Séance du 15 novembre 2005
Éloge

Raymond Bastin*


Éloge de Henri Bricaire (1914-2004)

Raymond BASTIN*

En cet instant une nuée de souvenirs m’envahit, l’un d’eux s’impose et m’émeut, il témoigne de la forte personnalité naissante de notre ami.

Jeunes étudiants, quittant la bibliothèque de la Faculté ou sortant de travaux pratiques, il nous arrivait d’aller nous glisser en haut de l’amphithéâtre pour jouir du spectacle d’une leçon inaugurale.

Or, voici ce que se remémore Henri au début de sa propre leçon d’ouverture.

« …. En ce jour de grande pompe nous avions plaisir à retrouver, sous le brillant costume universitaire, certains de nos maîtres. Les ambitieux ou les rêveurs, j’en étais, anticipaient hardiment. N’avaient-ils pas l’audace de se transporter, du moins en pensée, au bas de l’hémicycle et de se substituer à l’un des membres du corps professoral. La sensation éprouvée était d’une qualité fort différente selon la place occupée. M’intégrais-je à la délégation, l’impression était de puissance sereine et de gloire. M’identifiais-je au contraire au nouveau titulaire, que je sentais l’angoisse, voire l’effroi m’envahir ».

Sous cette confession perce, chez le jeune Henri, le secret et ardent désir d’atteindre les sommets de la hiérarchie, de se voir un jour revêtu de la toge professorale. Naïve- ment peut-être cette projection lui apparaît réalisable, mais, le rêve est très vite dissipé, le bon sens et la sagesse le rappellent à ses chères études.

Celles-ci ont débuté sous les meilleurs auspices. Sorti bachelier du Lycée Rollin, il pense s’orienter vers des études de médecine vétérinaire. Elles l’auraient gardé dans l’ambiance familiale professionnelle, mais son père, très renommé en cet art, lui conseille, avec des arguments à la fois fermes et affectueux, d’opter pour la médecine de l’Homme.

Il fut d’autant plus vite rassuré sur le bien fondé de sa décision, qu’il eut la faveur d’avoir pour guide et conseiller le Professeur René Moreau, très proche parent de sa mère.

Il eut pour ce clinicien hors pair une profonde et affectueuse reconnaissance. Il lui devait, disait-il, l’enthousiasme pour la médecine, l’étincelle qui enflamma les ardeurs encore trop raisonnées de néophyte, bref sa véritable vocation.

René Moreau fut, en effet, pour Henri un père spirituel, qui lui composa, pour les étapes décisives de l’externat et de l’internat, la palette judicieusement nuancée de ses futurs patrons.

Nommé interne provisoire au premier concours il fut affecté à l’hôpital maritime de Berck dans le service du docteur André Richard, dont il admira la maîtrise du chirurgien et l’élégance du cavalier. De ce semestre il garda le meilleur souvenir. Il y eut pour collègue direct François Alison, qui allait devenir l’ami de toujours, un frère disait-il. De mon côté j’avais noué des liens amicaux avec François Alison lors d’une année d’externat à l’hôpital Lariboisière, et c’est ainsi que se cimentèrent les premières assises du futur trio de jeunes conférenciers, en début d’internat, plus connu alors sous le sigle du dossier B.B.A.

Ce rapprochement réconfortant et studieux fut retardé par le service militaire et la seconde guerre mondiale.

Arrêtons-nous un instant sur ces quelques années de misère physique et morale, qui mirent à rude épreuve le patriotisme et la fibre militaire de notre ami.

Avec les restes des escadrons de son unité de cavalerie à cheval, il est fait prisonnier fin mai 1940. Après une captivité relativement courte, il retrouve un Paris en deuil, sans lumière et sans chaleur. Cette meurtrissure ouvre une plaie qui ne se fermera qu’en 1944. Alors engagé volontaire dans l’armée de Lattre de Tassigny, il y combat vaillamment, revient brillamment décoré, retrouve cette fois Paris la tête haute et la joie au cœur. Il gardera fidèlement d’importantes attaches avec le Service de Santé des Armées.

C’est dans l’intervalle de ces deux périodes militaires très contrastées que se déroule l’internat.

Interne du professeur Jean Cathala, à l’hôpital Trousseau, il y rédige sa thèse inaugurale consacrée à « la pneumonie rhumatismale ». Très intéressé par la pédiatrie, il décide de réserver à cette discipline un second semestre qu’il accomplit dans le service du professeur Julien Marie. Avec ce dernier il signe des articles restés classiques sur l’acrodynie.

Sur les formes graves paralytiques avec atteintes neuro-périphériques, sur celles qui présentent des manifestations encéphalitiques avec troubles électroencéphalographiques, enfin, sur les formes pseudo-paralytiques avec très forte hypotonie.

Il est ensuite l’interne du docteur Claude Gautier, des professeurs Maurice Bariéty, Pierre Mollaret et André Lemierre, à l’hôpital Claude Bernard il fera une année de clinicat.

Avant d’évoquer son retour, comme assistant, auprès du professeur Lucien de Gennes, dont il avait été aussi l’interne, jetons encore un rapide regard sur le parcours accompli jusqu’alors.

Venu aux études médicales solide adolescent, très travailleur, bien organisé, avec l’intention dite et non dite de viser haut, il sera reçu interne au second concours.

Pour ceux de notre génération l’internat ne fut pas clair et joyeux, comme nous l’avions espéré, mais son flambeau ne fut pas éteint, pour beaucoup d’entre nous il fut une raison d’être et, grâce à nos maîtres qui veillaient, un second foyer.

Henri, François Alison, Robert Tricot et moi formions un petit groupe, grossi ultérieurement par la venue de Claude Laroche et de François Verliac. Cette unité laborieuse, très soudée, stimulante nous conduisit au médicat sans qu’aucune ombre d’envie ou de discorde ne vînt jamais ternir notre entente.

Enfin, et surtout, c’est à la fin de l’internat d’Henri que survint l’événement le plus important de sa vie. J’ai toujours en souvenir son visage rayonnant de joie et de bonheur lorsqu’il nous annonça ses fiançailles et son mariage en septembre 1946.

C’est ainsi que notre douce et charmante Betty, venant de son Alsace natale, a rejoint les jeunes ménages de notre « sous-colle ».

Lorsque notre ami prend ses fonctions d’assistant auprès du professeur Lucien de Gennes il est heureux de retrouver à la clinique Piccini, où il fut interne, ce qu’il a appelé « le symbole de la perfection de l’enseignement clinique et l’esprit d’équipe ».

Mais il ignore qu’une mutation va faire de lui le premier disciple de la grande Ecole Française d’Endocrinologie. Pendant plus de vingt ans il sera l’élève de premier rang de son maître vénéré. De ce dernier il disait qu’il lui devait tout. Sa formation médicale, son orientation vers l’endocrinologie, une généreuse et solide introduction dans la vie professionnelle, sa carrière hospitalière, sa carrière universitaire.

Comment s’étonner qu’il parla souvent de son maître en des termes admiratifs, reconnaissants, avec toujours dans l’expression une filiale affection.

De cette école, de l’hôpital Broussais, et de son prolongement la clinique de l’hôpital Cochin explosera une abondante floraison de travaux, dont je ne peux ici que rappeler quelques-uns des fleurons.

Le syndrome de Cushing ne cessa de capter son attention. Avec son patron et leurs élèves (nous citons ici : Jacques Leprat, Rodolphe Tourneur, Bertrand Mathieu de Fossey, Jean-Pierre Luton, Xavier Bertagna, Guy Deltour, Philippe Laudat) il va doter la littérature médicale de très nombreuses publications, riches d’observations cliniques et biologiques toujours remarquablement analysées et judicieusement commentées, elles ont considérablement enrichi la physiopathologie et la thérapeutique de cette affection.

C’est encore à la maladie de Cushing qu’il emprunte les thèmes de deux lectures, qu’il présente à l’Académie nationale de médecine, lorsqu’il y est candidat en 1979 et 1980. Il s’agit de deux problèmes souvent discutés.

Le premier, la sécrétion hormonale des tumeurs de l’hypophyse après surrénalectomie au cours des syndromes de Cushing.

Le second intitulé « Maladie de Cushing et micro-adénome hypophysaire ».

En conclusion de cette dernière lecture, il souligne que la fréquence, non la constance, de ces micro-formations conduit à envisager une exploration neurochirurgicale hypophysaire lors de tous les syndromes d’hypercorticisme non liés à une tumeur surrénale ou à une sécrétion ectopique d’A.C.T.H.

En ce domaine, il a aussi prouvé l’intérêt qu’il convient d’accorder aux anticortisoliques de synthèse. Après avoir éliminé ceux qu’il faut écarter de l’usage thérapeutique, il mentionne entre autres indications les formes majeures de maladie de Cushing à titre préopératoire. L’amélioration obtenue par la médication est susceptible de rendre moins offensant le geste chirurgical.

Des hyperplasies surrénales congénitales, il retient notamment la variété la plus rare pour étudier et mettre en valeur le défaut de la 11 hydroxylation.

Les insuffisances surrénales occupent évidemment une très bonne place dans la somme des travaux de notre ami. Limitons-nous à rappeler l’intérêt qu’il prête aux formes frustes, infra-cliniques et aux formes dissociées. Pour celles-ci il s’attarde sur l’exemple très démonstratif de l’hyperplasie congénitale des surrénales où une insuffisance de la fonction métabolique, voire une insuffisance minérale, s’associe à une hyperandrogénie.

Après une brillante analyse il souligne l’intérêt doctrinal et l’intérêt pratique de ces dissociations, puisqu’elles apportent argument en faveur de l’autonomie fonctionnelle de la couche glomérulée et conduisent d’autre part à une adaptation rationnelle du traitement compensateur : en forçant, selon l’éventualité présente, sur la fraction minérale ou sur la fraction métabolique.

En ce qui concerne la pathologie thyroïdienne Henri Bricaire nous laisse aussi une abondante moisson. Grâce à lui la thérapeutique des hyperthyroïdies a bénéficié des enseignements tirés, là encore, de nombreuses observations. Aujourd’hui ses conseils, ses règles de prescription restent des références.

Après l’énoncé de quelques facteurs, tel le terrain, susceptibles d’intervenir dans le choix du traitement. Après quelques conseils concernant la forme diencéphalique, les cardiothyréoses chez les sujets résistants, la forme de la femme enceinte, celle de l’enfant, vient la dernière phrase de l’exposé où s’expriment la longue expérience et la prudence du médecin ; nous la transcrivons : « … Les exemples pourraient être multipliés, tellement reste individuelle la thérapeutique d’une maladie de Basedow ».

Par ailleurs, nous tenons à évoquer des études originales. Nous pensons à celles où il précise l’aspect des insuffisances post-hypophysaires associées à une insuffisance antéhypophysaire. Ou encore au travail où il approfondit nos connaissances sur l’acromégalie, sur sa thérapeutique et la prophylaxie des complications cardiovasculaires, occurrence redoutable et non négligeable par sa fréquence.

Dans la rubrique qu’il a lui-même dénommée « Endocrinologie générale », les publications sont nombreuses ; nous ne pouvons ici n’en citer que quelques-unes.

Le rapport qu’il a eu l’honneur de présenter avec Lucien de Gennes au IIIe congrès médical international d’Evian, consacré à l’étude de l’eau en physiologie et en pathologie, il est intitulé « Eau et glandes endocrines ».

Le rapport présenté devant la société de Biologie médicale sur « Hypertension et glandes endocrines ».

Dans le cadre des syndromes endocriniens paranéoplasiques, il contribue à la connaissance des hyperthyroïdies associées à des affections malignes. Quelle que soit la néoplasie en cause ou qu’il s’agisse d’hémopathies malignes, la thyréotoxicose est souvent révélatrice, avec une fréquence égale dans les deux sexes.

Enfin le rapport sur « les troubles endocriniens des hémochromatoses au XXXIIIe Congrès français de médecine.

Cette présentation imparfaite, nécessairement fragmentaire, de l’œuvre d’Henri Bricaire, invite à cerner mieux encore la personnalité de ce médecin d’exception.

Son service hospitalier était sa seconde famille. L’autorité naturelle, douce et tranquille convenait à l’ambiance d’esprit d’équipe, où tous, les plus proches collaborateurs, les internes, qui étaient parmi les meilleurs, ses surveillantes et infirmières, sa secrétaire Marie-Laure Ortholan, menaient la vie d’une communauté heureuse, où chacun travaillait sans contrainte, sans esprit d’intrigue et s’instruisait avec respect et affectueuse admiration pour le Patron.

Mais, c’est dans la dernière partie de sa leçon inaugurale, qu’il prononça en 1965, que l’on trouve, croyons-nous, clairement énoncée sa conception de l’exercice de son art.

S’adressant aux étudiants il détaille ce qu’est devenue la médecine hospitalière depuis la réforme et la création des centres hospitaliers et universitaires. Il leur parle d’une médecine savante, séduisante, seigneuriale, confortable, qui n’est malheureusement pas parfaite, car il lui manque bien souvent une fraction de qualités humaines.

Il en vient ensuite à la médecine praticienne. Médecine des servitudes, difficile et angoissante, qui laisse le praticien seul en face de ses responsabilités et de ses décisions. Il ajoute que « c’est pourtant la vraie médecine, souple, adaptée, sensitive, noble et humaine ».

Il n’est pas question d’opposer ces deux manières d’exercer notre profession, puisqu’elles doivent se compléter et s’entraider. Malheureusement, précise-t-il, la majorité des étudiants d’aujourd’hui devra faire un choix cruel ; il confesse aussitôt : « J’appartiens à une génération encore privilégiée, où ces deux variétés d’activité médicale, également enviables, pouvaient appartenir à un même médecin ».

Arrivant à la fin de la Leçon, il monologue des suggestions que seule l’espérance peut retenir.

Il se réjouit, bien sûr, de la réforme, évolution nécessaire, mais il se demande s’il est juste d’adopter une solution aussi monolithique, aussi tranchée et sans appel.

Transcrivons ici : « … Est-il juste d’exclure des grands centres universitaires, au moins en ce qui intéresse les disciplines cliniques, la médecine dénommée avec une cruelle ironie médecine à temps partiel ? » Et de proposer : « … de conserver un important contingent de médecins hospitaliers, cliniciens et enseignants, à temps partiel. Pourquoi ne pas envisager qu’un médecin intégré à l’équipe d’une formation hospitalière et universitaire puisse y faire pleine carrière avec le statut du temps partiel, soit à titre définitif, et sans que cela puisse pénaliser sa progression, soit encore d’une façon temporaire, durant les années inaugurales de sa carrière ? » Nous avons tenu à rappeler ses paroles, car nous savions combien était vive, et souvent répétée, sa crainte de graves répercussions des modifications radicales de nos structures hospitalières. Un communiqué présenté à notre tribune en 1985 en rend parfaitement compte. Il s’agit des conclusions d’un groupe de travail qu’il présida, le titre en était : « Les personnels hospitaliers médicaux ».

Un décret de janvier 1985 prévoyait la suppression des chefs de service et leur remplacement par des chefs de département élus pour un temps limité. L’unité fonctionnelle devenait la structure de base.

Pour Henri Bricaire et nos confrères les fondements de la médecine française s’en trouveraient ébranlés, d’où le rappel de la nécessité d’un chef de service « véritable coordinateur sur le plan médical ».

Retenant maintenant quelques lignes de ce communiqué, il nous semble l’entendre :

« … Il faut savoir conserver ce qui est bon des institutions existantes ; la qualité de l’hôpital résidait précisément dans l’organisation des services et le prestige personnel de ses chefs ; peu à peu ceux-ci ont vu peser sur eux des charges de gestion administrative, les éloignant de leur vocation propre qui consiste à coordonner et diriger les activités de soins en garantissant leur haut niveau. La véritable réforme consiste à les rétablir pleinement dans leurs fonctions de responsables médicaux et pédagogiques et non à transférer ces responsabilités sur leurs collaborateurs par le truchement d’une « dissociation du grade et de la fonction ».

Le médecin, disciple irréprochable de ses Maîtres René Moreau et Lucien de Gennes, qu’il prit pour modèles, se doublait d’un professeur talentueux. Sa pédagogie directe et claire séduisait et attirait en nombre les étudiants. Quelle que soit la complexité du thème abordé l’auditoire était séduit, satisfait de l’analyse des questions posées, de l’éclairage objectif qu’il donnait de leur discussion et de la synthèse terminale bien ordonnée.

Un conférencier aussi accompli était évidemment sollicité et recherché.

En pédagogie, Henri Bricaire veilla activement à la préparation du certificat d’endocrinologie par les étudiants du second cycle des études. Il assura aussi la direction du certificat supérieur d’Endocrinologie et Maladies métaboliques et donna à ce dernier un relief par son enseignement clinique hebdomadaire. Il organisa enfin, chaque année, des cycles de conférences d’endocrinologie clinique et fondamentale.

Henri Bricaire a fréquemment porté ses messages à l’étranger, où il a maintenu avec brio le renom de l’Ecole endocrinologique française. Citons ici parmi ses missions universitaires celles au Canada, en Amérique du Sud, en Egypte, en Espagne, en Italie, en Grèce, au Liban, en Syrie et en Tunisie.

Des distinctions sont naturellement venues honorer l’ensemble de son œuvre et les brillants services rendus. L’Académie nationale de médecine l’accueillit en 1981, cette élection le combla de joie, il l’a ressentie comme un couronnement.

A titre militaire, notre ami a reçu le croix de guerre avec palmes. Dans l’ordre national de la Légion d’honneur il était commandeur. Cette décoration lui fut remise dans la salle capitulaire de Port-Royal, haut lieu chargé d’Histoire, qui convenait bien en la circonstance. Il était entouré de nombreux collaborateurs et amis, qui l’avaient accompagné tout au long de sa carrière hospitalière, et de personnalités diverses venues le féliciter et souvent lui dire leur reconnaissance.

Au moment où se situe l’événement l’heure de la retraite va bientôt sonner et va s’ouvrir une longue période, encore active, empreinte d’une tonalité plus intimiste.

Il vient d’entrer à l’Académie nationale de médecine. Il y retrouve amis et confrères.

Il participe avec attention et amusement aux conversations de la salle des bustes.

L’ambiance feutrée n’est pas sans lui rappeler les souvenirs agréables de la Société médicale des hôpitaux, lorsqu’elle se réunissait rue de Seine lors de ses jeunes années du Médicat. Son assiduité à nos séances et aux réunions de commissions fut exemplaire ; toute cette activité l’intéressait beaucoup. D’ailleurs, pour Henri Bricaire, l’entrée à l’Académie était considérée comme l’aboutissement royal de nos carrières.

Il l’avait vivement espéré pour son élève Jean-Pierre Luton, dont la mort brutale le bouleversa.

Il en rêvait pour François et je regretterai toujours qu’il n’ait pas connu l’accueil prometteur, que nous avons récemment réservé à son fils.

Au sein de la famille, sa disponibilité, sa tendre vigilance sont encore plus grandes qu’elles l’avaient été jusque-là et il ne tardera pas à exceller dans l’art d’être grand-père.

Les réunions familiales, que Betty organise à la perfection, le comblent de joie, particulièrement celles en Nivernais dans la belle demeure de Quincy-lesVarzy.

De son enfance, il avait gardé un très vif attrait pour la campagne, je devrais dire les campagnes, car c’est en connaisseur qu’il parlait de leur splendide diversité dans nos belles régions, qu’il parcourait en famille.

Etant lui-même ce que le jargon convenu appelle « un bon fusil », il aimait les longues marches dans les labours ou les sous-bois des réunions de chasse. Celle-ci, avec l’équitation, était son sport préféré. Aux lendemains de telles randonnées, il détaillait avec jubilation le butin, parlait en riant de l’ambiance conviviale et gastronomique du repas de chasse.

Après que soit venue la retraite hospitalière, la Providence lui a donc réservé, avec ses consultations privées, la diversité harmonieuse, très agréable et salutaire des occupations quotidiennes, que nous venons d’évoquer. Puis, au terme d’une longue vie pleinement réussie, quelques clignotants annonciateurs d’une fin prochaine s’allumèrent.

Ce furent tout d’abord quelques ennuis de santé bien supportés, dont il ne parlait pas. Par la suite, les absences à l’Académie furent plus fréquentes. Il gardait sa bonne humeur avec toutefois moins d’humour dans le propos, il paraissait prendre de la distance. Cette impression me fut encore plus insistante au mois de juin 2002, lorsque nous nous souhaitions de bonnes vacances ; je ne devais plus le revoir à l’Académie.

Son séjour à Quincy se prolongea, il ne revint qu’en novembre. Lui rendant visite il ne m’est pas apparu changé de prime abord, mais au cours de notre conversation je notais que des nouvelles, qui l’eussent intéressé auparavant, le laissaient peu disert.

Ceci se précisa lors de visites ultérieures. Très progressivement, très lentement il entra dans son silence.

Il nous quitta au début du mois d’avril 2004.

Le jour des obsèques, les fidèles ont entendu avec émotion les paroles empreintes d’amour, d’admiration, de reconnaissance de ses enfants et petits-enfants. Ils ont aussi prié pour que notre ami, catholique très pratiquant, de profonde conviction, soit maintenant dans la lumière de la demeure céleste, selon le passage de l’Evangile de Saint Jean, qui venait d’être lu.

Chère Betty, vous m’avez fait le grand honneur de me demander cet éloge, je vous en remercie. Permettez-moi, interprète que je suis de notre Président, des membres de notre Bureau, de tous mes consœurs et confrères de vous renouveler, ainsi qu’à vos enfants, petits-enfants, aux membres de votre famille, à ses amis et nombreux élèves, l’expression de notre compassion et de vous assurer du très fidèle souvenir que nous garderons de votre mari.

Ceux, qui ont eu l’heureux privilège de découvrir Henri lors de leurs jeunes années d’études, ont perdu un frère et ne s’en consolent pas.

* Membre de l’Académie nationale de médecine