Dictionnaire médical de l'Académie de Médecine – ancienne version 2020

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personnalité criminelle l.f.

criminal personality

Concept maintenant désuet, qui cherche à définir les traits de personnalité propres aux criminels et les facteurs communs à tous les passages à l'acte délictueux. Ils seraient l'égocentrisme, la labilité, l'agressivité et l'indifférence.
Chacun de ces quatre facteurs jouerait un rôle prépondérant dans les différentes phases du passage à l'acte, lors de la maturation criminelle.

J. Pinatel, criminologue français (1960)

[H4]

créativité, personnalité et psychiatrie l.f.

creativeness, personality and psychiatry

Depuis l'Antiquité la fréquence des troubles mentaux est soulignée chez les personnes réputées par leur créativité, voire leur génie.
Chez ces personnalités, il s'agit souvent d'aînés ou d'enfants uniques, au statut d'orphelin, élevés dans une famille de haut niveau intellectuel mais fréquemment perturbée, formés par des maîtres éminents, disposant d'une grande puissance de travail et ouverts à la relation.
Sur le plan psychiatrique, et par rapport à la population générale, sont observés principalement : des troubles divers de la personnalité, des états dépressifs et/ou anxieux ainsi que des oscillations sévères de l'humeur, des tendances alcooliques et/ou toxicomaniaques. Les écrivains (romanciers, poètes) sont les plus touchés.
La fonction inventive au sens général paraît n'avoir que de faibles corrélations avec les quotients intellectuels classiques.

[H3]

dédoublement de la personnalité l.m.

dual personality

personnalité multiple

enquête de personnalité l.f.

personality inquiry

Mesure d'instruction prise en vue de préciser la personnalité d'un inculpé, ainsi que sa situation matérielle, familiale et sociale (article 81 du code de procédure pénale).
Imposée en matière criminelle, facultative en matière délictuelle, effectuée par un officier de police judiciaire ou par toute personne habilitée, elle fait partie, avec l'examen médical et l'examen médicopsychologique, du dossier de personnalité qui en aucun cas n'a pour objet la recherche de preuves de culpabilité.

[E3]

Édit. 2020

évènement vital vécu et personnalité l.m.

life event experiencing and personality

Les conséquences psychopathologiques d'un évènement dépendent de l'interaction entre trois facteurs : la force de l'impact de celui-ci, le moment où il surgit dans la vie du sujet et la "résonance" interne qu'il prend chez lui.
Une telle interaction s'observe dans la genèse du délire de relation des sensitifs : une situation, un évènement, une personnalité(1). De même, dans les névroses traumatiques, les troubles aigus sont corrélés à l'intensité de l'évènement, mais la chronicisation de la maladie est plutôt liée à l'éventuelle pathologie de la personnalité. Il n'existe donc pas de pathologie purement réactionnelle. L'intégration de l'évènement dans l'expérience vécue est l'un des points d'appui de la thérapeutique de ces états.

E. Kretschmer, psychiatre allemand (1918)

chômage et psychiatrie, traumatisme psychique et évènement exceptionnel

[H3]

Édit. 2018  

mélancolique (personnalité, typus) l.

melancholic personality

Approche phénoménologique de la personnalité prémélancolique par H. Tellenbach (1961), sous une forme d'être qui détermine le style de l'existence tout entière, essentiellement représentée, en dehors des accès, par : attachement à l'ordre, scrupulosité, sens du devoir, fort investissement professionnel, caractère sensible, intolérance à la solitude, constante oblativité, crainte des changements, faible appétence pour les voyages.
Chez ces sujets, K. Abraham (1912), en particulier, avait mis l'accent sur une analogie avec la personnalité obsessionnelle et sur la qualité de la sublimation de l'érotisme anal, la profondeur de la régression et la dépendance orale.
En partie validée par d'autres auteurs, cette description a été enrichie par A. Kraus depuis 1977, principalement à propos d'une suridentification hypernomique et égosyntonique au rôle (en fait différente d'une conduite obsessionnelle), d'une intolérance émotionnelle et cognitive à l'ambiguïté relationnelle et d'une faiblesse de l'identité du "Je".
Ces approches ont permis de mieux appréhender les cheminements conduisant des structures prédépressives à la maladie : surtout de l'autocontradiction potentielle de la personnalité au dépassement et à l'éclatement via l'épuisement des capacités et de l'identité de rôle qui, chez
ces patients, tient presque exclusivement lieu d'identité personnelle.

K. Abraham, psychanalyste allemand (1877-1925) ; A. Kraus, psychiatre allemand (1977)

Étym. gr. melas : noire, cholè : bile

personnalité n.f.

personality

"Organisation dynamique des aspects cognitifs, affectifs, conatifs, physiologiques et morphologiques de l'individu" (W.H. Sheldon - G.W. Allport).
Alors que, par ex., l'origine du caractère, disposition permanente à sentir et réagir, se trouverait plutôt dans des éléments acquis, et celle du tempérament dans l'apport de gènes à la formation de la personnalité, celle-ci représenterait l'intégration de tous ces facteurs. En particulier, elle serait le témoin et l'acteur de la dialectique entre l'inné et l'acquis. Autant de concepts qui demeurent hypothétiques, comme si le "paraître" de la personne ne permettait pas toujours de saisir son "être".
Situées généralement selon leurs relations réciproques, les diverses structures de personnalité, qui peuvent annoncer l'organisation d'un trouble psychique évolutif, varient donc souvent selon les auteurs et peuvent s'associer. Des études en cours visent à une harmonisation.

W. H. Sheldon, médecin et psychologue américain (1942) ; G. W. Allport, psychologue américain (1937)

Étym. lat. persona : masque de théâtre

personnalité alcoolique l.f.

alcoholic personality

Configuration psychologique considérée comme spécifique des sujets alcooliques ou susceptibles de le devenir.
Ce concept reste très controversé. Si, après des années d'alcoolisation chronique, ces sujets ont en commun un certain habitus et une certaine uniformisation liés surtout à la détérioration intellectuelle, il n'a pas été mis en évidence un type particulier de personnalité pré-alcoolique.

Étym. arabe al -cohol : liquide distillé 

[H3,G3,G4]

personnalité amorale l.f.

amoral personality

Trouble inclus par la CIM-IO dans les personnalités dyssociales.

personnalité antisociale, ou dyssociale, pervers, pervers (enfant), perversion, perversité

personnalité anancastique l.f.

anancastic, anankastic personality disorder

Personnalité associant des traits de personnalité obsessionnelle-compulsive et ceux du caractère anal.
 Ces sujets sont soigneux, minutieux, volontiers pédants, en tout cas conformistes, obstinés, rigides. Ils présentent des sentiments permanents d'inquiétude, voire d'anxiété, de doute, d'insuffisance, de culpabilité. Des pensées imposées ou des rituels sont possibles.
Il s'agit de la personnalité qui correspond le plus étroitement à la personnalité obsessionnelle-compulsive. Dans la CIM 10, l'une et l'autre sont assimilées.

K. Schneider, psychiatre allemand (1923)

Syn. personnalité anankastique

personnalité antisociale ou dissociale l.f.

antisocial or dyssocial personality disorder

Trouble de la personnalité habituellement signalé par un écart entre le comportement et les normes sociales établies, avec mépris et violation des droits d'autrui.
Plusieurs traits sont associés, tels que : indifférence à l'égard des sentiments d'autrui ; attitude irresponsable et rejet des règles et contraintes collectives ; incapacité à maintenir durablement des relations, avec falsification de celles-ci ; très faible tolérance aux frustrations et agressivité ; absence de culpabilité ; incapacité à tirer parti des expériences ; imprévoyance et vécu dans l'instantanéité du présent. Une irritabilité persistante est possible, qui a parfois débuté dans l'enfance ou l'adolescence. Le DSM-IV utilise le terme de personnalité antisociale, la CIM 10 celui de personnalité dyssociale.

Syn. personnalité asociale, psychopathique, sociopathique

déséquilibre psychique (démembrement du)

personnalité anxieuse ou évitante l.f.

anxious or avoidant personality disorder

Trouble de la personnalité caractérisé par la coexistence de plusieurs traits : un sentiment envahissant et persistant de tension et d'appréhension ; une perception de soi comme socialement incompétent et inférieur aux autres ; une crainte excessive et préoccupante d'être critiqué ou rejeté dans diverses circonstances sociales ; un refus de nouer des relations avec autrui sauf si l'on est certain d'être accepté sans critique.
Ces attitudes s'accompagnent souvent d'une restriction notable du style de vie en raison du besoin de sécurité et d'un évitement de toutes les activités sociales susceptibles d'impliquer des contacts plus ou moins conflictuels avec autrui.

Syn. personnalité phobique

personnalité "as if" l. angl. f.

"as if" personality

Personnalité pathologique qui réalise une normalité de façade, voire une hypernormalité, contrastant avec une certaine pauvreté de la vie émotionnelle et avec des défenses dominées par l'intellectualisation.
Les processus défensifs font appel en particulier à des compromis étayés sur le groupe, avec une extrême soumission et imitation. Décrits par D.W. Winnicott sous le nom de "faux self", ils permettent un meilleur contrôle de la menace dépressive mais peuvent représenter une des modalités d'aménagement des états limites (J. Bergeret).

Helene Deutsch, psycho-analyste américaine (1942) ; D. W. Winnicott, pédiatre et psychanalyste britannique (1953) ; J. Bergeret, psychanalyste français (2008)

Étym. angl. as if, : comme si

[H3]

Édit. 2018

personnalité cycloïde l.f.

cycloid personality

Accentuation pathologique du tempérament normal cyclique ou cyclothyme dans la séquence cyclothyme-cycloïde-cyclophrène.
Elle est caractérisée par l'alternance de phases où l'activité physique et psychique du sujet est plus ou moins intense. Les phases d'hyperactivité s'accompagnent habituellement d'un sentiment de bien-être.
La personnalité cycloïde peut aussi se présenter sous l'aspect d'une hyperthymie permanente (personnalité hypomaniaque). Ce concept est parfois utilisé pour décrire certains sujets qui développent ultérieurement une psychose maniacodépressive, sans que cette dernière soit considérée comme aboutissement évolutif d'une telle personnalité
Il reste qu'elle n'a plus la faveur des psychiatres et qu'elle est évoquée au moins avec des réserves.

E. Kretschmer, neuro-psychiatre allemand (1921)

Syn. cycloïdie

personnalité dépendante l.f.

dependant personality disorder

Personnalité marquée par une tendance à chercher aide et protection auprès d'autrui et à s'en remettre à lui pour la plupart des décisions importantes.
S'y ajoutent divers traits tels que : subordination des propres besoins du sujet à ceux de personnes dont il dépend ; par suite d'une peur excessive de ne pouvoir se prendre en charge de façon autonome, sentiment de malaise ou d'impuissance lorsqu'il se sent seul ; préoccupation par la peur d'être abandonné et livré à soi-même ; faible capacité à prendre des décisions sans l'avis, l'approbation, voire la réassurance d'autrui.
Un sentiment de faiblesse, d'incompétence et de manque d'énergie est fréquent.

Syn. personnalité asthénique, inadéquate, passive

névrose d'échec

personnalité de type A l.f.

A type personality

coronarite et psychisme

personnalité émotionnellement labile l.f.

emotionally unstable personality disorder

Trouble de la personnalité caractérisé par une tendance à agir avec impulsivité et par un manque de contrôle de soi, sans considération pour les conséquences possibles, associée à une instabilité de l'humeur.
Les capacités d'anticipation sont souvent réduites et on peut observer des comportements explosifs, des éclats de colère, voire des actes de violence. Ceux-ci sont souvent déclenchés par la critique ou l'opposition d'autrui. La CIM 10, qui retient cette entité, en distingue deux types : impulsif et "borderline".

Syn. personnalité passive-agressive

personnalité (épidémiologie des troubles de la) l.f.

Études difficiles à effectuer en population générale, même par une équipe expérimentée, et en fait peu nombreuses.
Avec l'aide de nouveaux instruments d'évaluation standardisés, la prévalence de l'ensemble de ces troubles pour la vie entière est située entre 5,09 et 11,01 p.100. Elle est estimée respectivement à 45 et 67 p.100 dans un service psychiatrique d'hôpital général et dans un établissement psychiatrique.
Sont rencontrées surtout : les personnalités schizotypiques, "bordelines", histrioniques, dépendantes et obsessionnelles-compulsives. Des associations sont fréquentes chez un même patient (2,8 à 4,6 p.100 en moyenne). La comorbidité est élevée avec, notamment, une appétence pour des substances (toxiques, drogues, médicaments, etc.) un état anxieux, une dépression. Une forte fréquence des difficultés conjugales, du chômage, de problèmes relationnels, de conduites suicidaires, est observée par beaucoup d'auteurs.

personnalité épileptique l.f.

epileptic personality disorders

Anomalies de la personnalité et du caractère qui seraient rencontrées chez des épileptiques dans l'intervalle des crises.
F. Minkowska  décrivit une "constitution épileptoïde" ou "glischroïde", regroupant des approches classiques sur deux pôles : adhésivité "collante et visqueuse" à l'entourage (glischroïdie) avec perte de la fluidité idéique (bradypsychie) ; de temps en temps, des décharges agressives parfois explosives et clastiques, accentuées par une alcoolisation éventuelle.
On a cependant exagéré la dangerosité des épileptiques.
En fait, qu'il s'agisse d'aménagements névrotiques régressifs, de troubles caractériels ou du niveau intellectuel (en moyenne peu inférieur à celui de la population générale), il n'y a pas de spécificité épileptique. L'importance respective des facteurs organiques encéphaliques, de la précocité, de la fréquence et du polymorphisme des crises, des conditions psychoéducatives, de l'environnement et des éléments socioculturels (notamment des attitudes du milieu), de l'action positive ou négative des antiépileptiques, est variable d'un sujet à l'autre.
C'est dire, en dehors de l'adaptation des posologies médicamenteuses, l'intérêt d'un soutien psychologique concernant la vie affective, relationnelle et occupationnelle et éventuellement d'une prise en charge institutionnelle (hôpital de jour, atelier protégé, etc.).
Il reste que la réalisation d'une existence satisfaisante pour l'épileptique est tout à fait possible.

Frania Minkowska, psychiatre française (1923)

Syn. épileptoïdie

épilepsie, hystéro-épilepsie

[H1, H3]

Édit. 2019

personnalité évitante l.f.

avoidant personality disorder

personnalité anxieuse

personnalité histrionique l.f.

histrionic personality

Trouble de la personnalité caractérisé par une tendance marquée à la dramatisation, au théâtralisme et à l'hyperexpressivité émotionnelle. S'y associe fréquemment une suggestibilité avec en particulier une grande facilité à être influencé par autrui ou par les circonstances.
L'affectivité apparaît superficielle et labile. Le sujet fait preuve d'un désir permanent de distractions et d'activités, dans lesquelles il se place au centre de l'attention d'autrui. Le comportement général paraît souvent inapproprié, emprunté, destiné à séduire ou manipuler l'interlocuteur, laissant supposer un souci excessif de plaire physiquement, mais en restant là. Dans certains cas, on peut noter un égocentrisme, une indulgence forte envers soi-même, un désir insatiable d'être apprécié et admiré.

Étym. lat. histrio : acteur bouffon

histrionisme

personnalité hystérique l.f.

hysteric personality

Trouble de la personnalité caractérisé par la suggestibilité, le théâtralisme, l'érotisation des relations interpersonnelles et la mythomanie.
On sait actuellement qu'il n'existe pas de relation forte entre ce type de personnalité et la survenue de symptômes hystériques. De plus, aux États-Unis, des pressions féministes ont voulu faire éliminer le terme d'hystérie, le plus souvent prononcé chez des femmes, donc vécu comme une discrimination sexiste. D'où l'usage qui tend à se répandre, à partir des classifications américaines, de nommer "histrioniques" ces personnalités, malgré la signification péjorative d'une telle qualification.

personnalité masochiste l.f.

masochistic personality disorder

Notion assimilable à celle de "masochisme moral" (S. Freud), qui recouvre diverses formes d'attaque contre soi : culpabilité, névrose d'échec, réaction thérapeutique négative, en particulier.
Le plaisir recherché dans une certaine forme de souffrance et d'échec serait à l'origine de ces conduites. L'existence de "pulsions de mort" a été invoquée pour en rendre compte. En réalité, il n'est pas sûr que l'on puisse tenir comme un ensemble homogène des traits qui relèvent de mobiles variés (culpabilité, agression retournée contre soi, passivité, etc.) et qui s'expriment sous des formes également diverses.

personnalité multiple l.f.

multiple personality disorder

Trouble controversé, défini au sens strict par l'existence chez une même personne, surtout une femme, de deux ou plusieurs états de personnalité distincts, l'un d'entre eux se manifestant classiquement seul à un moment donné. Dans chacun, la patiente se comporte comme si elle n'avait aucun souvenir en rapport avec les autres états.
Affection identifiée au début du XIXe siècle, puis tenue pour un simple effet de suggestion avant d'être reconnue comme autonome depuis une trentaine d'années et classée parmi les troubles dissociatifs (de conversion). Dans le DSM-IV, elle est appelée : "trouble dissociatif de l'identité (précédemment personnalité multiple)". Le partage simultané du contrôle par deux ou plusieurs personnalités est désormais admis.
Très rare en France, cette pathologie s'est beaucoup étendue aux États-Unis. Elle pose notamment le problème d'une contagion mentale par suggestion, d'un trouble authentiquement hystérique et celui d'un effet iatrogène lié à une "remémoration", à l'âge adulte, de traumatismes psychiques graves, notamment d'abus sexuels. Ceci, après relation psychothérapique, par levée présumée de la répression. On a même observé rétrospectivement des conflits majeurs, y compris pénaux, avec la cellule familiale d'origine.

personnalité narcissique l.f.

narcissistic personality

Trouble de la personnalité générateur de souffrances pour le sujet et/ou son entourage.
Cet état permanent dès la fin de l'adolescence est fait d'un besoin irrépressible d'admiration manifestée par autrui avec une excessive sensibilité au jugement des autres et une exigence de marques d'affection. Ceci est en contraste avec le manque d'empathie que le sujet est capable d'éprouver et de manifester. Ces traits de caractère conduisent volontiers le langage commun à la qualification de pervers narcissique pour désigner la capacité à induire de la souffrance chez les proches parallèlement a une recherche constante de gratifications pour soi. Des comportements sous-tendus par une recherche grandiose conduisent le sujet dans des impasses sociales. Ce type de personnalité est sous- tendue par une estime de soi fragile. Des accidents de parcours sous forme d'épisodes dépressifs ou de consommations de toxiques sont fréquents.

[H3,H4]

Édit. 2017

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