Communication scientifique
Séance du 26 octobre 2010

Présentation

Bernard Charpentier *

 

Séance dédiée à l’Organogenèse

Présentation

Bernard CHARPENTIER *

La médecine de remplacement, c’est-à-dire la transplantation d’organes, va mourir… La médecine de remplacement est morte. Vive la médecine regénérative ! Ainsi il y va des concepts médicaux comme des civilisations et des rois, tout est mortel… !

En effet, devant la défaillance irréparable des grands organes, la médecine était totalement démunie… et la mort inéluctable. La médecine, dans sa lutte incessante contre la mort se devait de suppléer à cette défaillance par deux concepts : une machine et ce sera fait pour le rein en 1962 (W.J. Kolff), pour le cœur en 1962 (M. De Bakey) et beaucoup plus difficilement pour le foie et pour le poumon. Le deuxième concept, sera de remplacer un organe défaillant par un même organe sain provenant d’un autre individu et ce sera fait pour le rein d’abord de façon xénogénique à partir d’un rein de porc à une patiente urémique en 1906 par Jaboulay, puis allogénique par Voronoy en 1933, relayée par Lawler en 1950 et René Küss, Charles Dubost, Syridion Oeconomos, Marceau Servelle et Jacques Rougeulle en 1951, le foie par Tom Starzl en 1963, le poumon par James Hardy en 1963 et le cœur par Christian Barnard en 1967.

Ce temps de la médecine de remplacement, aux succès remarquables en termes de survie patients, survie greffon, qualité de vie, réinsertion sociale, professionnelle et affective du transplanté se heurtera toujours aux mêmes obstacles : pénurie de greffons, délais d’attente de la greffe trop longs, décès sur liste d’attente de greffe faute de greffons, dysfonction chronique du greffon car la véritable tolérance immunologique est très difficile à obtenir, cancérogenèse augmentée et toxicité des immunosuppresseurs, pourtant indispensables à la survie du greffon.

L’arrivée du concept et de l’isolement de la cellule souche, de sa possibilité de spécialisation puis d’organisation tissulaire et enfin d’organogenèse a été une révolution copernicienne dans le domaine de la biologie/santé. En effet, elle a donné naissance à la médecine régénérative, à laquelle cette séance de l’Académie est dédiée.

Trois orateurs vont démontrer que l’organogenèse est déjà en route et applicable en clinique : tout d’abord la peau, ou plus simplement l’épiderme, qui peut être généré et cultivé et qui va traiter les brûlures graves, ce qui est une spécialité de l’hôpital de Percy à Clamart avec Jean-Jacques Lataillade [1].

Ensuite les greffes de trachée et de bronches souches vont être abordées avec deux approches : celle d’une organogenèse in vitro à partir de cellules souches sur une matrice cartilagineuse, telle que démontrée par Paolo Macchiarini[2], et transplantées de façon autologue à une patiente avec succès de greffe.

L’autre approche par l’Equipe de Leuwen (Pierre Delaere, Direk Van Raemdonck) est de se servir de l’avant bras du receveur comme d’une chambre de culture en y plaçant un segment de trachée allogénique qui, avec le temps, va maturer et se convertir en trachée autologue et microchimérique, et transplantée là encore avec succès à ce même receveur.

Ces trois approches, chez l’homme, de l’organogenèse de trois organes comme la peau, la trachée et les bronches, tissus plus complexes qu’il n’y paraît, sont maintenant épaulées par deux démonstrations de deux organogenèses expérimentales in vitro chez le rongeur :

— organogenèse de foie chez le rat après décellularisation et utilisation de la matrice mésenchymateuse acellulaire hépatique et recellularisation à partir de cellules souches, donnant un nouveau foie parfaitement fonctionnel et transplantable [4].

— organogenèse de cœur chez le rat avec là encore décellularisation et reconstruction in vitro à partir de la matrice mésanchymateuse cardiaque et reconstruction in vitro à partir de cellules souches donnant naissance à l’endothélium et aux myocytes et génération d’un cœur parfaitement fonctionnel [5].

Le rêve est en route…

BIBLIOGRAPHIE [1] Benderitter M., Gourmelon P., Bey E. et al . — New emerging concepts in the medical managment of local radiation injury.

Health Phys. , 2010, 98 , 6, 851-857.

[2] Macchiarini P., Jungebluth P., Go T. et al — Clinical transplantation of tissue-engineered airway.

Lancet , 2008, 372 , 2023-2030.

[3] Delaere P., Vranckx J., Verleden G. et al. — Tracheal allotransplantation after withdrawal of immunosuppressive therapy.

N. Engl. J. Med ., 2010, 362 , 138-145.

[4] Lygun BE., Soto-Gutierrez A., Yagi H. et al — Organ reengineering throught development of a transplantable recellularized liver graft usin decellularized liver matrix.

Nat. Med., 2010, 7, 814-820.

[5] Taylor DA., Atkins BZ, Hungspreugs P. et al. — Regeneratinf functional myocardium :

improved performance after skeletal myoblast transplantation.

Nat. Med., 1998, 8 , 929-933.

 

* Membre de l’Académie nationale de médecine, e-mail : bernard.charpentier@bct.aphp.fr Néphrologie, CHU de Bicêtre 94275 Kremlin Bicêtre Cédex et Unité Mixte de Recherche 1014 INSERM/Université Paris Sud 11, Hôpital Paul Brousse 94800 Villejuif

Bull. Acad. Natle Méd., 2010, 194, no 7, 1333-1334, séance du 26 octobre 2010