Dictionnaire médical de l'Académie de Médecine – ancienne version 2020

1 résultat 

anorexie mentale l.f.

anorexia nervosa

Prédominant largement dans le sexe féminin et survenant en dehors de toute évidence d’affection somatique ou psychiatrique, l’anorexie mentale est un trouble du comportement alimentaire conduisant à une perte pondérale prolongée d’au moins 10% qu’accompagne typiquement une aménorrhée.
L’affection est fréquente chez la jeune fille (on considère qu’une femme sur 40 a fait l’objet d’un épisode anorectique). Elle s’observe typiquement chez un sujet intellectualisé et brillant, souvent dans un milieu familial protecteur. Elle débute parfois par une aménorrhée complète et muette, ailleurs par les modifications progressives du mode alimentaire (dans quelques situations à la suite de remarques de l’entourage sur une éventuelle adiposité) : éviction des aliments les plus caloriques, réduction quantitatif de l’apport alimentaire parfois masqué par des vomissements provoqués. En dépit de l’état de minceur puis de maigreur, les sujets restent actifs, performants, quand même affectés de frilosité, sécheresse cutanée, altérations des phanères… Une potomanie, une augmentation de la pilosité sont fréquents. Biologiquement se marquent progressivement des signes de dénutrition : baisse des taux des protides, de la retinol binding protein (RBP), des lymphocytes, parfois hypokaliémie et alcalose. L’aménorrhée est liée à une mise au repos centrale de l’activité ovarienne dont témoigne la baisse de l’estradiol et des gonadostimulines ; se réduisent les taux circulants d’hormones thyroïdiennes T3 et souvent T4, sans accroissement de la TSH ; les concentrations du cortisol sont accrues dans le sang et les urines.
La prise en charge est souvent le fait d’équipes spécialisées (où contribuent somaticiens, psychologues, nutritionnistes). Elle recommande ordinairement un isolement relatif vis-à-vis du milieu familial, favorise la maturation psychologique des patients. Elle tient compte de la dysperception par les sujets de leur image corporelle. La durée de l’épisode anorectique est souvent de nombreux mois.
Plus rare et sévère est la situation des anorexies nerveuses qui se prolongent plusieurs années ou décennies, ou s’installent chez des sujets plus âgés parfois en couple et parents. Les vomissements itératifs, les prises de médications diurétiques ou laxatives sont sources de kaliopénie, à risque de troubles gravissimes du rythme cardiaque (torsades de pointe). Le décès peut survenir aussi du fait de la dénutrition, de l’immunodéficience, de suicides.
Même guéries, les anorexies prolongées ont favorisé la raréfaction osseuse, compromettent la fertilité. A leur décours la constitution d’une surcharge pondérale n’est pas rare.

Étym. gr. a(n) : sans ; orexis : appétit

délire localisé, hystéro-anorexie

[H4, L1, O4, R2]

Édit. 2020