oxyde nitreux l.m.
nitrous oxide
Gaz employé en inhalation comme complément d'un autre anesthésique.
L'oxyde nitreux, N2O, découvert par Mayow au XVIIème siècle (air nitreux), a été considéré, à tort, comme un gaz inerte. Ses propriétés physiques sont voisines de celles du CO2.
T. Beddoes a décrit son pouvoir anesthésique à la fin du XVIIIe siècle. Ensuite le N2O a été utilisé en Angleterre dans des «parties» où il était considéré comme «le seul moyen distingué de se saouler», d'où le nom de laughing gas (gaz hilarant) qui lui a été donné. En réalité, le rire inextinguible et l'amnésie consécutifs à l'inhalation de N2O sont dus à l'hypoxie aigüe transitoire produite par l'administration de N2O pur et non à l'anesthésie.
L'inhalation de N2O a d'abord été essayée, sans succès, pour traiter le cancer, la tuberculose, etc. Tous ces emplois ont été abandonnés : il ne reste plus que l'emploi analgésique qui a d'abord été utilisé pour l'arrachage des dents par H. Wells ; mais le N2O n'a vraiment été employé en anesthésie dentaire qu'à partir de 1863 et il est à peu près abandonné de nos jours dans cette indication.
L'oxyde nitreux est un anesthésique faible (MAC = 115), mais il est utile, car il permet de réduire la dose des anesthésiques associés plus toxiques. L'inhalation du mélange N2O/O2 seul et pendant une courte durée est anodine : le N2O est employé dans l'alimentation industrielle pour la crème Chantilly.
Mais le N2O n'est pas un gaz inerte : de ce fait, il peut être dangereux s'il est utilisé sans précaution. En effet, il est comburant, au même titre que l'oxygène, favorise les incendies et peut former des mélanges explosifs avec des carburants (vapeurs anesthésiques, gaz intestinaux). La combustion d'une allumette dans le N2O produit des vapeurs nitreuses de couleur brune et d'odeur caractéristiques, qui permettent de l'identifier et de le différencier de l’oxygène : ce procédé est utile pour le contrôle des distributions de gaz dans les hôpitaux (Jolis 1966).
L'inhalation prolongée ou répétée de mélanges contenant du N2O produit des lésions nerveuses : dégénérescence de la moelle épinière (Courville, 1939), atteinte de la moelle osseuse avec agranulocytopénie. Le N2O a un effet abortif et tératogène, parce qu'il se combine avec la vitamine B12, ce qui bloque la synthèse de la méthionine. De tels accidents ont été signalés chez du personnel de cabinets dentaires mal ventilés et chez des tétaniques après 8 jours de respiration mécanique avec un mélange O2/N2O à 50% (Lassen 1956). Des précautions d'antipollution doivent donc être prises dans les salles d'opération et de réveil pour protéger le personnel chaque fois qu'on y pratique l'anesthésie ou l'analgésie avec du N2O. De même l'emploi analgésique du mélange équimoléculaire oxygène-protoxyde d’azote (MEOPA, commercialisé sous le nom d’Entonox®) doit être limité pour les patients hospitalisés, notamment en obstétrique.
C. B. Courville, neuropathologiste américain (1939) ; H. C. A. Lassen, épidémiologiste danois (1956) ; P. Jolis, médecin anesthésiste français (1966)
Syn. protoxyde d’azote
→ comburant, Entonox®, explosion, gaz, hypoxie, MAC
Édit. 2017
protoxyde d'azote l.m.
nitrous oxide
Utilisé communément comme produit anesthésique et analgésique ainsi que, dans le commerce, comme gaz de pressurisation d’aérosol.
Il est actuellement aussi employé, pour ses vertus euphorisantes, comme « gaz hilarant » dans des soirées festives sous la forme de ballons dont le contenu est inhalé par les participants . Son usage est facilité par l’absence de loi contraignante, sa facilité d’accès et ses effets fugaces après un emploi limité. Inhalé à fortes doses ou de manière répétée, il provoque des atteintes neurologiques graves causées par le déficit qu'il entraîne en vitamine B12, nécessaire à la production de myéline. Le risque, aussi, est de créer une dépendance.
T. Thompson, chimiste écossais (1804)
Étym. gr. prôtos : premier ; oxyde composé avec l'oxygène = premier oxyde d'azote
Syn. oxyde nitreux
Symb. N2O
[C1, G4, H1]
Édit. 2019