Dictionnaire médical de l'Académie de Médecine – ancienne version 2020

53 résultats 

personnalité criminelle l.f.

criminal personality

Concept maintenant désuet, qui cherche à définir les traits de personnalité propres aux criminels et les facteurs communs à tous les passages à l'acte délictueux. Ils seraient l'égocentrisme, la labilité, l'agressivité et l'indifférence.
Chacun de ces quatre facteurs jouerait un rôle prépondérant dans les différentes phases du passage à l'acte, lors de la maturation criminelle.

J. Pinatel, criminologue français (1960)

[H4]

personnalité cycloïde l.f.

cycloid personality

Accentuation pathologique du tempérament normal cyclique ou cyclothyme dans la séquence cyclothyme-cycloïde-cyclophrène.
Elle est caractérisée par l'alternance de phases où l'activité physique et psychique du sujet est plus ou moins intense. Les phases d'hyperactivité s'accompagnent habituellement d'un sentiment de bien-être.
La personnalité cycloïde peut aussi se présenter sous l'aspect d'une hyperthymie permanente (personnalité hypomaniaque). Ce concept est parfois utilisé pour décrire certains sujets qui développent ultérieurement une psychose maniacodépressive, sans que cette dernière soit considérée comme aboutissement évolutif d'une telle personnalité
Il reste qu'elle n'a plus la faveur des psychiatres et qu'elle est évoquée au moins avec des réserves.

E. Kretschmer, neuro-psychiatre allemand (1921)

Syn. cycloïdie

personnalité dépendante l.f.

dependant personality disorder

Personnalité marquée par une tendance à chercher aide et protection auprès d'autrui et à s'en remettre à lui pour la plupart des décisions importantes.
S'y ajoutent divers traits tels que : subordination des propres besoins du sujet à ceux de personnes dont il dépend ; par suite d'une peur excessive de ne pouvoir se prendre en charge de façon autonome, sentiment de malaise ou d'impuissance lorsqu'il se sent seul ; préoccupation par la peur d'être abandonné et livré à soi-même ; faible capacité à prendre des décisions sans l'avis, l'approbation, voire la réassurance d'autrui.
Un sentiment de faiblesse, d'incompétence et de manque d'énergie est fréquent.

Syn. personnalité asthénique, inadéquate, passive

névrose d'échec

personnalité de type A l.f.

A type personality

coronarite et psychisme

personnalité émotionnellement labile l.f.

emotionally unstable personality disorder

Trouble de la personnalité caractérisé par une tendance à agir avec impulsivité et par un manque de contrôle de soi, sans considération pour les conséquences possibles, associée à une instabilité de l'humeur.
Les capacités d'anticipation sont souvent réduites et on peut observer des comportements explosifs, des éclats de colère, voire des actes de violence. Ceux-ci sont souvent déclenchés par la critique ou l'opposition d'autrui. La CIM 10, qui retient cette entité, en distingue deux types : impulsif et "borderline".

Syn. personnalité passive-agressive

personnalité (épidémiologie des troubles de la) l.f.

Études difficiles à effectuer en population générale, même par une équipe expérimentée, et en fait peu nombreuses.
Avec l'aide de nouveaux instruments d'évaluation standardisés, la prévalence de l'ensemble de ces troubles pour la vie entière est située entre 5,09 et 11,01 p.100. Elle est estimée respectivement à 45 et 67 p.100 dans un service psychiatrique d'hôpital général et dans un établissement psychiatrique.
Sont rencontrées surtout : les personnalités schizotypiques, "bordelines", histrioniques, dépendantes et obsessionnelles-compulsives. Des associations sont fréquentes chez un même patient (2,8 à 4,6 p.100 en moyenne). La comorbidité est élevée avec, notamment, une appétence pour des substances (toxiques, drogues, médicaments, etc.) un état anxieux, une dépression. Une forte fréquence des difficultés conjugales, du chômage, de problèmes relationnels, de conduites suicidaires, est observée par beaucoup d'auteurs.

personnalité épileptique l.f.

epileptic personality disorders

Anomalies de la personnalité et du caractère qui seraient rencontrées chez des épileptiques dans l'intervalle des crises.
F. Minkowska  décrivit une "constitution épileptoïde" ou "glischroïde", regroupant des approches classiques sur deux pôles : adhésivité "collante et visqueuse" à l'entourage (glischroïdie) avec perte de la fluidité idéique (bradypsychie) ; de temps en temps, des décharges agressives parfois explosives et clastiques, accentuées par une alcoolisation éventuelle.
On a cependant exagéré la dangerosité des épileptiques.
En fait, qu'il s'agisse d'aménagements névrotiques régressifs, de troubles caractériels ou du niveau intellectuel (en moyenne peu inférieur à celui de la population générale), il n'y a pas de spécificité épileptique. L'importance respective des facteurs organiques encéphaliques, de la précocité, de la fréquence et du polymorphisme des crises, des conditions psychoéducatives, de l'environnement et des éléments socioculturels (notamment des attitudes du milieu), de l'action positive ou négative des antiépileptiques, est variable d'un sujet à l'autre.
C'est dire, en dehors de l'adaptation des posologies médicamenteuses, l'intérêt d'un soutien psychologique concernant la vie affective, relationnelle et occupationnelle et éventuellement d'une prise en charge institutionnelle (hôpital de jour, atelier protégé, etc.).
Il reste que la réalisation d'une existence satisfaisante pour l'épileptique est tout à fait possible.

Frania Minkowska, psychiatre française (1923)

Syn. épileptoïdie

épilepsie, hystéro-épilepsie

[H1, H3]

Édit. 2019

personnalité évitante l.f.

avoidant personality disorder

personnalité anxieuse

personnalité histrionique l.f.

histrionic personality

Trouble de la personnalité caractérisé par une tendance marquée à la dramatisation, au théâtralisme et à l'hyperexpressivité émotionnelle. S'y associe fréquemment une suggestibilité avec en particulier une grande facilité à être influencé par autrui ou par les circonstances.
L'affectivité apparaît superficielle et labile. Le sujet fait preuve d'un désir permanent de distractions et d'activités, dans lesquelles il se place au centre de l'attention d'autrui. Le comportement général paraît souvent inapproprié, emprunté, destiné à séduire ou manipuler l'interlocuteur, laissant supposer un souci excessif de plaire physiquement, mais en restant là. Dans certains cas, on peut noter un égocentrisme, une indulgence forte envers soi-même, un désir insatiable d'être apprécié et admiré.

Étym. lat. histrio : acteur bouffon

histrionisme

personnalité hystérique l.f.

hysteric personality

Trouble de la personnalité caractérisé par la suggestibilité, le théâtralisme, l'érotisation des relations interpersonnelles et la mythomanie.
On sait actuellement qu'il n'existe pas de relation forte entre ce type de personnalité et la survenue de symptômes hystériques. De plus, aux États-Unis, des pressions féministes ont voulu faire éliminer le terme d'hystérie, le plus souvent prononcé chez des femmes, donc vécu comme une discrimination sexiste. D'où l'usage qui tend à se répandre, à partir des classifications américaines, de nommer "histrioniques" ces personnalités, malgré la signification péjorative d'une telle qualification.

personnalité masochiste l.f.

masochistic personality disorder

Notion assimilable à celle de "masochisme moral" (S. Freud), qui recouvre diverses formes d'attaque contre soi : culpabilité, névrose d'échec, réaction thérapeutique négative, en particulier.
Le plaisir recherché dans une certaine forme de souffrance et d'échec serait à l'origine de ces conduites. L'existence de "pulsions de mort" a été invoquée pour en rendre compte. En réalité, il n'est pas sûr que l'on puisse tenir comme un ensemble homogène des traits qui relèvent de mobiles variés (culpabilité, agression retournée contre soi, passivité, etc.) et qui s'expriment sous des formes également diverses.

personnalité multiple l.f.

multiple personality disorder

Trouble controversé, défini au sens strict par l'existence chez une même personne, surtout une femme, de deux ou plusieurs états de personnalité distincts, l'un d'entre eux se manifestant classiquement seul à un moment donné. Dans chacun, la patiente se comporte comme si elle n'avait aucun souvenir en rapport avec les autres états.
Affection identifiée au début du XIXe siècle, puis tenue pour un simple effet de suggestion avant d'être reconnue comme autonome depuis une trentaine d'années et classée parmi les troubles dissociatifs (de conversion). Dans le DSM-IV, elle est appelée : "trouble dissociatif de l'identité (précédemment personnalité multiple)". Le partage simultané du contrôle par deux ou plusieurs personnalités est désormais admis.
Très rare en France, cette pathologie s'est beaucoup étendue aux États-Unis. Elle pose notamment le problème d'une contagion mentale par suggestion, d'un trouble authentiquement hystérique et celui d'un effet iatrogène lié à une "remémoration", à l'âge adulte, de traumatismes psychiques graves, notamment d'abus sexuels. Ceci, après relation psychothérapique, par levée présumée de la répression. On a même observé rétrospectivement des conflits majeurs, y compris pénaux, avec la cellule familiale d'origine.

personnalité narcissique l.f.

narcissistic personality

Trouble de la personnalité générateur de souffrances pour le sujet et/ou son entourage.
Cet état permanent dès la fin de l'adolescence est fait d'un besoin irrépressible d'admiration manifestée par autrui avec une excessive sensibilité au jugement des autres et une exigence de marques d'affection. Ceci est en contraste avec le manque d'empathie que le sujet est capable d'éprouver et de manifester. Ces traits de caractère conduisent volontiers le langage commun à la qualification de pervers narcissique pour désigner la capacité à induire de la souffrance chez les proches parallèlement a une recherche constante de gratifications pour soi. Des comportements sous-tendus par une recherche grandiose conduisent le sujet dans des impasses sociales. Ce type de personnalité est sous- tendue par une estime de soi fragile. Des accidents de parcours sous forme d'épisodes dépressifs ou de consommations de toxiques sont fréquents.

[H3,H4]

Édit. 2017

personnalité névrotique l.f.

neurotic personality

Forme de personnalité décrite soit selon un continuum, souvent mis en question, avec les névroses, soit selon une optique psychodynamique privilégiant une fixation à une étape du développement libidinal.
Cette seconde approche concerne moins les relations entre personnalité et maladie que les limites entre le caractère "considéré comme normal" et la pathologie du caractère.

névrose de caractère

personnalité obsessionnelle-compulsive l.f.

obsessive-compulsive personality disorder

Groupe de traits de personnalité rencontrés constamment dans les névroses obsessionnelles, mais également sans qu'il y ait développement de symptômes névrotiques.
Il s'agit de trois ensembles complémentaires, associés : des troubles mineurs, constitués de rituels, manies, vérifications et doutes, qui ne gênent pas la personne et auxquels celle-ci se plie sans difficultés ; des traits en rapport avec la vie pulsionnelle, à mettre en relation avec le caractère anal, auxquels on ajoutera l'ambivalence, caractérisée par un mélange d'intérêt positif et d'hostilité vis-à-vis d'autrui, et de mise à distance ; d'autres traits liés aux mécanismes de défense, à savoir le déplacement, l'isolation et l'annulation rétroactive. À un extrême, le caractère obsessionnel-compulsif se confond avec la névrose elle-même. À l'autre extrême, il correspond à une typologie fréquente en dehors de toute pathologie. Dans la CIM 10, il est assimilé à la personnalité anancastique.

personnalité orale l.f.

oral personality

Forme de personnalité caractérisée, du moins chez la femme et après analyse factorielle de questionnaires d'auto-évaluation, par les traits majeurs suivants : dépendance, pessimisme, passivité, à côté de la personnalité hystérique, dominée par : labilité émotionnelle, histrionisme, égocentrisme, provocation sexuelle, agressivité (A. Lazare et coll.).
La concordance de la première avec le caractère oral reste partielle ; celle de la seconde avec sa description dans la littérature analytique est assez bonne, sauf à retenir ici, de surcroit, l'agressivité, déjà décrite par les classiques. Certains auteurs admettent une intrication de ces deux types de personnalité, se fondant notamment sur l'importance d'une fixation orale dans les mécanismes pathogéniques de l'hystérie.

A. Lazare, psychiatre américain (1966)

personnalité schizotypique l.f.

schizotypal personality disorder

Trouble caractérisé par des bizarreries du comportement, du discours et de la pensée, sans perturbations dominantes ni typiques d'un état schizophrénique.
Les manifestations le plus fréquemment retenues sont les suivantes : contact froid et distant ; présentation parfois singulière, voire excentrique ; retrait social avec hypersensibilité à la critique ; expression verbale vague, digressive, métaphorique ; affects restreints ou inappropriés ; fonctionnement magique de la pensée (superstition, voyance, télépathie) sans relation nette avec les normes d'un groupe culturel connu ; méfiance ou idéation persécutoire ; ruminations de type obsessionnel sans véritable lutte, souvent à contenu dysmorphophobique, sexuel ou agressif ; dans certains cas, perceptions inhabituelles telles que des illusions somatosensorielles avec dépersonnalisation ou déréalisation.
Des épisodes d'allure psychotique peuvent se produire, plus ou moins rapidement résolutifs, plus rarement subaigus et chroniques avec une intensité plus rarement fluctuante.
Cette "personnalité" présente donc de discrètes manifestations psychotiques, qui correspondent assez bien aux formes mineures (dites latentes ou simples) et résiduelles des schizophrénies. Elle fait probablement partie du "spectre" de ces états. À son sujet, il peut être également licite de porter un diagnostic de personnalité ou d'état limite.

Syn. trouble schizotypique

personnalité paranoïaque l.f.

paranoid personality disorder

Personnalité caractérisée par l'hypertrophie du moi, la méfiance, la fausseté du jugement avec psychorigidité et par une inadaptation sociale consécutive.
Avec E. Kretschmer et l'École allemande, on distingue classiquement : les paranoïaques "de combat", les plus typiques, quérulents, souvent processifs, voire "fanatiques sthéniques"; les paranoïaques "de souhait", réformateurs ou idéalistes passionnés, "fanatiques ternes"; les sensitifs, "à la fois susceptibles, compliqués et ombrageux", plus proches d'une personnalité obsessionnelle. Des apparences soumises et conformistes peuvent masquer ces divers traits.
Les descriptions de la CIM et du DSM ne reconnaissent qu'une seule personnalité paranoïaque, la première soulignant plutôt les aspects liés à la sensitivité, la seconde les traits sthéniques.
Les rapports entre personnalité et psychose paranoïaques restent discutés. Il est possible, par exemple, qu'interviennent également les interactions et les difficultés d'ordre social suscitées par ces sujets, renforçant après-coup leur méfiance foncière.
Dans sa relation, le médecin doit être prudent. A fortiori, il évitera d'extérioriser toute réaction contre-transférentielle négative.

E. Dupré, psychiatre français, membre de l'Académie de médecine (1912) ; E. Kretschmer, neuro-psychiatre allemand (1918) ; M. Montassut, médecin psychiatre français (1925) ; G. P. Genil-Perrin, médecin aliéniste français (1926)

personnalité particulièrement vulnérable l.f.

specially vulnerable person

Catégorie de victimes à laquelle le nouveau code de procédure pénale a fait une large part, dont la définition est volontairement imprécise mais qui peut se rapprocher de celle des personnes "hors d'état de se protéger".
Elles bénéficient d'une nouvelle dérogation au secret professionnel. Parmi elles, on relève les personnes ayant des troubles psychiques. Afin que soit assurée une meilleure protection de ces victimes, les peines encourues par les auteurs d'infractions à leur encontre sont aggravées, que ce soit en matière d'atteinte aux biens (escroquerie, par ex.) ou à la personne (viol ou agression sexuelle, en particulier).

expertise de victime pénale

personnalité passive-agressive l.f.

passive-aggressive personality disorder

personnalité émotionnellement labile

personnalité phobique l.f.

phobic personality disorder

personnalité anxieuse ou évitante

personnalité psychopathique l.f.

psychopathic personality disorder

personnalité antisociale, ou dyssociale

personnalité schizoïde l.f.

schizoid personality disorder

Trouble de la personnalité extériorisé surtout par le retrait social, et dont les relations et les transitions avec les états schizophréniques restent discutées.
Les traits suivants sont retenus : un certain degré d'incapacité à éprouver du plaisir ; une froideur apparente avec détachement ou émoussement affectif ; une incapacité à exprimer ses sentiments à l'égard d'autrui, qu'ils soient tendres et chaleureux aussi bien qu'agressifs ou coléreux ; une indifférence aux éloges comme à la critique ; un faible intérêt pour les relations d'intimité, sexuelles ou non ; une préférence pour l'imaginaire, l'introspection, l'abstraction et les activités solitaires ; un désintérêt pour les relations amicales et l'absence de confidents ; une indifférence aux conventions et normes sociales.
En fait, on peut relever également des réactions hyperesthésiques "par saut" (E. Kretschmer), sous forme de brusques poussées qui traduisent une dysharmonie affective avec surtension plus ou moins latente de ces sujets.

Syn. schizoïdie

schizothymie

personnalité sensitive l.f.

sensitive personality

Type de personnalité paranoïaque assez proche du caractère psychasthéno-obsessionnel et différent des autres personnalités paranoïaques, dites "de combat" ("fanatiques sthéniques") et "de souhait" (fanatiques ternes") (E. Kretschmer).
Il s'agit d'un sujet timide, doux, introverti, impressionnable, à la fois "susceptible, compliqué et ombrageux", avec une hyperesthésie affective et une tendance à la rétention des affects, véritable stase intrapsychique. Les évènements sont vécus dans l'échec, la frustration, un sentiment de culpabilité et une hyposthénie douloureuse. Des conditions sociales humiliantes, l'isolement culturel et linguistique prédisposeraient à cette personnalité contrastée.
L'association possible de tels traits à ceux d'une personnalité obsessionnelle incita à les rassembler sous le nom de "personnalité inquiète"       (K. Schneider).
De même que la dépression, fréquente, le délire de relation se développe dans le sens de cette "névrose de relation" et lui imprime ses caractères.

E. Kretschmer, neuro-psychiatre allemand (1918) ; K. Schneider, psychiatre allemand (1923)

personnalité sociopathique l.f.

sociopathic personality

Personnalité antisociale qui s'intégre souvent dans un groupe déviant en respectant ses règles : mafia, "milieu", etc.
Appellation initialement inscrite au DSM, remplacée dans le DSM III (1980) par celle de personnalité antisociale, et incluse par la CIM dans les personnalités dyssociales.

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