Dictionnaire médical de l'Académie de Médecine – ancienne version 2020

76 résultats 

accouchement sans douleur l.m.

Lamaze’s technique

accouchement psychoprophylactique

[H4,O3]

Édit. 2016

asymbolie à la douleur l.f.

asymbolia to pain

Comportement inhabituel obtenu en réponse à des stimulations douloureuses, malgré la préservation des sensibilités élémentaires (Schilder et Stengel).
Le patient semble ne plus pouvoir rattacher consciemment le stimulus douloureux à son propre corps. Certains auteurs en font une forme d'asomatognosie.

P. Schilder, neuropsychiatre américain (1886-1940) ; E. Stengel, psychiatre britannique (1902-1973)

agnosie, astéréognosie.

douleur n.f.

pain, ache

Sensation pénible perçue par des récepteurs périphériques non spécifiques et transmise à la moelle par de petites fibres nerveuses avec ou sans myéline (fibres Ad ou C).
La douleur est une sensation complexe qui comporte plusieurs composantes (sensorielle, nociceptive, affective, cognitive et comportementale) dont l'importance varie avec le type et la cause. Les voies médullaires de la douleur passent par les cornes postérieures et suivent les voies spinoréticulo-thalamiques (voies extra-lemniscales) pour se terminer dans les noyaux ventraux du thalamus. Elles sont relayées de là jusqu'aux centres supérieurs où la douleur devient consciente et peut être localisée avec plus ou moins de précision. La douleur entraîne des réponses réflexes motrices médullaires (réaction de défense) et des réponses neurovégétatives centrales qui peuvent être très violentes (possibilité d'arrêt cardiaque) et être la cause d'incapacité subite dans une tâche de sécurité. Dans les ganglions rachidiens postérieurs, siège des noyaux des fibres de la douleur, il y a production entre autres, de substance P et de bradykinine (très algogènes), secrétées dans les cornes postérieures.
Les douleurs projetées en surface résultent de la convergence sur les mêmes neurones d’informations issues de structures viscérales profondes et d’incitations afférentes d’origine cutanée. Elles peuvent être difficiles à différencier des algies radiculaires ou tronculaires.
Le système nerveux central n’assure pas qu’un simple transit de l’information algogène : il délivre aussi de nombreuses modulations facilitatrices et inhibitrices.
Observées dans 10 à 40% de la population totale, les douleurs chroniques représentent le symptôme le plus fréquent de la pathologie médicale. Ce sont notamment les lombalgies (qui affecteraient en France un million à un million et demi de personnes), les séquelles traumatiques et chirurgicales ainsi que 60 à 90% des cancers à la phase terminale.
La douleur peut être d’origine :
- somatique par excès de stimulations nociceptives, avec activation au niveau des récepteurs périphériques du phénomène douloureux et transmission aux structures centrales ;
- neurogène ou neuropathique, avec désafférentation liée à des lésions nerveuses par compression ou autre origine. Les manifestations cliniques sont alors polymorphes et les désordres induits multiples. En fait, la complexité et les intrications des mécanismes centraux et périphériques sont fréquents ;
- psychogène qui ne doit être admise qu’avec une grande prudence malgré sa fréquence d’un cas sur cinq selon certains.
La souffrance comporte un malaise émotionnel, affectif et thymique, d’intensité variable, personnel à chacun, qui se développe en face d’une douleur ressentie comme intolérable et avec laquelle elle s’intrique généralement.
C’est dire le polymorphisme des réactions individuelles à la douleur et les difficultés souvent éprouvées par l’équipe soignante pour contrôler un contretransfert négatif en présence de certains patients passifs, dépendants, attachés à des bénéfices secondaires et/ou réfugiés dans l’alcool ou les drogues.
L’appréciation de l’intensité de la douleur est importante à établir dans le cadre des essais thérapeutiques. Plusieurs techniques sont possibles comme l’utilisation des échelles verbales sur lesquelles la cotation est graduée d’une extrémité à l’autre de « aucune douleur » à « très sévère ». C’est l’intéressé lui-même qui apprécie le degré de la douleur et ceci conduit à tenir compte de sa personnalité.
Pendant de nombreux siècles, les attitudes à l’égard des antalgiques pourtant connus dès l’antiquité, furent très ambivalentes, avec parfois valorisation des vertus de la résistance ou de la négation, et d’autres fois une note de mysticisme.
La circulaire n° 95-22 DGS/DH du 6 mai 1995 (ministère de la Santé) dispose notamment : « L’évolution des connaissances scientifiques et techniques permet d’apporter dans la quasi-totalité des cas, une réponse aux douleurs… »

Étym. lat. dolor : douleur

bradykinine, incapacité subite, nocicepteur, P (substance)

douleur aigüe l.f.

acute pain

Douleur plus ou moins tolérable, de survenue rapide, plus ou moins localisée, perçue pendant quelques secondes à quelques jours (p. ex., douleur postopératoire).

Étym. lat. dolor : douleur

douleur aigüe postopératoire l.f.

post-operative pain

Douleur survenant dans les suites d'un acte diagnostique ou thérapeutique et consécutive au traumatisme chirurgical (section, tractions, etc.).
C'est une douleur par excès de nociception, localisée au niveau de la zone opératoire le plus souvent, mais pas toujours. Cette douleur peut être évaluée par le patient lui-même (autoévaluation) ou par l'équipe soignante (hétéro-évaluation).
Autoévaluation par une échelle numérique simple (le patient donne une note de 0 à 100) ou visuelle analogique (possible chez l'enfant dès l'âge de cinq ans), par une échelle verbale simple à quatre niveaux (0, aucune ;
1, faible ; 2, modérée ; 3, intense) ou par l'indice de satisfaction («êtes-vous satisfait de la prise en charge de votre douleur postopératoire»). A partir de la quantité d'analgésique utilisée, les appareils permettant au patient de contrôler lui-même son analgésie permet d'évaluer l'intensité de la douleur évitée.
Hétéro-évaluation par les membres de l'équipe soignante (chez l'adulte ou l'enfant) basée sur l'appréciation du comportement du patient cotée en trois niveaux :
1) patient calme ne donnant pas de signes ou n'exprimant pas sa douleur ;
2) patient exprimant sa douleur verbalement ou par son comportement (attention, même s'il ne souffre pas, un patient ayant une langue maternelle ne possédant pas de forme du futur, l'arabe, par ex., a tendance à manifester sa crainte, par un comportement ou des paroles exprimant une douleur redoutée) ;
3) manifestations extrêmes, agitation majeure non contrôlée, cris, pleurs, prostration, immobilité, repli du patient sur lui-même.
Chez l'enfant de un à cinq ans on peut utiliser l'échelle objective d'évaluation de la douleur.

Étym. lat. dolor : douleur

analgésie contrôlée par le patient, échelle objective d'évaluation de la douleur, échelle visuelle analogique d'autoévaluation

douleur (aréactivité à la) l.f.

lack of reactivity to pain

C. M. Riley et R. L. Day, pédiatres américians (1949)

Riley-Day (syndrome de)

douleur chronique l.f.

chronic pain

Douleur évoluant de façon permanente ou intermittente pendant plusieurs semaines ou mois et expliquée par une affection chronique.
On distingue les douleurs chroniques liées à une affection cancéreuse (souvent par excès de nociception) ou non (un mécanisme de désafférentation est le plus souvent en cause). La prolongation des douleurs augmente l'importance de la composante affective et comportementale au cours de l'évolution.

Étym. lat. dolor : douleur

douleur (évaluation clinique de la) l.f.

pain (clinical evaluation), pain (assesment of), pain (assesment of a painful patient)

Procédé permettant de mesurer l’intensité de la douleur d’un patient, première étape à la mise en œuvre d’une stratégie pluridisciplinaire, individualisée.
La complexité des douleurs et la diversité de leurs formes faisant obstacle à l'emploi d'une méthode unique satisfaisante, obligent à tenir compte parallèlement aux investigations somatiques :
- du phénomène perçu : types d’une grande diversité (brûlure, coup de poignard, étau, etc.), localisation, étendue, irradiations, intensité, rythme diurne ou nocturne, signes d’accompagnement, chronicité, évolution dans le temps, effet des traitements ;
- du mécanisme générateur : par excès de nociception (origine rhumatismale, dégénérative, inflammatoire, cancéreuse) ; par désafférentation (zona, membre fantôme, etc., avec, en particulier, siège dans un territoire de déficit sensitif sur fond douloureux dysesthésique permanent, émaillé de paroxysmes) ; sympathalgique ; myalgique ; éventuellement psychogène ;
- de composantes ou résultantes variables selon chacun, telles qu'anxiété, dépression, trouble de la personnalité, aspects psychosociaux et facteurs susceptibles d'exacerber ou de fixer la douleur (bénéfices secondaires, en particulier).
Divers instruments sont utilisés, échelles "globales" : verbale simple, numérique, visuelle analogique (la plus sensible, souvent préférée, sous la forme d’une réglette) ; questionnaires de vocabulaire (McGill Pain Questionnaire), pour reconnaître une douleur neurogène et évaluer la tolérance affective de la douleur ; questionnaires de qualité de vie, qui apprécient le comportement du patient.
Aux âges extrêmes de la vie, la douleur est encore plus délicate à évaluer :
- chez la personne âgée, son expression est volontiers pauvre du fait de troubles du langage, d’handicaps sensoriels, de ralentissement intellectuel et/ou de régression affective. Une position antalgique, une protection spontanée des zones douloureuses, une réaction de retrait ou un rictus pendant l’examen, sont évocateurs ;
-chez l’enfant, ses difficultés de reconnaissance peuvent être majeures en présence d’handicapés mentaux qui s’expriment essentiellement par des troubles du comportement. La grille de Gustave Roussy en particulier, regroupe trois parties : signes directs de la douleur, expression volontaire de celle-ci et atonie psychomotrice.
Cette approche globale laisse toute sa place à la clinique et fait confiance à la description de la douleur par le malade, facilitant la relation et le programme thérapeutique plurimodal.
À l'évidence, la notion de trouble psychique ne permet pas d'exclure a priori une étiologie somatique.
La tendance à sous-évaluer la douleur de l'autre est générale.

R. Melzack, psychologue canadien (1975) ; G. Roussy, anatomopathologiste français, membre de l'Académie de médecines (1874-1948)

Étym. lat. dolor : douleur

McGill Pain questionnary, douleur neuropathique (critères diagnostiques)

[H1]

Édit. 2018

douleur iatrogène l.f.

iatrogenic pain

Douleur causée par un geste thérapeutique.
P.ex. douleur provoquée par une infiltration articulaire.

infiltration articulaire

douleur induite l.f.

inferred pain

Douleur causée par un geste médical ou thérapeutique dans des circonstances prévisibles et susceptibles d’être prévenues par des mesures adaptée.
P. ex. douleurs des soins d’escharres, des soins de kinésithérapie.

douleur (médicaments de la) l.m.p.

drugs of pain, (pain killer)

Agents pharmacologiques utilisés pour soulager la douleur, qui ne permettent pas toujours un apaisement complet de celle-ci mais procurent au moins, à la plupart des patients, une amélioration satisfaisante.
L’éventail analgésique est vaste mais limité dans ses actions et non exempt d’effets indésirables. Contre les douleurs des cancéreux, les substances disponibles sont efficaces dans environ 60 à 80% des cas.
Dans les douleurs par excès de nociception, l’action des antalgiques s’exerce :
- en périphérie, grâce à l’inhibition de la biosynthèse de substances algogènes, par l’aspirine, les anti-inflammatoire non stéroïdiens, le paracétamol, les glucocorticoïdes…
- aux niveaux médullaire et supramédullaire, grâce à l’inhibition de la transmission synaptique des influx douloureux, par la morphine.
La morphine et ses succédanés suspendent la plupart des douleurs intenses par excès de nociception, observées au cours de l’évolution des cancers et après les interventions chirurgicales. Ses effets indésirables ont été surestimés et en particulier, le risque d’induction d’une toxicomanie est réduit.
Dans les douleurs par désafférentation, les antidépresseurs non psychostimulants et certains antiépileptiques diminuent l’hyperexcitabilité neuronale. En cas d’effets indésirables trop importants, les stimulations électriques (surtout transcutanées) sont utiles.
Le schéma de l'OMS, concernant le traitement des douleurs chroniques, distingue depuis 1997, trois paliers :
- I, les médicaments non morphiniques (essentiellement paracétamol, aspirine et anti-inflammatoires non stéroïdiens) qui sont indiqués contre les douleurs légères à modérées ;
- II, les opioïdes dits "faibles" (codéine, dextropropoxyphène) associés ou non aux produits précédents, qui sont utilisables contre les douleurs modérées à sévères ou après l’échec des antalgiques du palier I ;
- III, les opioïdes "forts", avec pour référence la morphine, ils sont efficaces contre les douleurs d'emblée intenses ou après l’échec des produits du palier II.
À chaque palier, des adjuvants peuvent être associés : antidépresseurs, antiépileptiques et myorelaxants. De plus la composante antalgique de certains traitements étiologiques – chimiothérapie, radiothérapie (par réduction tumorale), corticoïdes – est souvent manifeste.
Les principales règles et principes à respecter lors de la prescription d’antalgiques sont :
- un traitement individualisé,
- le respect des contre-indications,
- la prudence chez les personnes âgées et les enfants,
- l’administration à intervalles réguliers, à horaires fixes, en fonction de la durée d'action de la substance choisie,
- l’absence de dose standard pour la morphine avec la recherche de la plus faible dose,
- la préférence pour la voie orale, sans méconnaître l’utilité des voies intraveineuse ou sous-cutanée, contrôlées par le patient lui-même, avec cependant un dispositif de sécurité intégré au pousse-seringue pour éviter les surdoses.
En fait, le nombre des médicaments de la douleur demeure limité. L’intérêt actuel se porte sur des agonistes des récepteurs opioïdes (présumés exempts des effets indésirables de la morphine) et sur les agonistes des systèmes mono-aminergiques descendants du tronc cérébral. Ce sont principalement les systèmes sérotoninergiques et noradrénergiques, dont le rôle dans la modulation de la transmission nociceptive est essentiel. Les inhibiteurs de la cyclo-oxygénase 2, les antagonistes des récepteurs des acides aminés excitateurs ou des récepteurs aux neurokinines, les agonistes des récepteurs nicotiniques, les agonistes des récepteurs NT2 de la neurotensine sont aussi des voies de recherche.

Étym. lat. dolor : douleur

antalgique, analgésique, morphine, opioïde

douleur morale l.f.

moral grief, psychical pain

Sentiment pénible durable, associant tristesse, souffrance mentale et pessimisme, indépendamment des circonstances extérieures.
Rencontrée dans les états anxieux et dépressifs, cette douleur psychique est intense dans la mélancolie dont elle est un signe essentiel (J. Séglas). La conviction désespérée d'un désastre personnel mérité (voire touchant les siens), imminent, inéluctable, s'accompagne alors de très forts sentiments d'autodépréciation et de culpabilité, sans qu'il y ait conscience du pathologique. Notamment, le patient se vit comme n'étant plus capable d'aimer, ni de s'émouvoir ("anesthésie affective") et il se le reproche.
Cette souffrance extrême et peu soutenable s'accompagne habituellement d'une angoisse très vive. Le risque suicidaire est élevé.

J. Séglas, médecin aliéniste français (1895)

Étym. lat. dolor : douleur

Syn. hyperthymie douloureuse

douleur (neurochirurgie de la) l.f.

pain (neurosurgery)

Techniques actuellement développées grâce à la microchirurgie, dont la sélectivité lésionnelle est obtenue par des thermocoagulations hypersélectives ou des lasers CO2.
Leurs indications relèvent de l'inefficacité des médicaments antalgiques prescrits à doses régulières et suffisantes.
Dans le cas d'un excès de stimulation nociceptive, il s'agit d'interrompre les voies de la nociception ou de mettre en place une pharmacothérapie locale à base de morphine.
En présence de douleurs neuropathiques par désafférentiation sensitive, une neurostimulation à visée analgésique peut produire un soulagement supérieur à celui des autres thérapeutiques.
À l'évidence, une expérience de l'équipe interdisciplinaire est indispensable.
À côté de la neurochirurgie proprement dite, seront citées p. ex. les dérivations digestives, les stabilisations osseuses et les décompressions nerveuses. Mais par suite des lésions nerveuses qu'elles sont susceptibles de provoquer, ces interventions peuvent être à la base d'autres douleurs chroniques.

Étym. lat. dolor : douleur

douleur (neuromédiateur de la) l.m.

neurotransmitter of pain

nocicepteur, substance P

douleur (neurophysiologie de la) l.f.

neurophysiology of pain

Étude des mécanismes qui différencient la sensation créée par une agression algogène souvent transitoire, mettant en jeu un système de défense, et les douleurs-maladies, souvent au long cours, sans rôle protecteur évident, plus malaisées à calmer.
Seront distinguées tout particulièrement les douleurs :
- par excès de nociception (hyperstimulation des récepteurs à la douleur, liée aux substances libérées par des tissus lésés, enflammés ou ischémiés) ;
- par désafférentation, ou douleurs neuropathiques (d'origine périphérique ou centrale, secondaires à la perte ou à l'atteinte du système inhibiteur physiologique qui module la propagation des influx douloureux, siégeant dans un territoire où existe un déficit du message venant de la périphérie) ;
- d'ordre sympathique (algodystrophie, causalgie), musculaire (fibromyalgie, etc.), éventuellement psychogène.
De toute façon, la douleur n'est pas une sensation simple, directement véhiculée jusqu'au niveau cérébral. Elle subit des modulations et des contrôles. En particulier, la théorie du "portillon" ("gate control", R. Melzack et P.D. Wall) fait état de son contrôle au niveau des neurones convergents de la corne dorsale de la moelle.

R. Melzack, psychologue canadien et P. D. Wall, anatomiste britannique (1965)

Étym. lat. dolor : douleur

douleur obstétricale l.f.

labour pain

Sensation douloureuse due aux contractions utérines ressenties par la femme en travail.
De siège hypogastrique sus-pubien ou lombaire, elle est rythmée par les contractions. Elle n'apparaît qu'à partir d'un certain seuil de la contraction utérine. Son intensité augmente progressivement au cours du travail : peu marquée pendant la période d'effacement du col, comparable à une piqûre d'insecte, d'où son nom de « mouche », elle est préparante au cours de la dilatation, expulsive quand la présentation prend contact avec le périnée, et devient concassante lors de la distension périnéale. La préparation psychoprophylactique selon Lamaze portait, à tort, le nom d’« accouchement sans douleur ».

Étym. lat. dolor : douleur

douleur précordiale l.f.

precordial pain

Douleur ressentie par crises ou continue dans la région thoracique antérieure.
Leur analyse minutieuse par l’interrogatoire est d’une grande importance, pour reconnaître les plus graves d’entre elles qui sont les douleurs d’origine coronarienne (angine de poitrine) qui se propagent souvent vers le maxillaire inférieur et/ou le membre supérieur gauche.
À côté de l’angine de poitrine, d’autres pathologies peuvent entraîner des douleurs précordiales : les péricardites, la dissection aortique, les embolies pulmonaires, et de nombreuses affections extrathoraciques comme certaines maladies rhumatismales et certaines lésions digestives irradiantes (vésiculaires, hépatiques, pancréatiques, gastriques).

Étym. lat. dolor : douleur

angine de poitrine, angor

douleur (prise en charge globale de la) l.f.

multidiciplinary care of pain

Approche multimodale du traitement de la douleur chronique dans laquelle le médicament ne doit représenter qu’une partie de la thérapeutique.
J. Bonica créa la première « pain clinic » à Washington après la première guerre mondiale. En France, depuis la loi Neuwirth (1995), la prise en compte de la douleur est devenue un problème de société.
Appréhender la douleur chronique nécessite une prise en compte individualisée de ses composantes affectives, cognitives et comportementales, voire spirituelles, au-delà de la seule démarche étiologique somatique.
Dans ce but, trois types de structures pluridisciplinaires ont été définis par l'Agence nationale pour le développement de l'évaluation médicale (ANDEM) : consultations spécifiques, comportant au moins deux somaticiens de disciplines différentes et un médecin formé à la psychologie ; unités, disposant de lits d'hospitalisation et d'un plateau technique ; centres, avec une triple mission de soins, d’enseignement et de recherche. Ces missions ont été reprises successivement par l’ANAS et l’HAS.
Le traitement initial vise à diminuer le symptôme douleur, à interrompre les cercles vicieux d'auto-entretien aux divers niveaux anatomiques (périphérique, médullaire, supramédullaire). Conjointement, le patient accède à une prise de conscience de ses réactions et comportements, de même qu'à leur meilleure maîtrise.
En dehors des mesures médicamenteuses, l'équipe peut faire appel à des blocs par les anesthésiques locaux (diagnostiques ou thérapeutiques), à diverses techniques physiques telles que la neurostimulation transcutanée, à la relaxation, aux thérapeutiques cognitivocomportementales et à diverses formes de psychothérapie.
Un placebo peut être efficace dans 30% des cas environ, probablement par la mise en œuvre d’endorphines.
Une suppression totale et constante de la douleur reste jusqu'à présent une utopie, mais son atténuation et un projet réadaptatif, si possible contractuel avec le patient et son entourage, peuvent être au moins mis en œuvre. Ainsi est évité également le "vagabondage médical", souvent préjudiciable au patient et source de "bilans" étiologiques redondants et coûteux.

J. Bonica, médecin anesthésiologiste américain (1917-1994)

Étym. lat. dolor : douleur

douleur projetée l.f.

refered pain

Douleur ressentie à distance de l'organe siège de la lésion causale.
Il s’agit surtout de douleurs viscérales qui s'expliquent par un mécanisme de convergence-divergence, caractéristique de l'anatomie fonctionnelle des afférences viscérales se projetant au niveau de la moelle. Les lombalgies lors des contractions de l'utérus au cours de l'accouchement, ainsi que les douleurs irradiées dans les membres supérieurs et la mâchoire lors de l'angine de poitrine en sont des exemples.

Étym. lat. dolor : douleur

amputés (douleurs des), membre fantôme

douleur provoquée l.f.

tenderness

En sémiologie, manœuvre par laquelle l'examinateur cherche à susciter la douleur du patient en lui faisant reproduire le geste dont il se plaint, en pratiquant une manœuvre ou une palpation superficielle ou profonde de la région incriminée, etc.
P. ex. le signe de Lasègue est caractéristique de la névralgie sciatique.
La douleur provoquée, désagréable pour le sujet, est un élément d'information diagnostique souvent indispensable ; elle ne préjuge pas de la nature de la lésion et son siège ne correspond pas toujours à l'origine anatomique de la lésion.

Ch-E. Laségue, médecin interniste français, membre de l’Académie de médecine (1816-1883)

Étym. lat. dolor : douleur

Lasègue (signe de)

douleur psychogène l.f.

psychogenic pain

Cependant une activation spécifique du gyrus cingulaire et de ses afférences sous-corticales a été mise en évidence avec la tomographie par émission de positons (TEP) aussi bien dans ce type de douleurs (telles que les céphalées psychogènes) que dans les douleurs neurologiques et les illusions de douleur.
Une description trop riche, imprécise, labile, une sémiologie atypique, l'absence de données objectives orientent souvent vers une douleur psychogène. Bien que non suffisante, la notion d'une manifestation psychiatrique est indispensable : conversion hystérique, dépression masquée, hypocondrie, etc. En pratique, il s'agit plutôt d'une intrication avec des facteurs somatiques.
Comme, selon beaucoup d'auteurs, l’existence d’une douleur psychogène n'est pas scientifiquement prouvée, la qualification d'idiopathique paraît préférable, s'agissant p. ex. des glossodynies et des fibromyalgies. En tout cas, on ne doit jamais faire l'économie d'une relation avec les patients algiques, étant donné la fréquence des états anxieux (surtout dans les formes aigües) et/ou dépressifs (surtout dans les formes chroniques).
Depuis 1885, le parcours freudien sur ce sujet aboutit au problème de la conversion de l'affect en douleur dans les névroses actuelles, mais aussi à l'institution d'un clivage dans le moi par la douleur. À l'extrême, des analystes, sans doute éloignés de la douleur organique, estiment que les moyens employés pour obtenir la guérison, qu'ils soient hypnotiques, comportementaux, voire chirurgicaux, sont voués à l'échec, aux déplacements du symptôme, à son éternel retour, voire au délire.

Douleur sans support anatomique explicable, incitant à évoquer une origine psychogène. (à la ligne)

Étym. lat. dolor : douleur

Syn. psychalgie

psychalgie, amputés (douleurs des), membre fantôme

douleur référée l.f.

anglicisme à éviter

douleur projetée

douleur viscérale l.f.

visceral pain

Douleur causée par la stimulation nociceptive venant d'un organe intra-abdominal ou intrathoracique.
Cette douleur se différencie de la douleur somatique parce qu'elle est diffuse, imprécise dans sa localisation et rapportée à un territoire cutané du fait de l'intrication des afférences sensitives viscérales et somatiques au niveau du deutéroneurone médullaire.

Étym. lat. dolor : douleur

échelle de la douleur de l'enfant Gustave Roussy l.f.

Evaluation de la douleur, après une observation de 4 heures, selon 10 items cotés de 0 à 4 qui se regroupent en 3 parties.

ITEM Cotation 0 Cotation 1 Cotation 2 Cotation 3 Cotation 4
1. Position antalgique
au repos
absence de position antalgique : l'enfant peut
se mettre n'importe comment.
l'enfant semble éviter certaines positions. l'enfant évite certaines
positions mais n'en paraît pas gêné.
l'enfant choisit une position antalgique évidente, qui lui apporte un certain soulagement. l'enfant recherche
sans succès
une position
antalgique
et n'arrive
pas à être bien
installé.
2. Manque d'expressivité l'enfant est
vif, dynamique, avec un visage animé.
l'enfant paraît
un peu terne, éteint.
au moins un
des signes suivants : traits du visage peu expressifs,
regard morne, voix marmonnée et monotone, débit verbal lent.
plusieurs des signes ci-dessus sont nets. visage figé,
comme agrandi.
Regard vide.
Parle avec effort.
3. Protection spontanée des zones douloureuses l'enfant ne montre aucun souci de se protéger. l'enfant évite
les heurts violents.
l'enfant
protège son corps,
en évitant et en écartant ce qui pourrait le toucher.
l'enfant se préoccupe visiblement
de limiter
tout attouchement d'une région de son corps.
toute l'attention
de l'enfant est
requise pour
protéger la zone atteinte.
4. Plaintes somatiques pas de plainte : l'enfant n'a pas dit qu'il a mal. Plaintes "neutres" : - sans expression affective
(dit en passant "j'ai mal") ;
- et sans effort pour le dire
(ne se dérange pas exprès).
au moins
un des signes suivants :
- a suscité la question
"Qu'est-ce que
tu as, tu as mal ?";
- voix geignarde pour dire qu'il a mal;
- mimique expressive accompagnant la plainte .
en plus de la cotation 2, l'enfant :
- a attiré l'attention
pour dire qu'il
a mal;
- a demandé
un médicament.
c'est au milieu
de gémissements, sanglots
ou supplications
que l'enfant dit qu'il a mal.
5. Attitude antalgique dans le mouvement l'enfant ne présente
aucune gêne
à bouger tout
son corps.
Ses mouvements sont souples et aisés.
l'enfant montre une gêne,
un manque
de naturel
dans certains de ses mouvements.
l'enfant
prend des précautions
pour certains gestes.
l'enfant
évite
nettement de faire certains gestes, il se mobilise avec prudence et attention.
l'enfant
doit être aidé,
pour lui éviter
des mouvements
trop pénibles.
6. Désintérêt pour le monde extérieur l'enfant
est plein d'énergie, s'intéresse à son environnement,
peut fixer
son attention
et est capable
de se distraire.
l'enfant s'intéresse
à son environnement mais sans enthousiasme.
l'enfant s'ennuie facilement
mais peut
être stimulé.
l'enfant
se traîne, incapable de jouer, il
regarde passivement.
l'enfant est apathique et indifférent à tout.
7.Contrôle exercé par l'enfant quand on le mobilise (mobilisation passive) l'enfant se
laisse mobiliser
sans y accorder d'attention
particulière.
l'enfant a un regard attentif quand on le mobilise. en plus
de la cotation 1, l'enfant montre qu'il faut faire attention en le remuant.
en plus
de la cotation 2, l'enfant retient
de la main
ou guide les gestes du soignant.
l'enfant
s'oppose
à toute initiative du soignant
ou obtient qu'aucun geste ne soit fait sans son accord.
8. Localisation de zones douloureuses par l'enfant Pas de localisation :
à aucun moment,
l'enfant ne désigne
une partie de son
corps comme
gênante.
l'enfant signale, uniquement verbalement, une sensation pénible dans une région vague sans autre précision. en plus de la cotation 1, l'enfant montre avec un geste vague cette région. l'enfant
désigne avec
la main une région douloureuse précise.
en plus de la cotation 3, l'enfant décrit, d'une manière assurée et précise, le siège de sa douleur.
9. Réactions à l'examen des zones douloureuses aucune réaction déclenchée
par l'examen.
l'enfant manifeste,
juste au moment où on l'examine, une certaine réticence.
lors de l'examen,
on note au moins un de ces signes : raideur de la zone examinée, crispation du visage, pleurs brusques, blocage respiratoire.
en plus de la cotation 2,
l'enfant change
de couleur, transpire,
geint ou
cherche à arrêter l'examen.
l'examen,
de la région douloureuse est quasiment impossible,
en raison des réactions de l'enfant.
10. Lenteur et rareté des mouvements les mouvements
de l'enfant sont larges, vifs, rapides, variés,
et lui apportent
un certain plaisir.
l'enfant est
un peu lent, et bouge sans entrain.
un des signes suivants : - latence du geste, - mouvements restreints, - gestes lents; - initiatives motrices rares. plusieurs
des signes
ci-dessus
sont nets.
l'enfant est comme figé, alors que
rien ne l'empêche de bouger.

 

Annie Gauvain-Piquard, pédiatre française (1991)

Réf. Gauvain-Piquard A., Rodary C., Lemerle J. :Une échelle d’évaluation de la douleur du jeune enfant. Journées parisiennes de pédiatrie 1991:95‐100

[F2, O1]

Édit. 2019

échelle objective d'évaluation de la douleur chez l'enfant l.f.

objective pain scale

Échelle adaptée à l'évaluation de la douleur chez l'enfant de 1 à 5 ans.
L'échelle comprend 5 items cotés de 0 à 2, dont la somme donne le score (maximum 10).
-
Augmentation de la pression artérielle systolique par rapport à la valeur préopératoire
<10%-->0
de 10 à 20 %-->1
de 20 à 30 %-->2
- Pleurs
pas de pleur-->0
présents, mais enfant consolable-->1
présents, mais enfant inconsolable-->2
-
Mouvements (un enfant immobile et prostré peut avoir une douleur majeure)
enfant calme et endormi-->0
agitation modérée, ne tient pas en place-->1
agitation désordonnée et intense, peut se faire mal-->2
-
Comportement
enfant endormi ou calme-->0
contracté, voix tremblante, accessible aux tentatives de réconfort-->1
non accessible aux tentatives de réconfort, apeuré, accroché aux bras de ses parents ou d'un soignan-->2
-
Expression verbale ou corporelle localisée
endormi ou calme-->0
exprime une douleur modérée non localisée (inconfort global ou position jambes fléchies sur le thorax, bras croisés sur le corps)-->1
douleur localisée verbalement ou désignée par la main ou position jambes fléchies sur le tronc poings serrés, l'enfant porte sa main vers une
 zone douloureuse ou cherche à la protéger-->2

Sigle OPS

[H1, O1]

Édit. 2019

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