délire de persécution l.m.
delusion of persecution
délire de relation des sensitifs l.m.
sensitive delusion of reference
Groupe délirant hétérogène, habituellement classé dans les délires paranoïaques, ainsi nommé parce que vécu comme l'expérience cruciale d'un conflit du sujet avec un autre ou un groupe d'autres : conjoint, famille, voisins, etc.
Il s'agit généralement de la décompensation d'une personnalité contrastée, dite sensitive, marquée par une succession d'avatars existentiels et de frustrations. Hyperesthésie affective, stase intrapsychique et autres traits de cette "névrose de relation" trouvent leur point d'apogée lors d'une ultime déception éprouvée ("paranoïa de compensation", selon J. Delay).
Se déploient alors des impressions de brimades, de vexations, d'allusions péjoratives et malveillantes. L'angoisse, la tension conflictuelle et la culpabilité dominent. Les réactions sont plutôt anxieuses, dépressives et hyposthéniques qu'agressives.
L'évolution est très variable, souvent oscillante. La guérison reste toujours possible, même après plusieurs années d'évolution.
E. Kretschmer, psychiatre allemand (1918)
Étym. lat. delirium : délire
délire de revendication l.m.
litigious paranoia
Organisation psychotique le plus souvent incluse dans les délires paranoïaques chroniques, plus particulièrement passionnels, car, de même que ces derniers, enfoncée comme un coin dans la réalité, "en secteur", sans tendance à l'extension.
Délirant dans le sens d'un moi idéal imaginaire, ces patients se présentent comme : des quérulents ; des idéalistes passionnés, en fait plus souvent psychopathes ou névrotiques ; des inventeurs méconnus, soucieux de protéger et promouvoir leur découverte, qu'ils considèrent comme capitale ; des "interprétateurs filiaux", en réalité surtout imaginatifs et paranoïdes ; des hypocondriaques, incriminant des soins médicaux ou chirurgicaux ; des sinistrosiques délirants, réclamant eux aussi réparation.
E. Kraepelin, psychiatre allemand (1899)
Étym. lat. delirium : délire
Syn. délire de préjudice, psychose quérulente
délire dermatozoïque l.f.
dermatological delusion
Trouble fréquent chez la femme âgée, caractérisé par des hallucinations tactiles localisées ou diffuses, à type de picotements, de démangeaisons, de brûlures, attribuées avec grande conviction par la patiente à des vers, insectes ou autres parasites rampant sous la peau et creusant des sillons.
Squames, lésions de grattage ou secondaires à l'application de désinfectants sont présentées au dermatologue comme des "preuves".
À côté de cette psychose hypocondriaque monosymptomatique, rencontrée également chez certains alcooliques ou toxicomanes, une élaboration délirante chronique plus ou moins organisée, une mélancolie sénile sont possibles.
En milieu tropical, on éliminera prurit et sensations de reptation des filariens, accrus par la diéthylcarbamazine.
K. Ekbom, neurologue suédois (1938)
Étym. lat. delirium : délire
Syn. délire à ectoparasites; hallucination haptique à figuration zoopathique ; hallucinose tactile chronique : parasitose délirante
délire de supposition l.m.
supposition delusion
Forme mineure du délire d'interprétation, faite de soupçons et d'interrogations, mais sans véritable conviction.
Les doutes et les hypothèses varient selon les paroles perçues et les évènements ou incidents vécus, sans aboutir à une systématisation fixe.
Étym. lat. delirium : délire
délire de transformation corporelle l.f.
bodily changes delusion
→ transformation corporelle (idées de)
délire d'imagination l.m.
delusional imagination
État délirant survenant sur fond de "mythomanie constitutionnelle" et revêtant des formes aigües et chroniques.
Les formes chroniques sont variables : depuis les délires de filiation en fait rarement purs, avec interprétations fréquentes, jusqu'à une luxuriance désordonnée avec thèmes mégalomaniaques, qui rejoint les paraphrénies confabulante et fantastique.
E. Dupré, membre de l’Académie de médecine et B.J. Logre, neuropsychiatres français (1911)
Étym. lat. delirium : délire
délire d'influence l.m.
influence delusion
→ influence (idées, syndrome d')
délire d'interprétation l.m.
interpretative delusion
Forme clinique des délires chroniques systématisés (psychoses paranoïaques, E. Kraepelin), développée "en réseau", selon une juxtaposition d'idées délirantes surtout persécutrices et interprétatives.
Il se distingue classiquement du système partiel, "en secteur", plus systématisé, s'enfonçant comme un coin dans la réalité, des délires passionnels et de revendication. Aux interprétations peuvent en fait s'ajouter d'autres mécanismes, notamment hallucinatoires. L'élaboration et l'enrichissement du délire sont le plus souvent progressifs, mais sans affaiblissement intellectuel. Un enkystement et un assoupissement de celui-ci sont également possibles.
P. Sérieux et J. Capgras, psychiatres français (1909)
Étym. lat. delirium : délire
→ délire de supposition, interprétation délirante
délire en secteur l.m.
sectorial delusion
Type d'organisation délirante chronique paranoïaque s'enfonçant comme un coin dans la réalité en fonction d'un axe idéo-affectif dominé par la charge passionnelle, très systématisé, avec investissement total du patient, mais sans tendance à l'extension.
Ce groupe pathologique réunit, sous le titre de psychoses passionnelles, les délires de revendication, le délire de jalousie et l'érotomanie.
Les délires en secteur diffèrent de la "folie raisonnante" des délires d'interprétation, qui se développent en réseau, surtout persécutoire, selon une superposition, une mosaïque délirante.
G. de Clérambault, psychiatre français (1921)
Étym. lat. delirium : délire
délire fantastique l.f.
fantastic delusion
Forme de délire chronique caractérisée surtout par sa luxuriance cosmique, féerique, surnaturelle, son exaltation de l'humeur, le maintien d'une assez bonne adaptation au monde réel et une altération intellectuelle faible ou absente.
Il s'agit d'une des quatre formes classiques des paraphrénies au travers des acceptations diverses et des variations concernant ce groupe.
Terme apparu dans la sixième édition (1889) du Traité de psychiatrie d'E. Kraepelin, sous la rubrique de la "démence précoce", comprenant des formes hébéphrénique, catatonique et paranoïde : celle-ci avec d'une part la "démence paranoïde" et d'autre part la "phantastische verrückteit" ou "folie fantastique", noyau du futur groupe des paraphrénies, que cet auteur définira en 1912.
E. Kraepelin, psychiatre allemand (1899)
Étym. lat. delirium : délire
délire infectieux puerpéral l.m.
infectious puerperal delirium
Manifestation psychiatrique survenant au cours d'une infection grave des suites de couches, associant une confusion mentale, des bouffées délirantes et une fièvre très élevée.
Cette affection est devenue exceptionnelle depuis l'ère des antibiotiques.
Étym. lat. delirium : délire
délire localisé l.m.
localized delusion
Terme appliqué à l'anorexie mentale du fait de la quasi-constance d'un vécu pathologique de l'image du corps chez ces adolescentes.
La perception du corps plus gros qu'il ne l'est, avec notamment une méconnaissance de sa maigreur, s'associe à la peur permanente de grossir. Celle-ci, appuyée sur un désir absolu de minceur, peut être globale ou se focaliser (ventre, seins, cuisses, etc.).
La profondeur du trouble, l'inaccessibilité à une argumentation logique et le déni de la réalité de l'apparence physique s'inscrivent dans le sens de cette conception, qui fait de l'anorexie mentale une forme de psychose monosymptomatique. Mais ce délire reste stéréotypé, ne s'enrichit ni ne produit.
Mara Palazzoli-Selvini, psychiatre italienne (1963)
Étym. lat. delirium : délire
[H3]
Édit. 2018
délire médiumnique l.m.
mediumistic delusion
délire palingnostique l.m.
delirious illusion of false recognition
Délire fondé sur des fausses reconnaissances habituelles et une illusion de déjà vu.
Il s'agit parfois d'"illusion des doubles" ou "des sosies". Ces formes particulières de délires chroniques, notamment d'imagination, sont très proches des paraphrénies expansives ou confabulantes.
Terme désuet.
Étym. gr. palin : nouveau, et gnosis : connaissance
délire paranoïde l.m.
paranoid delusion
Délire non systématisé, diffluent, abstrait ou même hermétique, polymorphe dans ses mécanismes et ses contenus, qui constitue la forme clinique principale du groupe des schizophrénies.
Souvent associées à l'automatisme mental, les hallucinations auditives sont ses mécanismes les plus fréquents. Multiples, les thèmes s'expriment dans un vécu d'étrangeté, voire de dépersonnalisation, avec mimique inadaptée et fréquente charge anxieuse. Il arrive que le patient juxtapose le monde délirant à celui de la réalité, mais les comportements bizarres et inexpliqués dominent souvent.
La symptomatologie schizophrénique positive ou productive dont fait partie le délire est plus accessible aux neuroleptiques que la symptomatologie négative ou déficitaire. Des aménagements névrotiques ou caractériels ne sont pas rares.
Étym. lat. delirium : délire
→ délire chronique (notion de structure d'un), schizophrénie (formes cliniques), paranoïa
délire paraphrénique l.m.
paraphrenic delusion
Groupe de délires chroniques rares, intermédiaire entre la "démence précoce" et la paranoïa qui a connu des acceptions diverses.
On observe une forte charge imaginative avec luxuriance des thèmes, féériques, fantastiques, cosmiques, ésotériques, et un langage souvent hermétique, qui peut comporter quelques néologismes sémantiques plus que phonologiques, signe précoce de chronicité. Le patient domine cette expérience et reste assez bien adapté à la réalité par une véritable "bipolarité" ou "diplopie".
Actuellement, en pratique, sont retenues quatre formes : fantastique, expansive (qui se rapprocherait de certaines manies chroniques), confabulante (voisine, avec la paraphrénie fantastique, des délires d'imagination d'E. Dupré) et mélancolique (idées de négation ou syndrome de Cotard).
Survenant après 30-40 ans, les paraphrénies peuvent poser le problème d'affections métapsychotiques ou post-processuelles ("paraphrénisation" de certaines schizophrénies, notamment).
La paraphrénie n'est pas mentionnée dans le DSM-IV, et seulement en tant que paraphrénie tardive dans la CIM 10, parmi les "troubles délirants persistants".
J. Cotard, neurologue français (1880) ; E. Kraepelin, psychiatre allemand (1915)
Étym. lat. delirium : délire
→ délire chronique (notion de structure d'un)
délire passionnel l.m.
passional delusion
Groupe pathologique qui comprend le délire de revendication, le délire de jalousie et l'érotomanie. (G. de Clérambault, 1921).
Il se caractérise par : un postulat initial , véritable nœud idéo-affectif à base d'intuition délirante, dont la passion est l'élément essentiel et les interprétations ou intuitions, mécanismes prépondérants, l'effet contingent et toujours secondaire ; un but à atteindre (réunion avec l'Objet, réparation de préjudice, etc.) ; une organisation limitée, "en secteur", du délire, qui atteint comme un coin la réalité dans le sens du désir du patient ; l'intensité de la participation affective, avec exaltation thymique, hypersthénie et passage à l'acte médicolégal possible.
Volontiers apparentées ou incorporées actuellement aux délires paranoïaques, ces psychoses passionnelles plus ou moins durables peuvent être pures, prodromiques d'autres aspects délirants ou associées à eux.
G. de Clérambault, psychiatre français (1921)
Étym. lat. delirium : délire
délire (psychanalyse et) l.m.
delusion (psychoanalysis and)
Selon S. Freud, construction d'une néoréalité, tentative de guérison par restauration du lien objectal après un premier mouvement de désinvestissement.
Du fait de l'absence d'inscription symbolique - forclusion de la métaphore paternelle (1958) -, J. Lacan fait état, au moment du déclenchement psychotique, d'une confrontation du sujet à un vide énigmatique auquel l'hallucination est une réponse qui revient du dehors, dans le réel. Le délire, c'est ce qui reprend - par une série de remaniements, d'intuitions et d'interprétations - l'hallucination, pour la constituer en une organisation plus ou moins structurée. Le délire est une suppléance à la faille structurale, que Lacan, par analogie, propose d'appeler la métaphore délirante.
J. Lacan, psychiatre et psychanalyste français (1901-1981)
Étym. lat. delirium : délire
délire systématisé l.m.
systematized delusion
Terme utilisé en France à la fin du XIXe siècle pour décrire un délire chronique à évolution systématique du fait, non pas des idées délirantes mais d'une succession de quatre phases, considérée comme constante : incubation et intuitions délirantes ; persécution et hallucinations auditives et cénesthésiques ; idées de grandeur et hallucinations polysensorielles ; démence.
Quelques années plus tard, est constitué le groupe des délires systématisés chroniques, où l'accent est mis notamment sur l'importance des thèmes persécutifs et l'absence d'évolution démentielle. Il comprend le délire d'interprétation, de P. Sérieux et J. Capgras lesquels, après J. Séglas, adopteront le terme de paranoïa, déjà utilisé en Allemagne.
P. Sérieux et J. Capgras, psychiatres français (1909) ; J. Séglas, aliéniste français (1895)
Étym. lat. delirium : délire
→ délire paranoïaque chronique
imagination (délire d') l.
delusional imagination
négation (délire de) l.m.
delusion of negation, nihilistic delusion, nihilism
J. Cotard, psychiatre français (1882)
→ Cotard (syndrome de), délire de négation
persécution (délire de) l.m.
delusion of persecution
Délire chronique initialement dégagé des monomanies comme une entité, sur la base de son contenu de persécution, par Ch. Lasègue notamment (I852).
L'évolution du concept aboutira, après plusieurs aménagements successifs, à la description du "délire d'interprétation essentiel", donc sur la base d'un mécanisme d'élaboration, par P. Sérieux et J. Capgras. Les perspectives ultérieures s'attacheront surtout à classer les délires chroniques selon leur organisation, leur structure.
Électivement prévalentes dans les délires paranoïaques chroniques depuis E. Kraepelin, les idées de persécution peuvent se rencontrer, le plus souvent associées, dans d'autres groupes pathologiques. Elles comportent une dangerosité qu'il faut prendre au sérieux. Adjointes aux traitements habituels, les thérapies cognitivo-comportementales, appliquées dès que possible, auraient un rôle préventif.
La variété des persécutés persécuteurs peut poser des problèmes médicolégaux délicats.
P. Sérieux et J. Capgras, psychiatres français (1909)
→ délire chronique, interprétation délirante, préjudice (sentiment de).
relation (délire de) n.m.
sensitive delusion of reference