déséquilibre psychique l.m.
mental unbalance
Notion propre à l'école française classique et qui, surtout à la fin du XIXème siècle, réunissait les anomalies de la personnalité sous différentes formes.
Elle correspond assez bien à ce qu'était devenue la "moral insanity" des anglo-saxons (J.C. Prichard, 1835), ou au concept allemand de personnalité psychopathique (K. Schneider, 1923).
Initialement lié à la dégénérescence et à l'hérédité, tenu pour un manque d'équilibre entre les différentes parties du système nerveux, p. ex. dans les perversions sexuelles (V. Magnan, 1885), le groupe englobait aussi bien l'activité créatrice mais socialement inadaptée d'un artiste que l’expression englobait aussi bien l’activité créatrice mais socialement inadaptée d’un artiste que le désordre comportemental d'un vagabond. Sous le nom de déséquilibre mental, et sans parti pris doctrinal, Ph. Chaslin (1912) évoquait "... ces demi-folies qui pullulent dans ce qu'on appelle le borderland of insanity...", préfigurant en particulier les états limites. Depuis, ce cadre a été profondément mis en question et démembré sous l’effet des doctrines psychodynamiques et sous l’influence, en particulier, de l’intérêt porté aux traits de personnalité sous-jacents, qui a permis de distinguer de nombreuses formes de personnalités pathologiques.
Dans une perspective à la fois classique et restrictive, le déséquilibré est soumis sans angoisse (sinon de façon très labile mais extrême) à l'élémentarité de ses pulsions, exprimées dans le passage à l'acte antisocial. Instable, intolérant aux frustrations, imprévoyant, vivant dans l'instantanéité du présent, indifférent à autrui, il est peu en mesure de tirer parti de l'expérience vécue. Souvent cynique, ostentatoire, réticent, argotique, il est rare qu'il consulte spontanément, mais plutôt après une manifestation paroxystique (agitation ou geste suicidaire, p. ex.). Le plus souvent, la rencontre psychiatrique a lieu en situation d'expertise. La relation à autrui se fait sur un mode spécieux et agressif. Le sujet ne peut intérioriser ses conflits.
On ne doit plus poser un tel diagnostic sans avoir soigneusement exclu d'autres éventualités comme : une organicité (séquelles encéphaliques d'affections diverses, comitialité surtout "temporale") ; une psychose latente ou un état limite (tout spécialement une héboïdophrénie) ; une névrose de caractère ; une perversion.
En pratique, le déséquilibre psychique correspond assez bien à ce que l'on nomme actuellement personnalité antisociale ou dyssociale.
J. C. Prichard, médecin et ethnologue britannique (1786-1848) ; K. Schneider, psychiatre allemand (1887-1967) ; V. Magnan, psychiatre français, membre de l'Académie de médecine (1835-1916) ; Ph. Chaslin, psychiatre français (1857-1923)
déséquilibre n.m.
disequilibrium, imbalance
Perturbation de l’équilibre qui se manifeste surtout lors de la station debout ou de la marche.
→ ataxie
déséquilibre de liaison génétique l.m.
linkage disequilibrium.
Situation dans laquelle deux gènes sont trouvés ensemble dans une population à une fréquence supérieure à celle prédite par le produit de leur fréquence individuelle.
linkage (déséquilibre de) l.m.
linkage disequilibrium, unbalance
akinésie psychique l.f.
psychic akinesia
[H3]
appareil psychique l.m.
psychical apparatus
Modèle de représentation que S. Freud emprunte à la physiologie (optique, arc réflexe, etc.) et qu'il utilise sur un mode métaphorique pour rendre compte des topiques inconscientes qui, en aucune façon, ne correspondent à des localisations anatomiques cérébrales.
Le mot d'appareil suggère l'idée d'un travail de l'inconscient, dont l'activité est de maintenir un niveau énergétique interne le plus bas possible et de procéder à des transformations de l'énergie libre en énergie liée.
Étym. lat. apparatus : ce qui est préparé
ataxie psychique l.f.
psychical ataxia
Perte de cohérence entre les idées et les sentiments d'une part, et leur expression émotionnelle d'autre part (rires immotivés à l'évocation de circonstances tragiques, par ex.).
Plus généralement, manque de cohésion interne de la personne, à l'origine de la discordance schizophrénique. Dès 1903, E. Stransky avait désigné cette rupture de l'unité mentale sous le nom d'ataxie ou dislocation intrapsychique.
E. Stransky, psychiatre viennois (1877-1962)
Étym. gr. a : priv. ; taxis : ordre
atteinte à l'intégrité physique et psychique l.f.
attack on the physical and psychic integrity
« Réduction définitive du potentiel physique et/ou psychique médicalement constatable ou médicalement explicable à laquelle s’ajoutent les douleurs et les répercussions psychiques que le médecin sait normalement liées à la séquelle ainsi que les conséquences dans la vie de tous les jours habituellement et objectivement liées à cette séquelle ».
Cette définition, qui émane des travaux du Groupe de Trèves en juin 2000 (guide barème européen d’évaluation médicale des atteintes à l’intégrité physique et psychique), regroupe sous un même vocable trois entités différentes de la nomenclature des postes de préjudices corporels qui se situent toutes dans le stade séquellaire de la classification de Wood : le déficit fonctionnel objectivable et quantifiable, les douleurs permanentes ressenties (à distinguer des « souffrances endurées ») et les répercussions psychologiques, ces deux dernières entités étant du domaine subjectif.
Un tel amalgame est contraire aux principes de la Résolution (75)7 du Conseil de l’Europe. Le guide barème européen est une tentative d’harmonisation de la réparation des préjudices corporels en Europe. Il est annexé au statut des fonctionnaires européens.
Sigle : AIPP
→ nomenclature des postes de préjudices corporels, déficit fonctionnel personnel définitif, préjudice personnel permanent, incapacité permanente partielle, Wood (classification de), souffrances endurées
auto-activation psychique (perte d') l.f.
Inertie comportementale, perte de la résonance affective et vide mental spontanés, liés à des lésions des circuits fronto-putamino-pallido-frontaux
Typiquement, cette hypoactivité est réversible lors de stimulations extérieures, avec retour transitoire fréquent à un fonctionnement quasi normal, parfois stéréotypé. Elle évoque notamment le ralentissement psychomoteur dépressif, mais sans tristesse ni anxiété. Elle accompagne souvent des troubles de type obsessionnel-compulsif, mais sans le monde obsessionnel qui caractérise la névrose.
De telles perspectives permettent de renouveler le dialogue entre spécialistes des neurosciences, neurologues et psychiatres.
D. Laplane, neurologue français (1981)
automatisme psychique l.m.
psychical automatism
Activité mentale effectuée dans la vie quotidienne sans participation de la volonté consciente et constituée de nombreux comportements réflexes et d'actes courants d'adaptation.
D'autres automatismes ont été liés en particulier à une levée de la censure, comme le fut l'écriture automatique des surréalistes. Sur un plan franchement pathologique, ces manifestations sont relevées principalement dans les états seconds chez les hystériques (déambulation, fugue amnésique, etc.) ou dans les états crépusculaires chez les épileptiques (automatismes oro-alimentaires, mimiques, gestuels, verbaux, ambulatoires).
Étym. gr. automatos: spontané
blessés (réadaptation psychique des) l.f.
wounded persons (psychic rehabilitation among)
Ensemble des dispositifs thérapeutiques et d'assistance qui visent à la prise en charge de la dimension psychique des troubles liés aux suites de blessures physiques.
Indissociables des thérapeutiques réparatrices et de la rééducation fonctionnelle, ils ont pour objet de restaurer chez le patient une image de soi qui permette le rétablissement de sa capacité relationnelle à autrui, puis sa réinsertion sociale. Associant, suivant les cas, des techniques de rééducation des fonctions cognitives et psychothérapiques à des mesures de soutien social, la réadaptation psychique des blessés est particulièrement nécessaire lorsque subsistent des handicaps moteurs et cérébraux, ou chez les blessés de la face (« les gueules cassées ») et les grands brûlés.
Édit. 2017
cécité psychique l.f.
psychical blindness
Syn. agnosie visuelle (obs.)
→ agnosie
[P2,H4]
choc psychique l.m.
[H4]
choix psychique invisible l.m.
invisible psychical choice
Conditions psychologiques rencontrées à la base de certaines crises ou décompensations hystériques, amenant le sujet à une fuite ou à un état d'agitation (tempête motrice) face à un danger réel ou vécu comme tel sur le plan affectif (E. Kretschmer).
Le "choix forcé" constitue selon J. Lacan la pierre angulaire de la construction du sujet. C'est celui de tout sujet inscrit dans le symbolique, soit dans le signifiant auquel, par contrecoup, il est aliéné. Par ce choix forcé, se construit la structure névrotique et sont articulés et liés symbolique, réel et imaginaire. Au contraire, dans la psychose, le défaut d'inscription du signifiant fondamental ne permet pas que puisse se nouer cette construction stable.
E. Kretschmer, psychiatre allemand (1888-1964)
[H3,H4]
conflit psychique l.m.
psychical conflict
Antagonisme de tendances ou d'exigences internes inconciliables, mis par Freud au centre de sa théorie des névroses.
La censure maintient refoulées les représentations sexuelles susceptibles de provoquer du déplaisir dans le moi et inconciliables avec lui. Si le refoulement ne suffit pas à assurer la domination du conscient/préconscient sur l'inconscient, d'autres mécanismes de défense interviennent pour établir un équilibre acceptable entre les forces en présence, au prix de la formation de symptômes.
Dans la deuxième topique, Freud rapporte à la pulsion de mort l'instance même du conflit, mais conserve le modèle œdipien, dans lequel il est lié à la conjonction originaire du désir et de l'interdit.
S. Freud, neuropsychiatre autrichien (1895)
[H4]
défaillance psychique sénile l.f.
psychical failure in the old
→ glissement (syndrome de), réaction catastrophique
démence (retentissement psychique sur les proches donneurs de soins) l.
dementia (psychical repercussions among relatives caregivers)
Effets négatifs considérés comme majeurs, surtout décrits dans l'entourage des alzheimériens, et qui sont plutôt imputés à l'effet des troubles non cognitifs (psychotiques, dépressifs et comportementaux) des patients, ainsi qu'aux nécessaires restrictions apportées par l'entourage à ses relations et activités sociales.
Malgré les discordances entre les études publiées, la prévalence des troubles psychiques, en particulier dépressifs, apparaît très élevée. Des risques somatiques importants sont mis en évidence : hypertension artérielle, infarctus du myocarde, déficits immunitaires, etc. L'alcoolisme, l'abus de psychotiques sont fréquents.
Une prise en charge ou même en soins de ces "aidants" est souvent indispensable.
Étym. lat. de : en dehors de ; mens : esprit
élaboration psychique l.f.
psychical working out
Travail de l'appareil psychique qui consiste à lier des quantités d'énergie pulsionnelle à des représentations et à établir entre elles les représentations des voies associatives.
S. Freud a d'abord décrit l'élaboration psychique à propos du traitement de l'hystérie. Avec l'abréaction, elle représente dans cette névrose une des issues offertes aux excitations apportées par l'expérience traumatique. Puis Freud élargit la notion à l'ensemble des névroses, qui sont caractérisées sur le plan énergétique par une stase de la libido : l'établissement de liaisons entre les représentations permet l'écoulement de l'énergie. La cure psychanalytique est conçue comme un dispositif qui rend possible l'élaboration psychique.
→ pulsion, hystérie (histoire de l'), abréaction , névrose, libido
[H3]
Édit. 2019
guérison psychique l.f.
psychic recovery
Retour, exceptionnellement accession, d'un patient atteint d'une affection psychiatrique, à une bonne santé mentale.
Il s'agit, non pas comme en médecine, de la suppression d'une agression somatique avec restitutio ad integrum, ni de la reprise d'un statu quo ante organique satisfaisant, mais d'une nouvelle étape dans l'organisation psycho-affective du sujet.
Par la discontinuité qu'elle provoque dans une trajectoire existentielle, la maladie mentale peut susciter une maturation de l'économie psychique et de l'équilibre adaptatif du patient si les mécanismes de défense ont été suffisamment respectés. C'est dire que la disparition des symptômes ou la sédation d'une crise suffisent d'autant moins à définir une évolution favorable que les limites entre normal et pathologique sont souvent difficiles à préciser.
Très fréquemment sont rencontrées soit une rémission, soit une stabilisation avec reprise d'un équilibre antérieur plus ou moins satisfaisant. Dans ce dernier cas, le psychiatre devra se contenter souvent de minimiser un handicap déficitaire. Car aucune évolution délirante n'est sans substrat ni incidences.
La guérison a également un aspect social. Il s'agit pour le malade de pouvoir mieux vivre dans son milieu social et, si possible professionnel, favorisant par là-même la désaliénation.
Les médicaments psychotropes sont purement symptomatiques et non curatifs. Ils soulagent la souffrance des patients, leur rendent la possibilité de vivre en société dans des conditions acceptables et facilitent leur abord par les soignants.
hallucination psychique l.f.
psychical hallucination
Hallucination seulement observée sur l'écoute, caractérisée par l'absence ou la faible part de la sensorialité, mais toujours vécue par le patient comme une intrusion de l'autre dans son intimité ("xénopathique"), avec croyance en sa réalité (J. Baillarger, 1846).
Il s'agit de "voix" intérieures, avec notamment transmission de pure pensée, idées imposées, conversation d'âme à âme.
Elles tiennent un rôle fondamental dans le syndrome d'automatisme mental, et surtout d'influence (idées, ordres, commentaires des actes).
Parmi les synonymies, on cite les fausses hallucinations (C.F. Michéa), les hallucinations aperceptives (K.L. Kahlbaum), les hallucinations motrices verbales (J. Séglas). On en rapproche aussi les pseudo-hallucinations (V. Kandinsky), représentations mentales vives mais sans aucune extériorité.
G. Clérambault assimilait les hallucinations psychiques aux intuitions.
J. Baillarger, neuropsychiatre français, membre de l'Académie de médecine (1846) ; C.-F. Michéa, psychiatre aliéniste français (1846) ; K. L. Kahlbaum, psychiatre allemand (1874) ; J. Séglas, psychiatre français (1888) ; V. Kandinsky, psychiatre russe (1884) ; G. de Clérambault, psychiatre français (1921).
Étym. lat. hallucinare : se tromper
[H3]
Édit. 2015
handicap psychique l.m.
La loi du 11 février 2005 a posé pour principe que le handicap correspond à une altération durable des aptitudes physiques, sensorielles, cognitives ou psychiques de l'individu entraînant une restriction d'activités ou une limitation de participation à la vie sociale.
Cette loi introduit la notion de handicap psychique conséquence d'un trouble psychique distinct du handicap mental conséquence d'une altération des capacités intellectuelles.
Le handicap mental décelable dès les premières phases du développement intellectuel durant l'enfance est relativement fixé lors de l'entrée à l'âge adulte.
Le handicap psychique se révèle à l'âge de début des maladies psychiques ( le plus souvent entre 18 et 30 ans ) telles que schizophrénies , troubles obsessionnels compulsifs ou maladies bipolaires. Il se traduit par une perturbation du comportement et une altération des capacités relationnelles, d'adaptation et d'autonomie . Ce niveau d'altération peut être aggravé lors des phases processuelles de la maladie ou atténué dans les périodes de stabilisation symptomatologique permise par les thérapeutiques. La notion de handicap psychique inscrite dans la loi a donc établi la reconnaissance d'une déficience des habiletés sociales de l'individu porteur d'une maladie psychique majeure.
→ handicap
[H3,E3]
Édit. 2017
hystérectomie (retentissement psychique de l') l.m.
hysterectomy (psychical effects of)
Intervention dont le vécu dépressif et les difficultés sexuelles constituent classiquement de fréquentes complications.
Peur de la mutilation, de ses incidents et accidents, d'une perte de la féminité et du vieillissement, confondus par méconnaissance avec la ménopause, contribuent à ces troubles.
Une réduction notable des indications, la conservation des ovaires avant 50 ans, une information et une dédramatisation préalables par l'équipe chirurgicale (en dehors des rares urgences), l'évitement, si possible, d'une "psychiatrisation" (dont les chirurgiens se méfient souvent), avec respect du travail de deuil, constituent des mesures préventives efficaces.
A contrario, certaines études relatent une libido souvent accrue après hystérectomie.
isolement et obscurité (retentissement psychique) l.m.
psychical repercussions of isolation and obscurity
Ensemble des troubles psychiques survenant lors de l'exposition de sujets sans anomalies antérieures décelables à un isolement total ou à l'obscurité.
Dans les années 1950, des étudiants placés dans des "caissons" isolants sans aucun repère sensoriel, déclaraient avoir éprouvé des hallucinations après quelques heures (D. O. Hebb, au Canada, etc.).
Dans l'obscurité totale, apparaissent volontiers des hallucinations élémentaires sous forme de points lumineux ou d'étoiles colorées. Peu à peu se forment des scènes plus ou moins complexes, parfois suivies d'hallucinations lilliputiennes. Survient une perte de la notion du temps et de la situation, avec somnolence et rêverie dont le sujet ne sortira qu'après extraction du caisson.
D.O. Hebb, psychobiologiste canadien (1904-1985)
→ milieux d'exception (adaptation psychosociale aux)
normalité psychique l.f.
psychical normality
Sur le plan statistique, se dit d'une personne dont les caractéristiques se situent à l'intérieur des marges de variations de la population à laquelle elle appartient. Sur le plan fonctionnel, état psychique apte à assumer les difficultés et conflits liés à la vie sociale, ainsi que les conflits intra-personnels facteurs d'angoisse, sans perte de l'harmonie personnelle ni souffrance provoquée chez autrui.
Divers risques sont à éviter, en particulier :
- de considérer l'adaptation au milieu, le conformisme social, comme la norme, donc toute déviation comme pathologique, alors que certaines formes d'adaptation peuvent traduire une passivité assez infantile et certaines inadaptations représenter une conduite mature ;
- d'assimiler bien-être et équilibre interne à la normalité, avec rejet dans le pathologique de toute forme de détresse et d'angoisse.
On tiendra compte également du continuum normalité-troubles de la personnalité.
oreiller psychique l.m.
psychical pillow
Maintien de la tête surélevée et du haut du corps en flexion par une hypertonie des muscles cervicaux, comme si le patient s'appuyait sur un oreiller imaginaire.
Ce signe traduit la "persévération des attitudes", rencontrée essentiellement chez certains catatoniques, surtout schizophrènes.
→ catalepsie, catatonie, schizophrénie
Édit. 2017