépileptiques et myorelaxants. De plus la composante antalgique de certains traitements étiologiques – chimiothérapie, radiothérapie (par réduction tumorale), corticoïdes – est souvent manifeste.
Les principales règles et principes à respecter lors de la prescription d’antalgiques sont :
- un traitement individualisé,
- le respect des contre-indications,
- la prudence chez les personnes âgées et les enfants,
- l’administration à intervalles réguliers, à horaires fixes, en fonction de la durée d'action de la substance choisie,
- l’absence de dose standard pour la morphine avec la recherche de la plus faible dose,
- la préférence pour la voie orale, sans méconnaître l’utilité des voies intraveineuse ou sous-cutanée, contrôlées par le patient lui-même, avec cependant un dispositif de sécurité intégré au pousse-seringue pour éviter les surdoses.
En fait, le nombre des médicaments de la douleur demeure limité. L’intérêt actuel se porte sur des agonistes des récepteurs opioïdes (présumés exempts des effets indésirables de la morphine) et sur les agonistes des systèmes mono-aminergiques descendants du tronc cérébral. Ce sont principalement les systèmes sérotoninergiques et noradrénergiques, dont le rôle dans la modulation de la transmission nociceptive est essentiel. Les inhibiteurs de la cyclo-oxygénase 2, les antagonistes des récepteurs des acides aminés excitateurs ou des récepteurs aux neurokinines, les agonistes des récepteurs nicotiniques, les agonistes des récepteurs NT2 de la neurotensine sont aussi des voies de recherche.
Étym. lat. dolor : douleur
→ antalgique, analgésique, morphine, opioïde
douleur morale l.f.
moral grief, psychical pain
Sentiment pénible durable, associant tristesse, souffrance mentale et pessimisme, indépendamment des circonstances extérieures.
Rencontrée dans les états anxieux et dépressifs, cette douleur psychique est intense dans la mélancolie dont elle est un signe essentiel (J. Séglas). La conviction désespérée d'un désastre personnel mérité (voire touchant les siens), imminent, inéluctable, s'accompagne alors de très forts sentiments d'autodépréciation et de culpabilité, sans qu'il y ait conscience du pathologique. Notamment, le patient se vit comme n'étant plus capable d'aimer, ni de s'émouvoir ("anesthésie affective") et il se le reproche.
Cette souffrance extrême et peu soutenable s'accompagne habituellement d'une angoisse très vive. Le risque suicidaire est élevé.
J. Séglas, médecin aliéniste français (1895)
Étym. lat. dolor : douleur
Syn. hyperthymie douloureuse
douleur (neurochirurgie de la) l.f.
pain (neurosurgery)
Techniques actuellement développées grâce à la microchirurgie, dont la sélectivité lésionnelle est obtenue par des thermocoagulations hypersélectives ou des lasers CO2.
Leurs indications relèvent de l'inefficacité des médicaments antalgiques prescrits à doses régulières et suffisantes.
Dans le cas d'un excès de stimulation nociceptive, il s'agit d'interrompre les voies de la nociception ou de mettre en place une pharmacothérapie locale à base de morphine.
En présence de douleurs neuropathiques par désafférentiation sensitive, une neurostimulation à visée analgésique peut produire un soulagement supérieur à celui des autres thérapeutiques.
À l'évidence, une expérience de l'équipe interdisciplinaire est indispensable.
À côté de la neurochirurgie proprement dite, seront citées p. ex. les dérivations digestives, les stabilisations osseuses et les décompressions nerveuses. Mais par suite des lésions nerveuses qu'elles sont susceptibles de provoquer, ces interventions peuvent être à la base d'autres douleurs chroniques.
Étym. lat. dolor : douleur
douleur (neuromédiateur de la) l.m.
neurotransmitter of pain
douleur (neurophysiologie de la) l.f.
neurophysiology of pain
Étude des mécanismes qui différencient la sensation créée par une agression algogène souvent transitoire, mettant en jeu un système de défense, et les douleurs-maladies, souvent au long cours, sans rôle protecteur évident, plus malaisées à calmer.
Seront distinguées tout particulièrement les douleurs :
- par excès de nociception (hyperstimulation des récepteurs à la douleur, liée aux substances libérées par des tissus lésés, enflammés ou ischémiés) ;
- par désafférentation, ou douleurs neuropathiques (d'origine périphérique ou centrale, secondaires à la perte ou à l'atteinte du système inhibiteur physiologique qui module la propagation des influx douloureux, siégeant dans un territoire où existe un déficit du message venant de la périphérie) ;
- d'ordre sympathique (algodystrophie, causalgie), musculaire (fibromyalgie, etc.), éventuellement psychogène.
De toute façon, la douleur n'est pas une sensation simple, directement véhiculée jusqu'au niveau cérébral. Elle subit des modulations et des contrôles. En particulier, la théorie du "portillon" ("gate control", R. Melzack et P.D. Wall) fait état de son contrôle au niveau des neurones convergents de la corne dorsale de la moelle.
R. Melzack, psychologue canadien et P. D. Wall, anatomiste britannique (1965)
Étym. lat. dolor : douleur