personnalité multiple l.f.
multiple personality disorder
Trouble controversé, défini au sens strict par l'existence chez une même personne, surtout une femme, de deux ou plusieurs états de personnalité distincts, l'un d'entre eux se manifestant classiquement seul à un moment donné. Dans chacun, la patiente se comporte comme si elle n'avait aucun souvenir en rapport avec les autres états.
Affection identifiée au début du XIXe siècle, puis tenue pour un simple effet de suggestion avant d'être reconnue comme autonome depuis une trentaine d'années et classée parmi les troubles dissociatifs (de conversion). Dans le DSM-IV, elle est appelée : "trouble dissociatif de l'identité (précédemment personnalité multiple)". Le partage simultané du contrôle par deux ou plusieurs personnalités est désormais admis.
Très rare en France, cette pathologie s'est beaucoup étendue aux États-Unis. Elle pose notamment le problème d'une contagion mentale par suggestion, d'un trouble authentiquement hystérique et celui d'un effet iatrogène lié à une "remémoration", à l'âge adulte, de traumatismes psychiques graves, notamment d'abus sexuels. Ceci, après relation psychothérapique, par levée présumée de la répression. On a même observé rétrospectivement des conflits majeurs, y compris pénaux, avec la cellule familiale d'origine.
personnalité narcissique l.f.
narcissistic personality
Trouble de la personnalité générateur de souffrances pour le sujet et/ou son entourage.
Cet état permanent dès la fin de l'adolescence est fait d'un besoin irrépressible d'admiration manifestée par autrui avec une excessive sensibilité au jugement des autres et une exigence de marques d'affection. Ceci est en contraste avec le manque d'empathie que le sujet est capable d'éprouver et de manifester. Ces traits de caractère conduisent volontiers le langage commun à la qualification de pervers narcissique pour désigner la capacité à induire de la souffrance chez les proches parallèlement a une recherche constante de gratifications pour soi. Des comportements sous-tendus par une recherche grandiose conduisent le sujet dans des impasses sociales. Ce type de personnalité est sous- tendue par une estime de soi fragile. Des accidents de parcours sous forme d'épisodes dépressifs ou de consommations de toxiques sont fréquents.
[H3,H4]
Édit. 2017
personnalité névrotique l.f.
neurotic personality
Forme de personnalité décrite soit selon un continuum, souvent mis en question, avec les névroses, soit selon une optique psychodynamique privilégiant une fixation à une étape du développement libidinal.
Cette seconde approche concerne moins les relations entre personnalité et maladie que les limites entre le caractère "considéré comme normal" et la pathologie du caractère.
personnalité obsessionnelle-compulsive l.f.
obsessive-compulsive personality disorder
Groupe de traits de personnalité rencontrés constamment dans les névroses obsessionnelles, mais également sans qu'il y ait développement de symptômes névrotiques.
Il s'agit de trois ensembles complémentaires, associés : des troubles mineurs, constitués de rituels, manies, vérifications et doutes, qui ne gênent pas la personne et auxquels celle-ci se plie sans difficultés ; des traits en rapport avec la vie pulsionnelle, à mettre en relation avec le caractère anal, auxquels on ajoutera l'ambivalence, caractérisée par un mélange d'intérêt positif et d'hostilité vis-à-vis d'autrui, et de mise à distance ; d'autres traits liés aux mécanismes de défense, à savoir le déplacement, l'isolation et l'annulation rétroactive. À un extrême, le caractère obsessionnel-compulsif se confond avec la névrose elle-même. À l'autre extrême, il correspond à une typologie fréquente en dehors de toute pathologie. Dans la CIM 10, il est assimilé à la personnalité anancastique.
personnalité orale l.f.
oral personality
Forme de personnalité caractérisée, du moins chez la femme et après analyse factorielle de questionnaires d'auto-évaluation, par les traits majeurs suivants : dépendance, pessimisme, passivité, à côté de la personnalité hystérique, dominée par : labilité émotionnelle, histrionisme, égocentrisme, provocation sexuelle, agressivité (A. Lazare et coll.).
La concordance de la première avec le caractère oral reste partielle ; celle de la seconde avec sa description dans la littérature analytique est assez bonne, sauf à retenir ici, de surcroit, l'agressivité, déjà décrite par les classiques. Certains auteurs admettent une intrication de ces deux types de personnalité, se fondant notamment sur l'importance d'une fixation orale dans les mécanismes pathogéniques de l'hystérie.
A. Lazare, psychiatre américain (1966)
personnalité paranoïaque l.f.
paranoid personality disorder
Personnalité caractérisée par l'hypertrophie du moi, la méfiance, la fausseté du jugement avec psychorigidité et par une inadaptation sociale consécutive.
Avec E. Kretschmer et l'École allemande, on distingue classiquement : les paranoïaques "de combat", les plus typiques, quérulents, souvent processifs, voire "fanatiques sthéniques"; les paranoïaques "de souhait", réformateurs ou idéalistes passionnés, "fanatiques ternes"; les sensitifs, "à la fois susceptibles, compliqués et ombrageux", plus proches d'une personnalité obsessionnelle. Des apparences soumises et conformistes peuvent masquer ces divers traits.
Les descriptions de la CIM et du DSM ne reconnaissent qu'une seule personnalité paranoïaque, la première soulignant plutôt les aspects liés à la sensitivité, la seconde les traits sthéniques.
Les rapports entre personnalité et psychose paranoïaques restent discutés. Il est possible, par exemple, qu'interviennent également les interactions et les difficultés d'ordre social suscitées par ces sujets, renforçant après-coup leur méfiance foncière.
Dans sa relation, le médecin doit être prudent. A fortiori, il évitera d'extérioriser toute réaction contre-transférentielle négative.
E. Dupré, psychiatre français, membre de l'Académie de médecine (1912) ; E. Kretschmer, neuro-psychiatre allemand (1918) ; M. Montassut, médecin psychiatre français (1925) ; G. P. Genil-Perrin, médecin aliéniste français (1926)
personnalité particulièrement vulnérable l.f.
specially vulnerable person
Catégorie de victimes à laquelle le nouveau code de procédure pénale a fait une large part, dont la définition est volontairement imprécise mais qui peut se rapprocher de celle des personnes "hors d'état de se protéger".
Elles bénéficient d'une nouvelle dérogation au secret professionnel. Parmi elles, on relève les personnes ayant des troubles psychiques. Afin que soit assurée une meilleure protection de ces victimes, les peines encourues par les auteurs d'infractions à leur encontre sont aggravées, que ce soit en matière d'atteinte aux biens (escroquerie, par ex.) ou à la personne (viol ou agression sexuelle, en particulier).
personnalité passive-agressive l.f.
passive-aggressive personality disorder
→ personnalité émotionnellement labile
personnalité phobique l.f.
phobic personality disorder
→ personnalité anxieuse ou évitante
personnalité psychopathique l.f.
psychopathic personality disorder
→ personnalité antisociale, ou dyssociale
personnalité schizoïde l.f.
schizoid personality disorder
Trouble de la personnalité extériorisé surtout par le retrait social, et dont les relations et les transitions avec les états schizophréniques restent discutées.
Les traits suivants sont retenus : un certain degré d'incapacité à éprouver du plaisir ; une froideur apparente avec détachement ou émoussement affectif ; une incapacité à exprimer ses sentiments à l'égard d'autrui, qu'ils soient tendres et chaleureux aussi bien qu'agressifs ou coléreux ; une indifférence aux éloges comme à la critique ; un faible intérêt pour les relations d'intimité, sexuelles ou non ; une préférence pour l'imaginaire, l'introspection, l'abstraction et les activités solitaires ; un désintérêt pour les relations amicales et l'absence de confidents ; une indifférence aux conventions et normes sociales.
En fait, on peut relever également des réactions hyperesthésiques "par saut" (E. Kretschmer), sous forme de brusques poussées qui traduisent une dysharmonie affective avec surtension plus ou moins latente de ces sujets.
Syn. schizoïdie
personnalité sensitive l.f.
sensitive personality
Type de personnalité paranoïaque assez proche du caractère psychasthéno-obsessionnel et différent des autres personnalités paranoïaques, dites "de combat" ("fanatiques sthéniques") et "de souhait" (fanatiques ternes") (E. Kretschmer).
Il s'agit d'un sujet timide, doux, introverti, impressionnable, à la fois "susceptible, compliqué et ombrageux", avec une hyperesthésie affective et une tendance à la rétention des affects, véritable stase intrapsychique. Les évènements sont vécus dans l'échec, la frustration, un sentiment de culpabilité et une hyposthénie douloureuse. Des conditions sociales humiliantes, l'isolement culturel et linguistique prédisposeraient à cette personnalité contrastée.
L'association possible de tels traits à ceux d'une personnalité obsessionnelle incita à les rassembler sous le nom de "personnalité inquiète" (K. Schneider).
De même que la dépression, fréquente, le délire de relation se développe dans le sens de cette "névrose de relation" et lui imprime ses caractères.
E. Kretschmer, neuro-psychiatre allemand (1918) ; K. Schneider, psychiatre allemand (1923)
personnalité sociopathique l.f.
sociopathic personality
Personnalité antisociale qui s'intégre souvent dans un groupe déviant en respectant ses règles : mafia, "milieu", etc.
Appellation initialement inscrite au DSM, remplacée dans le DSM III (1980) par celle de personnalité antisociale, et incluse par la CIM dans les personnalités dyssociales.
personnalité (troubles de la) l.m.p.
personality disorders
Perturbations sévères d'ordre caractérologique et comportemental concernant habituellement plusieurs secteurs de la personnalité et accompagnées en général de difficultés personnelles et sociales considérables.
Elles apparaissent le plus souvent dans l'enfance ou l'adolescence et persistent à l'âge adulte (d'après la CIM-10, 1992).
Ces troubles profondément enracinés peuvent comporter notamment : une déviation quantitative pas toujours évidente par rapport à la personnalité dite normale, associée à des traits de "personnalité pathologique" ; un manque de souplesse et une dysharmonie dans les processus d'adaptation devant les situations rencontrées, avec tendance répétitive aux mêmes attitudes et aux mêmes conflits ; une souffrance, exprimée ou non, pour l'individu et/ou pour la société; des échecs relationnels et socioprofessionnels, ainsi qu'une vulnérabilité aux épreuves vécues. Des chevauchements sont possibles.
Certaines de ces organisations prédisposent à une affection évolutive, névrotique ou psychotique. Il peut en être ainsi de : personnalité obsessionnelle-compulsive et névrose obsessionnelle ; personnalité schizoïde ou schizotypique et schizophrénie ; personnalité limite et état dépressif majeur ; personnalité paranoïaque ou sensitive et délire paranoïaque ou délire de relation des sensitifs. Parfois inconstants dans les cas cités, ces liens peuvent être encore plus imprécis, par exemple entre personnalité évitante et phobie sociale.
K. Schneider, psychiatre allemand (1923)
phobique (personnalité) l.f.
phobic personality disorder
→ personnalité anxieuse, évitante
tests projectifs de la personnalité l.m.p.
projective tests of personality
Groupe de tests qui s'est développé à partir de 1939 (Frank) dans une perspective psychologique originale : celle d'une conception syncrétique de la personnalité.
Celle-ci est un tout irréductible, unique, que l'on peut comprendre mais non quantifier. Le résultat apparait donc sous la forme d'un portrait descriptif et qualitatif de la personnalité. Du fait même de la conception qui les sous-tend, la validité de ces épreuves soulève de nombreuses difficultés méthodologiques.
Leurs mécanismes dépassent le cadre de la projection telle que l'a définie S. Freud en tant que mécanisme de défense, qui consiste à rejeter sur un objet ou une situation des sentiments pénibles ou vécus comme interdits. Selon Frank, le caractère essentiel de la technique projective est qu'elle évoque au sujet "ce qui est l'expression de son monde personnel et des processus de sa personnalité". Les plus connus et les plus utilisés sont le test de Rorschach et le TAT ("thematic apperception test"), le CAT ("childrens' apperception test"), le test de Patte noire ou le test du village chez l'enfant.
Bien que très diverses, ces épreuves ont en commun : leur but, à savoir une appréciation de la personnalité totale ou de certaines de ses facettes, replacées dans un contexte holistique ; le stimulus, qui doit pouvoir donner lieu à une variété aussi grande que possible de réponses ; l'interprétation des résultats, qui utilise dans une très large mesure des concepts analytiques.
Malgré l'existence de nombreux problèmes métrologiques de fidélité et de validité, ces techniques ont fait la preuve de leur utilité en clinique psychiatrique et dans le domaine de la recherche.
L. K. Frank, sociologue américain (1939), S. Freud neurologue autrichien (1858-1939), H. Rorschach, psychiatre suisse (1921)