mortalité en psychiatrie l.f.
mortality in psychiatry
En dehors du suicide, risque réputé dominant bien que très difficile à préciser, une surmortalité est généralement relevée en psychiatrie, mais ses composants demeurent imprécis.
Chez les schizophrènes, notamment, on connaît sa fréquence. Mais celle-ci est également observée dans le cas de problèmes psychiatriques mineurs.
Il semble que les malades mentaux soient davantage exposés à divers risques somatiques, notamment cardiovasculaires et infectieux. Près de 40% des hospitalisés ou consultants présentent une affection organique associée (P. Hardy, 1993). On discute aussi de fréquents retards à un diagnostic chirurgical, plus ou moins masqué par les psychotropes. Sont liés à ces mêmes substances des décès par agranulocytose, syndrome malin, voire des morts subites, surreprésentées en psychiatrie (ces dernières principalement par toxicité cardiaque, fausse route alimentaire ou dystonie des muscles pharyngolaryngés). Plus généralement, la souffrance affective de l'enfance est considérée comme influant sur la mortalité et la morbidité ultérieures.
Il reste que l'on admet une diminution, depuis quelques décennies, de cette surmortalité.
Pendant la Seconde guerre mondiale, les privations dans les asiles (faim, œdèmes de carence, froid, tuberculose), voire l'extermination de patients alsaciens transférés en Allemagne, ont causé la mort de plus de 50.000 malades (Cl. Quétel).
P. Hardy, psychiatre français (1993) ; Cl. Quétel, historien français (né en 1939)
organogenèse et psychiatrie l.f.
organogenesis and psychiatry
Attribution d'une cause organique à certains troubles psychiques.
Surtout depuis la thèse de A.L. Bayle qui, en première partie, décrivait la clinique et les lésions de l' "arachnitis chronique" , un courant anatomo-clinique conforme aux concepts médicaux généraux se développa, qui se révéla le plus souvent illusoire. Puis la notion de cause "endogène" et celle de "psychose fonctionnelle" (toutes deux sans lésion cérébrale décelée) furent habituellement admises. Par la suite, H. Ey construisit l'organodynamisme, issu principalement du jacksonisme.
À partir du début du XXème siècle, S. Freud et la psychanalyse donnèrent une impulsion majeure aux concepts psychogénétiques. Les approches d'ordre social se précisèrent.
Actuellement, les très importants progrès des neurosciences et de la psychopharmacologie ont ouvert bien des perspectives malgré le caractère encore morcelé des connaissances et les difficultés rencontrées à distinguer étiologie et pathogénie.
Une approche globale, multifactorielle, adaptée aux particularités biopsychosociales de chacun, semble d'ores et déjà possible. Parmi les troubles mentaux d'origine plus spécifiquement organique, seront cités : la majorité des états confusionnels, certains épisodes dépressifs et les démences. Surtout dans les deux premiers cas et chez des anxieux, pourtant sans extériorisation neurologique, l'imagerie cérébrale a montré la relative fréquence d'anomalies le plus souvent frontotemporales
A. L. Bayle, médecin et aliéniste français (1822)
Étym. gr. organon : instrument de travail, organe
→ imagerie cérébrale et psychiatrie, psychosyndrome organique, confusion mentale, dépression majeure unipolaire (épisode de), démence
[H3]
Édit. 2019
paludisme et psychiatrie l.m.
malaria and psychiatry
Problème connu depuis Hippocrate, ravivé récemment par les mouvements de population.
On distingue plutôt, actuellement, des formes :
- psychotiques, principalement confusionnelles et stuporeuses, délirantes aigües (possibilité de délire aigu proprement dit dans certains accès pernicieux), amnésiques (parfois korsakoviennes), confusomélancoliques ou confusomaniaques, schizophréniformes ;
- non psychotiques, surtout dépressives, neurasthéniques, apathiques, hystériformes ;
- démentielles.
Des lésions diverses, surtout celles du "paludisme cérébral", entrent en jeu, dans les formes aigües particulièrement.
On discute beaucoup de la relation étiologique : spécifiquement paludique ; réveil d'une psychose dite endogène ou libération d'une psychose latente à cette occasion ; évolution intercurrente ; effet iatrogène de certains antipaludiques.
Une origine palustre peut être invoquée à tort par d'anciens paludéens, notamment alcooliques.
pensions militaires d'invalidité en psychiatrie l.f.p.
military invalidity pensions in psychiatry
Réparation médicolégale d'affections mentales contractées du fait ou à l'occasion du service, dont l'imputabilité a été établie par preuve ou par présomption d'origine.
L'erreur logique le plus fréquemment rencontrée consiste à attribuer des troubles psychiques trop facilement (comme à l'époque du constitutionnalisme) à un état antérieur qui, s'il peut être démontré, doit être considéré indépendamment du service et non aggravé par lui.
La notion d'une causalité directe et déterminante (pour plus de 50%) avec le service, suffit à faire admettre cette imputabilité. Seront rappelées les névroses traumatiques, où une vulnérabilité psychique foncière n'a très souvent aucun rapport avec la survenue de ce psychosyndrome, mais a pu assombrir son pronostic. À la différence des accidents du travail, qui mesurent une diminution ou une perte de capacité de travail, c'est une diminution de l'intégrité physique et générale de l'individu, reposant sur une description de la symptomatologie, qui est mesurée ici.
postcure en psychiatrie l.f.
psychiatric after-cure
Notion médicale difficile à appliquer en psychiatrie, sinon au décours de crises aigües, pendant les périodes de rémission.
Le malade sort alors du service spécialisé et se rend dans une structure alternative, voire à son domicile, avec un suivi ambulatoire au centre médicopsychologique qui mérite le nom de postcure. La plupart des affections mentales sont pourtant chroniques et nécessitent des soins continus au long cours.
potentiel évoqué en psychiatrie (PE) l.m.
evoked potential, event-related potential (ERP) in psychiatry
Technique psychophysiologique peu agressive, simple, permettant l'enregistrement sous forme de différence de potentiel, le plus souvent dans différentes régions du scalp, des modifications électriques corticales, en réponse à des stimulus sensoriels (PE exogènes) ou à des évènements plus psychologiques que physiologiques (PE endogènes ou cognitifs).
Les PE cognitifs dépendent du comportement du sujet, du sens qu'il attribue aux stimulations reçues et de la tâche affectée au stimulus. Cette succession d'ondes est désignée selon des nomenclatures variables (en particulier, ondes P 300 pour les PE cognitifs et N 400 pour les traitements linguistiques).
Malgré une spécificité nosologique discutée, trois domaines principaux ont fait l'objet, en psychiatrie, de recherches détaillées : les schizophrénies, à un moindre degré les troubles de l'humeur, et aussi les états démentiels. L'association à d'autres méthodes d'approche des maladies mentales, telles que les techniques d'imagerie cérébrale ou les épreuves neuropsychologiques, autorise des espoirs.
prévention en psychiatrie l.f.
prevention in psychiatry
Ensemble des mesures qui devraient permettre de s'opposer à l'apparition et au développement de la pathologie mentale.
La prévention peut être de trois ordres :
- primaire, en amont du trouble, peu effectuée en France, qui comporterait des actions de lutte contre l'inadaptation en milieu éducatif, d'hygiène mentale, d'information (y compris des "médias") et un travail sur les milieux où vivent les malades potentiels (familial, scolaire, professionnel) ;
- secondaire, qui repose sur un dépistage précoce des troubles mentaux, surtout efficace chez les enfants et adolescents en raison d'une apparition préférentielle lors de la crise pubertaire, et qui se poursuivra dans les milieux de travail, militaire, pénitentiaire, etc. Bien qu'encore insuffisante, cette prévention a été favorisée par la multiplication des psychiatres privés des consultations de secteur public et des travailleurs sociaux ;
- tertiaire, thérapeutique et par là-même à visée préventive des rechutes. La continuité de soins introduite chez les patients au long cours par la psychiatrie de secteur, dont c'est fréquemment la clientèle majoritaire, a beaucoup fait pour cela.
Plus que toute autre activité psychiatrique, la prévention souffre notamment d'une connaissance encore limitée des étiologies des maladies mentales, d'une image parfois négative de la psychiatrie et d'un manque de moyens. Le rôle du secteur en la matière reste à développer.
processus en psychiatrie (concept de) l.m.
process in psychiatry (concept of)
Terme qui désigne une rupture dans la continuité de la vie psychique du patient, par opposition au développement, qui se situe dans la trajectoire de la vie.
Alors que le développement serait phénoménologiquement accessible à la "compréhension" psychologique, une telle rupture la rendrait impossible, mais il lui resterait l'"explication".
Étant donné, notamment, l'extensibilité de la notion de compréhension, cette dichotomie a fait l'objet de critiques, mais, elle exerça une longue influence sur la psychiatrie de langue allemande, où elle contribua à établir une barrière entre atteinte organique et troubles endogènes processuels, et autres manifestations psychiatriques.
K. Jaspers, psychiatre et philosophe allemand (1910 et 1913)
psychiatrie n.f.
psychiatry
Discipline médicale destinée à l'étude, à la prévention, au traitement des maladies mentales et à la réadaptation des patients.
Terme qui semble provenir, au début du XIXème siècle, d'un mot allemand, irrégulièrement utilisé en France à partir des années 1860, se substituant notamment à celui de "médecine mentale".
Par exemple, les deux premiers journaux psychiatriques français, fondés respectivement en 1843 et en 1861, ont été les "Annales médico-psychologiques" et le "Journal de médecine mentale". C'est seulement en 1891 qu'apparurent les "Annales de psychiatrie".
Il reste que pendant le même XIXème siècle, et singulièrement en France : d'une part, la psychiatrie dessaisit la religion de l'organisation du monde du sens, ouvrant des perspectives nouvelles sur les aspects de la folie et sur le rapport du patient à celle-ci ; d'autre part, s'édifia une clinique psychiatrique souvent conforme, aux concepts anatomo-cliniques de la médecine d'alors, mais permettant une rencontre qui mobilisait les ressources et les lignes de force du psychisme.
psychiatrie de communauté l.f.
community psychiatry
Psychiatrie exercée au sein de la communauté, en dehors des hôpitaux psychiatriques d'où les malades ne sortaient guère, même quand ils n'étaient pas internés sous le régime de la loi de 1838.
Elle ne s'exerçait, en effet, hors les murs de l'asile, que pour certains malades légers pris en charge par des psychiatres privés, ou hospitalisés dans des cliniques également privées, ou éventuellement traités dans des hôpitaux généraux.
Ce courant de "désinstitutionnalisation" concerne la plupart des pays occidentaux.
En France, dès 1922, avec le premier service libre créé à l'hôpital Henri Rousselle par E. Toulouse, est apparue une psychiatrie de communauté publique tendant à rapprocher les malades de leurs familles et de leur milieu habituel. À partir de 1957, elle s'est prolongée avec la généralisation des dispensaires d'hygiène mentale et, par la suite, avec l'expérience du XIIIème arrondissement à Paris (Ph. Paumelle).
La circulaire du 15 mars 1960 instituant la psychiatrie de secteur lui a donné sa forme définitive en définissant les appareils de soins extrahospitaliers.
Après 1970, les équipes de secteur ont été implantées sur tout le territoire. Leur travail a permis une large désinstitutionnalisation, réduisant d'un tiers le nombre des hospitalisés. Mais divers problèmes, notamment matériels, ont nécessairement émergé. Il reste qu'il s'agit d'une véritable révolution dans la pratique des soins publics en France.
Ph. Paumelle, psychiatre français (1923-1974)
[H3]
psychiatrie de liaison l.f.
liaison psychiatry
Concept apparu dans les pays anglo-saxons, qui a recommandé la prise en charge des malades dans leur globalité physique et psychique, en raison des liens unissant ces deux domaines.
Cette psychiatrie de "double liaison" - avec le patient et le personnel soignant somaticien - s'exerce aussi bien en milieu hospitalier privé que public. Les urgences imposent très fréquemment des débats de diagnostic entre somaticiens et psychiatres.
Bien que ces derniers doivent souvent accepter d'être "instrumentalisés", l'entretien avec un patient entré pour son corps et peu préparé à une relation de cet ordre n'est pas un examen complémentaire parmi d'autres. Généralement, est exercé au moins un rôle anxiolytique majeur.
La pathologie psychique rencontrée n'a rien de spécifique, qu'il s'agisse de masques somatiques de celle-ci, de retentissement psychique d'une affection organique ou de troubles réputés psychosomatiques, en fait relativement rares.
Sauf dans les hôpitaux des armées, de telles pratiques au sein de hôpital général restent assez peu répandues dans notre pays, parfois du fait de l'attitude des praticiens, mais aussi en raison d'une hétérogénéité des divers secteurs de rattachement.
psychiatrie en hôpital général l.m.
psychiatry in general hospitals
Forme d'exercice de la psychiatrie qui a fait ses preuves depuis longtemps, particulièrement dans les hôpitaux des armées, à partir de services spécialisés situés de plain-pied avec ceux des autres disciplines.
Ces structures comportent notamment le traitement des urgences, le fonctionnement de la psychiatrie de liaison, le développement de l'approche psychosomatique, l'élargissement du champ de la discipline aux états névrotiques et aux troubles de la personnalité. Elles permettent une meilleure lutte contre la chronicisation par de petites unités à rotation rapide et par une plus grande proximité avec la population desservie.
Sans que soit prôné "le tout hôpital général", un redéploiement du "kaléidoscope psychiatrique"1qui, à la demande, porterait notamment sur un transfert de certains services des centres hospitaliers spécialisés vers les hôpitaux généraux, fait l'objet d'études et de discussions.
G. Massé, psychiatre français (1992)
psychiatrie et armées l.f.
military psychiatry
Psychiatrie qui s'exerce principalement dans une double perspective : l'adaptation d'un sujet à la collectivité par la sélection et le maintien de l'hygiène mentale ; la prévention et le traitement des troubles psychiques de guerre.
La sélection préalable est efficace sur les pathologies mentales avérées, mais la mise en situation militaire ne révèle souvent qu'après-coup, surtout chez les appelés et jeunes engagés, des réactions pathologiques, essentiellement des troubles des conduites tels que gestes suicidaires et fugues. L'âge moyen de cette population impose aussi une vigilance particulière à l'égard d'affections telles que psychoses délirantes aigües ou conduites déviantes comme les toxicomanies, bien que l'alcoolisme demeure une forte préoccupation.
Subordonnée aux principes dits de T. Salmon (immédiateté, proximité, expectative, simplicité, 19I7), la prise en charge des troubles psychiques aigus de guerre implique la présence de psychiatres en zone opérationnelle. Orientée vers la conservation des effectifs, elle permettrait également une prévention des troubles différés. La médecine de catastrophe s'est utilement inspirée de certaines de ses applications.
psychiatrie et chômage l.f.
unemployment and psychiatry
[E2,H3]
psychiatrie et stress l.m.
stress and psychiatry
psychiatrie et thermalisme l.f.
psychiatry and spa
psychiatrie italienne l.f.
italian psychiatry
Réforme élaborée en Italie en 1978 sous l'influence d'un psychiatre, F. Basaglia, et de son école de Trieste, avec le vote de la loi n°I80, incluse dans un dispositif législatif visant à une réforme sanitaire générale.
Elle modifiait un système mis en place en 1904, proche de la loi française de 1838, mais confiant l'essentiel du pouvoir à la police et à la magistrature, et rigidifié sous le régime fasciste.
Une idéologie généreuse soutenue par un militantisme passionné visait à dépasser définitivement l'hôpital psychiatrique au profit des soins extrahospitaliers, en respectant mieux les libertés individuelles et en mettant fin à l'exclusion et à l'isolement des institutions spécialisées. Ainsi, étaient interdites de nouvelles admissions en milieu hospitalier psychiatrique et créés des "services de diagnostic et de traitement" de 15 lits au maximum pour 100 000 habitants, au sein des hôpitaux généraux, pour les malades aigus. Les autres patients devaient être dirigés vers des structures intermédiaires et des dispensaires spécialisés
Cette loi n'a pas obtenu tous les résultats positifs escomptés. Les régions italiennes n'ont pas créé les institutions légères nécessaires, sinon de façon très insuffisante ; le nombre des malades dont l'état nécessitait une admission en milieu spécialisé a été sous-estimé ; les unités d'aigus étaient trop médicalisées ; des patients ont été récupérés dans des institutions privées qui se sont multipliées et ont fonctionné dans des conditions difficiles à contrôler, le plus souvent très éloignées des buts de la réforme.
Il y a plus grave : plusieurs dizaines de milliers de décès ont pu être attribués à l'abandon de malades mentaux chroniques dont les liens avec leurs institutions avaient été rompus ; les prisons italiennes regorgent de malades mentaux dont elles ne savent que faire.
F. Basaglia, neurologue et psychiatre italien (1924-1980)
psychiatrie morale l.f.
moral psychiatry
Courant psychiatrique qui recourt à des données d'observation fondées sur la morale.
Bien que très éloigné des conceptions analytiques, H. Baruk a mis particulièrement l'accent sur les conséquences parfois graves d'une dérivation du sentiment de culpabilité : non seulement dans les mélancolies, mais aussi dans certains délires, surtout de persécution, et dans l'agressivité par mauvaise conscience ("haine pour rien" ou "Sinat rhinam" du Talmud), avec accusation de "boucs émissaires" innocents.
Sur le plan thérapeutique, "la méthode de confiance" est décrite par le même auteur sous le nom de "chitamnie".
H. Baruk, psychiatre français, membre de l’Académie de médecine (1897-1999)
Étym. hébreu, chitah : méthode ; amen ou ameounah : confiance, foi, et non "ainsi soit-il"
→ conscience morale, tsedek (test)
[H3]
Édit. 2018
psychiatrie sociale l.f.
social psychiatry
Champ spécifique d'activité et de recherche issu des divers concepts qui, à partir de la fin du XIXème siècle, ont approché le problème de la déviance.
À l'évidence, la psychiatrie "doit éviter de trop s'engager dans une pure sociologie" (E. Minkowski, 1969) car le déterminisme multifactoriel des troubles psychiques se confirme de plus en plus. Mais il est évident que les études de cas, la statistique et l'épidémiologie, ainsi que les méthodes comparatives utilisées en ethnopsychiatrie, ont ouvert ce champ d'investigations, qui nécessite des équipes interdisciplinaires ou transculturelles.
Certes, "il manque encore une théorie générale des rapports entre maladies mentales et société" (P.F. Chanoit, 1994), mais d'ores et déjà, la psychiatrie sociale a, par ex., contribué à la désinstitutionnalisation, au développement des thérapies institutionnelles, en particulier à un concept systémique des désordres relationnels, notamment intrafamiliaux, et à des recompositions des structures de soins pour malades mentaux.
Ainsi, ont pu se préciser des mesures préventives et curatives qui visent, malgré les difficultés socio-économiques, à rendre la personne plus apte à mener une existence satisfaisante et utile.
E. Minkowski, psychiatre français (1885-1972) ; P. F. Chanoit, psychiatre français (1986)
Syn. sociopsychiatrie
→ sociogenèse des maladies mentales, sociologie des maladies mentales
référence médicale opposable en psychiatrie l.f.
- des hypnotiques et anxiolytiques, qui doit notamment éviter d'associer deux anxiolytiques ou deux hypnotiques et observer les durées de prescription maximales réglementaires ;
- des neuroleptiques, en s'abstenant p. ex. d'utiliser des correcteurs anticholinergiques et d'associer deux neuroleptiques dans le traitement d'entretien sauf indication précise et sous réserve de réévaluation périodique ;
- du traitement d'entretien par le lithium, lequel, en particulier, sera entrepris seulement chez les patients bipolaires ou unipolaires et schizo-affectifs ;
- des antidépresseurs, qui ne sont qu'un aspect de la prise en charge du patient, ni ne devront être associés systématiquement, en début de traitement, à un anxiolytique, un hypnotique, un thymorégulateur, et ne seront pas poursuivis plus de six mois après rémission complète, sauf en cas d'antécédents.
→ référence médicale opposable
réinsertion en psychiatrie l.f.
reinsertion
religion (psychiatrie et) l.f.
religion and psychiatry
Rapport de l'homme à l'ordre du divin ou d'une réalité supérieure, souvent occulté par le déni et la dénégation.
Parmi les éléments de discussion, on cite : l'incompatibilité entre deux allégeances, comme si la psychiatrie et surtout la psychanalyse étaient également des croyances sans visée scientifique ; la libération des instincts par la relation thérapeutique, avec fragilisation des liens familiaux, alors qu'il s'agit en fait d'aider le patient à mieux comprendre sa vérité intérieure, sans l'induire à suivre certaines lois de vie ; a contrario, l'assimilation de la pratique religieuse à la névrose obsessionnelle, cette dernière pourtant répétitive et enfermant l'individu ; la contradiction entre l'homme, porté au centre de son propre monde par les thérapies, et l'attention, voire l'intervention de Dieu à son égard.
Situées à la charnière du cognitif et de l'affectif, les démarches positives ou négatives de l'individu concernant la foi, avec leurs limites surtout perceptives d'approche, peuvent-elles se trouver mieux résolues par une connaissance plus profonde de soi-même ? Cette question toujours en suspens peut se poser p. ex. à propos d'engagements religieux dits pathologiques. Les rares études traitant de tels sujets, portant notamment sur leur relation, favorable ou non, entre cet engagement et la santé mentale, demeurent divergentes.
→ mystiques (idées délirantes), psychanalyse et science
secret professionnel en psychiatrie l.m.
professional secret in psychiatry
Aspect particulier du secret médical qui exige de la part des psychiatres un respect encore plus rigoureux que celui dû aux autres malades, en raison de la nature intime des confidences reçues au cours d'un long suivi relationnel..
Le psychiatre doit souvent cacher ce qu'il connaît, non seulement aux familles, mais aux malades eux-mêmes quand ceux-ci risqueraient de ne pas supporter la révélation du diagnostic. La communication aux correspondants généralistes doit être faite avec prudence assortie de recommandation de précautions.
stéréotypie en psychiatrie l.f.
stereotypy in psychiatry
Ensemble de phrases, atitudes, gestes, tics sans signification apparente, inlassablement reproduits au point d'entraîner parfois des lésions.
On distingue :
- les stéréotypies verbales, portant sur des mots, des tournures de phrases itératives ;
- les stéréotypies motrices ou gestuelles, à type d'attitudes ou de gestes simples : moues, balancements de la tête ou du tronc, frottements des genoux, grattages, grincements des dents, etc.
Elles se rencontrent surtout dans les états schizophréniques, en particulier catatoniques, et les démences, mais aussi dans les arriérations mentales profondes et certaines psychoses infantiles sévères ou autistiques. Des affections cérébrales impliquant habituellement les régions frontales et les noyaux gris centraux doivent être recherchées.
Une différenciation entre dyskinésies des neuroleptiques et parakinésies mimiques ou gestuelles peut être délicate.
→ écholalie, itération, palilalie, parakinésie
stress et psychiatrie l.m.
stress and psychiatry
Modèle complexe de réponse non spécifique à des circonstances vécues par la personne comme tellement critiques, voire urgentes (agression physique, émotion, déprivations diverses, etc.) qu'elle n'a pas pu les contrôler dans ses limites d'adaptation.
À des degrés divers, sont retenus classiquement deux versants :
- physiologique (H. Selye, 1936), avec le "syndrome général d'adaptation", la "réaction d'alarme" à un agent stressant, visant à un retour à l'homéostasie. Intervient toute une chaîne de réponses neuro-endocriniennes, allant du système limbique à l'hypothalamus en passant par l'axe hypophyso-cortico-surrénalien, pouvant aboutir à des lésions en cas de dépassement prolongé des capacités de l'organisme. Ainsi se sont développés certains concepts psychosomatiques, dans une perspective causaliste seulement linéaire ;
- psychologique, à la fois mobilisant la conscience sur la situation et affaiblissant le contrôle volontaire de l'action. Cependant, si elle privilégie la massivité du traumatisme psychique et son impact immédiat, cette notion est prise en défaut pour rendre compte notamment de la dimension subjective singulière de l'événement et de l'installation des troubles psychotraumatiques au long cours. Elle demeure essentiellement d'ordre physiologique et non psychologique.
Actuellement, sous l'influence de la psycho-neuro-endocrinologie et, plus récemment, de la psychoneuro-immunologie, la perspective psychobiologique met l'accent sur les interactions entre phénomènes somatiques et psychiques.
De toute façon, le "couteau" (la source du stress) ne doit pas être confondu avec la "plaie" (le stress).
J. H. Selye, physiologiste canadien (1936)