Communiqué
Séance du 7 mai 2019

Résistance aux antibiotiques, Des pistes insuffisamment explorées ?

L’antibiorésistance n’a ni frontières nationales, ni domaine professionnel réservé, ni barrières d’espèces. Partout dans le monde, la santé des hommes comme celle des animaux est menacée, ce qui impose une approche transversale et une coopération sans faille de tous les acteurs à tous les niveaux ! C’est pourquoi, six Académies se sont associées pour organiser une veille permanente et confronter leur expertise sur le sujet.

 

À l’issue de trois colloques dédiés*, les Académies rappellent aux professionnels de santé et au public que le contrôle du développement des bactéries multirésistantes dépend de simples mesures, à savoir :

·         le respect des règles d’hygiène et de la réglementation sanitaire ;

·         la vaccination en prévention des infections et surinfections bactériennes, notamment en cas de grippe ;

·         la justification et le respect des durées de traitement antibiotique ;

·         le recours aux nouvelles techniques diagnostiques pouvant permettre, dans certains cas, de différencier une infection bactérienne justifiant une antibiothérapie, d’une infection virale.

 

Tout en insistant sur la nécessité de renforcer et d’harmoniser la réglementation sanitaire sur le plan international, de mieux adapter la formation des professionnels de santé et de favoriser la mise en œuvre de solutions thérapeutiques innovantes, les Académies profitent de leur réflexion commune pour faire ressortir trois pistes d’action :

·         s’inspirer du modèle vétérinaire (1) fondé sur des objectifs qualitatifs et quantitatifs précis à l’appui de recommandations formalisées ;

·         respecter le(s) microbiote(s) en réduisant la consommation d’antibiotiques dans la pratique médicale ;

·         sensibiliser aux maladies parodontales les professionnels de santé et le public par une meilleure incitation au brossage et au détartrage des dents afin de limiter les infections et le recours aux antibiotiques.

 

Annexe

 

Les Académies, tout en soutenant les plans d’action mis en œuvre au niveau national, européen et international, prennent acte de l’engagement du Gouvernement dans la lutte contre la résistance des bactéries aux antibiotiques, enjeu majeur de santé publique, qui s’inscrit pleinement dans l’objectif fixé par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) et l’Organisation Mondiale de la Santé Animale / Office International des Épizooties (OMSA/OIE) : « Une seule santé » – « One Health ».

 

Les Académies rappellent plus particulièrement certaines de leurs recommandations émises lors de la journée scientifique du 21 novembre 2012:

 

·         favoriser et développer une approche écosystémique environnementale (intégrant Végétal, Animal et Homme) de la problématique « antibiorésistance » pour ce qui concerne la recherche, l’enseignement et les politiques agricoles et de santé publique ;

·         développer une approche internationale et accroitre la solidarité internationale notamment en :

–    harmonisant les normes sanitaires des pays exportant vers l’Europe avec celles de l’Union européenne,

–    introduisant des règles restrictives quant à̀ la présence d’antibiotiques dans les cahiers des charges régissant l’importation des animaux et des denrées alimentaires dans l’Union européenne, garantissant par réciprocité́ une qualité́ des produits conforme aux dispositions réglementaires,

–    surveillant et contrôlant tous porteurs de Bactéries Multirésistantes (BMR), voire totorésistantes (BTR), chez l’Homme, l’Animal et dans les denrées alimentaires ;

·         renforcer la formation initiale et continue de l’ensemble des professionnels de santé́ et des acteurs impliqués dans le cycle de vie des antibiotiques ;

·         mettre en application et rappeler à l’ensemble de la population et, plus particulièrement, aux professionnels de santé́ les règles élémentaires d’hygiène et de désinfection.

 

 

Les six Académies tiennent à̀ souligner qu’une approche coordonnée et globale s’impose (2) pour :

·         inciter les professionnels de santé́, les différents acteurs impliqués dans le cycle de la vie des antibiotiques, les chercheurs et les Pouvoirs publics à prendre la mesure des enjeux en vue d’éviter à terme tout risque autrement inéluctable ;

·         sensibiliser les patients, d’une part, et les détenteurs d’animaux, d’autre part, à un meilleur usage de cette classe de médicaments.

 

 

Notes et références

* « Antibiorésistance et société » 13.06.2018 https://www.acadpharm.org/dos_public/CR_penta_acad._2018.06.13_VF1.pdf

« Antibiotiques, antibiorésistance et environnement: des raisons d’espérer » 2016.06.15 https://www.acadpharm.org/dos_public/CR__colloque_2016_VF.pdf

« Résistance aux antibiotiques : une impasse thérapeutique ? Implications nationales et internationales » 21.11.2012. https://www.acadpharm.org/seances/page.php?rb1=30&id_doc=1525

Recommandations18.11.2014 https://www.acadpharm.org/dos_public/Recommandations_sEance_ATBR_2013_12_12_CommuniquE_VF_18.11.2014.pdf

Plan Ecoantibio2. http://agriculture.gouv.fr/le-plan-ecoantibio-2-2017-2021

Résapath. Réseau d’épidémiosurveillance de l’antibiorésistance des bactéries pathogènes animales https://www.anses.fr/fr/system/files/LABO-Ra-Resapath2014.pdf

(1) Les plans Ecoantibio 1 et 2 ont permis le déploiement de mesures à même d’éviter de recourir aux antibiotiques pour préserver la santé animale (biosécurité́, bonnes pratiques de conduite d’élevages, vaccination, alternatives médicamenteuses, etc.) : réduction de l’exposition de 38,9 % entre 2011 et 2017, toutes filières confondues ; réduction de l’exposition aux céphalosporines de 3ème et 4ème génération de 94,2 % et de l’exposition aux fluoroquinolones de 87,8%,  entre 2013 et 2017 ; réduction de l’exposition à la colistine de 48 % entre les années 2014/2015 et 2017. Dans la filière « animaux de compagnie », 41 fiches de recommandations pour un bon usage des antibiotiques ont été mises à la disposition de tous les praticiens en 2016. En productions animales, une quarantaine de fiches par maladie et par filière ont été mises à disposition entre 2014 et 2018 et des fiches de recommandation analogues sont en cours de parution pour la médecine équine. Entre 2011 et 2016, la mobilisation et l’engagement de toutes les parties prenantes, privées et publiques, a permis de réduire le taux des bactéries pathogènes multirésistantes de 22 à 13 %, tout en diminuant de plus de 40 % les dépenses de santé animale.

 

(2) « Résistance aux antibiotiques : une impasse thérapeutique ? Implications nationales et internationales » Recommandations suite à la journée scientifique du 21 novembre 2012 – Communiqué, le 18.11.2014