Publié le 27 juin 2019

Stratégie thérapeutique non conventionnelle pour le contrôle des valeurs de la pression artérielle chez les hypertendus par Maria DOROBANTU (Université de médecine et de pharmacie Carol Davila, Bucarest, Roumanie)

 

L’hypertension artérielle (HTA) est une maladie très fréquente à travers le monde (environ 1 milliard de sujets), avec en Roumanie une prévalence très haute (45,1%) dans la population adulte (18-80 ans), selon les résultats de la dernière étude épidémiologique SEPHAR (Étude épidémiologique sur la prévalence de l’hypertension et du risque cardiovasculaire en Roumanie). Malgré les progrès pharmacologiques du traitement de l’HTA, le contrôle des valeurs de la pression artérielle reste sous- optimal, avec en Roumanie un taux de seulement 30,8%. Ainsi se justifient les efforts d’une meilleure compréhension de la physiopathologie de l’HTA à visée d’identification des mécanismes pathogéniques qui pourraient devenir des cibles thérapeutiques. La pression artérielle relève d’une relation hémodynamique entre le débit cardiaque (dépendant à son tour de l’inotropisme et de la volémie) et la résistance artériolaire périphérique (dépendante de l’état de vasoconstriction/vasodilatation). Le but de l’étude présentée a été d’évaluer le profil hémodynamique par bioimpédance électrique transthoracique (BET) d’un échantillon de sujets hypertendus roumains adultes. L’état hémodynamique de 771 adultes hypertendus (18-80 ans), dans une population générale de 1975 sujets inclus dans l’étude SEPHAR III, a ainsi été évalué. Seuls ont été inclus les hypertendus qui avaient des enregistrements hémodynamiques non-invasifs corrects par BET en utilisant le système HOTMAN, méthode qui permet d’identifier les modulateurs hémodynamiques (volémie, inotropisme, état de vasoconstriction/vasodilatation) et leurs altérations. Un état d’hypervolémie a été identifié chez 80,7% des cas parmi lesquels une consommation élevée de sel était observée et seulement 1,4% recevaient des diurétiques ; un état de vasoconstriction était présent dans 26,3%  des cas dont seulement 41,4% recevaient des vasodilatateurs, et un état d’hyper-inotropisme était noté dans 22,7% des cas dont seulement 20,5%  étaient  traités par des bêtabloquants. Une analyse de régressions a montré une association positive entre le nombre de modulateurs hémodynamiques altérés et le manque de contrôle des valeurs de la pression artérielle. En conclusion, l’implémentation d’une stratégie thérapeutique basée sur l’évaluation hémodynamique non invasive, dans le but de corriger l’altération de modulateurs hémodynamiques, pourrait améliorer le contrôle des valeurs de la pression artérielle chez les hypertendus.

 

 

Données récentes sur la physiopathologie et les approches thérapeutiques des lymphomes T cutanés épidermotropes par Martine BAGOT (Service de Dermatologie, Hôpital Saint-Louis, APHP, Paris)

 

Les lymphomes T cutanés représentent un groupe hétérogène de lymphomes rares débutant et prédominant au niveau de la peau. Les plus fréquents sont le mycosis fongoïde et le syndrome de Sézary. Il n’existe malheureusement pas actuellement de traitement curatif de ces lymphomes T cutanés épidermotropes aux stades avancés chez lesquels la survie est diminuée. Divers anticorps monoclonaux humanisés sont disponibles, tels que le brentuximab (dirigé contre la molécule CD30) et le mogamulizumab (dirigé contre CCR4) qui ont fait preuve d’efficacité mais au prix d’effets secondaires importants. IPH4102 est un nouvel anticorps monoclonal humanisé dirigé contre le récepteur natural killer KIR3DL2/CD158k. KIR3DL2 est exprimé par les lymphocytes tumoraux de 85% des lymphomes T cutanés, en particulier les syndromes de Sézary et les mycosis fongoïdes au stade avancé. La tolérance et l’efficacité de cette biothérapie ont été étudiées dans un essai multicentrique international « first in human » de phase I/II. Les malades inclus étaient des lymphomes T cutanés en rechute ou réfractaires après au moins deux lignes de traitements systémiques, et exprimant KIR3DL2 dans la peau et/ou le sang. Cette étude a montré la très bonne tolérance de cet anticorps ciblé, et des résultats d’efficacité très prometteurs, particulièrement chez les malades ayant un syndrome de Sézary.

 

 

 

Risques d’hyponatrémie sévère chez les enfants perfusés par des solutés hypotoniques par Jean-Christophe MERCIER (Prof. Émérite, Université Paris Diderot. Ancien chef du Service des Urgences Pédiatriques, Hôpital Robert Debré)

 

Les solutés de perfusion sont fréquemment utilisés chez les enfants hospitalisés. L’administration de solutés hypotoniques par voie intraveineuse a longtemps constitué la référence en pédiatrie. L’explication se trouve probablement dans l’empirisme des recommandations initiales qui ont prôné l’utilisation préférentielle de solutés glucosés, mais hypotoniques du fait d’un contenu insuffisant en sodium. Le risque d’hyponatrémie (<135 mmol/L) est accru par la survenue d’un syndrome de sécrétion inappropriée d’hormone antidiurétique (SIADH) au cours de pathologies aiguës (bronchiolite, gastro-entérite…). L’hyponatrémie sévère (<130 mmol/L) expose à de graves complications neurologiques, responsables parfois de lourdes séquelles ou du décès. Au cours des dernières années, le risque d’hyponatrémie lié à l’utilisation de solutés hypotoniques a été dénoncé, des progrès sont intervenus dans la compréhension de l’œdème cérébral et du syndrome de démyélinisation osmotique, enfin des essais randomisés ont apporté la preuve de la supériorité des solutés isotoniques sur les solutés hypotoniques. Cependant, les pratiques n’ont guère évolué en France, comme l’atteste une enquête sur les hyponatrémies menée à l’hôpital Louis Mourier (Colombes) et l’analyse des commandes de solutés pour perfusion à l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris en 2017. Aussi serait-il souhaitable que des recommandations françaises soient émises et soutenues par l’Académie nationale de médecine.