Bull. Acad. Natle Méd., 2012, 196, no 6, 1177-1181, séance du 26 juin 2012

Rapport

Les adjuvants vaccinaux : quelle actualité en 2012 ?

Mots-clés : ADJUVANT VACCINAL. ALUMINIUM. MYOFASCIITE A MACROPHAGES. TOXICITÉ.. VACCIN

Vaccines adjuvants in 2012

Keywords (Index medicus) : ALUMINIUM. MACROPHAGIC MYOFASCHTIS. TOXICITY.. VACCINE. VACCINE ADJUVANTS

Jean-François BACH *, Hervé BAZIN *, Pierre BEGUE *, Marc GIRARD *,

Résumé
Les adjuvants restent indispensables à la plupart des vaccins, notamment les plus purifiés, ainsi qu’en toute probabilité aux vaccins du futur. Leur rôle est de stimuler les mécanismes de l’immunité innée afin d’activer les cellules qui produisent la réponse immunitaire adaptative. L’aluminium présent dans les adjuvants vaccinaux est sous une forme particulière répondant à des normes physico-chimiques très précises. Des recommandations officielles (OMS, FDA) ont fixé, à partir de l’expérimentation animale, des valeurs sécuritaires pour l’aluminium alimentaire : le taux minimal de risque ou MRL (minimal risk level ) a été fixé à 1 mg/Kg/jour. Les vaccins du calendrier vaccinal contiennent une dose d’aluminium réglementaire inférieure à 0,85 mg/dose. Un travail expérimental, utilisant de l’aluminium marqué, a montré que la quantité d’aluminium apportée par les vaccins injectés aux nourrissons dans le cadre du calendrier vaccinal demeure très inférieure à la dose de sécurité minimale définie pour l’alimentation. Même si de très faibles quantités d’aluminium se retrouvent dans le tissu cérébral, la relation lointaine entre aluminium et maladie d’Alzheimer fait débat depuis des décennies sans qu’aucune preuve n’ait pu être apportée. En particulier, chez les hémodialysés décédés d’encéphalopathie et chez l’animal d’expérience à qui on a injecté de l’aluminium, les lésions cérébrales ne sont pas celles de la maladie d’Alzheimer. Dans la myofasciite à macrophages, les troubles cognitifs publiés ne correspondent pas non plus à ceux de la maladie d’Alzheimer. Aucune preuve de toxicité neurologique imputable à l’aluminium de l’alimentation ou des vaccins n’a pu encore être fournie à ce jour. Les adjuvants non aluminiques nouveaux et/ou en cours d’investigation ne sont pas destinés à remplacer les sels d’aluminium, mais à permettre d’élaborer des vaccins nouveaux contre des maladies telles que le paludisme, l’infection à VIH, la tuberculose ou certains cancers. Les différents adjuvants ne sont pas interchangeables et demeurent spécifiques de tel ou tel vaccin. Pour ce qui concerne le phosphate de calcium, qu’on a proposé pour remplacer l’aluminium, les études d’efficacité ont donné des résultats variables, voire contradictoires. Le débat reste donc ouvert et des travaux supplémentaires seraient souhaitables. Si la recherche s’orientait vers le remplacement de l’aluminium dans les vaccins, la substitution ne pourrait se faire qu’après de longs et nombreux essais, contrôles, et études cliniques qui nécessiteraient plusieurs années (environ cinq à dix ans). L‘analyse détaillée des conditions nécessaires à la provocation d’une maladie auto-immune n’apporte aucune preuve à ce jour permettant d’incriminer les vaccins ou les adjuvants. Tout moratoire portant sur la non-utilisation des adjuvants aluminiques rendrait impossible, sans pourtant aucun argument probant, la majorité des vaccinations. La résurgence des maladies prévenues par ces vaccins entraînerait par contre, et de façon certaine, une morbidité très supérieure à celle, hypothétique, des maladies auto-immunes ou neurologiques imputées à la vaccination.
Summary
Adjuvants are an essential component of most vaccines, especially the most highly purified, and will probable remain so for many years to come. Their role is to stimulate innate immune mechanisms and thereby activate effectors of the adaptive immune response. Adjuvant aluminum is used in a highly specific form and complies with stringent physicochemical standards. WHO and the FDA, among others, have set strict limits on dietary aluminum intake, based on animal experiments (minimum risk level (MRL) 1 mg/kg/day). Vaccine immunization schedules must deliver no more than 0.85 mg of aluminum per dose. Experimental work with labeled aluminum showed that the amount of aluminum contained in injected vaccines in the standard infant immunization schedule is far below the dietary MRL. Although very small amounts of aluminum are found in brain tissue, there is no firm evidence of a relationship between aluminum and Alzheimer’s disease. In particular, in hemodialysis patients having died of encephalopathy and in experimental animals injected with aluminum, brain damage does not resemble that of Alzheimer’s disease. Likewise, cognitive disorders associated with macrophagic myofasciitis do not correspond to those of Alzheimer’s disease. No clear evidence of neurological toxicity from aluminum contained in food or vaccines has been reported to date. New and experimental non aluminum adjuvants are not intended to replace aluminum salts but rather to develop new vaccines against specific diseases such as malaria, HIV, tuberculosis and certain cancers. The various adjuvants are not interchangeable, being specific to particular vaccines. Efficacy studies of calcium phosphate, a proposed aluminum substitute, have given mixed or contradictory results. Aluminum adjuvants could only be replaced after lengthy and extensive testing, monitoring, and clinical studies (taking about 5 to 10 years). There is no firm evidence linking vaccines or their adjuvants to the onset of autoimmune diseases. Any moratorium on the use of aluminum adjuvants would make the majority of vaccinations impossible, with no firm scientific basis. The resurgence of vaccine-preventable infections would inevitably lead a much higher disease burden than the hypothetical risk of autoimmune diseases or neurological disorders attributed to vaccination.

 

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* Membre(s) de l’Académie de Médecine