Les boissons alcooliques font actuellement l’objet d’informations multiples et
souvent contradictoires. Ces messages, plus polémiques que sanitaires, ne
facilitent pas l’adoption d’une attitude responsable, tenant compte des
données validées sur les conséquences sanitaires, sociales et économiques de
l’usage et du mésusage d’alcool.
L’Académie nationale de médecine s’est prononcée à de nombreuses reprises
depuis 2003 [1] pour délivrer un message clair de santé publique à destination
du consommateur afin de lui éviter un mésusage d’alcool.
En dépit de ces mises en garde ainsi que de celles des instances
gouvernementales et associatives, la prévalence d’un tel mésusage demeure
cependant inquiétante. En effet, selon des données récentes [2-3] 37% de la
tranche 18-74 ans de la population française présenteraient une consommation
d’alcool à risque.
Cette forte prévalence peut être liée, pour partie du moins, à la
méconnaissance par le public des circonstances au cours desquelles l’alcool
doit être totalement proscrit, ainsi qu’à l’ignorance par les consommateurs
réguliers de leur positionnement par rapport à l’échelle des risques encourus.
[1, 4]
L’Académie nationale de médecine émet donc deux recommandations :
1) Intensifier la diffusion des messages précisant les circonstances
au cours desquelles toute consommation d’alcool est dangereuse et doit être
proscrite :
? Grossesse et allaitement (la consommation d’alcool par la femme enceinte
représente un risque à la fois pour le bon déroulement de la grossesse et pour
l’enfant à naître, l’alcool étant la cause majeure de retard mental d’origine
non génétique ainsi que d’inadaptation sociale de l’enfant) [5-7].
? Enfance et préadolescence (période fragile de maturation cérébrale et de
développement de la personnalité) [8].
? Association avec la prise d’autres substances psychoactives ou de certains
médicaments, en particulier psychotropes ou antihistaminiques.
? Ponctuellement (en raison des effets de l’alcool sur la vigilance et
l’attention) dans les heures précédant et pendant la conduite de véhicules
[9], l’usage de machines dangereuses ou l’affectation à un poste de sécurité
(l’alcool au volant est devenu, depuis 2006, la première cause de mortalité
routière devant la vitesse, le défaut de port de ceinture et l’usage de
téléphone portable [10]).
2)Préconiser à tout consommateur régulier de
pratiquer périodiquement une auto-évaluation individuelle et volontaire des
effets qu’il encourt en s’astreignant à une journée « zéro alcool ».
C’est l’occasion pour lui de se poser des questions simples qui lui
permettront de tester (sans recourir d’emblée à une consultation médicale ou
des examens biologiques complémentaires) si sa consommation demeure ou non
dans le domaine du simple usage (pour lequel le risque, s’il n’est pas nul,
apparaît acceptable pour l’individu et la société) et non du mésusage
(caractérisé par des dommages prévisibles ou déjà présents d’ordre médical,
psychologique ou social) [11] :
• Supporte-t-il sans aucun problème de vie personnelle ou professionnelle et
sans aucun état de manque apparent cette abstention de 24 heures ?
Cette éventualité n’implique pas de modifier à court terme l’usage de boissons
alcooliques, mais ne dispense pas de rester vigilant, en particulier en
renouvelant à intervalles réguliers la pratique d’une journée sans alcool et
le questionnement sur son ressenti.
• Éprouve-t-il, au contraire, une quelconque gêne, un désagrément ou une
sensation d’être privé d’un élément qui semble concourir à son bien-être ? Son
entourage lui signale-t-il un comportement inhabituel au cours de cette
journée sans alcool ?
Ces éventualités traduisent, presque à coup sûr, un mésusage d’alcool qui doit
conduire à modifier profondément sa conduite d’alcoolisation.
Des conseils et un soutien sont alors indispensables. Ils peuvent être obtenus
grâce à des lignes d’écoute téléphoniques spécialisées [12] et à des brochures
destinées à faire le point sur la consommation d’alcool [13]. Le recours à un
médecin généraliste ou à une consultation spécialisée en alcoologie s’avère
cependant la méthode la plus efficace pour responsabiliser le consommateur
face à l’alcool.
Le praticien pourra, en effet, détailler, sans culpabiliser, les conditions
d’usage d’alcool dont les conséquences dépendent de multiples facteurs
(sensibilité individuelle, modalités de consommation, nombre d’unités d’alcool
consommées quotidiennement, relation avec les repas, etc.). Il pourra alors
donner des conseils adaptés à chaque cas particulier, recommandant soit
l’abstention, soit une consommation responsable en faisant appel, si
nécessaire à des consultations spécialisées, dont la disponibilité sur tout le
territoire national a fortement progressé grâce notamment aux plans
gouvernementaux 2004-2008 et 2008-2011 de lutte contre les drogues et les
toxicomanies [14], ainsi qu’au plan 2007-2011 de prise en charge et de
prévention élaboré par le Ministère de la Santé et des Solidarités [15]. Le
praticien pourra également prendre en compte une éventuelle consommation
associée d’autres produits psychoactifs, comme le tabac ou le cannabis, afin
de mieux guider une démarche de responsabilisation globale. Il pourra aussi
conseiller, le cas échéant, d’entrer en contact avec des associations
particulièrement concernées par le mésusage d’alcool.
La responsabilisation du consommateur à l’aide du test d’auto-évaluation
préconisé devrait contribuer à réduire la prévalence des conduites
d’alcoolisation à risque dont les conséquences individuelles et sociétales
demeurent considérables.
Une évaluation de l’efficacité des présentes recommandations devrait être
réalisée à court terme.
[3] Bilan du plan gouvernemental de lutte contre les drogues
illicites, de tabac et l’alcool 2004-2008.
www.drogues.gouv.fr
[4] HILLEMAND B. – Le message préventif de modération, un piège.
Alcoologie et Addictologie, 2008, 30, 59-66.
[5] Recommandations de la Société française d’alcoologie : Les
conduites d’alcoolisation au cours de la grossesse. Alcoologie et Addictologie,
2003, 25 (2 Suppl.), 47S-50S.
[6] NORDMANN R.- Consommation d’alcool, de tabac ou de cannabis au
cours de la grossesse. Bull. Acad. Natle. Méd., 2004, 188, 519-521.
[7] GUILLEMONT J, ROSILIO T, DAVID M, LEON C, ARWIDSON P.
Connaissances des Français sur les risques liés à la consommation d’alcool
pendant la grossesse. Evolutions, n°3, octobre 2006.
www.inpes.sante.fr
[8] NORDMANN R. – Evolution des conduites d’alcoolisation des
jeunes : motifs d’inquiétude et propositions d’action. Bull. Acad. Natle.
Méd., 2007, 191, 1175-1184
[9] CARA M.- Sur la médecine face aux accidents de la route. Bull.
Acad. Natle. Méd., 2003, 187, 1169-1170
[10] BORLOO J-L. et BUSSEREAU D. – Alcool au volant : premier facteur de
mortalité. Communiqué 18/12/2008.
www.securite-routiere.gouv.fr
[11] PAILLE F.- Alcool : épidémiologie, étiologie, clinique. In :
Addictologie (LEJOYEUX M., Dir.), Masson, 2008, p.71-112.
[12] Ecoute Alcool : 0 811 91 30 30
[13] Guide pratique pour faire le point sur votre consommation d’alcool.
www.inpes.sante.fr
[14] Plan gouvernemental 2004-2008 et 2008-2011 de Lutte contre les
Drogues et les Toxicomanies.
www.drogues.gouv.fr
[15] La prise en charge et la prévention des addictions. Plan 2007-2011.
Ministère de la Santé et des Solidarités.
www.drogues.gouv.fr
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L’Académie, saisie dans sa séance du mardi 19 mai 2009, a adopté le texte
de ce communiqué moins une voix contre et une abstention.
Pour copie certifiée conforme,
Le Secrétaire perpétuel,
Professeur Jacques-Louis BINET
26/05/2009
* Membre de l’Académie nationale de
médecine. Président de la Commission « Addictions ».