personnalité schizotypique l.f.
schizotypal personality disorder
Trouble caractérisé par des bizarreries du comportement, du discours et de la pensée, sans perturbations dominantes ni typiques d'un état schizophrénique.
Les manifestations le plus fréquemment retenues sont les suivantes : contact froid et distant ; présentation parfois singulière, voire excentrique ; retrait social avec hypersensibilité à la critique ; expression verbale vague, digressive, métaphorique ; affects restreints ou inappropriés ; fonctionnement magique de la pensée (superstition, voyance, télépathie) sans relation nette avec les normes d'un groupe culturel connu ; méfiance ou idéation persécutoire ; ruminations de type obsessionnel sans véritable lutte, souvent à contenu dysmorphophobique, sexuel ou agressif ; dans certains cas, perceptions inhabituelles telles que des illusions somatosensorielles avec dépersonnalisation ou déréalisation.
Des épisodes d'allure psychotique peuvent se produire, plus ou moins rapidement résolutifs, plus rarement subaigus et chroniques avec une intensité plus rarement fluctuante.
Cette "personnalité" présente donc de discrètes manifestations psychotiques, qui correspondent assez bien aux formes mineures (dites latentes ou simples) et résiduelles des schizophrénies. Elle fait probablement partie du "spectre" de ces états. À son sujet, il peut être également licite de porter un diagnostic de personnalité ou d'état limite.
Syn. trouble schizotypique
trouble schizotypique l.f.
schizotypal personality disorder
créativité, personnalité et psychiatrie l.f.
creativeness, personality and psychiatry
Depuis l'Antiquité la fréquence des troubles mentaux est soulignée chez les personnes réputées par leur créativité, voire leur génie.
Chez ces personnalités, il s'agit souvent d'aînés ou d'enfants uniques, au statut d'orphelin, élevés dans une famille de haut niveau intellectuel mais fréquemment perturbée, formés par des maîtres éminents, disposant d'une grande puissance de travail et ouverts à la relation.
Sur le plan psychiatrique, et par rapport à la population générale, sont observés principalement : des troubles divers de la personnalité, des états dépressifs et/ou anxieux ainsi que des oscillations sévères de l'humeur, des tendances alcooliques et/ou toxicomaniaques. Les écrivains (romanciers, poètes) sont les plus touchés.
La fonction inventive au sens général paraît n'avoir que de faibles corrélations avec les quotients intellectuels classiques.
[H3]
dédoublement de la personnalité l.m.
dual personality
enquête de personnalité l.f.
personality inquiry
Mesure d'instruction prise en vue de préciser la personnalité d'un inculpé, ainsi que sa situation matérielle, familiale et sociale (article 81 du code de procédure pénale).
Imposée en matière criminelle, facultative en matière délictuelle, effectuée par un officier de police judiciaire ou par toute personne habilitée, elle fait partie, avec l'examen médical et l'examen médicopsychologique, du dossier de personnalité qui en aucun cas n'a pour objet la recherche de preuves de culpabilité.
[E3]
Édit. 2020
évènement vital vécu et personnalité l.m.
life event experiencing and personality
Les conséquences psychopathologiques d'un évènement dépendent de l'interaction entre trois facteurs : la force de l'impact de celui-ci, le moment où il surgit dans la vie du sujet et la "résonance" interne qu'il prend chez lui.
Une telle interaction s'observe dans la genèse du délire de relation des sensitifs : une situation, un évènement, une personnalité(1). De même, dans les névroses traumatiques, les troubles aigus sont corrélés à l'intensité de l'évènement, mais la chronicisation de la maladie est plutôt liée à l'éventuelle pathologie de la personnalité. Il n'existe donc pas de pathologie purement réactionnelle. L'intégration de l'évènement dans l'expérience vécue est l'un des points d'appui de la thérapeutique de ces états.
E. Kretschmer, psychiatre allemand (1918)
→ chômage et psychiatrie, traumatisme psychique et évènement exceptionnel
[H3]
Édit. 2018
mélancolique (personnalité, typus) l.
melancholic personality
Approche phénoménologique de la personnalité prémélancolique par H. Tellenbach (1961), sous une forme d'être qui détermine le style de l'existence tout entière, essentiellement représentée, en dehors des accès, par : attachement à l'ordre, scrupulosité, sens du devoir, fort investissement professionnel, caractère sensible, intolérance à la solitude, constante oblativité, crainte des changements, faible appétence pour les voyages.
Chez ces sujets, K. Abraham (1912), en particulier, avait mis l'accent sur une analogie avec la personnalité obsessionnelle et sur la qualité de la sublimation de l'érotisme anal, la profondeur de la régression et la dépendance orale.
En partie validée par d'autres auteurs, cette description a été enrichie par A. Kraus depuis 1977, principalement à propos d'une suridentification hypernomique et égosyntonique au rôle (en fait différente d'une conduite obsessionnelle), d'une intolérance émotionnelle et cognitive à l'ambiguïté relationnelle et d'une faiblesse de l'identité du "Je".
Ces approches ont permis de mieux appréhender les cheminements conduisant des structures prédépressives à la maladie : surtout de l'autocontradiction potentielle de la personnalité au dépassement et à l'éclatement via l'épuisement des capacités et de l'identité de rôle qui, chez
ces patients, tient presque exclusivement lieu d'identité personnelle.
K. Abraham, psychanalyste allemand (1877-1925) ; A. Kraus, psychiatre allemand (1977)
Étym. gr. melas : noire, cholè : bile
personnalité n.f.
personality
"Organisation dynamique des aspects cognitifs, affectifs, conatifs, physiologiques et morphologiques de l'individu" (W.H. Sheldon - G.W. Allport).
Alors que, par ex., l'origine du caractère, disposition permanente à sentir et réagir, se trouverait plutôt dans des éléments acquis, et celle du tempérament dans l'apport de gènes à la formation de la personnalité, celle-ci représenterait l'intégration de tous ces facteurs. En particulier, elle serait le témoin et l'acteur de la dialectique entre l'inné et l'acquis. Autant de concepts qui demeurent hypothétiques, comme si le "paraître" de la personne ne permettait pas toujours de saisir son "être".
Situées généralement selon leurs relations réciproques, les diverses structures de personnalité, qui peuvent annoncer l'organisation d'un trouble psychique évolutif, varient donc souvent selon les auteurs et peuvent s'associer. Des études en cours visent à une harmonisation.
W. H. Sheldon, médecin et psychologue américain (1942) ; G. W. Allport, psychologue américain (1937)
Étym. lat. persona : masque de théâtre
personnalité alcoolique l.f.
alcoholic personality
Configuration psychologique considérée comme spécifique des sujets alcooliques ou susceptibles de le devenir.
Ce concept reste très controversé. Si, après des années d'alcoolisation chronique, ces sujets ont en commun un certain habitus et une certaine uniformisation liés surtout à la détérioration intellectuelle, il n'a pas été mis en évidence un type particulier de personnalité pré-alcoolique.
Étym. arabe al -cohol : liquide distillé
[H3,G3,G4]
personnalité amorale l.f.
amoral personality
Trouble inclus par la CIM-IO dans les personnalités dyssociales.
→ personnalité antisociale, ou dyssociale, pervers, pervers (enfant), perversion, perversité
personnalité anancastique l.f.
anancastic, anankastic personality disorder
Personnalité associant des traits de personnalité obsessionnelle-compulsive et ceux du caractère anal.
Ces sujets sont soigneux, minutieux, volontiers pédants, en tout cas conformistes, obstinés, rigides. Ils présentent des sentiments permanents d'inquiétude, voire d'anxiété, de doute, d'insuffisance, de culpabilité. Des pensées imposées ou des rituels sont possibles.
Il s'agit de la personnalité qui correspond le plus étroitement à la personnalité obsessionnelle-compulsive. Dans la CIM 10, l'une et l'autre sont assimilées.
K. Schneider, psychiatre allemand (1923)
Syn. personnalité anankastique
personnalité antisociale ou dissociale l.f.
antisocial or dyssocial personality disorder
Trouble de la personnalité habituellement signalé par un écart entre le comportement et les normes sociales établies, avec mépris et violation des droits d'autrui.
Plusieurs traits sont associés, tels que : indifférence à l'égard des sentiments d'autrui ; attitude irresponsable et rejet des règles et contraintes collectives ; incapacité à maintenir durablement des relations, avec falsification de celles-ci ; très faible tolérance aux frustrations et agressivité ; absence de culpabilité ; incapacité à tirer parti des expériences ; imprévoyance et vécu dans l'instantanéité du présent. Une irritabilité persistante est possible, qui a parfois débuté dans l'enfance ou l'adolescence. Le DSM-IV utilise le terme de personnalité antisociale, la CIM 10 celui de personnalité dyssociale.
Syn. personnalité asociale, psychopathique, sociopathique
→ déséquilibre psychique (démembrement du)
personnalité anxieuse ou évitante l.f.
anxious or avoidant personality disorder
Trouble de la personnalité caractérisé par la coexistence de plusieurs traits : un sentiment envahissant et persistant de tension et d'appréhension ; une perception de soi comme socialement incompétent et inférieur aux autres ; une crainte excessive et préoccupante d'être critiqué ou rejeté dans diverses circonstances sociales ; un refus de nouer des relations avec autrui sauf si l'on est certain d'être accepté sans critique.
Ces attitudes s'accompagnent souvent d'une restriction notable du style de vie en raison du besoin de sécurité et d'un évitement de toutes les activités sociales susceptibles d'impliquer des contacts plus ou moins conflictuels avec autrui.
Syn. personnalité phobique
personnalité "as if" l. angl. f.
"as if" personality
Personnalité pathologique qui réalise une normalité de façade, voire une hypernormalité, contrastant avec une certaine pauvreté de la vie émotionnelle et avec des défenses dominées par l'intellectualisation.
Les processus défensifs font appel en particulier à des compromis étayés sur le groupe, avec une extrême soumission et imitation. Décrits par D.W. Winnicott sous le nom de "faux self", ils permettent un meilleur contrôle de la menace dépressive mais peuvent représenter une des modalités d'aménagement des états limites (J. Bergeret).
Helene Deutsch, psycho-analyste américaine (1942) ; D. W. Winnicott, pédiatre et psychanalyste britannique (1953) ; J. Bergeret, psychanalyste français (2008)
Étym. angl. as if, : comme si
[H3]
Édit. 2018
personnalité criminelle l.f.
criminal personality
Concept maintenant désuet, qui cherche à définir les traits de personnalité propres aux criminels et les facteurs communs à tous les passages à l'acte délictueux. Ils seraient l'égocentrisme, la labilité, l'agressivité et l'indifférence.
Chacun de ces quatre facteurs jouerait un rôle prépondérant dans les différentes phases du passage à l'acte, lors de la maturation criminelle.
J. Pinatel, criminologue français (1960)
[H4]
personnalité cycloïde l.f.
cycloid personality
Accentuation pathologique du tempérament normal cyclique ou cyclothyme dans la séquence cyclothyme-cycloïde-cyclophrène.
Elle est caractérisée par l'alternance de phases où l'activité physique et psychique du sujet est plus ou moins intense. Les phases d'hyperactivité s'accompagnent habituellement d'un sentiment de bien-être.
La personnalité cycloïde peut aussi se présenter sous l'aspect d'une hyperthymie permanente (personnalité hypomaniaque). Ce concept est parfois utilisé pour décrire certains sujets qui développent ultérieurement une psychose maniacodépressive, sans que cette dernière soit considérée comme aboutissement évolutif d'une telle personnalité
Il reste qu'elle n'a plus la faveur des psychiatres et qu'elle est évoquée au moins avec des réserves.
E. Kretschmer, neuro-psychiatre allemand (1921)
Syn. cycloïdie
personnalité dépendante l.f.
dependant personality disorder
Personnalité marquée par une tendance à chercher aide et protection auprès d'autrui et à s'en remettre à lui pour la plupart des décisions importantes.
S'y ajoutent divers traits tels que : subordination des propres besoins du sujet à ceux de personnes dont il dépend ; par suite d'une peur excessive de ne pouvoir se prendre en charge de façon autonome, sentiment de malaise ou d'impuissance lorsqu'il se sent seul ; préoccupation par la peur d'être abandonné et livré à soi-même ; faible capacité à prendre des décisions sans l'avis, l'approbation, voire la réassurance d'autrui.
Un sentiment de faiblesse, d'incompétence et de manque d'énergie est fréquent.
Syn. personnalité asthénique, inadéquate, passive
personnalité de type A l.f.
A type personality
personnalité émotionnellement labile l.f.
emotionally unstable personality disorder
Trouble de la personnalité caractérisé par une tendance à agir avec impulsivité et par un manque de contrôle de soi, sans considération pour les conséquences possibles, associée à une instabilité de l'humeur.
Les capacités d'anticipation sont souvent réduites et on peut observer des comportements explosifs, des éclats de colère, voire des actes de violence. Ceux-ci sont souvent déclenchés par la critique ou l'opposition d'autrui. La CIM 10, qui retient cette entité, en distingue deux types : impulsif et "borderline".
Syn. personnalité passive-agressive
personnalité (épidémiologie des troubles de la) l.f.
Études difficiles à effectuer en population générale, même par une équipe expérimentée, et en fait peu nombreuses.
Avec l'aide de nouveaux instruments d'évaluation standardisés, la prévalence de l'ensemble de ces troubles pour la vie entière est située entre 5,09 et 11,01 p.100. Elle est estimée respectivement à 45 et 67 p.100 dans un service psychiatrique d'hôpital général et dans un établissement psychiatrique.
Sont rencontrées surtout : les personnalités schizotypiques, "bordelines", histrioniques, dépendantes et obsessionnelles-compulsives. Des associations sont fréquentes chez un même patient (2,8 à 4,6 p.100 en moyenne). La comorbidité est élevée avec, notamment, une appétence pour des substances (toxiques, drogues, médicaments, etc.) un état anxieux, une dépression. Une forte fréquence des difficultés conjugales, du chômage, de problèmes relationnels, de conduites suicidaires, est observée par beaucoup d'auteurs.
personnalité épileptique l.f.
epileptic personality disorders
Anomalies de la personnalité et du caractère qui seraient rencontrées chez des épileptiques dans l'intervalle des crises.
F. Minkowska décrivit une "constitution épileptoïde" ou "glischroïde", regroupant des approches classiques sur deux pôles : adhésivité "collante et visqueuse" à l'entourage (glischroïdie) avec perte de la fluidité idéique (bradypsychie) ; de temps en temps, des décharges agressives parfois explosives et clastiques, accentuées par une alcoolisation éventuelle.
On a cependant exagéré la dangerosité des épileptiques. En fait, qu'il s'agisse d'aménagements névrotiques régressifs, de troubles caractériels ou du niveau intellectuel (en moyenne peu inférieur à celui de la population générale), il n'y a pas de spécificité épileptique. L'importance respective des facteurs organiques encéphaliques, de la précocité, de la fréquence et du polymorphisme des crises, des conditions psychoéducatives, de l'environnement et des éléments socioculturels (notamment des attitudes du milieu), de l'action positive ou négative des antiépileptiques, est variable d'un sujet à l'autre.
C'est dire, en dehors de l'adaptation des posologies médicamenteuses, l'intérêt d'un soutien psychologique concernant la vie affective, relationnelle et occupationnelle et éventuellement d'une prise en charge institutionnelle (hôpital de jour, atelier protégé, etc.).
Il reste que la réalisation d'une existence satisfaisante pour l'épileptique est tout à fait possible.
Frania Minkowska, psychiatre française (1923)
Syn. épileptoïdie
→ épilepsie, hystéro-épilepsie
[H1, H3]
Édit. 2019
personnalité évitante l.f.
avoidant personality disorder
personnalité histrionique l.f.
histrionic personality
Trouble de la personnalité caractérisé par une tendance marquée à la dramatisation, au théâtralisme et à l'hyperexpressivité émotionnelle. S'y associe fréquemment une suggestibilité avec en particulier une grande facilité à être influencé par autrui ou par les circonstances.
L'affectivité apparaît superficielle et labile. Le sujet fait preuve d'un désir permanent de distractions et d'activités, dans lesquelles il se place au centre de l'attention d'autrui. Le comportement général paraît souvent inapproprié, emprunté, destiné à séduire ou manipuler l'interlocuteur, laissant supposer un souci excessif de plaire physiquement, mais en restant là. Dans certains cas, on peut noter un égocentrisme, une indulgence forte envers soi-même, un désir insatiable d'être apprécié et admiré.
Étym. lat. histrio : acteur bouffon
personnalité hystérique l.f.
hysteric personality
Trouble de la personnalité caractérisé par la suggestibilité, le théâtralisme, l'érotisation des relations interpersonnelles et la mythomanie.
On sait actuellement qu'il n'existe pas de relation forte entre ce type de personnalité et la survenue de symptômes hystériques. De plus, aux États-Unis, des pressions féministes ont voulu faire éliminer le terme d'hystérie, le plus souvent prononcé chez des femmes, donc vécu comme une discrimination sexiste. D'où l'usage qui tend à se répandre, à partir des classifications américaines, de nommer "histrioniques" ces personnalités, malgré la signification péjorative d'une telle qualification.
personnalité masochiste l.f.
masochistic personality disorder
Notion assimilable à celle de "masochisme moral" (S. Freud), qui recouvre diverses formes d'attaque contre soi : culpabilité, névrose d'échec, réaction thérapeutique négative, en particulier.
Le plaisir recherché dans une certaine forme de souffrance et d'échec serait à l'origine de ces conduites. L'existence de "pulsions de mort" a été invoquée pour en rendre compte. En réalité, il n'est pas sûr que l'on puisse tenir comme un ensemble homogène des traits qui relèvent de mobiles variés (culpabilité, agression retournée contre soi, passivité, etc.) et qui s'expriment sous des formes également diverses.