Dictionnaire médical de l'Académie de Médecine – ancienne version 2020

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conduite suicidaire l.f.

suicidal behaviour

Norma Kreitman, psychiatre britannique (1969)

comportement suicidaire, suicide

comportement suicidaire l.m.

suicidal behaviour

Expression qui recouvre des attitudes hétérogènes concernant le suicide et dont les diverses définitions doivent être précisées.
On distinguera : le suicide, qui a entraîné la mort de son auteur , le « suicidé » ; la tentative de suicide, qui en fait apparaître le projet sans avoir abouti à la mort, du « suicidant » ; le parasuicide (Kreitman, 1969), manifestation d'un désarroi par une conduite symbolique de mort visant à la reprise immédiate du dialogue social sur d'autres bases qu'auparavant ; les équivalents suicidaires.
Aux confins de ces conduites et en l'absence de passage à l'acte se situent : la menace de suicide, manifestation d'un projet exprimée verbalement ou non ; l'idée de suicide, le plus souvent dissimulée contrairement à la précédente, avec son vécu spécifique très proche du désir ou du projet de suicide qui diffère de la pure spéculation intellectuelle et se rapproche de la phobie du suicide, cette dernière traduisant l'ambivalence du désir-crainte de suicide.
Le syndrome présuicidaire, caractérisé par un changement dans le comportement habituel du sujet, annonce l’imminence du passage à l’acte.

Norma Kreitman, psychiatre britannique (1969)

Étym. lat. sui caedere : de soi, abattre, couper

suicide, équivalent suicidaire

[H3]

Édit. 2018

conduite n.f.

conduct

Manière d'agir, motrice, verbale et psychique, d'un individu en réponse à des circonstances déterminées, et qui se caractérise par son but, sa signification et sa fonction.
Elle résulte de l'interaction entre les capacités adaptatives, dans un contexte de repères sociaux et culturels, avec les représentations conscientes et inconscientes mobilisées en fonction de la structure psychique et de l'expérience vécue, dans une situation donnée. La conduite peut être adaptée, déviante, transgressive ou pathologique.
Alors que, dans le langage courant, et malgré une dimension morale plus fréquente, cette notion ne diffère pas significativement de celle de comportement, elle s'est beaucoup complexifiée et intentionnalisée sur le plan technique, depuis notamment H. Piéron, E. Claparède et P. Janet, s'éloignant nettement d'une psychologie dite objective. En effet, celle-ci repose essentiellement sur des données expérimentales et réflexologiques.
La tradition francophone, en particulier l'école de Piaget, a suivi la proposition de D. Lagache en vue d'utiliser seulement le terme de conduite. Cependant, sous l'influence anglo-saxonne, celui de comportement tend à l'être de plus en plus.

H. Piéron, psychologue français (1881-1964) ; E. Claparède, neurologue et psychologue suisse (1873-1940) ; P. Janet, philosophe, psychologue et médecin français (1859-1947) ; D. Lagache, psychiatre français (1903-1972)

[H4]

conduite agressive chez l'enfant et l'adolescent l.

faggressive behaviour in childhood and adolescence

Composante fondamentale de la nature humaine, l'agressivité peut se manifester chez l'enfant et l'adolescent de façon variée : sous forme de fantasmes destructeurs, de passages à l'acte, dans certaines attitudes d'opposition ou, sous une forme plus sublimée, par un goût pour la compétition.
Très tôt, l'enfant peut présenter des réactions de rage lors d'une frustration. Vers deux à trois ans, il passe souvent par une phase d'opposition active. À l'âge scolaire, l'agressivité s'exprime sous forme de jeux, coups, bousculades, agressions verbales ou rêves à thèmes agressifs. Chez l'adolescent, par leur intensité, leur forme et leur persistance, ces conduites peuvent prendre un caractère pathologique. L'intolérance à la frustration se traduit alors par des colères clastiques, des conduites violentes en groupe, pouvant aller jusqu'au meurtr

[H3,O1]

évitement (conduite d') l.f.

avoidance behaviour

Comportement qui consiste, pour un sujet phobique, à éviter la confrontation avec l'objet, la situation, la personne ou l'animal phobogène, la simple anticipation déclenchant une réaction anxieuse importante.
Ces comportements, qui font partie intégrante de la névrose phobique, peuvent devenir très invalidants, le patient refusant de sortir de chez lui de peur d'être confronté à sa phobie. Ils permettent de lutter contre l'angoisse, mais celle-ci est susceptible de réapparaître à la simple idée d'avoir à affronter la situation phobogène. À un degré moindre, chez les personnalités anxieuses ou évitantes (dites classiquement phobiques), l'évitement de toute relation propre à impliquer des engagements d'ordre affectif, sexuel ou agressif, se traduit par des comportements de timidité, d'inhibition et de trac. Un traitement psychothérapique est indiqué.

phobie, phobique (névrose), personnalité anxieuse (ou évitante)

[H3]

Édit. 2018  

phobique (conduite) l.f.

phobic behaviour

évitement (conduite d'), fuite en avant, phobie, réassurance (conduite de)

réassurance (conduite de) l.f.

reassurance behaviour

Effet contraphobique d'un objet, d'une personne ou d'un animal investis par le phobique d'un tel pouvoir.
Cette réduction de l'angoisse permet au patient de mieux affronter la situation phobogène redoutée.
Une variation d'un tel phénomène est représentée par le comportement manipulatoire de certains patients, dans le but de s'assurer par exemple l'accompagnement sécurisant d'un proche, ou même de faire effectuer par d'autres ce qui est de leur rôle.

phobique (conduite), phobique (névrose)

risque (conduite de) l.f.

risk-taking behaviour

Dans sa dimension pathologique, engagement délibéré et répétitif dans des situations dangereuses, pour soi-même et éventuellement pour autrui, comportement non imposé par des conditions de travail et d'existence, mais recherché activement pour l'éprouvé de sensations fortes, du jeu avec le danger et souvent la mort (J. Adès ).
Il peut s'agir de sports ou de conduite automobile "à risque", de certaines toxicomanies, d'addictions dites "sans drogue" (jeu pathologique, achats pathologiques, etc.), de conduites sexuelles « à risque » (association du plaisir extrême et de la mort, relations sexuelles non protégées) ou de la classique "roulette russe".
Modèle de l'ordalie, contrôle défectueux de l'impulsivité, recherche de sensations fortes et nouvelles, équivalents suicidaires, peuvent se rencontrer selon de nombreuses nuances, en fonction du type de comportement et de la personnalité. Celle-ci n'est pas univoque. Cependant, chez ces sujets en général masculins et jeunes, de telles conduites répondent volontiers au modèle de l'addiction. Une sous-activation corticale de base pourrait constituer également un facteur commun.

J. Adès, psychiatre français, membre de l'Académie de médecine (2004)