Dictionnaire médical de l'Académie de Médecine – ancienne version 2020

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Barrett (œsophage de) l.m.

Barrett oesophagus, CELLO (Columnar Lined Lower Œsophagus)

Anomalie du revêtement muqueux du bas œsophage, dans laquelle l'épithélium malphigien est remplacé par un épithélium glandulaire de type gastrique ou intestinal.
C'est une anomalie acquise, une métaplasie constituant un mode de réparation d'une œsophagite ulcérée généralement secondaire à un reflux gastro-œsophagien prolongé. L’œsophage de Barrett ne donne pas de symptômes spécifiques. Le plus souvent asymptomatique, il doit être recherché au cours de toute endoscopie digestive haute prescrite pour un reflux gastro-œsophagien ou toute autre cause. L’aspect de la muqueuse oesophagienne est macroscopiquement blanchâtre, celle de l’estomac rose saumon. La ligne entre les épithéliums malpighien et glandulaire, appelée ligne Z, est déplacée vers le haut au- dessus du cardia anatomique. La distance entre le cardia anatomique et la ligne Z est appelée muqueuse de Barrett. Les pôles supérieur et inférieur par rapport aux arcades dentaires doivent être précisés. On distingue les endobrachyœsophages courts de 5 à 30 mm de hauteur et les longs de plus de 30 mm de hauteur.
L’évolution de l’endobrachyœsophage risque de se faire vers la dysplasie de bas grade, de haut grade, de cancer in situ puis de cancer invasif.
En cas d’œsophagite sévère, le diagnostic qui peut être méconnu, nécessite habituellement un contrôle endoscopique après traitement antisécrétoire. En cas de dysplasie de haut grade une deuxième endoscopie avec biopsies selon un schéma planimétrique est également réalisée après traitement antisécrétoire. En cas de dysplasie de bas grade, une deuxième endoscopie après traitement antisécrétoire permet un contrôle endoscopique avec biopsies ; une surveillance est faite ensuite tous les 6 à 12 mois. En l’absence de dysplasie, une surveillance est recommandée 3 à 5 ans plus tard.
Les biopsies étagées, en cadran obéissent à un protocole précis. L’histologie doit contenir un contingent de cellules caliciformes, caractéristique de la métaplasie intestinale qui affirme le diagnostic. En cas de dysplasie, une double lecture doit être faite selon les recommandations de l’Institut national du cancer. Un certain nombre de technologies diagnostiques, encore du domaine de la recherche et réservées aux centres experts, ont récemment émergé grâce aux progrès de l’optique, de la vidéo-endoscopie et du retraitement informatique de l’image.  

N. Barrett, chirurgien britannique (1950) ; M. Savary et G. Miller, médecins suisses (1977)

Étym. gr. oisophagos : œsophage, qui porte ce qu'on mange

Syn. endobrachyœsophage

Savary et Miller (classification), métaplasie, reflux gastro-œsophagien, cancer œsophagien, endobrachyœsophage

[L1]

Édit. 2019

anomalies digitales avec fentes palpébrales rétrécies, fissures et atrésie de l'œsophage ou du duodénum l.f.p.

digital anomalies with short palpebral fissures and atresia of esophagus or duodenum

syndrome oculo-digito-œsophago-duodénal

[A4,O6,Q2]

Édit. 2017

atrésie de l'œsophage l.f.

esophageal atresia

Anomalie digestive fœtale, caractérisée par une occlusion congénitale de l'œsophage en forme de cul-de-sac, le plus souvent devant la troisième vertèbre dorsale.
Elle est associée dans 90% des cas à une fistule trachéo-œsophagienne. Le diagnostic in utero est évoqué en présence d'un hydramnios et de l'absence de clarté gastrique à l'échographie fœtale. Le diagnostic doit être fait dans les minutes qui suivent la naissance ; il repose sur l'introduction systématique d'une sonde digestive qui bute sur l'obstacle ou par l'injection d'air à la seringue suivie d'une radiographie thoracique. L'injection de quelques mL d'air par une sonde supposée placée dans l'estomac ne donne pas le bruit hydroaérique caractéristique à l'auscultation du creux épigastrique. Dans 85% des cas le segment inférieur de l'œsophage communique avec la trachée (atrésie de type III). Dans 50% des cas la malformation est associée à une autre anomalie qu'il faut rechercher systématiquement. Certaines d'entre elles compromettent l'avenir (cardiopathie, anomalie du système nerveux, aberration chromosomique, etc.). Elle doit être corrigée chirurgicalement par rétablissement de la continuité œsophagienne dès les premiers jours de la vie.
Non reconnue à la naissance, cette atrésie se révèlera très vite par des fausses routes avec détresse respiratoire à chaque tentative d'alimentation
Il faut toujours tenir l'enfant debout, dès le diagnostic posé, pour éviter l'inondation des poumons par un reflux gastrique, et aspirer la salive, puis intuber et aspirer la trachée. La continuité œsophagienne peut en général être rétablie chirurgicalement d'emblée en même temps que la fermeture de la fistule œsotrachéale. Lors de la réanimation et de l'anesthésie, éviter la ventilation artificielle pour ne pas distendre l'estomac.

Étym. gr. : privatif ; trêsis : trou (atresia = pas de trou).

attraction de l'œsophage (signe de l') l.m.

œsophageal attraction sign

En radiographie thoracique, signe permettant de distinguer les masses appartenant à la paroi œsophagienne de celles qui se développent à son voisinage, les premières attirant l'œsophage, alors que les secondes le refoulent.
Devant une tumeur du médiastin, ce signe est un argument en faveur d'une lésion œsophagienne (tumeur bénigne, duplication, kyste entérogénique, etc.). Cette attraction localisée de l'œsophage doit être distinguée de celles plus étendues, qui accompagnent une rétraction pleuropulmonaire unilatérale (fibrothorax).

bouche de l'œsophage l.f.

rétrécissement pharyngo-oesophagien

Édit. 2017

brachy-œsophage n.m.

short oesophagus

Œsophage court comportant la présence permanente d'un segment d'estomac dans le thorax.
Il peut être congénital, plus souvent il est acquis, secondaire à une hernie hiatale par glissement. le brachy-œsophage se distingue de l'endobrachy-œsophage par la présence d'une muqueuse malpighienne normale jusqu'à la jonction œsocardiale. Le brachy-œsophage est une des causes du syndrome de reflux gastro-œsophagien.

Étym. gr. brakhus : court

Barrett (œsophage), Savary et Miller (classification)

Édit. 2017

cancer de l'œsophage l.m.

oesophageal cancer

Le cancer de l’œsophage naît le plus souvent dans la muqueuse prenant, dans 80% des cas, les caractères d’un carcinome épidermoïde ou parfois, au niveau du bas œsophage, ceux d’un adénocarcinome tandis que les sarcomes naissant à partir de la musculeuse sont beaucoup plus rares.
En France (données InVS 2011), l’incidence annuelle qui a tendance à diminuer est d’environ 4 300 nouveaux cas, il est responsable d’environ 3700 décès annuels. Il touche plus volontiers les hommes sex ration : 2.75. Surtout fréquent dans le Nord et l’Ouest de la France. L’âge moyen de survenue est de 67 ans chez l’homme et de 73 ans chez la femme. Le cancer épidermoïde est essentiellement lié au risque alcoolo-tabagique ce qui explique sa survenue plus fréquente chez les sujets atteints de cancers du même type touchant la sphère ORL. Le facteur de risque de l’adénocarcinome, qui tend à devenir de plus en plus fréquent, est l’endobrachy-œsophage dit encore œsophage de Barrett, secondaire à une cicatrisation anormale d’une œsophagite liée à un reflux gastro-œsophagien ; il augmente le risque de 30 à 125 fois. Un indice de masse corporelle élevé est un autre facteur de risque. Le signe d’appel majeur est la dysphagie. Quelle que soit sa forme histologique, le pronostic de ce cancer est très sévère lié surtout à un envahissement médiastinal précoce, son traitement dépendant de son stade d’extension (précisé par la classification TNM) repose sur la chirurgie et/ou la radiothérapie. Il est relativement peu chimiosensible.

N. R. Barrett chirurgien britannique (1950)

Syn. carcinome œsophagien

adénocarcinome, sarcome du tube digestif, Barrett (œsophage de)

[F2,L1]

diverticule de l'œsophage l.m.

œsophagocèle

[L1,L2]

Édit. 2017

écouvillonnage de l'œsophage l.m.

oesophageal brushing

Technique destinée au diagnostic précoce des lésions de l’œsophage.
Une éponge déglutie pénètre jusque dans l’estomac, et, après son extraction par frottement doux, les cellules de l’épithélium œsophagien sont transférées sur une lame pour un examen cytologique.
Cette technique a été utilisée dans certaines régions de Chine où le cancer de l’œsophage a une incidence particulière, due sans doute à une mycobactérie liée à un procédé de conservation hivernale des légumes.

Étym. ancien fr. escoveillon, du lat. scopa : balai

mycobactérie, cancer de l'œsophage

[B3, L1]

Édit. 2019

exploration fonctionnelle de l'œsophage l.f.

oesophagus function test

Ensemble des méthodes visant à étudier les anomalies éventuelles du fonctionnement physiologique de l’œsophage.
La manométrie œsophagienne permet l’étude du sphincter supérieur (SSO), du sphincter inférieur (SSI) et de trois types de contractions œsophagiennes : le péristaltisme primaire (onde propulsive proximale), le péristaltisme secondaire (déclenché par la distension œsophagienne), et les contractions tertiaires (de la musculature lisse). Elle est surtout utile dans l’interprétation de certaines dysphagies, du syndrome de reflux gastroœsophagien.

dysphagie, reflux gastroœsophagien.

[B3,L1]

Édit. 2018  

incisures multiples de l'œsophage l.f.p.

œsophageal curling

Sur une radiographie de l'œsophage après opacification, présence de multiples encoches fixes sur le contour de l'œsophage cervical.
Elles s'observent au cours de la dysphagie sidéropénique du syndrome de Plummer-Vinson (ou Kelly-Paterson).

H. S. Plummer, médecin interniste américain (1912) ; P. P. Vinson, chirurgien américain (1919) ; A. B. Kelly (1919) et D. R. Paterson (1919) otorhinolaryngologistes britanniques

Plummer-Vinson (syndrome de) Kelly-Paterson (syndrome de)

ligament suspenseur de l'œsophage de Gillette l.m.

P. Gillette, anatomiste et chirurgien français (1836-1886)

tendon crico-oesophagien

méga-œsophage n.m.

megaɶsophagus

Dilatation de l’œsophage.
Elle est congénitale, conséquence d’une achalasie, ou secondaire à un spasme du cardia.

achalasie œsophagienne

[L1]

méga-œsophage idiopathique l.m.

Syn. achalasie œsophagienne

achalasie œsophagienne

[C2,H1,L1]

Édit. 2016

œsophage n.m.

oesophagus (TA)

oesophagus

Segment du tube digestif qui relie le pharynx à l’estomac.
Il mesure environ vingt-cinq centimètres de long. Son orifice supérieur, la bouche de l’œsophage,  répond, en avant, au bord inférieur du cartilage cricoïde et, en arrière, à la sixième vertèbre cervicale. Son orifice inférieur, le cardia, s’abouche dans l’estomac au niveau du flanc gauche de la douzième vertèbre thoracique. Conduit musculo-membraneux vertical, à direction générale un peu oblique en bas et à gauche, il descend en avant du rachis et en arrière de la trachée. Il comporte trois parties correspondant aux régions qu’il traverse : la partie cervicale s’étend jusqu’à l’incisure jugulaire du sternum ; la partie thoracique est située dans le médiastin postérieur jusqu’au diaphragme  qu’elle traverse ; la partie abdominale, courte, répond à la face postérieure du foie. Le calibre de l’œsophage moyennement distendue, chez l’adulte, varie entre deux et trois centimètres. L’œsophage présente trois parties rétrécies : le rétrécissement cricoïdien au niveau de son orifice supérieur, la bouche de l’œsophage ; le rétrécissement broncho-aortique correspondant à la crosse de l’aorte et à la bronche gauche ; le rétrécissement diaphragmatique au niveau de l’orifice œsophagien du diaphragme. La paroi œsophagienne est constituée de trois tuniques superposées qui sont, de dehors en dedans : la tunique musculaire composée de fibres superficielles longitudinales et de fibres profondes circulaires ou obliques ; la tunique sous-muqueuse, celluleuse ; la tunique muqueuse. Dans son trajet cervico-thoracique et diaphragmatique il est en outre entouré par une tunique adventitielle. La partie abdominale comporte une tunique séreuse. L’innervation de l’œsophage est assurée par le plexus œsophagien  provenant du système sympathique et des nerfs vagues.

Étym. gr. oisophagos : œsophage, qui porte ce qu'on mange ; « casse-noisette » : expression venant des images de spasmes étagés observées au cours de la radiographie de l’œsophage

Édit. 2017

partie abdominale de l'œsophage l.f.

pars abdominalis oesophageae (TA)

abdominal part of oesophagus

œsophage

partie cervicale de l'œsophage l.f.

pars cervicalis oesophageae (TA)

cervical part of oesophagus

œsophage

partie thoracique de l'œsophage l.f.

pars thoracica oesophageae (TA)

thoracic part of oesophagus

œsophage

perforation de l'œsophage l.f.

perforated oesophagus

Accident grave, d'origine traumatique, parfois iatrogénique au cours des manœuvres d'intubation ou d'endoscopie, entraînant une médiastinite septique de fâcheux pronostic.
Le traitement est chirurgical, il doit être précoce pour éviter l'infection médiastinale.

perforation spontanée de l'œsophage l.f.

rupture spontanée de l'œsophage

rétrécissement broncho-aortique de l'œsophage l.m.

constrictio bronchoaortica oesophageae, constrictio partis thoracicae oesophageae (TA)

thoracic constriction of oesophagus, broncho-aortic constriction of oesophagus

œsophage

rétrécissement diaphragmatique de l'œsophage l.m.

constrictio phrenica oesophageae, constrictio diaphragmatica oesophageae (TA)

diaphragmatic constriction of oesophagus

œsophage

rupture spontanée de l'œsophage l.f.

spontaneous oesophageal rupture

Déchirure longitudinale non traumatique intéressant toute l'épaisseur d'une paroi œsophagienne aux tuniques en principe saines, survenant habituellement lors d'efforts de vomissements.
Observée surtout chez l'homme à l'âge moyen de la vie, elle siège dans la majorité des cas au tiers inférieur de l'œsophage. Très souvent il s'agit de malades atteints d'œsophagite. Trop souvent, le diagnostic est trop tardif au stade de pyothorax.
Pour faire le diagnostic dans les 12 premières heures, il faut penser à la rupture devant une douleur thoraco-abdominale intense, exagérée à la déglutition. Un rapide examen tomodensitométrique révélant un pneumomédiastin permet d'intervenir précocement et de guérir le patient avant l'apparition d'un choc toxi-infectieux trop souvent mortel.

H. Boerhaave, médecin néerlandais (1724)

Syn. syndrome de Boerhaave

Mallory-Weiss (syndrome de)

rupture traumatique de l'œsophage l.f.

traumatic œsophageal rupture

Solution de continuité de la paroi œsophagienne, soit secondaire à un traumatisme appuyé, soit due à un barotraumatisme par effet de souffle lors d'une explosion.
Au 1/3 inférieur de l'œsophage, la rupture est longitudinale comprenant musculeuse et muqueuse. Si la plèvre est déchirée, s'installe progressivement un pneumothorax très vite surinfecté. Si la plèvre n'est pas déchirée, apparaît un pneumomédiastin puis progressivement une médiastinite suppurée se perforant plus ou moins vite dans la plèvre. Au niveau de la moitié supérieure de l'œsophage thoracique, la lésion œsophagienne s'associe fréquemment à une rupture de la membraneuse trachéale.
Évoqueront la lésion, les douleurs à la déglutition, un emphysème cervical ou sus-claviculaire isolé, la découverte d'un pneumomédiastin. La tomodensitométrie est essentielle. Le diagnostic repose sur le transit aux hydrosolubles, à compléter avec précaution avec un peu de baryte si le diagnostic est très douteux. L'endoscopie œsophagienne est d'intérêt modeste. C'est un diagnostic difficile souvent tardif au stade de pyopneumothorax, nécessitant alors une exclusion œsophagienne.

sous-muqueuse de l'œsophage l.f.

tela submucosa oesophageae (TA)

submucosa of oesophagus 

Tissu celluleux interposé entre la muqueuse oesophagienne et la couche musculaire.

œsophage

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