Démences : peut-on les prévenir ? Leur fréquence décline-t-elle ?

Au cours de sa séance du mardi 30 mai 2017 organisée par Alfred SPIRA, l’Académie nationale de médecine s’est efforcée de répondre à la question : « Démences : peut-on les prévenir ? Leur fréquence décline-t-elle ? ».

Les démences, dont la maladie d’Alzheimer représente environ 72 % des cas, constituent un réel problème de santé publique. Non seulement par leur fréquence élevée parmi les personnes âgées (14 % de l’ensemble des personnes âgées de 75 ans et plus), mais aussi par la souffrance qu’elles engendrent chez les proches des malades. Leur diagnostic repose sur un ensemble de troubles cognitifs concernant une perte de la mémoire associée à au moins un autre trouble dans le domaine cognitif (aphasie, apraxie, agnosie ou atteinte des fonctions exécutives). Il n’existe pas de signe spécifique du début de la maladie. Il n’existe à l’heure actuelle aucun traitement curatif.

Une meilleure connaissance de l’incidence et de la prévalence des démences, de leurs facteurs de risque, de leur évolution dans le temps sont des éléments indispensables à leur prévention et à leur prise en charge.

Les bases de données médico-administratives permettent de disposer des données concernant leur traitement et le statut de l’ensemble des personnes diagnostiquées et prises en charge pour démence au niveau national. À partir de ces bases de données, on estime qu’en 2014, environ 770 000 personnes vivant en France étaient atteintes de démence, la prévalence augmentant rapidement à partir de 65-70 ans. Les démences concernent deux fois plus souvent les femmes que les hommes.

Les démences sont des affections évolutives, qui s’installent progressivement au cours de la vie, sur une trentaine d’années. Elles sont d’origine multi-factorielle. Outre l’âge, de nombreux facteurs de risque de survenue de ces maladies interviennent tout au long de l’existence. Il s’agit de facteurs vasculaires et métaboliques (diabète, hypertension artérielle), de la sédentarité, de la consommation de tabac, de facteurs nutritionnels, de dépressions, etc. Le niveau élevé d’éducation, le bon statut socioéconomique, l’importance du réseau social, l’activité mentale et physique, le régime alimentaire équilibré, les traitements par les anti-hypertenseurs, par les statines, les hormones de substitution et les anti-inflammatoires non stéroïdiens sont des facteurs de protection. Les études épidémiologiques sont réalisées à partir de personnes malades recrutées après le début de la maladie, donc à des âges avancés. Par ailleurs, la mesure des facteurs de risque n’est le plus souvent faite que de façon rétrospective, biaisant l’estimation des risques de survenue de la maladie pour des facteurs tels que l’obésité, la dépression, l’hypertension qui ont pu avoir un effet délétère des années auparavant et avoir disparu au moment de l’apparition et du diagnostic de la maladie. Ces difficultés méthodologiques rendent très difficile la compréhension du processus du vieillissement cognitif et la mise en place de stratégies de prévention efficaces.

Le suivi de vastes cohortes de personnes pendant la vie entière permet de suivre l’évolution de l’incidence des démences au cours du temps. On peut en effet enregistrer de façon continue les nouveaux cas de démence dans les populations étudiées et suivies, en utilisant des critères de diagnostic homogènes au cours du temps et en prenant en compte les biais de sélection et de mesure. Ainsi, le suivi de la cohorte de Framingham, qui permet de suivre depuis 1948 plus de 5 200 personnes et leurs descendants au cours de deux générations a permis d’estimer l’incidence des démences par âge au cours de périodes successives, de 1978 à 2007, soit 30 ans de suivi. Parmi les personnes de niveau éducatif élevé, l’incidence des démences à âge donné a régulièrement baissé de 20% par période de dix ans. Ce résultat est observé de façon concomitante à l’augmentation de l’incidence de l’obésité et du diabète et la diminution, dans cette population, de l’hypertension artérielle et de l’hypercholestérolémie. L’hypothèse formulée est que la baisse de l’incidence des démences pourrait être le résultat d’améliorations séculaires de la « réserve cognitive », c’est-à-dire lensemble des acquis du cerveau via les stimulations auxquelles il a été sujet depuis la naissance. Malgré cette baisse d’incidence, du fait de l’allongement considérable de l’espérance de vie à la naissance, la prévalence des personnes atteintes de démence continuera à augmenter dans la population.

 

Programme de la séance du 30 mai 2017 :

« Démences : peut-on les prévenir ? Leur fréquence décline-t-elle ? »

Introduction (dépistage précoce et phénotypage des démences) par Jean-François DARTIGUES (Bordeaux Population Health (BPH) Center), INSERM U1219, Université de Bordeaux)

Communications

Identification des patients atteints de maladies neurodégénératives dans les bases de données par Alexis ELBAZ (Centre de recherche en Épidémiologie et Santé des Populations, INSERM U1018, Villejuif)

Les connaissances actuelles sur les facteurs de risque des démences séniles et leurs évolutions par Archana SINGH-MANOUX (Centre de recherche en Épidémiologie et Santé des Populations, INSERM U1018, Villejuif)

Analyse de l’évolution des démences séniles par les études de cohortes par Carole DUFOUIL (Pôle de de Santé Publique au CHU de Bordeaux, INSERM U897, Université de Bordeaux)

Conclusion par Alfred SPIRA

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