électrisation n.f.
Ensemble des effets et accidents dus au passage de l'électricité à travers l'organisme.
Les effets sont immédiats.Ils peuvent entraÏner des complications précoces ou tardives et des séquelles définitives.
La gravité des accidents dépend de l'énergie électrique dissipée : la tension de la source, la nature du courant, la longueur de son trajet (l'impédance tête main est deux fois moindre que celle entre les deux mains) et la surface de section des tissus que l'électricité rencontre. L'impédance globale détermine l'intensité du courant et l'impédance locale l'énergie dissipée dans chaque portion du trajet de l'électricité.
La tension ne dépend que de la source électrique.
On distingue :
- la très haute tension (de l'ordre du million de volts, comme la foudre);
- la haute tension (> 600 V =, 250 V 50 Hz monophasé ou 433 V 50 Hz triphasé);
- la basse tension (110 ou 220 V, cause de la plupart des accidents);
- la très basse tension (< 27 V) n'entraîne pas d'accident électrique grave, sauf en endoscopie thoracique, s'il y a un défaut d'isolement du matériel, car l'impédance étant très faible au niveau du péricarde, une faible intensité peut être suffisante pour déclencher une fibrillation ventriculaire.
L'intensité, I, est fonction de la tension (V) et de la résistance globale (R) des tissus traversés (impédance en courant alternatif), selon la loi d'Ohm, (I = V/R).
L'énergie électrique se dissipe sous forme de chaleur selon la loi de Joule (W = R I2 t, avec t, temps de passage). Quand la chaleur dégagée est suffisante elle produit une brûlure qui est indolore si elle n'intéresse que des tissus profonds.
La résistance locale, inversement proportionnelle à la surface de section, est plus grande au niveau de la peau à l'entrée et la sortie du courant ainsi qu'au niveau des portions rétrécies du corps, tels les poignets, les coudes ou les genoux, c'est là que se produisent surtout les brulures électriques profondes. La résistivité de la peau sèche et froide est de l'ordre de 1 000 ohm/cm2 (celle de la peau humide est bien plus faible) et celle des milieux intra- et extracellulaires est environ dix fois moindre. La résistance des muscles et des vaisseaux est plus faible que celle des autres tissus, de telle sorte que le courant électrique les traverse de préférence : les brûlures profondes causent des coagulations qui obstruent les vaisseaux et surtout des lésions musculaires qui entraînent une rhabdomyolyse. Cette dernière libère de la myoglobine qui s'élimine par les reins et peut obstruer les tubules, d'où anurie.
Au niveau de l'œil, le passage du courant peut amorcer une phacosclérose (cataracte).
Le courant continu, une fois établi, n'a pas d'action excitatrice. Mais déjà pour une intensité de quelques dizaines de mA, la fermeture ou la rupture du courant provoquent l'excitation des nerfs et des muscles (à la cathode lors de la fermeture du circuit, à l'anode lors de l'ouverture). Le courant continu est cause d'électrolyse qui apparaît aux points d'entrée et de sortie. Un courant continu de fuite, même de très faible intensité, peut entraîner une brulure chimique de la peau, p. ex. lors de l'utilisation d'électrodes pour une surveillance prolongée en réanimation, ou lors de l'emploi du bistouri électrique s'il est appliqué pendant quelques heures. Les courants alternatifs ne produisent des brûlures par électrolyse que si la forme du courant est asymétrique.
La forme du courant (continu ou alternatif) n'intervient pas dans les effets thermiques : seule l'intensité compte.
Pour un courant variable, l'excitation des nerfs et des muscles dépend de la fréquence : jusqu'à quelques centaines d'Hz un courant alternatif produit des effets de tétanisation musculaire, d'où de violentes contractures si l'intensité est suffisante. Si la victime a saisi un câble électrique, elle s'y accroche irrésistiblement tant que le courant passe. Ces contractures peuvent aussi provoquer des arrachements tendineux et même des fractures (ex.des processus épineux), le contact avec un conducteur est la source de chutes, de fractures et de blessures. La tétanisation des muscles ventilatoires entraîine un arrêt respiratoire rapidement mortel. Le cœur est particulièrement vulnérable : une intensité de quelques mA peut causer une fibrillation ventriculaire ou l'arrêt cardiaque en systole.
L'excitation des muscles et des nerfs diminue lorsque la fréquence augmente : au-dessus de 1 000 Hz le passage du courant est indolore et ne produit que des effets thermiques.
→ anesthésie électrique, brulure, brûlure électrique, électrocution, impédance, fibrillation ventriculaire, rhabdomyolyse, myoglobine, phacosclérose, électrolyse
[B1, E1]
Édit. 2019